Jacques Prévert : Pater noster (Paroles)

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

 Voir aussi A l’enterrement d’une feuille morte ici

De qui Obama est-il le rêve ?

Obama, rêve de son père ?

Un jour, il est devenu Barack. Entre temps, l’enfant d’un père noir africain et d’une mère blanche américaine a vu, dans le magazine Life, la photographie effrayante d’un Noir défiguré pour avoir essayé de se transformer en blanc. Un déclic se produit. Barack assumera son nom, son prénom et la couleur de sa peau. [Barack Obama, Les rêves de mon père,   presses de la Cité]

Obama, rêve de Martin Luther King ?

« Je fais le rêve qu’un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : “ Nous considérons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux. ”  [Martin Luther King, Memphis, 4 avril 1968]

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons accompli aujourd’hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique. Si jamais quelqu’un doute encore que l’Amérique est un endroit où tout est possible la réponse lui est donnée ce soir.

(…)

Et à tous ceux qui se demandent si le phare de l’Amérique brille toujours autant – ce soir, nous avons prouvé une fois de plus que la véritable force de notre peuple vient non pas de la puissance de nos armes ni de l’échelle de notre prospérité, mais du pouvoir endurant de nos idéaux : la démocratie, la liberté, l’opportunité, et espoir qui ne cède pas. Car tel est le vrai génie de l’Amérique – l’Amérique peut changer. Notre Union peut être perfectionnée » (…)

« Ce soir je pense à une femme qui a voté à Atlanta (…) Ann Nixon Cooper a 106 ans. Elle est d’une génération née juste après l’esclavage (…) à une époque où quelqu’un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons : parce qu’elle était une femme, et à cause de la couleur de sa peau. » [Barack Obama, Discours de Chicago, 5 novembre 2008]

Obama, rêve de Nelson Mandela ?

 » Votre victoire a démontré que personne, partout dans le monde, ne devrait avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur « , a écrit Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, dans une lettre adressée à au sénateur élu, lui souhaitant  » force et courage  » pour les années à venir.

 » Nous sommes convaincus que vous allez finalement parvenir à réaliser votre rêve de faire des Etats-Unis d’Amérique un partenaire à part entière dans une communauté de nations, qui se consacre à la paix et à la prospérité pour tous « , a poursuivi le héros de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la paix.

Obama, rêve d’Aimé Césaire ?

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères,

je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

(…)

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » [Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939]

Sélection Goncourt 2008 (3e et dernière sélection)

Il reste quatre titres en lice pour le Goncourt 2008, qui sera décerné lundi 10 novembre :    
Jean-Baptiste Del Amo : « Une éducation libertine » (Gallimard)
Jean-Marie Blas de Roblès : « Là où les tigres sont chez eux » (Zulma)
Michel Le Bris : « La beauté du monde » (Grasset)
Atiq Rahimi : « Syngué Sabour » (POL)
    
et cinq titres pour le Renaudot, qui sera décerné en même temps que le Goncourt :
Salim Bachi : « Le silence de Mahomet » (Gallimard)
Tierno Monénembo : « Le roi de Kahel » (Le Seuil)
Olivier Poivre d’Arvor : « Le voyage du fils » (Grasset)
Olivier Rolin : « Un chasseur de lions » (Le Seuil)
Elie Wiesel : « Le cas Sonderberg » (Grasset)
        
 

Les Tigres dévorent les prix

Le prix Médicis 2008 du roman a été attribué à Jean-Marie Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux (éditions Zulma). Après le prix du roman Fnac et le prix du jury Giono, Blas de Roblès est également en course pour le prix du Roman France Télévisions (vendredi 7) et pour le Goncourt (lundi 10).
Le prix Médicis 2008 du roman étranger a été attribué à l’écrivain suisse de langue allemande Alain Claude Sulzer, 53 ans pour Un garçon parfait (Jacqueline Chambon), ouvrage sur le thème de l’homosexualité, le premier roman de l’auteur traduit en français.
Le prix Médicis de l’essai a été attribué à Cécile Guilbert pour Warhol spirit publié chez Grasset.

982 haïkus et moi, et moi, et moi

Depuis Nouméa, Le Cri du cagou nous informe par la plume de Denis Lemouton du nombre record de haïkus – 982 poèmes – qui ont concouru au Pilou des mots [Papalagui du 7/10/08], organisé lors du 1er Forum francophone du Pacifique, qui s’est terminé samedi et dont Anne Bihan nous a dressé chronique ici .

Chaque participants à ce concours avait droit à trois haïkus au maximum.

Des 24 poèmes lauréats, citons par exemple :

Un kaori, tout droit / Et mon âme inclinée / Jusqu’à terre. (Lina Guerra, pseudo d’une auteure locale bien connue…)

Archipels épars, / Cultures boomerang, / Avenir commun ? (Samir Bouhadjadj)

Sur l’océan bleu, / L’alizé crée des moutons, / Ma vahiné rit. (Michel Fougère), etc.

Bravo aux lauréats… et à cette corne d’abondance de 982 haïkus qui nous donnent l’envie de nous replonger dans les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, un hypertexte de poésie combinatoire.

Dans la préface de son livre-objet, Raymond Queneau écrivait en 1961 « Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre) ».

(le sonnet régulier : deux quatrains suivis de deux tercets, soit quatorze vers.)

Avec cet ensemble de 982 haïkus, on peut rêver à la combinaison d’une poésie calédonienne que l’on pourrait produire… Commençons par les 24 haïkus lauréats, combinons-les à satiété… ou chantons avec Jacques Dutronc, de ce côté-ci du monde :

Cinq cents milliards de petits Martiens
Et moi, et moi, et moi
Comme un con de Parisien
J’attends mon chèque de fin de mois
J’y pense et puis j’oublie
C’est la vie, c’est la vie

Tant que je serai noire (en français)

De Maya Angelou, noter la première traduction en français par Lori Saint-Martin et Paul Gagné pour les éditions québécoises Les Allusifs de Tant que je serai noire, initialement publié aux Etats-Unis en 1981. Ce quatrième des six voluimes de ses mémoires est présenté comme  » roman « .

Note de l’éditeur :

Figure emblématique de l’histoire des États-Unis, Maya Angelou s’est engagée corps et âme dans le vingtième siècle américain. Tant que je serai noire est le récit de sa vie à partir de 1957 lorsque, décidée à devenir écrivaine, elle part avec son fils, Guy, pour rejoindre Harlem, épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs américains. Elle participe aux bouleversements de l’époque et rencontre des artistes comme Billie Holiday et James Baldwin, et les leaders du mouvement des droits civiques, Malcolm X et Martin Luther King. Enfin, conquise par Vusumzi Make, combattant pour la liberté et les droits des Noirs d’Afrique du Sud, elle part vivre en Afrique, théâtre des luttes anticolonialistes, où elle devient journaliste. Ce récit est l’autoportrait d’une femme exceptionnelle qui a intégré, jusque dans les plus profonds replis de sa vie intime, une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.

Postraciale, la démocratie américaine ?

Dans la presse de ce dimanche, le JDD nous propose plusieurs opinions sur les élections américaines à venir.

De l’écrivain Douglas Kennedy :  » J’espère qu’on va vers une société postraciale.  »

De l’historien et démographe Emmanuel Todd, dont il faut citer la réflexion radicale (pour une part), paradoxale (pour une autre part) :

 » Je serais soulagé si Barack Obama était élu. Mais il faut bien avoir en tête la question du sentiment racial dans l’histoire américaine. On ne paut pas dire : la démocratie aux Etats-Unis est formidable, mis à part un petit problème de racisme qui va être corrigé par l’élection de Barack Obama. Le racisme est le fondement même de la démocratie américaine. Le concept de race a été, aux Etats-Unis, unificateur. L’idéal démocratique s’y est affirmé contre les Noirs et les Indiens. La différence noire est ce qui a permis d’affirmer l’égalité blanche : on est tous pareils parce qu’on est tous blancs, quelles que soient nos origines.  »

Emmanuel Todd prolonge cette analyse radicale [« Le racisme est le fondement même de la démocratie américaine »], par une interrogation paradoxale :

 » Est-ce que l’élection du premier président noir va correspondre à un phénomène de régénération de la démocratie américaine (le mythe du système qui rebondit toujours) ou est-ce que ça va correspondre à un phénomène de dislocation de la démocratie américaine ? On ne sait pas encore.  »

On ne voit pas bien où serait la dislocation, autrement que financière…

A cette vision apocalyptique de la démocratie américaine, Nicole Bacharan oppose une vision optimiste. L’historienne et politologue nous propose une progression historique, par degrés, qu’elle décrit en bonne pédagogue dans son ouvrage, Les Noirs américains, des champs de coton à la Maison blanche, aux éditions du Panama. Son précédent livre sur cette question, publié en 1994 était épuisé (Histoire des Noirs américains au XXe siècle).

Le livre est divisé en six parties, dont les titres sont en progression :

  1. Esclaves ;
  2. Gens de couleur (le temps de la ségrégation) ;
  3. Negroes (le mouvement des droits civiques) ;
  4. Noirs (Malcom X et le Black Power) ;
  5. Afro-Américains (La longue marche de l’intégration : le busing, l’action affirmative) ;
  6. Américains (vraiment) (les années  » sans couleur  » ; l’Amérique réconciliée ?).

Extraits :

1. Esclaves :

(Après l’abolition de l’esclavage en 1865) « … il fallait, pour s’assurer une main d’oeuvre à bon marché et maintenir dans la soumission une race méprisée [ » Maintenir le Noir à sa place « , selon les tenants de la Confédération], inculquer irrévocablement aux Noirs la notion de leur infériorité, et donc interdire toute relation d’égalité entre les races. Par la violence mais aussi par la loi, le Sud imposa alors un système social fondé sur la stricte séparation raciale : la ségrégation.  »

2. Gens de couleur (le temps de la ségrégation) :
En 1944, une équipe de chercheurs, dirigée par l’économiste suédois Gunnar Myrdal, avait publié le résultat d’une grande enquête sur le problème noir aux Etats-Unis, An American Dilemna (…) qui étudiait à la loupe le dilemme dans lequel se débattaient les Américains blancs, tiraillés entre leurs principes égalitaires et l’oprression qu’ils imposaient aux descendants d’esclaves. An American Dilemna contribua considérablement à exposer aux yeux du monde les contradictions de la démocratie américaine.  »

6. Américains (vraiment) :

 Citant le discours de Barack Obama sur la race (Philadelphie, 18 mars 2008), Nicole Bacharan écrit p.480-484 :

 » D’emblée, Barack Obama se situait au-delà de la barrière raciale. Il rappelait comment l’héritage de l’esclavage et de la ségrégation avait enfoncé des générations de Noirs dans la pauvreté, et nourri une vision paranoïaque d’une Amérique qui ne voulait pas d’eux. Mais dans le même temps, il reconnaissait la légitimité du ressentiment des Américains blancs, fils d’immigrants partis de rien, à qui l’on demandait de réparer des injustices du passé dont ils n’étaient pas responsables (…)

Oui, l’Amérique, en quelque quarante ans, avait accompli un parcours qui la portait loin en tête devant bien des pays occidentaux, ceux qui, il n’y a pas si longtemps, pointaient encore du doigt son racisme pathologique. L’Amérique clamait solennellement sur les écrans de tous les continents que les Noirs étaient – enfin ! – des Américains comme les autres. (…)

L’égalité raciale, comme la démocratie et la lutte contre la pauvreté restaient des combats, des chantiers en perpétuelle évolution (…) Ce qui était en train de mourir doucement, c’était la maladie chronique qui avait rongé pendant des siècles l’esprit de certains Américains, notamment au sud du pays, leur obstination viscérale à considérer les Noirs comme des êtres humains inférieurs à eux, jusqu’à vouloir les asservir, parfois les lyncher. « 

La langue française est une langue tahitienne…

Anne Bihan, écrivain de Nouvelle-Calédonie, nous envoie cette correspondance sur le Salon du livre francophone du Pacifique, organisé à Nouméa. Il a fermé ses portes ce samedi 1er novembre à 12h30.

« La langue française est une langue tahitienne, la langue française est une langue kanak… » : ces paroles d’Océanie auront tour à tour réjoui, interpellé, voire choqué les participants de cette première édition.

Coordonné par l’Association des éditeurs et diffuseurs de la Nouvelle-Calédonie, ce salon rassemblait, autour de tables couvertes d’une abondante production éditoriale encore trop méconnue, des auteurs des trois collectivités françaises du Pacifique et du Vanuatu. Un village artisanal complétait cette invitation au voyage faite au visiteur.

La manifestation s’est tenue en lien avec le premier forum francophone du Pacifique, organisé à l’initiative du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en présence de Christian Philip, conseiller personnel du Président de la République pour la francophonie. Ce forum a permis à l’ensemble des Alliances françaises du Pacifique présentes en Océanie, en Australie et Nouvelle-Zélande, de se rencontrer, ce qui n’avait jamais été le cas, et de tenir leur première assemblée plénière

Voix du Pacifique insulaire

Chantal Spitz et Marie-Claude Teissier-Landgraf de Polynésie française, familières du Caillou, étaient accompagnés d’un nouveau venu, Moetaï Brotherson, auteur d’un roman paru en 2007 aux éditions Au Vent des îles, Le roi absent. La lecture par l’auteur d’un extrait de cette histoire écrite à la première personne, celle d’un enfant muet qui pose sur le monde un regard inattendu, aura bousculé les représentations. On est là bien loin des îles paradisiaques, et c’est une langue libre et forte qui s’offre au lecteur.

Les Pensées insolentes et inutiles de Chantal Spitz, auteure également d’un incontournable, L’île des rêves écrasés, auront rappelées si nécessaire combien les voix océaniennes ont dû résister à la déferlante coloniale.

Demeurant désormais en Australie, Marie-Claude Teissier-Landgraf a quant à elle délaissée un peu la Sophie de ses deux romans, Hutu Painu et Aetea roa, voyages inattendus, pour une lecture émouvante de l’article qu’elle a consacré aux très grands peintres installés au Vanuatu, Nicolaï Michoutoutckine et Aloi Pilioko. Il a paru dans le splendide ouvrage des éditions Madrépores consacré à leur 50 ans de création en Océanie, dans le prolongement d’une exceptionnelle rétrospective présentée en 2007 au centre culturel Tjibaou (Commissaire d’exposition et responsable de l’édition : Gilbert Bladinières).

Révélation de ce salon, une jeune poétesse de Wallis et Futuna, Virgine Tafilagi. Professeur d’anglais dans son île après des études en Nouvelle-Calédonie puis à Bordeaux, la jeune femme écrit dans sa langue et autotraduit en français des textes dont la langue éblouie embarque l’auditeur sur les vagues d’un océan que Virginie et les siens ont traversé bien avant que Monsieur de Lapérouse et les autres ne pointent leur nez dans les eaux du Pacifique. Un nom à retenir. Parution de son premier recueil prévu en 2009.

De la francophonie à la francophilie

Mais c’est à l’heure de débattre peut-être que ce salon sera venu rappeler l’absolue nécessité pour les diverses institutions engagées dans la promotion de la francophonie d’entendre la parole des auteurs qui portent chaque jour les mots de la langue française. S’il convient de saluer l’initiative de ce forum et du salon qui lui était associé, force est de constater en effet que les directeurs des alliances du Pacifique et les diplomates réunis à cette occasion auront bien peu fréquenté les écrivains. Au fil des débats engagés par ceux-ci, c’est pourtant toute l’urgence d’un indispensable questionnement qui s’est faite jour.

Vivre sa culture ; écrire dans sa langue ; être lu dans sa langue : ces trois thèmes ont suscité bien des mises au point dont la grande gagnante est peut-être cette « francophilie » que le philosophe Hamid Mokkadem a dans sa conférence préféré à la francophonie. L’une d’elle a quelque peu tordu le cou à l’idée d’un lien indéfectible entre langue et culture, en démontrant quasiment « par les œuvres » combien les auteurs d’Océanie écrivant en langue française parviennent à user, et avec quel talent, de cette dernière. Non pour lui faire rendre gorge, mais pour qu’elle leur rende dans sa chair même cette âme inédite qui est la leur et demeure notre richesse à tous.

Dans le même temps, ces rencontres ont interrogé la proximité entre le français et les langues océaniennes. Elles ont été l’occasion de rappeler la responsabilité de tous les acteurs en présence, politiques, chercheurs, linguistes, éditeurs, auteurs et lecteurs même en matière de défense et de promotion de ces langues. « Quel statut donnons-nous nous même à notre propre langue ? » questionnait Chantal Spitz. La lumière a semblé venir notamment de la littérature jeunesse, de plus en plus abondante en Océanie. Et d’acteurs du livre bien décidé à ne pas céder aux seules sirènes de l’économie pour continuer à promouvoir au minimum un bilinguisme des livres, bilinguisme envers lequel les lecteurs sont finalement mieux disposés que ne l’imaginent parfois les professionnels.

Et c’est ainsi que la langue française est une langue tahitienne, kanak, africaine…  tandis que les langues tahitienne, kanak, africaine sont, elles, des trésors indispensables à cette francophonie de la diversité culturelle qui est à bâtir.

Anne Bihan

Quelques liens :

Site du Salon du livre francophone

http://salondulivrefrancophone.blogspot.com/

Éditions Madrépores

http://www.madrepores.blogspot.com/

Site de Nicolaï Michoutouchkine et Aloï Pilioko

http://michoutouchkine.blogspot.com/