
NonNonBâ (« mémé » en japonais) de Shigeru Mizuki,édité par Cornélius, a été reconnu Prix du meilleur album de l’année par le jury du Festival de la bande dessinée d’Angoulême. C’est un manga écrit et dessiné par l’un des maîtres du genre, connu pour ses mangas d’horreur. Une des grandes surfaces du livre ouverte à Paris à midi le dimanche en avait encore une dizaine d’exemplaires en rayon avec une remarque critique très élogieuse.
Lecture qui se révèle passionnante… NonNonBâ, c’est la chronique au quotidien d’un enfant, Shigeru, dans le Japon rural des années 30. Roman initiatique où la grand-mère du héros est une personne de peu qui lui raconte de multiples histoires de yôkaï, êtres fantomatiques dotés de pouvoirs maléfiques ou bénéfiques, c’est selon. En arrière-plan, l’idéologie d’un Japon conquérant à la veille de la Seconde guerre mondiale ou les idéaux culturels du père de Shigeru, banquier en passe d’être licencié, amoureux de cinéma. Il ouvrira une salle dans ce coin reculé de l’archipel, loin des ascenseurs et du métro de la capitale.
Culture populaire, faite de superstitions et d’esprit magique, culture moderne représentée par le cinéma naissant, ce manga manie avec talent la complexité de mondes apparemment opposés. Ce soubassement culturel permanent enrichit la narration des multiples historiettes. Ainsi p. 104, l’auteur fait dire au père du jeune héros, Nozomu Murata (« celui qui espère ») : « L’argent, ce n’est pas important. Il en faut juste pour ne pas mourir de faim… L’humour, c’est important dans la vie… Avoir de l’humour, c’est comprendre la culture. »
A noter l’admiration de l’auteur Shigeru Mizuki pour un autre raconteur d’histoires populaires, Lafcadio Hearn(1850-1904), Irlandais de naissance, Martiniquais d’adoption qui traduira des récits d’esclaves avant de vivre au Japon où il se convertira au bouddhisme. Il se mariera et il adoptera le nom de Yakumo Koizumi (photo ci-dessous). Il est l’auteur de Histoire de Hoichi, le moine sans oreilles, selon une des cases de NonNonBâ. Les Japonais eux-mêmes considèrent Kwaidan (« Contes étranges« ) comme « un chef d’œuvre de la littérature », nous apprennent les excellents traducteurs Patrick Honnoré et Yuakari Maeda. 
Eux-mêmes éprouvent une admiration pour ce raconteur d’histoires, « au regard empreint de respect et dénué d’exotisme, à l’opposé d’un Pierre Loti ou d’un Victor Segalen », à l’instar de Shigeru Mizuki.
Lors de la sortie en français de son livre, 3, rue des Mystères et autres histoires, les éditions Cornélius, présentaient ainsi Mizuki :
« Après « NonNonBâ », sa langueur provinciale et ses monstres pittoresques, ce nouveau livre nous fait goûter à la veine effrayante de Mizuki, achevant de présenter au public français ce dieu vivant du manga, qui entend bien dessiner encore jusqu’à 110 ans avant de pouvoir, à son tour, devenir un yôkaï. »
Ci-contre, yôkaï, extrait d’un autre album de Mizuki, [lequel ?] : 