Chroniques algériennes (2)

Au sud de Tizi-Ouzou, continuer vers la montagne du Djurdjura. Au loin, la main du Juif (consulter les forums pour l’explication du nom !). On nous assure que des touristes ont repris la route vers ces hauts sommets. On ne s’y risquera pas cette fois. Un repas de mariage nous attend à Aït Saada (voir le blog du village). Chez la famille Aït Ali, on a tout préparé pour 500 personnes. Avant cela, le cortège parade dans les rues étroites, voiture de tête, voiture de fête avec fleurs. Hakim est allé cherché Kahina… Les femmes portent la robe traditionnelle, rubans brodés de couleurs vives entourant les épaules, fibules qui ferment la robe par devant, bijoux d’argent et de corail (détails sur le site de culture kabyle, La Kabylie.com )

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L’été est plus qu’ailleurs la saison des mariages. Ces dernières années, ils ont repris de plus belle. Dans les villes les Chinois construisent plus vite que leur ombre. L’équation est simple : les Chinois construisent dans des villes surpeuplées, les jeunes peuvent quitter la maison des parents et se marier. Joli paradoxe : les Algériens ont reconstruit la France de l’Après-guerre, les Chinois édifient l’Algérie de l’indépendance, peut-on lire dans l’excellente enquête de Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique, publiée par Grasset.

Chroniques algériennes (1)

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En bord de route, au sud de Tizi-Ouzou, par la N30, on apprécie la vue sur le barrage de Taksebt. Plus loin, une décharge sauvage comme il y en a tant en Algérie. Des sacs bleus ponctuent en pointillé le paysage. Les sacs noirs ont disparu, victimes d’une campagne du ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Chérif Rahmani. Pendant des mois, les Algériens ont entendu cet anathème lancé contre les sacs noirs, toxiques, produits avant l’nterdiction à raison d’un million de tonnes par an, a précisé le ministre à El Watan. Un poids qui parait excessif, tant le plastique est léger.

Les sacs bleus ont remplacé les sacs noirs. Plus tard, sur la route du Grand Sud, on les retrouvera, flottant au vent, accrochés par les brins d’alfa… Je pense au grand bleu d’Hugo Verlomme et à son son dernier titre, emporté dans mes bagages : Les 7 couleurs de monsieur Gris (éditions Yago).

La mort d’Albert Cossery

L’écrivain égyptien de langue française Albert Cossery, est mort dimanche à Paris à 94 ans, nous apprend l’AFP, qui écrit : Surnommé le  » Voltaire du Nil  » pour son ironie à l’encontre des nantis, Albert Cossery était une figure de Saint-Germain des Prés où il résidait dans la même chambre d’hôtel depuis 1945, où il est décédé.

Lauréat du prix de la Francophonie de l’Académie française (1990), du prix Méditerranée (2000) et du prix Poncetton de la Société des gens des lettres (2005), il a fait l’éloge dans ses livres, au style classique, hors mode, du dénuement et d’un « art de vivre » loin de notre société consommatrice.

Il a mis en scène des humbles, des inadaptés, qu’ils soient voleurs, prostituées ou balayeurs de rues, persifleurs à l’égard des pouvoirs.

La ministre de la Culture Christine Albanel lui a rendu hommage, saluant en lui « un prince et un esthète de la littérature française, un dandy nonchalant, amoureux de la France.  »

« Je n’ai rien étudié du tout, confiait-il à Xavier Houssin dans un entretien au Monde, le 13 janvier 2006. D’ailleurs, on n’a pas besoin de faire d’études pour écrire. » Il est né en 1913 au Caire dans une famille dont les revenus venaient d’une petite rente agricole. « Ma mère ne parlait que l’arabe. Elle était illettrée. Mon père lisait juste le journal. » Mais depuis qu’il est tout petit garçon, Albert Cossery sait qu’il sera écrivain. Une vocation ou plutôt un destin. Il a juste 10 ans quand il griffonne ses premières pages. En français. « C’était la langue des livres. »

Lire :

Un prophète de la dérision (BibliObs.com )

Albert Cossery a quitté sa chambre d’hôtel (Le Temps ).

Une nuit d’hommage à Aimé Césaire

A Paris, la Maison de la poésie propose Une nuit d’hommage à Aimé Césaire, lundi 23 juin 2008 à partir de 20h.

Au menu :

● Echange de lettres entre Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire représentée par un dialogue entre Daniel Maximin et Nimrod.

● La Passion du poète, communication d’Edouard Glissant

Cahier d’un retour au pays natal, lu par Pascal N’Zonzi, mise en espace Claude Guerre.

● Ecoute du Discours sur le colonialisme lu par Antoine Vitez en 1989 au Festival d’Avignon.

 

Hommages par Jean-Pierre Siméon, Zéno Bianu, Gabriel Garran, Francis Parny.

 

Maison de la Poésie, passage Molière, 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris.

L’été sera [big] shoot

Que Big Shoot, pièce de Koffi Kwahulé, revienne dans l’interprétation de Denis Lavant, à partir du 21 août au Lavoir Moderne parisien et l’on est sûr de patienter l’été jusqu’à plus soif… Voir premières impressions ici .

A partir du 21 août 2008, du jeudi au samedi à 21h – dimanche 16h. Big Shoot dans une mise en jeu de Michèle Guigon, présenté ainsi dans le communiqué de presse d’Isabelle Muraour, qui ne fait jamais les choses à demi :  » Jeux du cirque médiatique où le bourreau se fait artiste et offre à la curiosité malsaine de la société le spectacle de son crime. Interrogatoire poussé, sévices psychologiques de détraqué, folie et sexualité… Tour à tour inquisiteur et tortionnaire, Monsieur invente Stan, sa victime, et fabrique l' »alibi » nécessaire à ses pulsions.  »

Autant le dire nettement : l’été sera shoot. C’est du théâtre vivement conseillé, sans modération.

Aimé Césaire à l’oeuvre, colloque à venir

L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) préparent, sous forme d’un colloque en hommage à Aimé Césaire, des journées scientifiques consacrées spécifiquement aux problèmes d’édition de ses œuvres.

Une édition des œuvres complètes d’Aimé Césaire est en préparation depuis 2003. Aimé Césaire avait été consulté, et le travail a commencé grâce à ses recommandations. L’édition paraîtra prochainement dans la collection « Planète Libre », une bibliothèque d’éditions critiques des grands textes de culture francophone, dirigée par PM de Biasi et Marc Cheymol, publiée par CNRS éditions en partenariat avec l’ITEM et l’Agence universitaire de la Francophonie.

Voir détails sur le site de l’AUF.

Nathacha Appanah, rebelote

Le prix des Lecteurs de L’Express 2008 récompense Nathacha Appanah pour Le dernier frère (L’Olivier).

Ce roman avait déjà reçu le prix Culture et bibliothèques pour tous en mai dernier et le prix du Roman Fnac en 2007 [critique dans Papalagui, 27/08/07].

Le prix de l’Essai, créé cette année, a récompensé Virginie Linhart pour Le jour où mon père s’est tu (Le Seuil).

Ferney et Fabula, littérature finie et lecteurs affamés

L’époque n’est pas qu’épique, elle est à la désespérance littéraire. Impuissance ou pouvoir ? se demandait-on ici il y a quelques jours. Le même site de Fabula nous invite aujourd’hui à réfléchir pour un prochain numéro de LHT (Littérature Histoire Théorie) au thème  » Tombeaux pour la littérature : histoire et rhétorique d’un genre critique « .

Richard Millet stigmatise le Désenchantement de la littérature, Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, Lionel Ruffel pense notre époque comme Dénouement, William Marx comme Adieu à la littérature, Antoine Compagnon fait le constat d’un « épuisement » de l’espace littéraire que, dans un essai sous-titré La Fin de la littérature, Dominique Maingueneau dénonce avec virulence

Tombeaux… avec ces questions :  » A quoi bon ces récits ? Pourquoi vouloir voir mourir la littérature ? De quoi les antiennes sur la fin de la littérature sont, sur le plan critique comme sur le plan poétique, la possibilité ? « , se demande Alexandre Gefen.

Que des émissions littéraires disparaissent comme l’emblématique Bateau livre de Frédéric Ferney, inlassable interviewer à l’intelligence fine et gourmande, c’est une chose, pas anodine du tout, que les colloques résonnent aussi d’un écho d’une certaine fin, c’est plein d’espoir tout ça…

A cette fin, les lecteurs opposeront toujours leur faim.