Alger, 1980, cote 68261

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« Parfois dans cet univers cosmique des caravanes sortent bruyamment de l’horizon, et comme une vision mythologique prennent possession du ciel ; sur son énorme méhari blanc au col de cygne, un targui hiératique dirige la migration en psalmodiant la geste de sa tribu, derrière suivent les bergers, les esclaves, les chameaux et les chambellans, et plus loin trottinent les chèvres et les moutons soudanais à jambes d’échassier et à poil de veau, et puis les gosses tout nus bleus de peau et blancs de sable comme des sorciers animistes de la grande forêt du sud, et alors viennent les femmes lentes et dédaigneuses, grandes, effilées et souples comme des lianes, drapées de haillons et souveraines, accueillantes et faciles, puis soudain sans raison méprisantes et impénétrables.

Et il semble, tant l’espace à parcourir est insondable, que le ciel roule sans fin sur leurs têtes et que la caravane ne bouge plus. »

Ces deux phrases de Roger Frison-Roche sont citées par Henri Lhote dans Les Touaregs du Hoggar, livre édité par Payot en 1944, cote 68261 à la Bibliothèque nationale d’Algérie, où elles ont été recopiées en 1980, quelques jours avant une traversée entre l’Assekrem et Tamanrasset…

Un haïku, trois traductions

Un haïku de Bashô, trois traductions :

LA SCÈNE :

Dans une crique, des pêcheurs ont disposé des pots où ils prennent les poulpes ; enclos entre les parois de leur prison, ils font « un court rêve » avant d’être dépecés pour servir de nourritures

VERSION 1 :

Comme la pieuvre prise au pot,

Nous rêvons encore un instant 

En regardant la lune d’été.

(traduction de Kuni Matsuo et Emile Steinilber-Oberlin, 1936)

VERSION 2 :

Dans le piège

le poulpe poursuit un songe vain 

lune d’été 

(traduction René Sieffert, Le carnet de la hotte, 1976, cité par Marguerite Yourcenar

http://derives.free.fr/bashoyource.html)

VERSION 3 :

Dans le pot les poulpes

en un rêve éphémère 

lune d’été 

(traduction Vincent Brochard, 2009)

la lune était pleine…

NEUVIÈME JOUR. BEAU TEMPS.

Cette nuit, la lune était pleine. Maître Tasse-de-Thé m’avait donné pour consigne de l’observer.

Je me suis assis dans l’arrière-cour de la Maison Poubelle. Le maître n’est sorti me voir qu’une seule fois pour à peine deux minutes ; puis il est rentré. Qu’est-ce qu’il peut ronfler !

J’y ai passé toute la nuit, mais enfin un haïku m’est venu :

Pas un fardeau

la lune sur les branches

ployées

***

DIXIÈME JOUR. CHAUD, HUMIDE.

Maître Tasse-de-Thé m’a fait part du poème qu’il avait écrit cette nuit là :

Pleine lune

Qui sort

Qui rentre…

Je lui ai confié le mien. Toujours pas de « Oui » sur les lèvres du Maître.

pp. 62-63, Fou de haïkus, David Gérard Lanoue, La Part commune, Rennes, 2008