Les Etats-Unis ont une histoire populaire

Conseillé par Benjamin Desveaux, libraire, lors de la soirée de ce 30 octobre, réunissant à la librairie Millepages, sise à Vincennes, deux supporters de Barack Obama, Eddy L. Harris et Jake Lamar, ce livre d’histoire américaine, d’Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis, De 1492 à nos jours, aux éditions Agone (2003).

Le mot de l’éditeur :

Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.

Le mot du libraire :

Une histoire hors des clichés battus.

De haute parlure, tels les coupeurs de route

Un bandit de grands chemins, de haute parlure,

tels les coupeurs de route… cet érudit nous dit :

« Les langues vivent de truchements habiles,

d’emprunts savants, sauvages ou subtils.

Les passe-frontière trépassent de lourds silences

ou traversent le Somaliland, le Balouchistan,

loin des Disneylands.

Quand poète outrepasse, remuent des accents.

Des citoyens aux armes miraculeuses,

Canons rimés à bout touchant,

lâchent des effusions de paroles profuses et propulsives. »

Le bandit banni louvoie devant l’octroi,

fuit les transes du nationalisme confit,

les quant-à-soi et les biffures de métissures.

Le coupeur chevauche de fières cavales d’oralitures.

Bifurcation ? pile ou face ?

Atterrissages, amerrissages, alunissages. Décalages ?

À l’horizon, des joutes de silex jettent des pointillés d’éclats.

Armure de paon, effet papillon,

papilles en attente, insuperposables à des guingois de limules,

reflets liquides de lentilles de phare.

Fleurissent des lentisques bringuebalants.

Au loin… îles… ailes…

Sans limite connue.

Johnny Chien Méchant, réédition

Le roman d’Emmanuel Dongala, Johnny Chien Méchant, qui raconte la vie d’un enfant soldat au Congo, est réédité à l’occasion de son adaptation au cinéma par Jean-Stéphane Seauvaire (production Mathieu Kassovitz). Film salué au dernier festival de Cannes par le prix de l’espoir du Jury, sélection Un certain regard. En librairie le 6 novembre, au cinéma le 26 novembre.

Dix vers cités, dix langues sauvées

  

Les 10 millions de créolophones dans le monde ont sans doute de quoi se réjouir en ce 28 octobre, Journée internationale de la langue et de la culture créole. Les Simon aussi, dont c’est la fête aujourd’hui.

Dans leurs archipels de résistance, les francophones du Pacifique, estimés au nombre d’1 million sur les 200 que compte la planète, peuvent aussi pavoiser : le premier forum francophone du Pacifique a été inauguré ce mardi soir en Nouvelle -Calédonie. Selon l’AFP,   » La Nouvelle -Calédonie  doit être un point de rayonnement pour la francophonie dans cette région du monde », a déclaré Christian Philip, représentant personnel de Nicolas Sarkozy pour la francophonie. Dans cette région à dominante anglosaxone, M. Philip a déclaré :  » la francophonie n’est pas un combat contre l’anglais, mais un combat pour la
diversité linguistique « .

Nonobstant, on apprend que Radio France Internationale (RFI) envisage d’arrêter la diffusion de ses programmes en six langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien), faute d’audience. D’autres langues devraient en revanche être développées, selon le projet de la direction : le français, l’anglais, le  » portugais-brésilien « , l’espagnol, le haoussa (langue officielle au Nigeria, parlée par 50 millions de personnes en Afrique de l’Ouest) et le swahili (langue de 30 à 50 millions de personnes en Tanzanie, Congo, Comores et Mayotte).

On pense à Edouard Glissant qui aime à dire :  » J’écris en présence de toute les langues du monde.  » Dans un entretien accordé à Anne Laffeter des Inrockuptibles, publié ce jour, le poète répond à la question  » L’imprérialisme culturel, notamment celui de la langue, va-t-il perdurer ? « 

Réponse d’Edouard Glissant :

Non. L’hégémonie de l’anglo-américain ne peut se faire qu’au détriment de la langue anglaise en premier lieu. L’anglo-américain est une langue que l’on pourra parler avec entre 500 et 1 000 mots pour gérer les relations internationales, le commerce, les techniques scientifiques, etc.

Or une langue est un corps vivant, qui avance, qui recule, qui a des zones d’ombre, d’hésitation. Je ne crois pas que ce soit une solution viable, pour ce que j’appelle le Tout-Monde, qu’il y ait un usage exclusif d’une langue, puissante dans son étendue, faible dans sa structure. Je crois à l’avenir des petits pays, des lieux qui échappent à la logique infernale des globalisations, qui vivent d’inventions, de ce que vous appelleriez des expédients. Je crois que dans le monde brassé, multiple vers lequel nous allons, les langues vont multiplier leurs possibilités d’existence et de relation.  »

A RFI, langues supprimées, 6 langues  » développées  » ? Le compte y est-il ? Dans le Tout-Monde, des langues qui vivent  » d’expédients « …  Dix vers cités, dix langues sauvées.

Le Grand Cahier de nouveau dans le collimateur

Littérature et ordre moral, rebelote ! Il y a quelques jours, nous évoquions ici l’émoi de parents d’élèves d’un lycée de La Possession à La Réunion, provoqué par la lecture en classe d’une nouvelle de Jean-Luc Raharimanana, Le Canapé, extraite du recueil Rêves sous le linceul.

Cette affaire en rappelait une autre, littérature prise au feu des questions morales soulevées par des parents d’éleves, avec Le Grand Cahier, d’Agotha Kristof.

Et bien, c’est outre-Atlantique que des parents outrés tirent à boulets rouges sur une oeuvre littéraire, comme s’il s’agissait d’un tract appelant à la débauche.

Le Journal de Montréal, du 26 octobre, sous la plume de Joanie Godin titre sur  » Le grand cahier d’Agota Kristof, un livre qui dérange «  Là aussi, il s’agit de parents réactifs et d’une direction d’école acquiessant devant ce  » classique (…) qui allait rester sur les tablettes. « On respire !

Charles Juliet, faim et silence

Au sortir du marché dominical, d’un cabas l’autre, entre tomates et raisin, librairie de L’Atelier, Paris XXe, Ces mots qui nourrissent et qui apaisent (P.O.L), réunis par Charles Juliet dans ce que précise le sous-titre :  » Phrases et textes relayés au cœur de mes lectures « . C’est intéressant parce que ce n’est pas qu’un recueil de citations, classées, façon  » tout sur tout par tous « , mais… l’invitation à un banquet de mots d’esprit, nourritures, phrases et textes  » livrés en désordre (…) répartis à la périphérie d’un cercle dont ils indiquent le centre. Un centre qui est aussi une source et que chacun doit découvrir en lui-même et par lui-même. « 

Au sortir de l’Ecole du service de santé militaire, l’étudiant Juliet fit le point, nous détaille la préface :

 » Quand j’ai découvert l’étendue de mon ignorance et de mon manque de culture, une faim de savoir littéralement dévorante s’est emparée de moi et ne m’a plus lâché. Pris de boulimie, j’ai alors ingéré de nombreux livres. Cependant, la lecture continuait de m’apparaître comme une jouissance défendue, une nourriture qui d’un jour à l’autre pourrait m’être retirée. Il falait que je mette les bouchées doubles et que quelque chose subsiste des livres qui me passaient par les mains. Pour ce faire, j’ai donc pris l’habitude d’en recopier quelques mots, quelques lignes…

(…) Que fait-on de ce qu’on sait ? Que fait-on de ce que la vie dépose en nous au fur et à mesure que passent les années ? Et moi, qu’allais-je faire de ces cahiers ? (…) Je me suis décidé à transmettre – en toute modestie et simplicité – ce que j’ai reçu à profusion, ce que mon travail d’écrivain m’a apporté…  »

Exemple, au hasard, p. 65, cette citation de Chet Baker, relevée par Charles Juliet himself : Jouer, « c’est jouer du silence ».

A noter, dans le recueil de poèmes précédant de Charles Juliet, L’Opulence de la nuit  (P.O.L, 2006), ce goût du mot nourrissant :

Quand j’ai faim tout me nourrit

racontait cette chanteuse

dont le nom m’est inconnu…

et ce dépouillement, tel que relevé par Astrid de Larminat :

Il n’a pas à triturer puis polir les mots

qu’il emploie

Il laisse son silence

les épurer les fertiliser.

 

En 1891, Emile Zola, L’Argent et la Banque universelle…

L’éditeur (le LDP) :  » Dix-huitième volume des Rougon-Macquart, L’Argent est le premier grand western financier des temps modernes : bilans falsifiés, connivences politiques, fièvre spéculative, manipulations médiatiques, rumeurs, scandales, coups de bourse et coups de Jarnac, lutte à mort entre les loups-cerviers de la finance qui déjà rôdaient chez Balzac. S’inspirant de quelques faits divers retentissants, Zola décrit le culte nouveau du Veau d’or, la vie secrète de son temple, l’activité fiévreuse de ses desservants ; il dénombre ses élus et ses victimes.  »

Aristide Rougon se fait appeler Saccard,  » un nom qui sonne comme un sace de pièces « . Il est décidé à monter une banque universelle…

Extrait :

La lettre du banquier russe de Constantinople, que Sigismond avait traduite, était une réponse favorable, attendue pour mettre à Paris l’affaire en branle ; et, dès le sur-lendemain, Saccard, à son réveil, eut l’inspiration qu’il fallait agir ce jour-là même, qu’il devait avoir, d’un, coup, avant la nuit, formé le syndicat dont il voulait être sûr, pour placer à l’avance les cinquante mille actions de cinq cents francs de sa société anonyme, lancée au capital de vingt-cinq millions.

En sautant du lit, il venait de trouver enfin le titre de cette société, l’enseigne qu’il cherchait depuis longtemps. Les mots : la Banque universelle, avaient brusquement flambé devant lui, comme en caractères de feu, dans la chambre encore noire.

 » La Banque universelle, ne cessa-t-il de répéter, tout en s’habillant, la Banque universelle, c’est simple, c’est grand, ça englobe tout, ça couvre le monde… Oui, oui, excellent ! la Banque universelle ! « 

(…) En haut, devant la caisse, Saccard reconnut Sabatani, qui venait toucher des différences ; et il fut surpris de la poignée de main cordiale que l’agent échangea avec son client. D’ailleurs, dès qu’il fut assis dans le cabinet, il expliqua sa visite, en le questionnant sur, les formalités, pour faire admettre une valeur à la cote officielle. Négligemment, il dit l’affaire qu’il allait lancer, la Banque universelle, au capital de vingt-cinq millions. Oui, une maison de crédit créée surtout dans le but de patronner de grandes entreprises, qu’il indiqua d’un mot. Mazaud l’écoutait, ne bronchait pas ; et, avec une obligeance parfaite, il expliqua les formalités à remplir.

Sélection du prix Décembre 2008

Au choix du jury : Mathias Enard, auteur de Zone (Actes Sud) également sur la liste du prix France Télévisions, Tristan Garcia, pour La meilleure part des hommes (Gallimard), en lice pour le Médicis et le Flore, et Denis Podalydès, auteur de Voix off (Mercure de France), sont dans la dernière liste du prix Décembre.

Le prix Décembre sera attribué le 12 novembre, dit-on.

L’écriture propulsive

Un atelier d’écriture c’est une métamorphose. On y entre pour écrire mieux, autrement. On explore des textes comme les aventuriers des territoires, des mers, des horizons. On ressort comme d’une forêt vierge, fourbus de travail, heureux de slalomer entre les bouts-rimés, de proposer des pastiches, de lire à voix haute un texte de son cru. On n’y croit pas. On s’émerveille pour un rien. On nage dans un petit bonheur.

On examine les phrases dans leurs séquences, leurs entre-deux, comme des montages au sens du cinéma, de la vidéo. Ou des phrases dont un mot, un seul donne toute la vigueur. Un verbe par exemple, qui tend la phrase comme une arbalète. La phrase qui catapulte la lecture, le lecteur. Ou, au contraire, le chicane, le taquine. Ou des phrases dont le seul adjectif décale le propos, le rendant plus grave, ou plus léger.

Un atelier d’écriture nous propulse dans l’écriture facile. Nous propulse.

Sélection du prix Médicis 2008

Qui sera lauréat ? Réponse le 5 novembre.

Domaine français
La plage de Trouville, Carole Achache (Stock)
C’était notre terre, Mathieu Belezi (Albin Michel)
Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)
Ce que nous avons eu de meilleur, Jean-Paul Enthoven (Grasset)
La meilleure part des hommes, Tristan Garcia (Gallimard)
Disparition d’un chien, Catherine Lépront (Le Seuil)
La traversée du Mozambique par temps calme, Patrice Pluyette (Le Seuil)
Un chasseur de lions, Olivier Rolin (Le Seuil)

Domaine étranger

Sur la plage de Chesil, Ian McEwan (Gallimard)
Le soleil se couche à Sao Paulo, Bernardo Carvalho (Métailié)
Chaos calme, Sandro Veronesi (Grasset)
Contre-jour, Thomas Pynchon (Le Seuil)
L’homme qui tombe, Don DeLillo (Actes Sud)
Melnitz, Charles Lewinsky (Grasset)
La chute de Troie, Peter Ackroyd (Philippe Rey)
Un garçon parfait, Alain Claude Sulzer (Jacqueline Chambon)
L’état des lieux
, Richard Ford (L’Olivier)
Arbre de fumée, Denis Johnson (Christian Bourgois)

Essais
L’infant de Parme, Elisabeth Badinter (Fayard)
Promenades sur la lune, Maxime Cohen (Grasset)
L’harmonie des plaisirs, Alain Corbin (Perrin)
Sans offenser le genre humain, Elisabeth de Fontenay (Albin Michel)
Warhol spirit, Cécile Guilbert (Grasset)
Crack, Tristan Jordis (Le Seuil)
Le jour où mon père s’est tu, Virginie Linhart (Le Seuil)
Les inachevées, Isabelle Miller (Le Seuil)
Voix off, Denis Podalydès (Mercure de France)
Le grand dérèglement, Patrick Wald Lasowski (Gallimard).