Mathieu Belezi récompensé justement

 Mathieu Belezi, auteur de C’était notre terre chez Albin Michel, l’un des meilleurs romans sur la mémoire franco-algérienne, vient d’être justement récompensé du Grand Prix Thyde Monnier, décerné par la Société des Gens de Lettres lors de sa session d’automne.

Nous en sommes très heureux. C’est très largement mérité !

Rémanence de l’Afrique…

 » Rémanence de l’Afrique dans la littérature antillaise et caribéenne « , tel est le thème de la VIIIe édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) qui s’ouvre aujourd’hui. Jusqu’au 24 novembre, cette manifestation rend hommage à Aimé Césaire. Source : lefaso.net.

Les organisateurs du Filo justifient sans ambages leur choix :

 » Le passé de l’Afrique doit servir de socle à la construction du futur de l’Afrique. La jeunesse y prélèvera les matériaux utiles à l’édification de la Nouvelle Afrique. L’histoire (à travers l’esclavage ou la lutte pour les indépendances), et la Culture (à travers la similarité, la diversité et la pluralité), devront inspirer, orienter et éclairer cette jeunesse en quête de repères. Le livre et la littérature sont un moyen et un véhicule privilégiés de fixer ces repères. Les faits, têtus et persistants, justifient bien le choix du thème de cette 8e édition : La rémanence de la culture africaine dans la littérature antillaise et caribéenne. « 

Afro… Read or not

Read est le nom d’un club de lecture, dont la naissance est annoncée pour ce dimanche 23 novembre, 14h,  » qui s’intéresse aux auteurs d’origine africaine, caribéenne, afro-américaine, afro-européenne « . Read se réunira tous les deux mois pour  » partager des impressions «  sur un livre. Le premier titre choisi est Tant que je serai noire, de Maya Angelou (Les Allusifs) [Papalagui, 4/11/08].  » Afro, donc communautaire ?,  » Non, répondent les organisateurs, les auteurs débattus n’évoquant pas uniquement  » l’esclavage ou la négritude « , dit-on sur le site de Read. Bon vent aux readers et readeuses !

Vassili Golovanov et Hélène Châtelain dans le même fleuve de mots

D’abord l’extrait :

La Petchora est un fleuve très uniforme : des sapins sur une rive, des sables jaunes et froids, une saulaie impraticable sur l’autre. Pourtant, à un endroit, on découvre soudain un paysage qui coupe le souffle : le fleuve franchit trois « portes », creusées dans trois éperons rocheux de la falaise dont les flancs tombent dans l’eau en pointes acérées. La première « porte », la plus proche, est noire, la seconde bleue, la troisième grise. Et au loin, entre le gris des nuages et le gris de l’eau, il n’y a aucune transition visible. Le fleuve semble se jeter dans le ciel. Ou dans la mer. Il emporte là-bas (dans le ciel ou la mer) ceux qui périssent le long de son cours, de fatigue ou d’imprudence… Hommes venus de peuples différents, tous réduits par le fleuve à la même poussière minérale, devenue la substance des rives qui les relie…

Ensuite l’info :

Cet extrait est copié du site des éditions Verdier, à propos du récit du russe Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés, meilleure œuvre traduite en français, récompensée du prix Laure-Bataillon 2008. La récompense va à l’auteur comme à sa traductrice, Hélène Châtelain, directrice de la collection Slovo.

Le jury du Prix Laure-Bataillon est constitué d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires : Marianne Alphant, Geneviève Brisac, Pascale Casanova, Patrick Deville, Pierre Lartigue, Gérard Meudal, Jean-Baptiste Para, Marc Petit, Nicasio Perera San Martín, Jean Rolin, Antoine Volodine, Jean-Didier Wagneur.

 » L’île polaire de Kolgouev est le cœur du récit. C’est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental. « , explique l’éditeur.

Enfin, une lecture :

Cet extrait d’un livre que l’on a pas encore lu, donne une belle puissance d’évocation au récit. Le lecteur voit la Petchora comme s’il y était plongé insidieusement. Il voit le fleuve autant qu’il l’entend. La description est en apparence visuelle. Elle résonne au fond de sombres pressentiments. Elle constitue le paysage comme personnage, que la dernière phrase précipite en un fleuve humain,  » très uniforme « , semble-t-il dans un premier temps, fantastique en fin de paragraphe. Serait-ce là le style qui emporte l’adhésion du lecteur, embarqué dans la promesse d’un fleuve de mots ?

Caradec s’est carapaté

 » Il n’y a personne. Il ne se passe rien. « , est le 168e texte de la B.O. (Bibliothèque oulipienne), signé François Caradec, mort jeudi à Paris, à l’âge de 84 ans. François Caradec, est l’auteur de biographies de référence de Lautréamont, d’Alfred Jarry et d’Alphonse Allais, régent du collège de ‘Pataphysique depuis l’origine et membre de l’Oulipo depuis 1983.

Il est le premier bibliographe de Boris Vian. Il a publié des livres sur le Café-concert et ses personnages illustres (Le Pétomane, Jane Avril au Moulin Rouge). Il est l’un des premiers historiens de la bande dessinée (biographie de Christophe et I primi Eroi, première anthologie internationale de la B.D.parue en Italie). S’est intéressé aux Pastiches et aux Mystifications, à l’argot moderne (un dictionnaire régulièrement  mis à jour depuis 1977). Il a publié aussi ce qu’il appelle des  « bandes dessinées en prose » Nous deux mon chien, La Compagnie des Zincs, Le Porc, le coq et le serpent, Catalogue d’autographes rares et curieux… Il a édité plusieurs auteurs oubliés : Franc-Nohain, Mac Nab, Gabriel de Lautrec, Töpffer, Nadar, George Auriol, Albert Humbert et surtout les œuvres complètes d’Alphonse Allais. Participe aux émissions des « Papous » sur France Culture. Dernier livre paru : Histoires pour Camille. Sous presse : Dictionnaire des Gestes, Nouvelles histoires pour Camille. 

Son dernier livre, un roman noir intitulé « Le doigt coupé de la rue du Bison », vient de paraître chez Fayard.

Selon la 4e de couverture :  » Le commissaire Pauquet, dont la devise est « in the pocket », est chargé en haut lieu d’enquêter sur la disparition partielle d’un individu de sexe féminin. Les suspects qu’il est appelé à rencontrer, homme ou femme, aveugle ou clair-voyant, chien ou chien, ont tous dans leur passé quelque chose qui ne passe pas.

L’enquête se retourne alors comme un gant (ou comme une peau de lapin) et mène Pauquet dans une direction qu’il n’avait pas prévue : deux récits se croisaient, il est seul à s’en rendre compte, mais trop tard pour arrêter le train.

Tout ça pour un doigt coupé ramassé rue du Bison. « 

Parmi les réactions :

 » J’étais en train d’écrire le compte-rendu de ce «rompol» quand j’ai appris hier la mort de son auteur. J’avais une tendresse particulière pour François Caradec et cette annonce m’a bouleversée. J’ai écrit pour lui cette petite épitaphe anagrammatique :

Ric rac, sa faconde
Se farcira donc ça ?
Frac noir, cascade,
Son cri, ça cafarde.

(…) « , écrit sur son blog, Elisabeth Chamontin.

Et Camille Bloomfield :

Une somptueuse moustache blanche
Des sourcils épais
Des yeux perçants
Une voix un peu éraillée
Une voix toujours bienveillante
Un humour de zinc
Un amour du zinc
Un savoir parallèle
Une curiosité partagée
Une écriture ronde
Une plume légère

Un homme que l’on n’oublie pas.

François Caradec était un peu notre grand-père à tous.
Nous sommes tristes mais nous savons que là-haut, il a rejoint Allais, Queneau, Arnaud et les autres, et qu’ensemble, au moins, ils doivent bien rigoler.

Merci pour tout, Caradec.

Lignes de fuite écrit : Berlol va encore dire que ce n’est pas le rôle de Lignes de fuite que de centripèter, mais tant pis, cette nouvelle m’attriste …

Goncourt et Renaudot 2008 dans la brassée des mondes

Le point commun entre Atiq Rahimi, lauréat du prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour et Tierno Monénembo, lauréat du prix Renaudot 2008 pour Le Roi de Kahel ? Tous deux ont choisi la langue française pour écrire et la France pour exil littéraire. L’un est baigné de culture persane, l’autre de culture peule.

L’un a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul.
En 1984, il a quitté l’Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis a demandé et obtenu l’asile politique en France.

L’autre a quitté la Guinée de Sekou Touré en 1969.

L’un a ses parents qui vivent aux Etats-Unis, l’autre bénéficie actuellement d’une bourse Stendhal, en résidence d’écriture à La Havane (Cuba), un éloignement délibéré qui explique son absence (temporaire) de Paris.

L’un a écrit un roman  » dans la peau d’une femme portant burqa « , l’autre dresse le portrait d’une utopiste qui s’est placé jadis au Fouta-Djalon  » dans la peau d’un noir « .

Leur destin littéraire a coïncidé ce lundi 10 novembre 2008 à 13h, dans une brasserie du quartier de l’Opéra.

Perec forever

Jamais publié en livre, mais seulement en revue, L’Enseignement programmé, (en 1968, quelle prémonition !) cet inédit en librairie… où il n’est pas sûr qu’il atteigne son but (l’augmentation), sauf si le but est l’écriture, donc on évoquera à cette occasion l’écriture efficace, un organigramme parodique, une course d’obstables, une contrainte de plus, brillamment réussie, comme d’habitude.

Prix du roman France Télévisions 2008 : Khadra d’une voix

Match serré pour ce final du Prix roman France Télévisions 2008 : au 4e tour de scrutin Yasmina Khadra l’a emporté sur Jean-Marie Blas de Roblès par 13 voix contre 12.

Serré mais surtout passionnant cet échange d’arguments de 25 télespectateurs très motivés par la lecture et la littérature autour des six livres en compétition (voir Papalagui du 19/09/08].

Pour Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de Là où les tigres sont chez eux (éditons Zulma), déjà lauréat de plusieurs prix (voir Papalagui du 5/11/08], les jurés, parmi 25 télespectateurs, ont loué ses qualités d’érudition, de grand voyage (dans la connaissance comme dans la jungle) et d’extrême fluidité.

Véronique Maillot, secrétaire en Auvergne, l’a choisi  » malgré l’érudition « .

Pour Pierre-Henri Puech, chercheur en biophysique à Marseille, ce roman réunit les qualités de la quête scientifique et la fluidité de l’écriture.

Citant Athanase Kircher, héros encyclopédiste de l’ouvrage  » si c’est falsifiable, c’est scientifique « .

Pour Anne Sirlin, coordinatrice pédagogique à Valence,  » c’est un roman qui va bien avec France Télévisions, c’est un roman de l’image. « 

On imagine sans peine Jean-Philippe Dunand, professeur d’EPS en Haute-Savoie, lorsqu’en salle des profs il avoue aimer la littérature :  » Quand je le dis, ça surprend « . Il a relevé dans Les Tigres cette anecdote :  » un système d’alarme inventé par Athanase Kircher pour éviter d’être enterré vivant « . Humblement, il nous dira :  » c’est un livre qui m’a rendu plus intelligent « .

Pour Isabelle Prévost, assistante de production à Bruxelles et venue d’outre-Quiévrain avec de généreux chocolats :  » l’absurde va bien avec le surréalisme sud-américain. « 

Renée Mesquida, vivant à Montferrier-sur-Lez, près de Montpellier :  » le morceau de bravoure du roman de Blas de Roblès, c’est l’ascension de l’Etna par Kircher. Je l’ai relu plusieurs fois. « 

En face, les arguments pour défendre et illustrer la lecture de Ce que le jour doit à la nuit (éditions Julliard), de Yasmina Khadra relevaient d’autres qualités, dont  » la facilité de lecture «  :

 » Ce livre m’a permis de découvrir l’Algérie coloniale. «  (Amel Bakkar, ingénieure commerciale à Paris). Même argument chez Georges Rosa, ergothérapeute à Limoges et chez Perrine Godnair, sapeur pompier professionnelle à Rambouillet :  » J’ai pu découvrir la guerre d’Algérie par ce récit, un récit qu’il a su dédramatiser. « 

Etonnant ou encourageant qu’en 2008, un roman fasse découvrir la guerre d’Algérie ?  

Par ailleurs, saluons l’élégance des propos d’Alain Dion, comédien, chanteur, d’Esbly (Seine-et-Marne), grand lecteur d’Annie Ernaux, dont Les Années, lui ont redonné le goût :  » Un roman qui illustre le devoir de mémoire du quotidien « .