L’ambassadeur français refuse de serrer la main de Jean-Claude Duvalier (Radio Kiskeya)

Après le poète Anthony Phelps, c’est à l’ambassadeur français en Haïti, Didier Le Bret, de mettre à l’index l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, alias Baby Doc, comme le rapporte Radio Kiskeya, le 23 juin 2012 [Papalagui, 25/06/12].

« Ce rare incident diplomatique entre Didier Le Bret et l’ancien tyran s’est déroulé samedi, en présence de témoins, chez les frères de Saint-Louis de Gonzague, à l’occasion de l’anniversaire de la fondation de cette école congréganiste phare.

Jean-Claude Duvalier a été samedi au centre d’un incident diplomatique chez les frères de l’instruction chrétienne Saint-Louis de Gonzague où l’ancien dictateur s’est vu refuser la poignée de main qu’il voulait échanger avec l’ambassadeur de France, Didier Le Bret, a rapporté un témoin privilégié à Radio Kiskeya.
Cette scène s’est produite dans l’enceinte de l’établissement congréganiste lors de la cérémonie commémorative de son 122e anniversaire qui coïncidait avec les cinquante ans de vie religieuse du frère Serge Larose, ancien responsable de l’institution. »

La suite sur le site de Radio Kiskeya.

Anthony Phelps vs JC Duvalier : son éditeur français affiche sa solidarité

Après la prise de position du poète Anthony Phelps qui vient de refuser d’être honorer par le président d’Haïti Michel Martelly [Papalagui, 16/06/12], son éditeur français, Bruno Doucey, s’est associé à ce refus dans un communiqué publié le 24 juin, intitulé « Contre l’impunité de Jean-Claude Duvalier en Haïti » :

« Pour exprimer son indignation devant l’impunité dont continue de jouir l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, le grand écrivain haïtien Anthony Phelps vient de refuser d’être honoré par le président d’Haïti Michel Martelly. « Je ne saurais accepter un hommage en temps qu’auteur de Mon pays que voici, tant et aussi longtemps que Jean-Claude Duvalier ne sera pas traduit en justice » a écrit Anthony Phelps au président Martelly le 15 juin dernier.
Agé de 83 ans, et vivant en exil au Québec depuis plus de 45 ans, après avoir connu les geôles du dictateur, Anthony Phelps associe une œuvre magistrale à une droiture d’esprit qui fuit résolument toutes les compromissions. Nous qui venons de publier son anthologie
personnelle, invitation à découvrir 50 ans d’une œuvre poétique colossale, sommes solidaires de cette courageuse démarche. Tous les haïtiens connaissent son livre culte Mon pays que voici, hymne à son île natale, publié en pleine dictature, et son refus de cette décoration est une véritable onde de choc. Son geste est l’honneur de la littérature
haïtienne. »

Anthony Phelps : « Que JC Duvalier soit traduit en justice »

lu dans Le Nouvelliste (15/06/12), cette lettre ouverte d’Anthony Phelps :

« J’ai lu, avec étonnement, dans Le Nouvelliste, que j’ai reçu un hommage in abstentia, du président Martelly. Le 4 juin dernier j’ai reçu un courriel, m’annonçant que je serais honoré, en compagnie d’un groupe d’écrivains, par le président Martelly, et que je devrais prévoir quelqu’un pour me représenter. Ce courriel qui n’était pas envoyé par le bureau de la présidence, ne disait pas à quelle occasion devait avoir lieu cette cérémonie. Sans plus de précision, j’ai décliné l’invitation par courriel. De toute façon je ne saurais accepter un hommage en temps qu’auteur de Mon Pays que voici, tant et aussi longtemps que Jean Claude Duvalier ne sera pas traduit en justice. »

Dernier titre en date d’Anthony Phelps, sa très belle anthologie : Nomade je fus de très vieille mémoire (éd. Bruno Doucey)

« Mon pays m’envahit » (le coup de colère des galeristes Monnin en Haïti)

Fondée en 1956, la galerie Monnin à Port-au-Prince, est l’un des plus importantes de la capitale haïtienne. Elle a représenté ou continue de représenter des artistes de renommée internationale : Préfète Duffaut, André Pierre, Carlo Jean-Jacques, Manés Descollines, Saint-Louis Blaise, etc.
Michel Monnin et sa fille Gaël disent leur colère, dans un texte intitulé dans Le Nouvelliste « Petit à petit mon pays m’envahit », dont voici les premières lignes : 
« Moi, Galerie Monnin, 19, rue Lamarre, Pétion-Ville, n’ai-je pas le droit de me considérer comme l’héritage commun d’une nation créative? Ne suis-je pas devenue au fil du temps une perle de patrimoine culturel? Et voilà que mon passé au 382 du boulevard Jean-Jacques Dessalines, où je vivais coincée entre la boulangerie Vénus et le Dépression-Bar, me rattrape, me dépasse, me fracasse…..
En 1980, j’ai fui Port-Fatras, Port-no-Parking et la dépression qui me menaçait pour me réfugier à Pétion-Ville, petite ville dortoir sans circulation et brouhaha ! Mais aujourd’hui je me retrouve confrontée aux mêmes problèmes, avec l’insécurité en sus ! Dois-je fermer mes portes à tout jamais ou continuer à vivre stressée dans mon pays qui s’engloutit sous le poids de la démographie, la démagogie, l’anarchie, la misère et les inondations ? Comment survivre dans ce chaos qui risque de se convertir en k-o avant la limite du douzième round « 

 

Makenzy Orcel dans une école de Delmas 33 (Port-au-Prince)

Un témoignage de Makenzy Orcel, écrivain, « au nom de la générosité vraie et belle », 22 mars 2012 11h, Delmas 33, Port-au-prince, Haiti :

« Une rencontre. Un moment lumineux avec les enfants de l’école COPH dirigée par Dominique Pierre et Jacqueline Fabius qui s’occupent de leur éducation, de leur bien-être mental et alimentaire depuis après le séisme qui ravagé le pays. L’école est totalement gratuite. Dans un cadre enchanteur, où elles et leur petite équipe de bénévoles travaillent du matin au soir. Un exemple poignant de générosité et d’humanité. Ces enfants sont majoritairement issus des quartiers difficiles, qui rêvent d’être des hommes et des femmes utiles, d’avoir un demain meilleur. Ils sont environ une centaine, et ont entre 5 et 14 ans. Il y en a qui sont encore sous des tentes ou en domesticité chez des inconnus… Les deux femmes sont très dévouées. Elles sont debout. Elles veulent aller jusqu’au bout. Elles ont besoin d’épaules, de bras, de conseils, de formateurs, de livres, etc., Que les plus forts aident les plus faibles pour une société plus forte, plus juste. »

Voici leurs coordonnées : 50934627023 / dominpier04@yahoo.com
50931708410 / jfabulous@hotmail.com

 

L’arc-en-ciel des Frankolorés

« J’ai enlevé le S dans Ida et ça a donné un prénom de femme : Ida. Alors, j’ai pris Ida comme prétexte pour écrire, décrire ma haine, mon désenchantement, de cette île, de ce pays désenchanté qui fut une île enchanteresse ».

« Incessants-Ida », monologue de et interprété par Guy Régis Jr, Petits massacres urbains répétés et répétitifs, pour égorger la tranquillité. Dans le cadre des lectures Les Frankolorés, les 27 mars à Vienne et 29 mars à Budapest.

Le peintre haïtien Burton Chenet aurait été assassiné

Dragon Apocalyptique (1994), huile sur toile (59 x 50)

Le célèbre peintre haïtien Burton Chenet a été assassiné mardi soir dans sa résidence à Turgeau par un inconnu qui s’est introduit dans sa maison, selon Haïti Press Network.

« Chenet est le chantre de la culture haïtienne et le plus discret des Grands », a déclaré le peintre Philipe Dodard, contacté par HPN, qui s’est dit dévasté par cette nouvelle.

Selon les informations obtenues auprès de la famille, un inconnu qui s’est introduit dans la maison du peintre au cours de la nuit de mardi a fait feu sur lui à bout portant lorsqu’il s’est réveillé.

Réaction de l’essayiste Philippe Bernard :

« Burton Chenet a été assassiné aujourd’hui (voir son site). C’était un homme calme et  généreux, un peintre de grande originalité. J’ai peur pour Frantz  Zéphirin. Il avait réussi à repartir récemment en Floride, mais les  salopards omnipotents et protégés ont détruit une partie de son temple. Frantz revient donc pour réparer. Vous le savez, ce temple, c’est l’histoire de sa grand-mère, un lien puissant que vous connaissez mieux que moi. Je crains que tout cela n’ait été fait que dans ce but : le faire revenir puisqu’il leur avait échappé. Ils ont
dit qu’ils le tueraient.
J’ai peur qu’ils y parviennent. »

Réaction de Patrice Dilly, de l’Espace Loas, à Nice :

« C’était le jour du printemps, ce n’était pas son jour. Lâchement assassiné dans la nuit du 20 au 21 mars, notre ami Burton nous a quitté sans le désirer dans sa 55 è année. Un individu armé s’est introduit chez lui et a tiré, sauvagement, en utilisant des balles explosives. Son épouse Christine est grièvement blessée.

Burton Chenet s’est illustré comme l’un des meilleurs professeurs d’arts plastiques d’Haïti. Son dévouement comme professeur de dessin à l’ENARTS reste inoubliable. Il a considérablement contribué à la formation de prestigieuses générations de peintres, notamment celles des années 80-90. (…) Nous saluons la mémoire de ce talentueux peintre, cet explorateur infatigable des immenses richesses artistiques et culturelles de son Haïti chérie. Burton et son imaginaire se sont imposés auprès d’un large public haïtien et étranger. Il laisse des images captivantes qui resteront gravées dans notre mémoire de peuple et qui doivent être transmises aux générations futures.

« Chenet est le chantre de la culture haïtienne et le plus discret des Grands », a déclaré le peintre Philipe Dodard. « Burton est un impressionniste, mais il peut s’aventurer vers le cubisme ou aller vers les outrances du fauvisme », dit Lori Manuel

La disparition brutale de l’artiste vient allonger la liste des innombrables victimes de l’insécurité criminelle en Haïti où environ 150 personnes ont été tuées depuis le début de l’année, selon des données compilées par le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), une ONG locale. »


En Haïti, l’Écrit jusque dans les camps, jusque dans les rues

Entendu dans les rues de Port-au-Prince début février, un poème de Samuel, cireur de chaussures authentique :

Je suis celui

Qui dans dans le feu

Avec mon tabour en eau

Fluide de mon sang

Noirci par la brise de du soir.

À l’occasion du festival Étonnants voyageurs (1er au 4 février 2012), nous avons marché sur les brisées de Dominique Batraville, auteur du recueil de poèmes Semelles de braise (éditions Presses nationales d’Haïti, collection Souffle nouveau), où il écrit dans son poème Élégie de Port-au-Prince :

Juché sur mes semelles de braise

je regarde décombres et catacombes

avant de chanter et les sémaphores de ma ville.

Moi, ange de charbon, j’entends capter d’autres

oracles

en quelques fractions de secondes.

À lire, dans Le Nouvel Observateur, l’article de Grégoire Leménager, Haïti : Génération séisme, où il écrit notamment : « Dans une ville où le seul cinéma encore debout, le mythique Eldorado, cherche de l’argent pour enfin rouvrir ses portes, le métier d’écrivain a de quoi faire rêver ceux qui ont eu la chance d’apprendre à lire (on compte officiellement 50% d’analphabètes). Mieux: à Paris, Nice ou Lisieux, la conseillère d’orientation ferait tout pour dissuader un gamin d’espérer vivre de sa plume; ici, avec un chômage qui touche les deux tiers de la population, cette vocation ne semble pas plus absurde qu’une autre. Au contraire. Le « peuple de peintres » salué par Malraux est aussi un peuple de poètes. »

Toujours de Grégoire Leménager dans BibliObs, Une journée avec Laferrière au pays des poètes et la page Paroles d’Haïti.

Dans Libération, lire les articles de Frédérique Roussel, Haïti reprend goût à la vie par l’écrit et un entretien à Port-au-Prince avec Lyonel Trouillot.

Et le site Étonnants voyageurs.