Les Roms ? Pas un écran de fumée…

Août serait-il un mois en  » R  » ? La prétendue fuidité estivale doit bien s’accommoder de la rugosité du réel : les Roms avant la « Rentrée littéraire »… l’abécédaire de fin d’été passe par « Ranger sa bibliothèque ». C’est l’occasion de retrouver des livres délaissés, oubliés, ou toujours en attente de lecture… Se munir de l’indispensable Perec : Penser-classer (ici dans sa première édition chez Hachette littératures en 1998), qui sait nous rassurer : « C’est une opération éprouvante, déprimante, mais qui est susceptible de procurer des surprises agréables, comme de retrouver un livre que l’on avait oublié à force de ne plus le voir, et que, remettant au lendemain ce qu’on ne fera pas le jour même, on redévore enfin à plat ventre sur son lit. »

Ainsi ce Waberi rangé entre un « Continents noirs » et un « Folio » ou un « Lattès », recueil de poèmes qu’on n’imaginait pas si près de soi, Les nomades, mes frères vont boire à la grande ourse, 1991-1998 (Pierron, 2000) qui nous amène par association d’idées à ce Menyhért Lakatos, Couleur de fumée, un Actes Sud XXL sur lequel je n’ai pas encore mis la main. Un livre dont le format m’a toujours causé du souci.

En attendant, voyons Internet qui regorge de belles références sur la culture Tsigane ou l’association Sar Phirdem par exemple.

Ranger… de quoi rager… quand on cherche en vain (pour l’instant) le livre qu’on aimerait lire ou relire sur le champ, tant de toutes parts montent les relents nauséeux des rodomontades populistes.

Lire dans les commentaires ci-dessous le poème de Capitaine Alexandre : « Je suis un R.O.M., allez leur dire, Résistant d’Outre-Mer… »

Bradury, jeune révolutionnaire de 90 ans

Ray Bradbury qui aura 90 ans le 22 août appelle les Etats-Unis à la révolution. Dans un entretien au Los Angeles Times , il dénonce : « Il y a trop de gouvernement aujourd’hui. Il faut rappeler que le gouvernement devrait être celui du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

Il en veut à Obama d’avoir arrêté la conquête de la lune : « Nous n’aurions jamais dû renoncer à cela. Nous devrions aller sur la Lune et y installer une base, pour y lancer une fusée à destination de Mars, puis aller sur Mars et la coloniser. Une fois que nous aurons fait cela, nous vivrons pour l’éternité », a-t-il affirmé au quotidien californien.

Le LA Times rappelle l’avanie que l’auteur qui a sa plaque sur Hollywood Boulevard avait adressé à Clinton en 1981, alors qu’il était l’un des auteurs les plus prisés d’Hollywood. Une semaine spéciale est organisée à l’auteur culte.

L’admirable auteur des Chroniques martiennes et de Farenheit 451 serait-il le dernier révolutionnaire ?

Malfini… quand des francophones explorent un « écart »

Mon ignorance coupable laissait à l’écart de ce blog le site Malfini d’un groupe d’enseignants et d’étudiants de l’École normale supéreure Lettres et sciences humaines de Lyon. Défini comme une « publication exploratoire des espaces francophones », il fait la part belle à l’intense activité littéraire de la Martinique : « Malfini sonne et se lit tel un mot français, explique dans sa présentation Cécile Van den Avenne, maître de conférence en sciences du langage sa morphologie, son étymologie, sa forme sont françaises et cependant il résiste à l’immédiate compréhension. Il peut devenir emblématique de notre rapport non-simplifié à ce qui est tout à la fois notre objet d’étude et notre point de départ, les espaces francophones. Ce terme même d’espace francophone n’est pas sans difficulté, pour désigner ces espaces où la langue française se parle, où elle circule, il peut sembler masquer les interactions plus ou moins complexes avec une autre, d’autres langues. En tant que francophones nous-mêmes, les pluralités linguistiques des espaces francophones nous confrontent à l’étrangeté dans la familiarité, à l’écart, à la mise en doute de l’universelle compréhension. »

Bonne lecture…

Films d’Haïti au festival de Douarnenez (Bretagne)

Des films récents sur Haïti sont programmés au festival de cinéma de Douarnenez, spécial Caraïbes pour cette édition du 21 au 28 août 2010, avec le Collectif 2004 images et Gens de la Caraïbe :

Chronique d’une catastrophe annoncée, d’Arnold Antonin (2010) – 20’
Déportés d’Haïti, de Rachèle Magloire et Chantal Regnault (2010) –

La sculpture peut-elle sauver le village de Noailles? d’Arnold Antonin (2009) – 36’
ou des classiques, tels que :

Divine Horsemen, de Maya Deren (1977) – 50’
L’homme sur les quais, de Raoul Peck (1993) – 105’
Gouverneur de la rosée, de Maurice Failevic (1975) – 107’
ou de bons films (fiction ou documentaire) :

Haïti Chérie, de Claudio Del Punta (2008) – 99’
Haïti la fin des chimères, de Charles Najman (2004) – 70’
Des hommes et des dieux, d’Anne Lescot et Laurence Magloire (2002) – 52
Haïti, le chemin de la liberté, d’Arnold Antonin (1974) – 92’
L’agronome, de Jonathan Demme (2003) – 91’
Les enfants du coup d’Etat, de Rachèle Magloire (2001) – 52’
Les illuminations de Mme Nerval, de Charles Najman et Emmanuelle Honorin (1999) – 75’
Madame Ti Zo, de David Belle (2004) – 64’
Moloch Tropical, de Raoul Peck (2009) – 107’
Port-au-Prince ma ville, de Rigoberto Lopez (2000) – 52’
Tiga rêve, possession, création, folie, d’Arnold Antonin (2001) – 52’

et le très attendu travail du Ciné Institut de Jacmel .

En présence de : Arnold Antonin, Rachèle Magloire, Anne Lescot, Jean-Bernard Bayard, Donald Charles, Charles Najman (réalisateurs), Gary Victor (écrivain), Chantal Regnault (photographe), Carlton Rara (musicien), Laennec Hurbon (sociologue), etc.

En Belgique, Ewa Aytiti !

L’automne 2010 devait montrer la création haïtienne en Belgique. Mais le 12 janvier, un séisme a ravagé Port-au-Prince. En attendant les Belges et leurs voisins se consoleront avec « Ewa Ayiti ! », c’était le nom de la manifestation, de se donner un rendez-vous théâtral (Ayiti de Daniel Marcelin) et musical (Ti-Coca) les 18 et 19 septembre à la Ferme du Biéreau, avenue du Jardin botanique, 1348 Louvain-la-Neuve, et du 15 septembre au 17 octobre 2010 avec une exposition de l’œuvre de Mario Benjamin, en résidence d’un mois au Botanique de Bruxelles. Exposition également à la galerie Nomad de la capitale belge, jusqu’au 13 novembre.

Guitar Drag, le son du lynchage

Avec Guitar Drag , film de 14′ visible aux rencontres photographiques d’Arles, le spectateur se replonge dans l’histoire raciale des Etats-Unis. A un an d’intervalle, le même festival nous aura présenté, en 2009, Without Sanctuary, plusieurs dizaines de cartes postales de lynchage, une exposition absolument sidérante, et donc en ce moment, jusqu’au 19 septembre 2010, un film de Christian Marclay, tourné en 1999 à San Antonio (Texas).

Tirée par un gros pick-up et reliée à un ampli de bonne taille, une guitare électrique émet le son que renvoient les revêtements sur lesquels elle est traînée au long de son parcours, macadam de la route, terre des chemins, herbes des plaines. En soi, c’est-à-dire seul, hors contexte, le film ne dit rien que les sons stridents, suraigus et perçants d’une guitare écorchée.

Or, nous explique à l’entrée de la salle de projection, Emma Lavigne, commissaire de l’exposition : « Guitar Drag est un morceau de punk-rock nourri de la rudesse du blues, un manifeste qui nous emmène dans un Texas en proie au racisme, où continuent à se perpétrer des crimes, tel celui de James Byrd, un Africain-Américain mis à mort après avoir été traîné par un camion, variante contemporaine du Strange Fruit chanté jadis par Billie Holiday. Dans Guitar Drag, Marclay a fait de la guitare électrique le prolongement le plus émouvant qui soit du corps humain. »

En juin 1998, « un meurtre raciste secoue le Texas », selon le titre de l’artcile de Sylvie Kauffmann (Le Monde, 12/06/98) : « Trois repris de justice blancs américains en virée dans un pick-up, un samedi soir tard, emmènent un Noir américain qui rentre chez lui à pied d’une fête de famille. Ils l’entraînent sur un chemin isolé, le passent à tabac puis accrochent son corps au véhicule à l’aide d’une chaîne. Ils traînent ensuite sur plus de 3 kilomètres la victime dont le corps sera retrouvé décapité et démembré par la violence des chocs multiples. »

Ce crime inspiré de l’idéologie raciale du lynchage a eu d’énormes répercutions sur la société américaine, jusqu’à l’’adoption en octobre 2009 d’une loi sur les crimes de haine, le Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act. texte qui complète la loi de 1968, signée par le président Lyndon Johnson une semaine après l’assassinat de Martin Luther King, en vertu de laquelle s’attaquer à une personne en raison de son origine ethnique ou de sa religion est un crime fédéral.Alors, on relit le texte complet de la présentation d’Ella Lavigne : « L’œuvre de Christian Marclay, artiste américain né en 1955, révèle, au-delà de son inscription dans une trajectoire reliant Marcel Duchamp au pop art et à Fluxus, une énergie punk qui lui confère une dimension éminemment subversive. La permanence de l’esthétique punk dans son œuvre, des premières performances en 1979 à son installation Crossfire (2007), est remarquable et peut s’expliquer à la fois par la force et la richesse de suggestions musicales et scéniques du punk qu’il découvre en arrivant à New York en 1978, alors qu’il est étudiant en art, avec des groupes et des musiciens comme DNA, Mars, Lydia Lunch, Glenn Branca. The Kitchen, sous la direction musicale de Rhys Chatam, le CBGB et le Mudd Club sont fréquentés par les musiciens comme par les jeunes artistes, alors exclus du réseau des galeries d’art. La découverte de Sid Vicious, que Marclay voit en concert au Max’s Kansas City – après la séparation du groupe Sex Pistols – a sur lui un impact considérable. La guitare électrique est l’unique protagoniste de Guitar Drag (2000), scénario qui confronte le public plongé dans le noir dans un face-à-face avec une image occupant tout l’espace de projection. Le son de ce solid body traîné par un camion et qui se fracasse sur le sol du désert texan est saturé par un puissant ampli qui fait hurler l’instrument. »Avec Guitar Drag, l’art contemporain montre une fois de plus le lien nécessaire entre l’œuvre elle-même (un film) et son contexte (la société). Le spectateur entend ainsi hurler la victime pendant 14′, alors que la guitare-corps est frottée, récurée, battue, étrillée, raclée, limée, grattée, maltraitée, poncée, rossée, râpée, froissée, frappée, briquée, décapée, effleurée, érodée, grattée, ratissée, récurée, ruginée, ripée, regrattée, curée… en une folle volonté de la blanchir ?Ce film prend place dans un ensemble d’expositions en Arles, I am a cliché, éloge de l’esthétique punk, dont on lira avec intérêt quelques chroniques ou critiques par Lunettes rouges, Le Temps, Jean-Clet Martin, etc.