Haïti : quel est le point commun entre le vaudou et Bach ?

#Haiti : quel est le point commun entre le vaudou et Bach ?
Une première réponse par Truman Capote…

« Pour finir, prenant une poignée de farine et de cendres, il se mit en devoir de tracer sur le sol un vèvè. Il existe des centaines de vèvès ; ce sont des dessins très compliqués et quelque peu surréalistes dont chaque détail a sa propre implication ; non seulement leur exécution nécessite la même sorte de mémoire abstraite que celle d’un pianiste capable de jouer par cœur tout un programme de Bach, mais il y faut encore une habileté technique, et un tour de main vraiment exceptionnels. » (1948)
Truman Capote, New York, Haïti, Tanger et autres lieux, trad. Jean Malignon, Folio, 2017.

Bon anniversaire René Depestre !

Écrivain haïtien des Corbières né à Jacmel, au sud d’Haïti, il entretient très tôt, grâce à son père, un « rapport cosmique » à la nature. Étudiant révolutionnaire à 20 ans, avec notamment Gérald Bloncourt, photographe de quelques mois son cadet, exilé à Paris lui aussi puis poète anticolonialiste avec les figures de la Négritude, Césaire, Senghor, Damas, dont il se démarquera plus tard dans Bonjour et adieu la négritude, il devient proche de Che Guevara, ambassadeur du Cuba de Castro pour lequel il ira jusque dans la Chine de Mao-Zedong. Il sera en rupture de Cuba dans les années 70 alors que l’Amérique Latine et le Brésil de Jorge Amado constituent son continent de prédilection.
Ses livres portent des titres empreints du réel merveilleux et de surréalisme : Alleluia pour une femme-jardin (bourse Goncourt de la nouvelle), Eros dans un train chinois, Arc-en-ciel pour un Occident chrétien. Prix Renaudot en 1988 avec Hadriana dans tous mes rêves, il développe dans ses livres des personnages attachants influencés par le vaudou et  l’« érotisme solaire ». Grâce à ce succès, il achète sa maison de Lézignan-Corbières (Aude) qu’il baptiste Hadriana, avec un « H » comme Haïti.
Humaniste, fervent militant du métissage, « non-croyant », après des recueils de poèmes et des essais, il revient au roman en 2016 avec Popa Singer. C’est une réussite littéraire empreinte de surréalisme, de trouvailles de langage (« haïtionades, haïtionâneries et créolades« , selon ses néologismes gourmands). L’intrigue de ce roman autobiographique, située en 1957 à l’aube de la dictature duvaliériste, dresse un éloge de sa mère, surnommée Popa Singer, qui lui a donné le goût de conter des histoires, des « lodyans » haïtiennes. Oncle de Michaëlle Jean, Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, celui qui a un très profus chantier d’écriture en cours, et qui projette d’écrire prochainement un livre hommage à Cuba intitulé : « Les aveugles font l’amour à midi », a 90 ans et se nomme René Depestre.

L’ensemble du fonds d’archives de René Depestre est accueilli depuis 2007 à la Bibliothèque francophone multimedia de Limoges.

En 2014, un colloque international a réuni écrivains et universitaires. Les actes sont publiés chez Hermann sous le titre René Depestre, le soleil devant (Marie Joqueviel-Bourjea & Béatrice Bonhomme éd. / « Avant-propos », pages 5-13), actes du colloque de mai 2014 à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges, Paris : Hermann, coll. « Vertige de la langue », 418 p. Avec des contributions de : Arnaud Beaujeu, Michael Bishop, Béatrice Bonhomme, Jean-Luc Bonniol, Serge Bourjea, Michael Brophy, Peter Collier, Louis-Philippe Dalembert, Éric Dazzan René Depestre, Odile Gannier, Chantal de Grandpré, Joëlle Guatelli-Tedeschi, Rémi Guittet, James Noël, Michael G. Kelly, Yanick Lahens, Thierry Ozwald, Ronnie Scharfman, Jean-Luc Steinmetz, Ilda Tomas, André Velter, Arnaud Villani.

Le Québec de Dany Laferrière (13′)

Caraïbes, le mensuel

Reportage au Québec chez Dany Laferrière, écrivain québécois d’origine haïtienne membre de l’Académie française où il a été intronisé le 28 mai 2015. Images Jean-Pierre Magnaudet. Diffusé dans le magazine Caraïbes (production Martinique 1ère) en juin 2015. Au sommaire : la province cubaine de l’Oriente, lieu de naissance de Fidel Castro, la Jamaïque et l’économie des studios de musique et enfin, à 42’44 » : le Québec avec Dany Laferrière.

Dany Laferrière est un homme de trois pays, la France pour la langue et l’Académie, Haïti pour la naissance et la jeunesse, le Québec pour le pays où il a écrit son autobiographie américaine, ensemble de dix romans qui l’a fait connaître.
Nous sommes allés le rencontrer à Montréal et à Québec à l’occasion de l’essayage de son habit d’académicien, avec son couturier Jean-Claude Poitras, son tailleur Marc Patrick Chevallier, sa brodeuse Jeanne Bellavance, dans sa bibliothèque personnelle, au salon du livre de Québec.
Parmi ceux qui nous parlent de lui : des Québécois, Bernard Pivot, invité d’honneur du Salon du livre de Québec, l’éditeur Rodney Saint-Éloi et le poète et universitaire spécialiste des « écritures migrantes » Pierre Nepveu.

Legba sur l’épée de Dany Laferrière

Sur l’épée d’académicien de Dany Laferrière, sculptée par Patrick Vilaire, remise deux jours avant sa réception sous la Coupole, Legba, le dieu vaudou de l’écrivain : « À partir du moment où Legba en personne est venu m’ouvrir la dernière porte, j’ai été hors d’atteinte de tout mal. Je n’appartiens plus au monde de la dictature. » (Le Cri des oiseaux fous, p. 344).

Alaa El Aswany : la démocratie, solution au « fascisme religieux »

Les débats dans les festivals littéraires ne sont pas futiles et réservés à des cénacles réservés. Ils ont des répercussions dans le monde arabe, nous dit à Saint-Malo lors d’Étonnants voyageurs l’écrivain égyptien Alaa El Aswany, le célèbre auteur de L’immeuble Yacoubian, l’une des figures intellectuelles du Printemps arabe, auteur d’un essai Extrémisme religieux et dictature, les deux faces d’un malheur historique.
Alaa El Aswany rencontré à l’issue d’une table ronde intitulée « Être Charlie ? » consacrée aux lendemains des attentats de janvier à Paris,

Bien que la liberté d’expression en Égypte soit « pire aujourd’hui que sous Moubarak » nous confie Alaa El Aswany au sortir du théâtre Chateaubriand de Saint-Malo, bien qu’il soit lui-même interdit de publier dans la presse de son pays, bien que ses livres soient dorénavant interdits au Qatar et au Koweit, l’écrivain de la place Tahrir continue son combat pour la liberté d’expression.
Son dernier livre prend de face cette question. Extrémisme religieux et dictature, Les deux faces d’un malheur historique (Actes Sud) réunit des chroniques qui avait écrites de 2009 à 2013. Ces textes courts portent souvent un titre posé sous forme de question, par exemple : « Pourquoi sommes-nous en retard sur le reste du monde ? » ou « Pourquoi les religieux extrémistes sont-ils si préoccupés par le corps de la femme ? »
En faisant sien l’enjeu fondamental de dépasser ce qu’il nomme « le fascisme religieux » ses chroniques sont toutes terminées par la phrase : « La démocratie est la solution. »