Ces « poèmes bleus », de Georges Perros (1923-1978) sont d’une beauté bleue et fluide comme la Bretagne l’été, ventée ou pluvieuse, mais accueillante c’est sûr avec un tel guide. Tous les offices de tourisme devraient s’en inspirer tant il y a d’humanité dans ces lieux dits par Perros :
Que la Bretagne rentre
Dans les mille pores de ta peau
Dans les mille rues de ton âme
Rues mal famées
Rues douloureuses
Rues clandestines
Interdites à l’étranger
Rues qui montent, montent, et soudain
Tout l’horizon sous ta paupière
Qu’un bon ouragan les anime
Tu ne pourras plus te passer
De cette musique obsédante
Qu’elle secrète, la Bretagne
Etc. Georges Perros, Poèmes bleus, Poésie / Gallimard
Pour la première fois le Man Booker Prize récompense une auteure du Golfe, l’Omanaise Jokha Alharthi, pour son roman Celestial Bodies [Corps célestes, non encore traduit en français], titre arabe Sayyidat el-Qamar [Les Dames de la lune] publié en 2011, traduit en anglais par Marilyn Booth pour la petite maison d’édition écossaise Sandstone Press. Les deux femmes se partagent la récompense de 50 000£ soit 57 000€.
Pour le jury, ce roman offre « une vision très imagée, captivante et poétique d’une société en transition ».
Jokha Alharti est la première romancière omanaise à être traduite en anglais. Elle a été formée, en partie, à l’Université d’Édimbourg.
« Je suis ravie qu’une fenêtre s’ouvre sur la riche culture arabe », a-t-elle déclaré à la presse à l’issue de la cérémonie au Roundhouse de Londres.
« Oman m’a inspiré mais je pense que les lecteurs internationaux peuvent comprendre les valeurs humaines du livre – la liberté et l’amour. »
L’intrigue de Celestial Bodies se déroule dans le village d’Al Awafi et raconte l’histoire de trois soeurs, témoins de l’évolution culturelle d’Oman, d’une société traditionnelle à la période post-coloniale, à travers leurs amours et leurs peines : Mayya épouse Abdallah après un chagrin d’amour, Asma se marie par sens du devoir, et Khawla rejette toutes les avances en attendant son bien-aimé, parti au Canada.
Pour la présidente du jury, l’historienne Bettany Hughes, le roman présente en « un art délicat des aspects troublants de notre histoire commune ».
« Le style est une métaphore du sujet, qui répond subtilement aux clichés de la race, de l’esclavage et du genre ».
Jokha Alharthi a écrit précédemment deux recueils de nouvelles, un livre pour enfants et trois romans en arabe.
Pas de célébration officielle pour le centenaire de la mort de Victor Segalen, disparu le 21 mai 1919. Il y a bien un colloque à Brest, ville où le poète, médecin et voyageur, féru de Polynésie et de Chine, est né en 1878, où les universitaires explorent sa correspondance. Et surtout, lors du week-end de l’Ascension, du 30 mai au 2 juin, quatre journées à Huelgoat (Bretagne) autour des « Amis de Victor Segalen ». Pourtant le poète du « Divers » vaut le détour…
Huelgoat, dans les Mont d’Arée au Centre Bretagne… Il vint s’y reposer après ses périples polynésien et chinois, las de poursuivre des fantômes. Il trouva la mort dans des conditions mystérieuses à l’âge de 41 ans, un Hamlet à la main, une plaie au talon, .
Ses fantômes, sources d’inspiration… qu’ils soient les anciens Maori du vaste océan Pacifique, dédicataires de son magnifique roman, écrit en 1907, Les Immémoriaux, ou qu’ils se nomment Paul Gauguin, Arthur Rimbaud ou Houo K’iu-ping, général chinois de la dynastie Han (140 – 117 avant JC) dont il découvre en archéologue averti le tombeau le 6 mars 1914, peu avant le déclenchement du premier conflit mondial.
« Ce n’est pas après la Chine que je cours mais après une vision de la Chine, celle-là je la tiens et j’y mords à pleines dents. »
L’académicien d’origine chinoise François Cheng, « toute sa vie habité par l’errance orientale de Segalen, symétrique de son propre exil occidental », écrit son éditeur, lui rend hommage dans la préface inédite d’un petit livre qu’il avait écrit pour le centenaire de sa paissance, en 1978, et qui est réédité ces jours-ci : « … cet être qui n’a eu de cesse de se dégager de soi, en quête effrénée d’exode… N’est-il pas allé chercher l’altérité la plus étrangère, jusqu’à cette Chine à la fois immémoriale et mortellement charnelle, au point de la transformer en son propre espace intérieur ? »
[François Cheng, L’un vers l’autre, En voyage avec Victor Segalen, Albin Michel, rééd. 2019, 1ère éd. 2008.]
Lisons ou relisons donc ces trois titres, pour trois périodes, polynésienne, chinoise et… bretonne : « Les Immémoriaux » dédié « aux Maoris des temps oubliés » donne la parole aux Polynésiens ; « Stèles », un recueil de poésie « chinois » tant il est près d’une culture dont il avait appris la langue à l’Ecole des Langues orientales, un recueil conçu comme un jeu allégorique pour passer de « l’Empire de Chine à l’empire de soi-même » ;« Essai sur l’exotisme », petit ouvrage sur l’altérité : « Le pouvoir d’exotisme n’est que le pouvoir de concevoir Autre ».
Qu’on juge son intuition d’avant-garde, lorsqu’il écrivait, en 1878 : « Le divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté. »
Ajoutons sur les conseils de sa petite fille, Dominique Lelong, qui publiera fin 2019 chez Gallimard une synthèse de sa correspondance, ce quatrième : Équipée, Voyage au pays du réel, long poème en prose en quête d’origine… sur « l’opposition entre ces deux mondes : celui que l’on pense et celui que l’on heurte, ce qu’on rêve et ce que l’on fait, entre ce qu’on désire et cela que l’on obtient… »
Un Divers qu’il magnifie :
« Je conviens d’appeler « Divers » tout ce qui jusqu’à aujourd’hui fut appelé étranger, insolite, inattendu, surprenant, mystérieux, amoureux, surhumain, héroïque et divin même, tout ce qui est Autre… »
Un éloge du Divers, que l’écrivain et poète martiniquais Édouard Glissant appréciait au point de lui consacrer ce titre avec ce mot majuscule : « Introduction à une poétique du Divers », publié en 1996.
Quand il n’était pas en voyage, la dépression le guettait. Ce fils d’instituteurs, élevé par une mère rigoriste s’est évadé de son Brest natal très tôt pour Bordeaux et l’Ecole de médecine maritime.
Il lisait Salambô, de Flaubert et Cyrano, de Rostand… en cachette.
Son titre de médecin de Marine en poche, il embarque pour Tahiti.
Il y sera doublement baptisé. Comme médecin, il portera secours aux sinistrés d’un cyclone dans l’archipel des Tuamotu. Cela lui fera écrire, lorsqu’il découvre les ravages de la tuberculose, parlant du peuple originel : « Nous les avons décimés ».
Comme poète, il se portera acquéreur, peu après la mort de Gauguin, en 1903, de quelqu’uns de ses croquis et d’une toile « Village breton sous la neige », à l’exotisme inattendu.
L’exotisme… la grande affaire d’un Segalen, aux antipodes de Pierre Loti qui aimait se parer des costumes des cultures découvertes alors que Segalen s’y plongeait pour mieux se découvrir et « n’être dupe ni du pays ni du quotidien pittoresque ni de soi ».
« Dans l’esprit de Victor Segalen, le voyage est un mode d’accès privilégié à l’altérité et au Divers, écrit Régis Poulet dans sa préface de L’Equipée.Il y eut, avant et après lui, de plus grands voyageurs : Ibn Battûta et Paul Morand, pour être éclectique. Mais il a tiré de ses voyages un « usage du monde » (comme dira Nicolas Bouvier) ainsi que des raisons pour nous encourager à aller voir Dehors. »
Segalen écrivant dans cet ouvrage – c’était il y a plus d’un siècle :
« On fit comme toujours un voyage au loin de ce qui n’était qu’un voyage au fond de soi. »
LIENS :
A Brest (Finistère) :
Colloque : Les « traces alternées » de Victor Segalen. Une exploration de sa correspondance (1893-1919)
Commémorations du centenaire de la mort de Victor Segalen, au Huelgoat, du 30 mai au 2 juin 2019. Victor Segalen dans son dernier décor, Espace d’art l’Ecole des filles.
Documentaire, dans la collection « Un siècle d’écrivains », Victor Segalen un poète aventurier dans l’empire du ciel, Olivier Horn (1995), coproduction France 3 Lyon, Les Films d’Ici
Deux mots des parlers d’outre-mer font leur entrée au Petit Larousse illustré 2020 : banga et tata… ainsi définis :
BANGA
n.m.
Mayotte. 1. Anc. Case en torchis où dormait l’adolescent
jusqu’à son mariage.
2.
Mod. Case en tôle, sans eau ni
électricité.
TATA
interj. (Surtout dans le langage enfantin).
Fam. 1. Louisiane. Merci. 2. Nouvelle-Calédonie. Au revoir. • Fam. Nouvelle-Calédonie. Geste de la main que l’on fait pour dire bonjour ou au revoir : Le matin, je fais toujours un petit tata au voisin.
Ce conte est une histoire d’amour qui nous entraîne au plus profond de la forêt des sentiments. Dans un train de la mort en partance pour les chambres à gaz, un père, confronté à la mort et à la faim, aperçoit une femme dans le paysage enneigé. Pour sauver un de ses deux jumeaux, il va en précipiter un, pris au hasard, par la lucarne du wagon, espérant que l’enfant soit recueilli par cette femme. Que va devenir le père ? cet enfant précipité ? et la femme, une pauvre bûcheronne ?
parabole de l’amour
Et comment l’auteur du conte, le dramaturge Jean-Claude Grumberg fera de ses personnages des Justes ou des salauds, comment un tel sera sauvé quand de nombreux autres « de la race maudite » périront, comment, de ce convoi, « la plus précieuse des marchandises », pour la pauvre bûcheronne en mal d’enfant, devient une parabole de l’amour par temps de guerre mondiale.
Lui-même fils de déporté, il a écrit ce conte alors qu’il était atteint d’un cancer et se posait cette question : « Que faire pour donner aux enfants le goût de vivre malgré tout ? ». (France-Inter, 21/01/19)
l’urgente question du sens de la vie
Il en a tiré un texte à placer aux côtés des plus beaux, de ceux que l’on reçoit, nous lecteurs indemnes, comme une claque cinglante à provoquer les émotions les plus vives. On pense à d’autres textes brefs traversés par l’urgente nécessité de donner un sens à sa vie et à la transmission aux jeunes générations : Matin brun, de Franck Pavloff ou L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono. La plus précieuse des marchandises – un conte est l’histoire d’une rencontre qui change des vies. A l’origine un geste pour sauver une vie. Un arrachement. Un pari absurde mais peut-être le seul possible. L’histoire d’une rencontre et d’autres qui s’ensuivirent mais qui n’auraient jamais pris leur véritable poids et leur véritable sens si la première rencontre n’avait pas eu lieu.
la hache de Kafka
Pourtant, il n’y a rien de fataliste pour le narrateur. Ce sont bien les décisions des hommes, leur engagement au risque de leur vie ou bien de leur misérable conformisme qui décident des voies prises par le vie.
Conte philosophique, ce texte bref (100 pages) vous attrape comme la hache de Kafka ( « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » ) alors que « les jours succèdent aux jours, les trains aux trains. Dans leurs wagons plombés, agonisait l’humanité. Et l’humanité faisait semblant de l’ignorer ».
Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises – un conte, coll. La Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2019.
Flux d’images, flux d’infos, « flux » migratoires, frontières, flux corporels, Marina Skalova répond par un flux d’écriture et de mots qui emporte la narratrice et nous avec dans la bonde.
Entre colère et impuissance, un essai poétique bref, fort et juste…
« …ce que la langue peut encore
à part polluer davantage
les mots sur le papier coûtent cher
comment ne pas ajouter au bruit
entre les anémones
ce que peut la littérature face à ce présent
pas grand-chose sûrement
et cette chose
les vagues la recouvrent… »
Marina Skalova, « Exploration du flux », Le Seuil, coll. Fiction & Cie, avril 2018, p. 60, 61
En Syrie, en matière de viol de guerre, cela fait longtemps que « la ligne rouge » a été franchie. Mais, malgré les horreurs entendues ce dimanche 11 mars 2018 à l’Institut du monde arabe (IMA), malgré les violences sexuelles subies, accompagnées d’humiliations, de souillures physiques et psychiques d’un perversité incroyable et, accessoirement d’une langue profondément dégradée, violences quelquefois collectives, même devant la famille, malgré les nombreux rapports qui attestent de ces crimes de masse (de guerre ? contre l’humanité ? génocidaires ?), il se peut que « l’on ne se résigne pas à l’impunité », comme l’ont appelé de leurs voeux les invités de l’éditeur Farouk Mardam-Bey et de la bibliothécaire Racha Abazied.
La question tabou du viol a été levée en France par le documentaire de Manon Loiseau et Annick Cojean, Le cri étouffé. Une pétition qui demande «la libération des milliers de femmes encore en prison en Syrie» a recueilli plus de 98 000 signatures.
À l’IMA de très nombreux sympatisant.e.s et, au-delà, des spécialistes de toutes les disciplines, du psychanalyste au poète, de la militante pour l’éducation des femmes à l’universitaire ainsi qu’un public attentif et bouleversé sont venu.e.s témoigner de leur « solidarité avec les femmes syriennes ».
Un espoir ?
Après sept ans de guerre, après sept ans de « viol, comme arme de destruction massive », on se dit néanmoins que tout espoir n’est pas vain. Un espoir fondé sur le travail de terrain d’associations comme Women Now qui a perdu nombre de militantes dans le bombardement en cours de La Ghouta mais qui continue son inlassable travail d’émancipation comme sur le travail de juristes, d’universitaires, de sympathisant.e.s de la première heure (voir en France l’association Revivre) ou plus récents, telle Catherine Coquio, professeur à Paris 8, adhérente du « Comité Syrie-Europe : Après Alep » .
L’objectif de ce dimanche solidaire était de « mettre sous le feu des projecteurs le calvaire des femmes syriennes » (Racha Abazied) alors que « le viol est pire que la mort » dans une société traditionaliste et patriarcale (témoignage d’une étudiante recueilli pour Libération par Hala Kodmani) dont les victimes seraient « plusieurs dizaines de milliers » (Catherine Coquio).
Or, « les Syriens sont très fatigués de dévoiler leurs plaies pour que le monde bouge ». (Mariah al Abdeh, Women Now for Development). Parmi ces plaies ouvertes, « le viol d’une femme est le viol contre une famille, c’est un message de terreur qui lui est adressé » (Mariah al Abdeh).
Le viol et après…
Conséquences, selon Eric Sandlarz, psychanalyste : « Pour traverser un viol, les personnes (femmes ou hommes) se dissocient comme si elles n’étaient plus là, elles ont donc du mal à le raconter. Elles ne peuvent oublier et, au mieux, elles gardent une blessure ouverte qui ne peut cicatriser ». Pour ce thérapeute du Centre Primo Levi : « Il y a des violences dans le pays d’accueil (des réfugiés) accrues par l’Etat qui sont le prolongement de celles subies dans le pays d’origine, telles que les humiliations. ». Selon le clinicien, « ce qui importe au pervers, au tortionnaire, c’est de détruire la victime et qu’elle retourne dans sa communauté avec ce message. Or si la personne violée est mal accueillie dans sa communauté notre travail ne sert à rien. L’espoir est de changer la parentalité, la conjugalité, les changer c’est lutter contre la dictature. »
Ne pas se résigner à l’impunité
Pour Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France : « le viol est utilisé comme une arme de terreur, mais il faut lutter contre l’impunité du viol. »
Une ambition que le juriste Joël Hubrecht conforte en rappelant l’évolution de la jurisprudence internationale : « À Nurenberg, aucun dignitaire nazi n’a été poursuivi pour viol. » En revanche, rappelle ce chercheur associé à l’Institut des Hautes Études sur la justice, «l’utilisation stratégique de la violence sexuelle » a été un motif de condamnation ou d’aggravation des peines prononcées par le tribunal international pour l’ex-Yougoslavie, en 1993, comme par d’autres tribunaux internationaux dans d’autres guerres (Rwanda, Congo). « La violence de la procédure est très brutale pour les victimes. Le viol des hommes est un tabou dans le tabou. La particularité de la Syrie est la configuration familiale face à la violence du régime. Nous sommes au début d’un long processus, mais il ne faut pas se résigner à l’impunité. »
Des témoignages recueillis par Samar Yazbek
Deux comédiennes (Darina Al-Joundi et Leyla-Claire Rabih) ont lu des extraits du livre de Samar Yazbek, تسع عشرة امرآة (« Tessa achara Imara ») [Dix-neuf femmes] (en français prochainement).
La poésie de Nouri al-Jarrah
La comédienne Dominique Blanc a lu ce poème de Nouri al-Jarrah, extrait de son recueilUne barque pour Lesbos et autres poèmes (قارِب إلى لسبوس); traduit de l’arabe par Aymen Hacen pour les Éditions Moires.
[O Syriens qui souffrez, ô Syriens qui êtes beaux, ô frères Syriens qui fuyez la mort, vous n’arrivez pas à bon port à bord des barques mais naissez sur les plages avec l’écume. Vous êtes de la poussière d’or périssable, de la poussière d’or liquéfiée, dépréciée, estompée. D’abysse en abysse au creux de la mer des roumis, avec l’étoile de mer et son frère le calamar errant, les vagues vous envoient à la lumière de la Grande Ourse.
(…)
Syriens mortels, Syriens qui frémissez sur les côtes,
Syriens errants partout sur terre, ne vous remplissez pas les poches de terre morte, abandonnez cette terre et ne mourez pas.
Mourez dans la métaphore, ne mourez pas dans la réalité. Laissez la langue vous enterrer dans ses épithètes, et ne mourez pas pour être mis en terre.
La terre n’a de mémoire que le silence. Naviguez partout et gagnez le tumulte de vos âmes. Et derrière la tempête et les dégâts, levez-vous dans toutes les langues, dans tous les livres, dans toutes les causes et l’imagination, agitez- vous dans chaque terre, levez-vous comme l’éclair dans les arbres.]
À noter, à Paris : l’association Renaissance des femmes syriennes (RDFS) tient une permanence le premier dimanche du mois de 15h à 18h, à la Maison des femmes.
Où est la beauté du monde ?
Gît-elle au fond de cette embarcation venant de Libye ? Le Monde écrit : « Treize personnes – dont des femmes enceintes – ont été retrouvées mortes sur une embarcation transportant 167 migrants, à la dérive à proximité des côtes libyennes, a annoncé mardi 25 juillet l’ONG espagnole Proactiva Open Arms. »
Gît-elle dans cette photo d’une embarcation aux flotteurs jaunes, le plancher jonché de corps humains, certains nus, exhibés sous le soleil de la Méditerranée, une embarcation libérée des vivants, survivants enlacés de gilets de sauvetage orange (on en fait de tout petits pour les enfants) ?
Gît-elle, la beauté du monde, dans cette photo surplombant l’horrible radeau ? Une photo signée Santi Palacios.
Cette beauté est-elle dans le cri de la femme enceinte qui a demandé un gilet de sauvetage et qui l’a obtenu ?
Cette beauté est-elle dans les secouristes, photographes, témoins ? dans leur gestes ?
Cette beauté du monde gît-elle sur le plancher de cette embarcation endeuillée ? Qui en portera le deuil ?
Cette beauté est-elle dans les mots qui accompagnent la publication de cette photo, cette photo insupportable ? Ainsi ceux de la photographe Isabelle Serro :
« Je pense à mes futurs petits enfants et aux livres d’histoire qu’ils auront dans leurs cartables.
Pas question alors de dire que nous ne savions pas !!! »
Cette beauté est-elle dans l’insurrection de l’âme, soulevée par l’horreur, le laisser-faire des puissants, les égoïsmes mortifères ?
Cette beauté était-elle sur la plage de Bodrum, en Turquie, en septembre 2015, dans la photo du petit Aylan venu de Syrie ? dans les yeux du petit Aylan, la tête enfouie dans le sable de la plage de Bodrum ?
La beauté du monde est-elle dans l’arc de nos consciences, tendu par la seule compassion devant tant de destinées noyées en Méditerranée ?
En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français
En 2015, 17,7% des livres produits en France sont des traductions, un chiffre stable d’une année sur l’autre : sur 67 041 titres publiés, on en compte 11 847 traduits, selon l’étude annuelle de Livres-Hebdo.
Les langues les plus traduites sont l’anglais (58,1% des titres avec 6 879 ouvrages), le japonais (12,1% soit 1 432 titres), l’allemand (6,4% soit 754 titres). Le portugais et le chinois progressent avec une centaine de titres de chaque langue.
Parmi les langues les moins traduites : l’arabe, avec 74 livres traduits en 2015, contre 98 en 2014, dont seulement 15 romans, contre 26 en 2014.