Bah ! le 8…

En Chine, nous apprennent les gazettes du jour J, le 8 est un chiffre porte-bonheur.

Rien n’est dit pour les fétichistes du 7, dont je suis.

Ont-ils un coup d’avance ? Sont-ils en décalage ?

Le chiffre 8, prononcé [Pa] ou [Ba], synonyme de prospérité, incite les couples à ce marier un jour en 8. Surtout un 8/08/2008 ! Quand on peut, on s’achète un numéro de téléphone en 8 ou une immatriculation avec plusieurs 8. Pourtant, les routes chinoises sont parmi les plus meurtrières au monde.

Malheureusement pour lui, Lao Ding n’a pas 88 ans. Il en a 60. Il est licencié de l’usine Etoile rouge paur cause de faillite. A la veille de l’hiver, il tombe sur un vieil autobus, abandonné entre cimetière et forêt. S’apercevant du jeu des amoureux sérieux ou occasionnels, il passe cette annonce :

 » Petite chambre de repos en forêt, lieu tranquille et sûr, 10 yuans l’heure, 2 bouteilles de soda gratuites. »

Plus tard, avec un couple de clients,  » il savait que la chose la plus effrayante s’était produite, il venait de prendre en pleine figure le mauvais sort, tel un sceau de merde puante. « 

Faut dire que l’on est page 86 de ce court roman de Mo Yan, Le maître a de plus en plus d’humour (Seuil). Page 86, c’est deux pages trop tôt, deux pages avant la page 88 de ce livre à la lecture très recommandée, qui en comporte seulement 108.

A suivre : Junot Díaz

 » L’île d’Hispaniola, à la fois dominicaine et haïtienne, est le pivot autour duquel le vieux monde a balancé dans le nouveau. Le point de transformation. Le « ground zero » du Nouveau Monde. « , propos de Juno Díaz, 40 ans, Américain d’origine dominicaine, auteur de Los Boys (Drown en V.O.) paru chez 10/18 en 2000 et tout dernier Prix Pulitzer 2008, la plus haute distinction littéraire décernée outre-Atlantique pour son roman The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, [La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao] à paraître en traduction française chez Plon en 2009 (cité dans le portrait signé Lila Azam Zanganeh, Le Monde, 8/08/08).

Los Boys, le livre est épuisé. Lire extrait + critique sur le site de L’Œil électrique.

La môme Xiao, film majeur sur mineure à moins de cent euros

La semaine de l’ouverture des Jeux Olympiques, douze salles de cinéma françaises affichent La môme Xiao, le premier long métrage de Tao Peng. La môme Xiao raconte l’histoire d’un couple qui achète 1 000 yuans (94 euros) une fillette de onze ans, incapable de marcher, pour la faire mendier, et ainsi gagner sa vie.

Sur fond bruyant de petit tracteur taxi, le couple arrive dans une campagne chinoise reculée. Reçu par un oncle, caïd du business du trafic d’enfants, l’homme et la femme sont économes de mots. Atmosphère miteuse, caméra subjective qui filme en suivant au plus près les dos porteurs de la môme Xiao, rebaptisée  » Petit Papillon « . Transportée à pas lents, exhibée aux carrefours, elle rapportera quelques billets. Econome d’action, Tao Peng, qui est aussi le scénariste et le monteur du film, nous présente la pauvreté et les crimes qu’elle engendre : trafics d’enfants mendiants, trafics d’organes. Ce  » docu-drama « , entre fiction et documentaire, visages fermés filmés en gros plans, absences de longs dialogues, silences pesants, nous révèlent des corps dans leur lourdeur, la résignation de la môme, la charité, la pesanteur d’une pauvreté qui fait d’humbles paysans de grands criminels. Film poignant sur une forme d’esclavage contemporain, La môme Xiao se termine par le bruit ininterrompu du trafic routier et le regard mutique de la très remarquable Hong Qifa, interprète majuscule en mode mineur.

En complément, on se reportera aux articles élogieux de la presse française et au dossier de presse de Zootrope films, où le réalisateur dit paradoxalement tout son espoir…

Mots en dérades, mots en radeaux

Les errements du Net et de la littérature des périphéries nous renvoient au poète Lionel-Édouard Martin et à sa propre dérade géographique, entre Poitou, d’où il est, et la Martinique, où il vit. Le site Remue.net , jamais en vacances ni vacant de pépites, publie une belle chronique signée Jacques Josse, sur Dire migrateur, recueil de récits et de poèmes de L.E.M. publié aux éditions Tarabuste.

Lu cet extrait sur le blog de Lionel-Édouard Martin :

Écriture, antidote aux tropiques : même luxuriante en apparence, elle débarde le langage, transforme en silence tout excès de parole. Aucun arbre ici ne paraît écrire : accueil de toute clameur, l’alizé parle avec les mains, l’iguane, comme ailleurs le caméléon, multiplie les synonymes. J’ai vu dans les seuls pays d’Europe enrubanner les vergers de guirlandes d’aluminium pour effrayer les merles, borner l’emprise du chant. Peut-être un cerisier, nanti d’un dire trop chiche pour le gâcher en envolées bruyantes, se doit-il de préserver son lot plus avarement que le manguier : c’est ainsi qu’il écrit, ménageant son avoir. Et lorsque me fascine, dans mes séjours en Caraïbe, un arbre tropical glosé de bavardages, je plante dans ma terre la plus intime, dans ma chair de poète, le cerisier d’enfance à la rare écriture de fruits rouges.

On pense à l’écriture de la nature chez Déwé Gorodé, poétesse kanake, dont les cordylines dans son jardin de Ponérihouen, en Province Nord de Nouvelle-Calédonie, dessinent une écriture, nous avait-elle révélé, qu’elle détaille dans son recueil de nouvelles, publié par Grain de sable en 1994, Utê Mûrûnû, petite fleur de cocotier.

Le texte  » Ecriture, antidote aux tropiques… » est puisé dans Écrit en Haïti. Il nous fait découvrir la belle peinture de Reynald Joseph. Aux échassiers joliment évoqués par Martin, on préfère tomber sur ces chaisiers…

Ces bifurcations nous tracent des émerveilles, quand d’autres aiguillages nous entrainent…

En Algérie, attentat à la voiture piégée contre un commissariat de Tizi-Ouzou

Un attentat suicide à la voiture piégée contre un commissariat de Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, a fait au moins 25 blessés, dont quatre policiers, dimanche 3 août, selon le ministère de l’intérieur algérien cité par l’agence Algérie presse service (APS).

Selon les témoins, un kamikaze a lancé son véhicule piégé contre un commissariat de la vieille ville de Tizi Ouzou, non loin d’une caserne de l’armée. L’explosion, qui eu lieu à l’aube, a creusé un profond cratère dans la chaussée près du commissariat et a endommagé des immeubles voisins. L’attaque n’a pas encore été revendiquée. Il s’agit du premier attentat à la voiture piégée depuis plusieurs mois en Algérie. Le 23 juillet, un kamikaze sur une moto avait détonné une bombe au passage d’un convoi militaire à Lakhdaria, à l’est d’Alger, faisant treize blessés.

Haïti : Un film de fiction sur Jacques Roumain

Jacques Roumain, la passion d’un pays, le dernier film du réalisateur haïtien Arnold Antonin, sera projeté en avant-première ce lundi 4 août à la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), de Port-au-Prince, nous apprend l’agence en ligne AlterPresse .

Né à Port-au-Prince le 4 juin 1907 et décédé le 18 août 1944 , Jacques Roumain a été une figure intellectuelle majeure de ce pays de la Caraïbe, anthropologue et fondateur du parti communiste haïtien. A l’étranger, il est connu pour son roman Gouverneurs de la rosée. En 2007, des manifestations culturelles ont été organisées pour commémorer le centenaire de sa naissance.


Esclavage : Excuses officielles aux Noirs américains

Les parlementaires américains ont présenté mardi soir les premières excuses formelles du gouvernement fédéral pour « la fondamentale injustice, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité » de l’esclavage et de la ségrégation raciale envers les Noirs américains. Le texte, adopté à la Chambre des représentants, « présente des excuses aux Noirs américains au nom du peuple des Etats-Unis, pour le mal qui leur a été fait » sous les lois ségrégationnistes connues sous le nom de « lois Jim Crow » et « pour leurs ancêtres qui ont souffert de l’esclavage ». Les parlementaires indiquent également qu’ils s’engagent à oeuvrer pour corriger « les conséquences persistantes » de l’esclavage et de la ségrégation. Le parlementaire démocrate Steve Cohen , à l’initiative de ce texte, a salué son adoption.

« C’est un moment historique dans la lutte en cours pour les droits civiques dans ce pays et j’espère que cette législation pourra servir à ouvrir le dialogue sur les questions raciales et l’égalité pour tous », a-t-il indiqué dans un communiqué.

[Source : Le Soleil, quotidien sénégalais]

Lire sur Papalagui : Les excuses canadiennes envers son peuple autochtone (Papalagui, 11/06/08) et les excuses australiennes aux Aborigènes (Papalgui, 30/01/08).

Chroniques algériennes (5)

A Tizi-Ouzou, prendre le car pour Alger. Il est neuf, aux rideaux bleu azur, climatisé et… chinois, de marque Higer. Il est plein, calme et diffuse sur deux écrans (l’un devant, l’autre au milieu du bus) un sitcom, l’histoire d’un immigré qui rentre au bled. Par souci d’intégration à rebours, il décide de marier sa fille…

Pour 100 km, 90′ de trajet, la clim. et le sitcom (barbant), c’est 120 dinars, soit 1,20 euro !

Chroniques algériennes (4)

Avant Boghni, on prend un  » fourgon « , un petit taxi collectif pour des liaisons interurbaines. On donne une pièce de 10 dinars à l’arrivée (0,1 euro)). C’est pas cher. Pour peu que le chauffeur soit loquace, on est au courant des dernières rumeurs. Aujourd’hui on évoque ces jeunes qui se seraient installés dans un cimetière pour y ouvrir un débit de boissons. On parle trafics en tout genre, toutes qualités, toutes substances.

Chroniques algériennes (3)

Benni Yenni, petite cité perchée de Grand Kabylie, est connue pour ses bijoux. Dans la rue principale, il y a plusieurs dizaines d’artisans. Ils étaient un demi-millier dans les années 70. Tous ici se plaignent du coût de la matière première, l’argent et le corail.

Le quotidien francophone, El Watan, titre sur la sécurité et les effectifs qui quadrillent la région à l’occasion de la fête du bijou annuelle :  » Au pont de Takhoukht, à une dizaine de kilomètres de Beni Yenni, les forces de sécurité ont redoublé leur présence au barrage fixe installé sur les lieux, surtout lors du passage du cortège de la délégation officielle dirigée par le wali de Tizi Ouzou. Tous les axes routiers desservant la commune étaient sous le contrôle des soldats de l’ANP qui veillaient au grain afin d’assurer la quiétude des visiteurs.  »

Faire du tourisme en Algérie, une gageure ? Au Maghreb, Maroc et Tunisie ont la cote, pas l’Algérie. Qu’est-ce-que cela signifie faire du tourisme en Algérie ? Visiter des lieux historiques, les ruines de l’époque romaine ? Profiter des plages propres non taxées ? Acheter des bijoux à Benni Yenni ? Rencontrer des Algériens chez eux, ceux dont la vie quotidienne est rythmée par les controverses sur le prix de la pomme de terre, multiplié par dix il y a quelques semaines à 100 dinars (1 euro) le kilo et repassé sous la barre des 20 dinars aujourjourd’hui ?

Partout les uns et les autres n’ont de cesse que de parler, parler, parler, de tout et de rien, de la corruption et du pouvoir, de la chaleur l’été, de la neige l’hiver qui rend encore plus belle la Kabylie, des barrages fixes de la gendarmerie, d’une espèce de désespérance permanente, du manque de visas, de la cherté de la vie, etc.

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En repartant de Benni Yenni, de ses 900 mètres d’altitude et de son corail paradoxal, on double des cyclistes, comme un défi à cette nature de haute teneur. Température élevée. Cyclistes sportifs ou cyclistes touristes ?

Les éditions Yago, encore elles (voir billet du 5/07), nous proposent un très revigorant Manuel de l’antitourisme, qui vient à point. Rodolphe Christin, sociologue, anthropologue et donc voyageur n’élude pas sa condition contradictoire de découvreur du monde. Il dresse un réquisitoire contre le tourisme consommation  :  » L’un des paradoxes du tourisme d’aujourd’hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause (…) Nos sociétés de travail et de loisir produisent le tourisme dont elles ont besoin pour bénéficier d’un peu d’air. Or plus cet air est consommé, plus il est pollué. «