Le goût des autres ? « Le plus dur reste à faire » (Syla, rappeur)

Pour son festival « Le goût des autres », Le Havre a voulu faire place aux « littératures de la négritude », pluriel ambitieux à cerner si l’on excepte le trio Senghor, Damas, Césaire. Césaire dont l’année 2013 est celle du centenaire de la naissance.

La belle idée des organisateurs est d’avoir lancé cette année du centenaire de Césaire la même semaine que Fort-de-France, en Martinique. Mais au Havre, en ce premier jour de rencontres, on a davantage évoqué le jumelage avec une autre ville, Pointe-Noire, capitale économique et principal port du Congo, avec la personne de l’écrivain Alain Mabanckou, qui publie Lumières de Pointe-Noire (Le Seuil), une forme de cahier d’un retour au pays natal.

Le programme du Goût des autres.

Dans ce reportage apparaissent successivement les rappeurs Syla, A-Kalmy et le député-maire du Havre, Édouard Philippe. Images : Leïla Zellouma, son : Bernard Blondeel, montage : Harold Horoks :

Black Body is beautiful (chercheurs et artistes à Black Portraiture[s])

Le corps noir sous toutes les coutures, hier, aujourd’hui et demain… la profusion de thématiques abordées à Black Portraiture(s) a de quoi intéresser. Black Body in the West (la représentation du corps noir en Occident) est l’intitulé général de ces quatre journées de rencontres franco-américaines. Parmi les questions posées dans la présentation générale (détails sur le site Calenda) :

« Du XIXe siècle à nos jours, « Black Portraiture(s) » a pour objectif d’explorer les différents concepts de fabrication et outils d’auto-représentation ainsi que la notion d’échange à travers le regard, dans les domaines des arts plastiques et visuels, de la littérature, de la musique, de la mode et des archives. Comment sont exposées ces images, à la fois positives et négatives, qui définissent, reproduisent, et transforment la représentation du corps Noir ? Pourquoi et comment le corps Noir est-il devenu un produit négociable sur le marché mondial et quelle en est sa légitimité ? Tout aussi essentiel, quelles sont les réponses et les implications ? Comment la représentation du corps Noir pourrait-elle être libératrice tant pour le porteur de cette image que pour le regardant ? L’image du noir peut-elle être « déracialisée » afin d’encourager le regroupement culturel et favoriser la ré-appropriation et une expression diversifiée au-delà des limites de la race ? »

Parmi les thèmes déjà évoqués, notons les notions d’exotisme, de stéréotypes ou cet intitulé de table ronde : « Port de rêve : à la découverte du style, de la beauté et de l’élégance noirs », dont une exposition encore ouverte aujourd’hui à Paris nous donne un exemple éclatant, la Sape, ou Société des ambianceurs et personnes élégantes, dont l’épicentre est Brazzaville [voir Papalagui : « Mediavilla, grand sapeur », 16/01/13]. Sur ce phénomène de l’élégance ostentatoire, fierté d’être et magnifique pied de nez au laisser-aller, lire le livre d’Hector Mediavilla, S.A.P.E. (éditions Intervalles), préfacé par Alain Mabanckou, l’auteur de Black Bazar, mais aussi le tout récent essai de Dominic Thomas, enfin traduit en français, Noir d’encre (Black France) aux éditions La Découverte, qui consacre un chapitre important à la Sape. Dominic Thomas intervient cet après-midi au Quai-Branly sur le thème « Afropean Bodies » (corps afropéens) [voir site Calenda].

C’est aussi l’exemple de la Sape que nous avons pris pour illustrer Black Portraiture, dans ce reportage, tourné jeudi à l’École des Beaux-Arts (images : Massimo Bulgarelli, son : Daniel Quellier, montage : Claudine Soubeyre, complicité Sarra Ben-Cherifa), premier jour de la Conférence internationale (interviews de Deborah Willis, Diagne Chanel, Lydie Diakhaté et Hector Mediavilla, en présence du sapeur Arsène Touankoula, dit Allureux) :

Pour les deux dernières journées, rendez-vous au Musée du Quai-Branly. Ce samedi, notons parmi les titres de tables-rondes :

  • (Il)lisibilités : les éléments de lecture du corps noir
  • Exposer le corps noir
  • Érotismes noirs : nouvelles théories sur la race et le porno
  • Nommer et labéliser le corps noir
  • La beauté : de Joséphine à Maxime
  • L’universalisation du corps noir
  • Le cadre cinématographique et le corps noir
  • Jeunes femmes derrière la caméra

Lire l’article de Célia Sadai, La bourse des valeurs du New New Negro, dans La Plume francophone.

Mediavilla, grand sapeur

La galerie La petite. poule noire expose Héctor Mediavilla jusqu’au 19 janvier et la Sape, Société des ambianceurs et des personnes élégantes. Le clou de ces quelques jours, c’est ce vendredi 18 janvier à 18h30 avec des sapeurs qui sortiront des photos… Qu’on se le dise !

Et pour prolonger le plaisir, lire le livre du photographe, préfacé par Alain Mabanckou, S.A.P.E. (éditions Intervalles).

Repéré sur le site Rue89, à la suite d’un article de Pierre Haski, ce clip de Solange au milieu des Sapeurs :

L’un des meilleurs livres de l’année : Congo, une histoire, du Belge David Van Reybrouck

Il est rare qu’un livre sur un pays d’Afrique reçoive autant d’éloges par la critique comme par les lecteurs, à l’aune du livre phénomène, Ebène de Ryszard Kapuscinski, publié il y a dix ans. 
Récompensé du prix Médicis essai et du prix du meilleur livre de l’année, dans la catégorie « essai », Congo, une histoire (Actes Sud, traduction remarquable du néerlandais par Isabelle Rosselin) est fascinant tant par sa narration, captivante et encyclopédique, que par la démarche de son auteur, le Belge flamand David Van Reybrouck, qui a passé six ans de sa vie à explorer le pays, où il a recueilli 500 témoignages.
Avec Olivier Badin, pour les images, nous l’avons rencontré à Bruxelles dans son atelier de travail de Cureghem, quartier d’Anderlecht, entouré de ses livres, de ses notes de travail et des pièces à conviction qui expliquent sa passion pour ce pays.

Pour le mensuel Lire, Congo, une histoire, est le meilleur livre de l’année 2012 dans la catégorie Histoire. Il est Prix Médicis essai 2012, prix du meilleur livre étranger 2012 (essai).

Sur l’incroyable succès du livre, lire l’article et l’interview de Guy Duplat, dans La Libre Belgique, du 13 janvier 2011. En France, le succès du livre est certain : 42 000 exemplaires pour un livre de 709 pages. Dans la liste des meilleures ventes en France, Livres-Hebdo, Congo, une histoire est classé 24e.

Lire la critique de la journaliste africaniste Colette Braeckman « Combinant les outils du roman, du journalisme, de la recherche historique, recourant à la poésie, s’attardant sur l’anecdote et le « petit fait vrai », Van Reybrouck a réussi un ouvrage démesuré, ou plutôt un ouvrage à la mesure du Congo, un pays qui, hors des frontières de la Belgique (et encore…) est souvent méconnu et injustement nié, jusque dans son droit à l’existence à l’intérieur de ses frontières ! »

Lire l’entretien de David Van Reybrouck à la même Colette Braeckman : « Sur le plan méthodologique je n’ai ni filmé ni enregistré ; il me semblait que les gens allaient plus loin, me donnaient plus à l’occasion d’une simple conversation, surtout ceux qui n’ont pas l’habitude d’être interviewés…. J’ai gardé tous mes carnets de note. Il m’est aussi arrivé de passer toute une après midi avec quelqu’un, et de ne noter qu’une ligne ou deux. C’est ce que j’appelle le « slow journalism » le journalisme lent…
J’aime cette façon d’être avec les gens, de boire un verre, de bavarder avec les gens…Au Congo il m’arrive de passer cinq heures avec quelqu’un et à la fin il dit « quoi, tu pars déjà… » »

Consulter le site de David Van Reybrouck et la notice Wikipédia.

Ferrements et Moi, laminaire… d’Aimé Césaire, deux éditions critiques

Avant même le coup d’envoi de l’année du centenaire Césaire, certains éditeurs sont prêts et le font savoir. Ainsi Orizons, spécialiste d’une littérature exigeante, quelquefois difficile d’accès, relève le défi de Ferrements, recueil de poésie publié par Aimé Césaire en 1960. Du fond d’un pays de silence n’est pas une simple réédition mais une édition critique où chaque poème est commenté et remis dans le contexte de l’époque, par exemple de la rupture d’avec le Parti communiste ou de l’héritage de la période esclavagiste.
Rencontre avec l’un des co-auteurs, l’africaniste Lilyan Kesteloot, l’une des spécialiste reconnue de l’œuvre de Césaire.

Valérie Marin La Meslée n’oublie pas le Mali

Deux ans près son beau livre, Novembre à Bamako, la journaliste Valérie Marin La Meslée offre sur le site du livre un espace de rencontres et d’échanges à tous ceux qui ne veulent pas oublier le Mali. Avec cette annonce :

« Mali : à tous ceux qui ont à cœur de maintenir vivant le lien avec ce pays en souffrance, ce site culturel, né d’un livre, devient un lieu de dialogue et d’échanges. Textes, photos, liens, annonces de manifestations sont bienvenus.
Que vous soyez de passage à Bamako, ou ailleurs au Mali, qu’une information, une lecture, une rencontre, un souvenir, vous soit cher à partager.
Une seule adresse mail où envoyer vos contributions : utilisez le formulaire de contact du site et choisissez «Mali Restons ensemble ». »

Rendez-vous est pris !

La mort de Michel Leveau

« C’était un homme aussi puissant que discret. Michel Leveau, président de la fondation et du musée Dapper, est décédé mercredi 14 novembre, à l’âge de 81 ans, à Gorée au Sénégal. Son amitié avec le sculpteur Ousmane Sow l’avait amené à acheter récemment une maison sur cette île où il préparait une exposition sur les masques africains pour le 8 décembre. »

La suite de l’article de Sabine Gignoux dans La Croix.

Avec son épouse Christiane Falgayrettes-Leveau, il préparait une exposition à Gorée.