La mort de l’homme de lettres haïtien Jean Métellus

L’une des grandes figures des lettres haïtiennes de la diaspora, le poète et médecin neurologue Jean Métellus est mort le 4 janvier 2014 à l’âge de 76 ans des suites d’une longue maladie. Né à Jacmel en Haïti en 1937, il vivait en France depuis son exil en 1959 lorsqu’il a fui la dictature de François Duvalier.
Il est édité tardivement, à l’âge de 41 ans, d’abord en poète par Maurice Nadeau avec son premier recueil Au pipirite chantant. Il sera romancier avec Jacmel au crépuscule (1981), La famille Vortex (1982), Une eau forte (1983) et dramaturge avec Anacaona (1986), Colomb (1982), essayiste avec Haïti, une nation pathétique (1987), De l’esclavage aux abolitions, XVIIe ‑ XXe siècles, en collaboration avec Marcel Dorigny (1998).
Jean Métellus est l’auteur d’un livre d’entretiens avec Jacques-Hubert de Poncheville
Sous la dictée du vrai (1999) ; de sa direction du Groupe de Recherche sur les Apprentissages et les Altérations du Langage (GRAAL – sic), il écrit Voyage à travers le langage (1996), et Vive la Dyslexie !, coécrit avec Béatrice Sauvageot (2002).

Cet homme exquis était un grand collectionneur de peintres haïtiens.

Prix :

  • Grand Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor (2006)
  • Le Grand Prix de poésie de la Société des Gens de lettres (2007)
  • Prix International de Littérature francophone 2010 Benjamin Fondane (2010)
  • Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française 2010

Honneurs :

  • Chevalier de la légion d’honneur (2008)

Extraits du recueil Au Pipirite chant (Partie I)

Poème éponyme :

« Et le paysan haïtien enjambe chaque matin la langue de l’aurore pour tuer le venin de ses nuits et rompre les épines des cauchemars
Et dans le souffle du jour tous les loas sont nommés.
Au pipirite chantant le paysan haïtien, debout, aspire la clarté, le parfum des racines, la flèche des palmiers, la frondaison de l’aube. »
(…)
« Pour brûler un solfège d’épines, de fantômes et de chenilles prêts à enseigner la mort
Une toile d’araignée soudain me dispute les grâces des loas et bascule les pylônes du houmfort
Au pipirite chantant mon cœur est tourmenté, ma tête embrigadée par la vaillance des vœux… »

Extrait du poème Rires et larmes d’un enfant noir (recueil Au pipirite chantant), qui lui a valu d’être l’un des rares poètes noirs à être publié dans l’Anthologie de la poésie française du XXe siècle (Gallimard, Folio) :

« Et l’enfant noir en sortant de l’école s’arrête devant les vitrines, regarde les jouets, et les narines rappellent le souvenir d’un nouvel an, rappellent un plat préparé par 
la mère, la mère infatigable, la seule magie de la maison, la mère qui fait réciter les leçons avant de prendre sa bible pour implorer la grâce, la mère 
exemplaire, la mère invaincue, la mère qui tient tête à toutes les saisons aux monstres des banques, aux lois des tribunaux
Et cette mère apprend à l’enfant l’oubli des soucis
le secret de toute force
Elle apprend aussi à l’enfant à désirer en tout temps la puissance
Cette mère s’est installée dans son enfant pour boire ses larmes, pour lui apprendre à rire, à désirer invinciblement
Et puis à l’enfant elle a dit : Deux ruisseaux sur mes joues sont creusés le long de mes narines pour pleurer à ta place et je te lègue toute ma force de rire pour
l’avenir »

Site de Jean Métellus

Notice Jean Métellus sur le site Île en île.

Un commentaire

  1. « Sur la terre, à la fois berceau, havre et tombeau/Je marche/Le talon levé contre la misère ». Jean Métellus – Braises de la mémoire- Editions Janus.

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