« L’Ange de charbon » de Dominique Batraville

L’Ange de charbon de Dominique Batraville (éditions Zulma) est un roman au style emporté. Son héros est emporté par son verbe et son errance dans Port-au-Prince post-séisme. Malgré sa taille raisonnable de 180 pages, le livre est extravagant. C’est l’histoire d’un nègre d’origine italienne qui croise sur son chemin des belles de nuit et des saints de toutes sortes dans la profusion d’un délire qui tient du chant, d’une quête identitaire, d’une épopée dans une ville-mouroir. L’Ange de charbon emprunte à la bouffonnerie satanique d’un Lautréamont, à l’écriture chaotique de Frankétienne et à la verve surréaliste dans une ville jamais complètement sure de son nom : Port aux crimes, Port aux putes, Port aux crasses.

Éros dans une bibliothèque limougeaude

Les passions littéraires des universitaires restent quelquefois confinées dans la ouate timide de communications ânonnées pour d’autres universitaires. Et pourtant… certains réussissent à nous émouvoir en évoquant l’oxymore d’un titre tel Éros dans un train chinois (1990) ou la fraternité d’Un Arc-en-ciel pour l’Occident chrétien (1967) ou encore la tendresse de l’homme Depestre. C’est curieux qu’autant de passions se contiennent dans autant d’années d’études et ne débordent pas dans les rues de Limoges, en Auvergne et dans le reste du monde. Des universitaires réunis à la Bibliothèque de Limoges, propriétaire du fonds Depestre, et qui viennent de Dublin, New-York, Grenade, Nice, Montpellier.

Le 10-Mai haïtien de Nantes

Premier port négrier français avec 1800 navires en expédition et plus de 500 000 captifs africains déportés, Nantes s’est réconcilié avec son passé. Elle a inauguré le Mémorial de l’abolition de l’esclavage en 2010 et pour ce 10-Mai, la ville aujourd’hui dirigée par une femme de 35 ans, avait invité Haïti, première république noire. Nantes, qui commémore pour qu’une histoire commune soit partagée, est une belle réponse aux polémiques entendues à Villers-Cotterêts où le maire ne voulait pas de commémoration.

Interviews, successivement : la maire de Nantes Johanna Rolland,  l’écrivain Frankétienne et l’artiste Erol Josué.

Auteur et commentaire : Christian Tortel, images Mourad Bouretima, son Gilles Mazaniello, montage : Barbara Bailhache, mixage : Jean-Pierre Arnaud. Production : France Ô, France-Télévisions.

Quatre ans après, Haïti est dans quel État ?

Une cabane aux couleurs pop et flashy, avec cette profession de foi : « bank », en gros caractères jaunes entourés d’orange. Dans la moitié supérieure, un homme assis fixe l’objectif, tranquillement. Ce n’est pas une marionnette surgi d’un castelet, mais un tenancier de borlette, la loterie du pays d’Haïti. L’image est en légère plongée, révélant l’isolement de l’enseigne, au bord d’un chemin, alors que le fond se perd dans la campagne. C’est l’une des 80 photos d’État (éditions Photosynthèses), titre sec comme un Dalloz signé par deux passionnés d’Haïti, Paolo Woods et Arnaud Robert.

Dans la catégorie des admirateurs d’Haïti, on connaissait l’écrivain qui s’est acheté un pied à terre (je pense au Nord-Américain Madison Smartt Bell), l’amateur qui rêve de tourisme solidaire, l’humanitaire qui aimerait aider, l’architecte de l’urgence, l’éminence grise (Régis Debray).
Woods et Robert entrent dans la catégorie des journalistes au long cours… dans la noblesse du grand reportage, nourris de ce que les autres dépensent sans compter : le temps, l’écoute, un vouloir obscur.
Ils sont à l’aise dans le monde et leurs langues, car à l’aise avec eux-mêmes, dans leur identité multiple. Ainsi Paolo est italien, ascendance néerlandaise et canadienne. Arnaud est suisse mais pas enfermé dans les montagnes alpines. Tous deux aiment le chaud qui fait sens, pas le chaud de la grande catastrophe. Bien entendu, les répliques symboliques ou sociales du grandissime séisme de 12 janvier 2010 sont présentes dans ce beau livre au titre minimal en forme de litote, titre à l’ironie cinglante qui suggère beaucoup. Car l’État est absent partout et partout absent en Haïti comme dans ce livre, trois ans de travail publié en 245 pages, 80 photos et six chapitres : Présidents / Propriétaires / Blancs / Leta (« l’État » en créole)/ Substituts / Dieux.
Woods et Robert forment un duo hors normes, pas prisonnier de la photogénie esthético-exotique du vaudou qui est relégué à la fin… dans la catégorie « Dieux ». Après tout, le dieu argent existe en Haïti comme ailleurs.
Comme ailleurs ? À voir… L’une des vertus, déjà affichées dans leurs articles textes et photos publiés dans la presse, est de nous montrer l’entrepreunariat haïtien à l’œuvre. Pas dupes de la misère, le tandem Woods/Robert s’intéresse aux businessmen aussi.
Sans compromis, ils disent ce qu’ils ressentent de ce pays, qu’il aiment. On ne s’installe pas dans le pays de Dessalines (Woods habite Les Cayes dans le Sud depuis novembre 2010, Robert l’a sillonné) sans le désir de passer outre ce qui a déjà été montré. Qu’ils veuillent déjouer les clichés, cela va de soi. Ils sont allés loin sur cette voie : dans État la normalité haïtienne triomphe alors que, de prime abord, tout semble extraordinaire.
A feuilleter ce livre, on pense à Raymond Depardon et au titre de sa rétrospective en cours au Grand Palais, à Paris : « Un moment si doux ». Il y a beaucoup de douceur dans les photos de Paulo. Ses yeux bleus clairs, d’un bleu cérulé, très clair ? Son approche, lente et réfléchie, cadre avec le propos introductif :
« De ce pays minuscule dont la population ne dépasse pas les dix millions d’habitants nous avons voulu montrer une partie de l’écheveau des compétences, des magistères, des interventions extérieures, des rapts intérieurs, la reproduction des systèmes coloniaux, la force d’émancipation, la poétique à l’œuvre (…) Ce livre n’est pas seulement le diagnostic d’une chute. Il est le reflet d’une admiration. »

Ce que Paolo Woods avait déjà rencontré, senti et montré dans sa beauté lors de ces précédentes enquêtes, avec Serge Michel, autre signature suisse de talent, rencontré à Téhéran, c’était la force des peuples. Il a reçu un World Press Photo en 2003 pour son travail sur l’insurrection en Irak et le prix GRIN pour celui sur la Chinafrique. Cette force des peuples que Césaire disait « inattendument debout » dans un certain Cahier, État le montre dans ses photos carrées comme une certitude.

Car les Haïtiens, malgré le casting planétaire qui se joue, ne sont pas des figurants, pour reprendre le titre du philosophe Georges Didi-Huberman, Peuples exposés, peuples figurants (éd. de Minuit). Les Haïtiens figurent le monde, voix active, plutôt que passive. Toujours le Cahier : « Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité. »

Haïti est le trou noir du monde, tant sont fortes sa densité émotive et la masse de vie qui le constituent. Pour un journaliste, Haïti est un sujet infini, tant les affres offrent des défis à l’entendement et aux sentiments. Ce n’est pas Frankétienne qui nous contredirait. Ni Dany Laferrière qui signe une préface émouvante, c’est dire s’il est en sympathie avec la démarche des deux limiers des carrefours haïtiens. Et cette évidence, qui pèse : « On n’a pas besoin de vivre sur le sol national pour être au diapason avec le pays. Quand on voyage à travers cette diaspora, la première chose qu’on remarque c’est ce désir fou de faire quelque chose de concret pour le pays natal. Il faudra coordonner toutes ces énergies disparates afin qu’elles parviennent à équilibrer toutes ces catastrophes qui semblent inévitables. »

Donc l’État« un ventre mou, un pantin gesticulant, assurent Woods et Robert, la seule fonction qui mérite vraiment que l’on se penche dessus, c’est président (…) Si le président est si puissant, c’est qu’il est le succédané du monarque. Il guérit. Il offre des motos et du riz. Il est le messie provisoire dont la mystique s’effondre sitôt que le peuple comprend qu’il n’est que l’un des leurs. »

Preuve par l’illustration dans le premier chapitre par des portraits, tel cet homme costumé en Dessalines, héros de la Révolution haïtienne, jugé sur un cheval, entouré d’une foule qui célèbre l’élection du dernier président en date Michel Martelly, le 14 mai 2011. Ou ce gros plan sur le collier de porte-clefs porté par un idolâtre des quatre derniers présidents, Duvalier père, Duvalier fils, Aristide, Martelly. Ou encore, à Jacmel, cette photo des neufs derniers présidents… sous forme de masques en papier mâché portés par autant de comédiens amateurs qui se préparent pour un carnaval.

On feuillette le livre de photos, entrecoupé des textes d’Arnaud Robert. On tombe sur une audience en cour d’appel avec Jean-Claude Duvalier, non pour le juger mais pour savoir si les crimes contre l’humanité dont il est accusé peuvent être instruits par la justice du pays. Une audience où l’on entend un vieux paysan accusé d’avoir été « communiste » – mot dont il ignore le sens – enfermé dans les geôles pendant neuf ans sans jugement et sans que sa famille ait été informé. Il décrit ses tortures et le vol de ses terres par un macoute.

Puis les photos souvent posées révèlent des situations figées depuis l’origine de la République. Le couple Dodard est aisé, son intérieur cossu. Ils ont la peau claire. En arrière plan, deux domestiques noires sur un escalier. Comme les bons portraits, les photos de Paolo Woods sont autant d’instantanés historiques. Il suffit de prendre le temps de les regarder.

Arnaud Robert est l’auteur d’un livre qui réunit des articles déjà publiés dans le quotidien Le Nouvelliste. Son tire : Journal d’un blanc (En Haïti, « blanc » ne veut pas dire blanc mais étranger). Dans ce chapitre étonnant, figurent des touristes américains qui passent une journée dans une niche de luxe en bord de mer. Ou Zeke, né dans l’Ohio, qui vit en Haïti depuis plus de vingt ans et qui a choisi comme terre d’adoption Cité-Soleil, parce que pauvre. Son torse est couvert de tatouages à la gloire de son quartier.
Chaque photo est une histoire et un concentré d’Haïti :
– le prêche du pasteur états-unien Terry Nelson assisté d’un traducteur bien qu’il vive dans le pays depuis vingt-huit ans ;
– dans la nouvelle université Roi-Henri-Christophe dans le Nord, son président, Jean-Marie Théodat, tente de mettre fin à une grève d’étudiants. Faute d’électricité, il utilise un mégaphone ;
– une photo incroyable d’un ancien chef de la police sur sa Harley-Davidson, garée dans son salon ;
etc.

La force du livre tient dans cette lucidité sans apprêt, ce panorama de situations banales pour les Haïtiens, mais extraordinaires dans leurs ressorts cachés pour un œil extérieur. Paolo Woods laisse savamment entr’apercevoir une réalité au-delà de la façade. La force est avec chacun, en état de survie, c’est-à-dire de vie augmentée.

Lire l’article d’Arnaud Robert, Culture : les nouveaux rêves haïtiens, Le Monde, 09/01/2014

Quatre ans après le séisme, Haïti impose son actualité

Contexte : Haïti se prépare à commémorer, le dimanche 12 janvier 2014, le 4e anniversaire du violent séisme qui a causé la mort de 300 000 personnes, autant de blessés et 1 million et demi de sans abris (Alterpresse).

Aujourd’hui, dans la capitale, les « déplacés » sont encore entre 170 000 et 200 000 à vivre sous les tentes.

Alors qu’au-delà de la frontière, d’autres sont devenus « invisibles » après une décision de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine qui a décidé de retirer la nationalité à des centaines de milliers d’enfants et petits-enfants d’immigrés nés sur le sol dominicain. Ce jugement qui supprime le droit du sol concerne notamment plus de 250 000 descendants d’Haïtiens, qui deviennent ainsi apatrides (RFI)

Vu de Paris, quelques évènements dans l’agenda haïtien :

Mardi 7 janvier, réédition par les éditions Zulma de Gouverneurs de la rosée, de Jacques Roumain

Mercredi 8 janvier : sortie du recueil de poèmes d’Evelyne Trouillot, Par la fissure de mes mots (éd. Bruno Doucey)

Jeudi 9 janvier, à Paris à 19h, projection en avant-première du documentaire Haïti, le retour d’un sauveur, de Teddy Albert, suivi d’un débat en présence du réalisateur, organisé par la mairie de Paris, France Ô, Haïti Mémoire et Culture et Beau comme une image. L’adjudant Mathieu Desert, pompier martiniquais, a fait partie des premiers secours intervenus à Port-au-Prince le 13 janvier 2010 après le séisme. Il revient sur les lieux pour retrouver ceux qu’il a sauvés, rencontrer ses collègues haïtiens et se rendre compte de l’avancée de la reconstruction. A l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris, 5 rue Lobau, 75004 Paris. Réserver au bcicom@bcicom.org

Le documentaire Haïti, le retour d’un sauveur  sera diffusé sur France Ô, dimanche 12 janvier, 22h35

Diffusion France Ô, dimanche 12 janvier, Lavilliers, dans le souffle d’Haïti, réalisation Axel Charles-Messance

Vendredi 10 janvier, à partir de 6h30, en direct de Port-au-Prince, Journée spéciale sur France Culture.

Vendredi 10 janvier, 19h, projection à la SCAM du documentaire de Jean-Claude Riga, Haïti, la Terre, produit par Nordfilms, avec RTC Télé Liège, RTBF, WIP, CCBW, DGD, FWB :

« Deux ans après le tremblement de terre, May travaille dans les camps de Port au Prince où elle écoute, impuissante, les témoignages de femmes abandonnées à leur sort : la faim, la soif, le viol. À 28 ans, May France vit toujours chez ses parents, on s’y s’active à reconstruire la maison familiale avec des moyens dérisoires. May rencontre Johnny qui la véhicule d’un camp à l’autre et devient son confident… »

Vendredi 10 janvier, à 11h, à Paris, à la chapelle du Val de Grâce messe pour l’écrivain Jean Métellus, et de 18h à 23h, Veillée d’hommage de la communauté haïtienne d’Ile de France : Salle ACDS de Neuilly (Espace St-Pierre), 121  avenue Achille Peretti, 92200 Neuilly sur Seine (métro : Les Sablons). Contacts : Elliott Roy  06 85 30 92 39 ; Pegguy Bazile 06 18 92 53 70 ; Paul Baron 06 09 90 07 16

Samedi 11 janvier, 10h, recueillement pour Jean Métellus, salle Coupole au crématorium du Père Lachaise

Samedi 11 janvier à Paris, conférence L’eau et l’assainissement en Haïti : SESAM un cas pilote, par François-Marie Perrot, Pdg de LYSA, organisée par l’association Haïti Mémoire et culture. A 15h30 au Centre culturel irlandais, 5 rue des Irlandais, 75005 Contact : www.haitimemo.org

Dimanche 12 janvier à Lyon, concert pour les enfants d’Haïti avec la maîtrise de l’Opéra de Lyon, sous la direction de Karine Locatelli, avec Grégory Kirche au piano, organisé par Lyon Partenariats Haïti. Entrée libre, participation aux frais libre. A 16h au Goethe-Loft, 18 rue François Dauphin, Lyon 2ème.

Diffusion France Ô, dimanche 12 janvier, 22h35, Haïti, le retour d’un sauveur, de Teddy Albert

Diffusion France Ô, dimanche 12 janvier, Lavilliers, dans le souffle d’Haïti, réalisation Axel Charles-Messance

Mardi 14 janvier, « Quatre ans après le séisme en Haïti : Quel impact pour la population et quelles conséquences sur les politiques publiques ? »  Conférence-débat le mardi 14 janvier 2014, de 14h30 à 17h30, au ministère de l’Economie et des Finances, 139 rue de Bercy, Paris (75012). Contact : IRD-DIAL

Mardi 14 janvier à Suresnes, 20h30, concert Musiques pour Haïti par l’orchestre de chambre lituanien SV Kristoforo et le chœur de chambre Jauna Muzika avec au programme, des œuvres de Haydn, Bridge, Kutavicius, Elie, Naujalis… Libre participation au profit des projets d’éducation musicale en Haïti de l’association Patrimoine sans Frontières. A 20h30 à l’église Notre Dame de la Paix (Cité-Jardins), Place de la Paix, 92150 Suresnes.

 

La réédition en poche de La Piste des sortilèges

La réédition en poche chez Vents d’ailleurs du livre culte de Gary Victor, La piste des sortilèges. L’édition originale était épuisée. La version poche est sortie à la rentrée (que la déesse des oxymores me pourchasse…), il trainait, oublié, sous des piles de livres qu’une nouvelle rentrée (celle d’hiver) m’obligeait à ranger… Il est tombé, pour rebondir ici sur ce Mur. En cette semaine des quatre ans d’après séisme, s’il y a un livre à lire et à relire, la nuit bien sûr (tout autre moment serait déplacé) c’est bien La Piste des sortilèges, roman magnifique de l’imaginaire incandescent haïtien… où Sanson Pipirit un ami à Persée Persifal le Juste se lance dans une hallucinante course-poursuite. Il doit ramener le Juste du pays sans chapeau, le royaume des morts.

La mort de l’homme de lettres haïtien Jean Métellus

L’une des grandes figures des lettres haïtiennes de la diaspora, le poète et médecin neurologue Jean Métellus est mort le 4 janvier 2014 à l’âge de 76 ans des suites d’une longue maladie. Né à Jacmel en Haïti en 1937, il vivait en France depuis son exil en 1959 lorsqu’il a fui la dictature de François Duvalier.
Il est édité tardivement, à l’âge de 41 ans, d’abord en poète par Maurice Nadeau avec son premier recueil Au pipirite chantant. Il sera romancier avec Jacmel au crépuscule (1981), La famille Vortex (1982), Une eau forte (1983) et dramaturge avec Anacaona (1986), Colomb (1982), essayiste avec Haïti, une nation pathétique (1987), De l’esclavage aux abolitions, XVIIe ‑ XXe siècles, en collaboration avec Marcel Dorigny (1998).
Jean Métellus est l’auteur d’un livre d’entretiens avec Jacques-Hubert de Poncheville
Sous la dictée du vrai (1999) ; de sa direction du Groupe de Recherche sur les Apprentissages et les Altérations du Langage (GRAAL – sic), il écrit Voyage à travers le langage (1996), et Vive la Dyslexie !, coécrit avec Béatrice Sauvageot (2002).

Cet homme exquis était un grand collectionneur de peintres haïtiens.

Prix :

  • Grand Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor (2006)
  • Le Grand Prix de poésie de la Société des Gens de lettres (2007)
  • Prix International de Littérature francophone 2010 Benjamin Fondane (2010)
  • Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française 2010

Honneurs :

  • Chevalier de la légion d’honneur (2008)

Extraits du recueil Au Pipirite chant (Partie I)

Poème éponyme :

« Et le paysan haïtien enjambe chaque matin la langue de l’aurore pour tuer le venin de ses nuits et rompre les épines des cauchemars
Et dans le souffle du jour tous les loas sont nommés.
Au pipirite chantant le paysan haïtien, debout, aspire la clarté, le parfum des racines, la flèche des palmiers, la frondaison de l’aube. »
(…)
« Pour brûler un solfège d’épines, de fantômes et de chenilles prêts à enseigner la mort
Une toile d’araignée soudain me dispute les grâces des loas et bascule les pylônes du houmfort
Au pipirite chantant mon cœur est tourmenté, ma tête embrigadée par la vaillance des vœux… »

Extrait du poème Rires et larmes d’un enfant noir (recueil Au pipirite chantant), qui lui a valu d’être l’un des rares poètes noirs à être publié dans l’Anthologie de la poésie française du XXe siècle (Gallimard, Folio) :

« Et l’enfant noir en sortant de l’école s’arrête devant les vitrines, regarde les jouets, et les narines rappellent le souvenir d’un nouvel an, rappellent un plat préparé par 
la mère, la mère infatigable, la seule magie de la maison, la mère qui fait réciter les leçons avant de prendre sa bible pour implorer la grâce, la mère 
exemplaire, la mère invaincue, la mère qui tient tête à toutes les saisons aux monstres des banques, aux lois des tribunaux
Et cette mère apprend à l’enfant l’oubli des soucis
le secret de toute force
Elle apprend aussi à l’enfant à désirer en tout temps la puissance
Cette mère s’est installée dans son enfant pour boire ses larmes, pour lui apprendre à rire, à désirer invinciblement
Et puis à l’enfant elle a dit : Deux ruisseaux sur mes joues sont creusés le long de mes narines pour pleurer à ta place et je te lègue toute ma force de rire pour
l’avenir »

Site de Jean Métellus

Notice Jean Métellus sur le site Île en île.

Dany Laferrière : « Le premier pays d’un écrivain c’est sa bibliothèque »

Premier entretien télévisé, ici sur France Ô, le 19/12/2013, de l’écrivain canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière après son élection au premier tour de scrutin, jeudi 12 décembre, à l’Académie française.

Premier non-français élu à l’Académie (les autres étrangers avaient acquis la nationalité française au préalable).

Plus jeune immortel (Jean-Christophe Rufin était jusqu’à présent le benjamin).

Son intronisation, habit vert, épée et discours, ne devrait pas avoir lieu avant le printemps 2015.
Dany Laferrière a appris son élection à l’Académie française à Port-au-Prince où il participait à la Foire du livre [Papalagui, 12/12/2013] :

[Le monde est une figure de style]

« Ça a commencé comme ça. » Au distributeur de la poste d’Odéon, moi, blafard comme la lune encore plein les yeux, je les vois pas venir, deux jeunes roms jouent la surprise et me piquent un bon butin, j’ai pas le temps de respirer. Embrouille parfaite. Travaillent-ils pour eux-mêmes ? Pour un réseau ? J’en sais fichtre rien.
Dans la journée, j’apprends qu’un certain Jean-Marie a été condamné pour ses propos rapides et visqueux sur les Roms qui, dit-il « comme les oiseaux » volent « naturellement ». Condamné à 5 000 € d’amende par le tribunal correctionnel de Paris qui l’a déclaré coupable d’injure publique envers un groupe de personnes en raison de son appartenance à une ethnie. Travaille-t-il pour lui-même ? Pour un réseau ?
[Je continue le Voyage« Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. » Marie-jeanne… anagramme imparfaite de l’autre, des paroles et des actes qui s’inversent sans équivalent. Le monde est une figure de style.]
Sur ces entrefaites, Laferrière, élu sans coup férir à l’Académie, au premier tour de scrutin, débarque au jité et mets les points sur les i : le Canada c’est le Canada, le Québec, c’est le Québec. Les Québécois apprécieront cet amour de la patrie. Il balance « le français comme butin de guerre ». Ah Kateb ! Nedjma notre amour… de la langue. Quel style Yacine.
Dany, le plus jeune des immortels, le premier « non-français » élu à l’Académie, les autres étrangers avaient acquis la nationalité au préalable.  Dans le bureau du secrétaire perpétuel, j’avais maté auparavant cet immense tableau d’une séance des années 30, Pétain au milieu, oui Pétain… élu puis exclu de l’illustre Compagnie, au milieu d’hommes, que des hommes blancs et chenus. Laferrière a su profiter d’une ouverture comme Toussaint. Coup de panache, il s’est engouffré dans la brèche. Élu. Bravo l’artiste. Une victoire à célébrer jusqu’au bout de la nuit.

[au bout du petit matin, je lis sur FB la mésaventure d’Anderson Laforêt : « Vendredi 20 décembre 2013, J’ai été pillé hier soir à Petion-Ville vers 10h. Ils ont emporté ma valise contenant tous mes matériels de travail incluant mon laptop. Je continuerai toujours à aimer mon pays malgré tout…ma foi est inébranlable. »

C’est pas beau, ça ? Kimbé rèd ! Y a que les liens qui nous tiennent…]