Jean Métellus : Visages de femmes

Jean Métellus, poète haïtien, publie au Temps des cerises, Visages de femmes, dont l’éditeur nous précise :  » Un hommage poétique aux femmes qui ont oeuvré pour l’émancipation humaine, parmi lesquelles : Flora Tristan, Louise Michel, Rosa Luxembourg, Joséphine Baker. «  

L’auteur signera son livre ce vendredi 23 mai à 19h30 à la Librairie  La Lucarne 115 rue de l’Ourcq, Paris 19e. Présentation du poète par Hélène Delprat. Textes lus par l’auteur et des comédiens. 

Jean Métellus dispose d’un site personnel et d’un blog, double adresse donc, ce qui est habile.

Esclavages et libertés au Festival du conte et de la parole

 » Esclavages et libertés  » est le thème du Festival international du conte et de la parole, les 22, 24 et 25 mai à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Organisé depuis deux ans à Gorée (Sénégal) sur le thème de l’esclavage, c’est la première fois qu’une déclinaison française est proposée :  » Il y aura là de grands conteurs venus des quatre coins du monde [Babacar Mbaye Ndaak (Sénégal), Sani
Bouda (Tunisie), Catherine Zarcate (France), Mimi Barthélémy (Haïti), Manféï Obin (Côte d’Ivoire), Suzy Ronel (Guadeloupe, France), Sani Bouda (Niger)] mais aussi des musiciens, des danseurs et des chanteurs. Tous parleront des esclavages et libertés pour que les spectateurs puissent entendre de leur bouche, en situation théâtralisée, des histoires qui sont restées gravée dans la mémoire, et qui pour certains, ont été vécues par leurs propres grands-parents… « 

Le festival s’associera vendredi 23 mai aux commémorations organiséee par des associations antillaises, notamment à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans le cadre de la journée récemment officialisée par le président de la République comme « journée commémorative » pour les associations de Français de l’Outre-mer vivant en métropole, en plus de la journée nationale de commémoration du 10 mai. 

Des nouvelles des colloques : Glissant, Frankétienne et Césaire

 » Edouard Glissant ou la poétique de la ritournelle  » est le thème de la conférence d’Aliocha Wald Lasowski, lauréat de la bourse Edouard Glissant 2008, le 23 mai à 15h30, Maison internationale de la Cité internationale universitaire de Paris, Salon David Weill.

Frankétienne est au programme du colloque  » La création face à la langue de bois « , les 19 et 20 juin 2008 à l’Université Paul Valéry – Montpellier III . Colloque pluridisciplinaire de jeunes chercheurs organisé par l’Ecole doctorale « Langues, littératures, cultures, civilisations ». Marie-Edith Lenoble (Université Paris IV – Sorbonne) tiendra son auditoire en haleine, le 19 à 16h avec Les langues totalitaires à l’épreuve de la schizophonie. Etude de L’Oiseau Schizophone de Frankétienne.

Un colloque international Aimé Césaire est organisé par l’université West Indies de Barbade, du 15 au 17 octobre 2008.  » Tout en revisitant l’histoire et les écrits de la négritude, ce colloque vise également à explorer les nouvelles directions des littératures antillaise et africaine », signalent les concepteurs. Annonce détaillée en français sur le site de recherche littéraire Fabula .

Parfum de vodou à Genève

 

Autant le dire simplement : courez visiter l’expo du Musée d’ethnographie de Genève :  » Le vodou, un art de vivre « . Autour de Général Trois Étangs (à droite) et capitaine Bizango (à gauche), vous attendent une trentaine de bizangos, jamais montrés en Europe. Issus de la collection de Marianne Lehmann, ces mannequins rembourrés ont le corps couvert de miroirs, au visage faits de crânes ou de surmodelages, les membres quelquefois amputés. Ils s’accompagnent de bouteilles de cordes-chaînes, comme souvent dans le vodou. C’est la dernière salle de l’exposition. Une véritable révélation ! Bizango signifie  » apprendre à changer « , écrit dans le catalogue l’anthropologue haïtienne Rachel Beauvoir-Dominique. Bizango sert à prouver qu’un homme peut apprendre à changer.  » Bizango est le nom d’une société secrète.

C’est réussi. Entrer dans cette salle c’est comme (on l’imagine!) Howard Carter découvrant le tombeau de Toutânkhamon en 1922, la porte d’entrée d’une Histoire et d’un Mystère.

L’ensemble de l’expo n’a pas ce caractère inédit, mais le choix des commissaires (Jacques Hainard et Philippe Mathez) fait progresser le visiteur très simplement d’un poème de Baudelaire (Le Flacon) à une énorme caisse fermée, puis à une salle laissant apparaître dans les caisses entrouvertes les clichés et fantasmes du vodou puis, progressivement, l’imagination se déploie jusque dans un autel de rite pétro et sa dominante rouge qui vous plonge ensuite dans la pénombre mystérieuse de la salle bizango. Au final, une galerie des glaces renvoie au visiteur son image démultipliée, l’exposition disant très subtilement que le vodou vu par les occidentaux est d’abord une question de regard. C’est magistral, humble et digne.

Le cristallographe et l’utopie : Brice Hortefeux chez Xavier Darcos

Lu dans Libération ce jour à propos de  » La veillée d’armes de Xavier Darcos « , ministre de l’éducation nationale, racontée par Véronique Soulé :

12 h 30 «Il n’y a pas de grande carrière sans les épouses» : visage rouge sous la chaleur, le ministre affectionne le ton familier du notable de province. Il remet la médaille de chevalier de la Légion d’honneur au recteur de Clermont-Ferrand, Gérard Besson, cristallographe, spécialiste des ordres et désordre des matériaux – «prémonitoire pour être recteur». Ses collègues Valérie Pécresse (Enseignement supérieur) et Brice Hortefeux (Immigration) sont venus. Le médaillé conclut joliment en citant Edouard Glissant : « L’utopie n’est pas un rêve, mais ce qui manque dans le monde. » Au menu du déjeuner : gaspacho, cannette à la polenta, pêche melba façon Lenôtre.

La question qui vient immédiatement à l’esprit est celle de la réaction de Brice Hortefeux à cette citation d’Edouard Glissant. L’auteur de Tout-Monde est aussi le co-auteur avec Patrick Chamoiseau de Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ?, publié par Galaade éditions, un pamphet qui dénonce l’existence même du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement [Papalagui, 31/08/07].

Extrait :

« Ainsi en plein 21ème siècle, une grande démocratie, une vieille République, terre dite des « Droits de l’Homme », rassemble dans l‘intitulé d’un ministère appelé en premier lieu à la répression, les termes : immigration, intégration, identité nationale, co-développement. Dans ce précipité, les termes s‘entrechoquent, s’annulent, se condamnent, et ne laissent en finale que le hoquet d’une régression. La France trahit par là une part non codifiable de son identité, un des aspects fondamentaux, l’autre en est le colonialisme, de son rapport au monde : l’exaltation de la liberté pour tous (…) Mais la folie serait de croire inverser par des diktats le mouvement des immigrations.

Depuis, le dernier terme d’un ministère identitaire à rallonge  » co-devéloppement  » a été remplacé par  » développement solidaire « .

Donc quelle tête faisait Brice Hortefeux écoutant citer Glissant ? Césaire a-t-il été cité ? Autant de questions qui tarabustent l’esprit et tracassent.

Francophonie, tes papiers !

 » Les artistes francophones, dans le spectacle vivant contemporain, sont les héritiers d’une francophonie politique, mais ils ne revendiquent pas nécessairement d’appartenance à une « francophonie artistique ». »

Pour interroger ce paradoxe, Equip’arts et l’Odéon-Théâtre de l’Europe présentent Francophonie, tes papiers ! ce jeudi 15 mai 2008 à 14h aux Ateliers Berthier. La langue française dévoilée dans tous ses états et dans tous ses éclats.

Francophonie : jeu de mots, jeu de scène, jeu d’idées. « Francophonie : tes papiers ! ».

avec Koffi Kwahulé, Odile Sankara, Marie-Agnès Sevestre, Dgiz, Gustave Akakpo, Délo, Paulin F. Foduop, Nathalie Vairac, etc.

Un état de poésie, Jean Onimus…

Le dimanche, c’est jour de marché. Rituel bonhomme, langueur assumée, corps bringuebalé vers les fruits de saison et les légumes du jour. Entre l’apiculteur venu vendre les produits de la ruche et le vendeur de tapis… une libraire de livres anciens. Son étal est un bonheur, fait de pépites, beaucoup de poésie, de la littérature pour psy., quelques beaux livres, des raretés, des éditions originales, des épuisés. Des livres d’ésotérisme. Une mine d’or, entre les odeurs d’accras et les douceurs d’olives.

Cette semaine, parmi les perles : Expérience de la poésie, de Jean Onimus, publié par Desclée De Brouwer en 1973. En sous-titre, quelques voleurs de feu allument la curiosité de ce dimanche ensoleillé : Saint-John Perse, Henri Michaux, René Char, Guillevic, Jean Tardieu, Jean Follain, Pierre Emmanuel. L’introduction fait 21 pages. A lire debout, toutes courses cessantes. Les fraises attendront.

Extraits :

« Nous pensons qu’il existe, en dehors de toute production littéraire, un état de poésie qui peut se définir comme une pénétration dans les profondeurs de l’existence. Ce peut être, par exemple, la brusque prise de conscience de l’instant vécu dans sa gratuité, sa singularité, sa merveille. Le regard habitué, hébété, s’avive, la conscience s’ouvre à sa propre existence comme une plante à la lumière : il suffit d’une métamorphose, d’une conversion intime qui peut être fugitive, improductive, mais qui fait de tout homme potentiellement un poète. Du reste les poèmes valables de notre temps visent beaucoup moins à être des œuvres d’art que des fragments d’existence  » arrachés à la gueule du néant  » et portés par l’art à une sorte d’incandescence.

(…)

Le poète n’est pas seulement un ouvrier du langage, virtuose d’orfèvreries verbales : son action est surtout de rupture. Il fait subir au discours une série d’électrochocs qui dispersent le flux qu’on appelle un peu vite  » flux sémantique « . Son travail vise à créer un autre  discours, radicalement différent. Tous les moyens sont bons pour briser ce flux : coupes en versets, absence de ponctuation, blancs, majuscules, abondances de figures telles les énumérations, les anaphores et refrains litaniques, les redondances systématiques et toutes les alliances insolites… Opérations qui toutes convergent en direction d’un ralentissement ou d’un désarroi de la lecture, d’un doute chez le récepteur, d’un brouillage dans la communication.

(…)

L’usure du langage condamne à une perpétuelle invention métaphorique : on cherche à provoquer le choc qui renouvellera l’information. Mais rien ne se détériore aussi vite que les métaphores. L’art du poète consiste à intégrer à son langage une couche toujours aussi neuve d’analogies inédites et d’images ; ce n’est pas l’expression d’une vérité qu’il cherche à affûter : tout au contraire, nous l’avons dit, il fuit les idées, mêmes les plus vraies. Son langage est analogique parce qu’il est lourd de ce qu’il faut bien appeler des  » totalités « . Comment cerner valablement, comment désigner ces forces, ces pulsions, ces fièvres d’adoration ou d’horreur qui l’animent sinon par des réseaux de métaphores, où  » l’image chasse l’image  » [Bergson, La Pensée et le Mouvant, p. 21O], afin de susciter chez le lecteur un dynamisme intime parallèle. »

Ce dimanche de marché était un état de poésie.