Bateys et braseros à l’affiche, en Haïti, à Paris et en Bretagne

La situation de l’esclavagisme contemporain des coupeurs de canne haïtiens en République dominicaine, à quelques encablures des camps de touristes bon marché, sera au coeur d’un Forum binational sur la traite et le trafic d’êtres humains, ce mercredi 20 août 2008 à Port-au-Prince.(Source : agence AlterPresse).

Ce forum de trois jours est censé marquer la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et son abolition, célébrée le 23 août et rappeler le soulèvement général des esclaves de Saint-Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791.

Il est perçu comme un espace de dialogue avec les autorités haïtiennes et dominicaines pour les encourager à lutter contre le trafic et de la traite de personnes et réfléchir sur les causes de ce phénomène entre Haïti et la République dominicaine.

Pendant ce temps, le film Haïti chérie, de Claudio Del Punta, continue son petit bonhomme de chemin. Il est encore visible non seulement dans une salle parisienne, comme indiqué ici le 11 août dernier, mais le miracle des programmations fait que l’on peut le voir dans plusieurs salles en France (site Allociné.com).

La situation dans les bateys (camps de travail des braseros haïtiens) fait l’objet d’un autre film, Sugar Babies d’Amy Serrano, à l’affiche du Festival du film insulaire de l’île de Groix (Bretagne), le 22 août 2008.

Algérie : 43 morts et 45 blessés dans un attentat suicide

Un attentat suicide contre une école de gendarmerie des Issers, à l’est d’Alger, a fait mardi 43 morts et 45 blessés, le bilan le plus meurtrier des attaques perpétrées ces huit derniers mois en Algérie et attribuées aux islamistes. Source : AFP.

Les Issers, est une commune déshéritée, située à 23 km au sud-est de Boumerdès (Est d’Alger, lieu d’un attentat il y a dix jours), selon le quotidien El Watan, qui lui consacrait un reportage le 29 juillet :  » Hormis la maison de jeunes, qui de surcroît manque de moyens, cette commune ne dispose d’aucun autre espace de loisirs pour la jeunesse. Le stade communal est resté tel quel depuis sa construction par les Français en 1923. La salle de cinéma, qui est considérée comme l’une des plus importantes infrastructures culturelles de la wilaya, se trouve dans un état d’abandon. « 

 » Un grand homme ne doit jamais être vétilleux en son procédé. « 

Jour J pour une librairie de quartier : Texture, sise 94 avenue Jean-Jaurès, Paris 19e. C’est plutôt bon signe. Barthes y figure en digne place avec ses Fragments d’un discours amoureux. L’une des deux libraires est d’ailleurs spécialiste des Sciences humaines, sa consœur vient du roman Gallimard…

En vitrine quelques livres de l’éditeur indépendant Finitude

Emporté par la bonne nouvelle, j’avise deux titres, comme deux promesses du destin : L’Art de la prudence de Balthasar Gracián chez Rivages poche / Petite Bibliothèque, préfacé par Jean-Claude Masson, et Le guide du chasseur de nuages, signé Gavin Pretor-Pinney en Points, collection Sciences.

Dans L’Art de la prudence, l’ouvrage le plus célèbre du jésuite espagnol du XVIIe siècle, trois cents préceptes entendent guider tout gentilhomme en quête de monde et de ses mondanités. Ouvert au hasard, la 88e mise en garde, intitulée merveilleusement  » S’étudier à avoir les manières sublimes « , commence ainsi :

Un grand homme ne doit jamais être vétilleux en son procédé. Il ne faut jamais éplucher les choses, surtout celles qui ne sont guère agréables ; car, bien qu’il soit utile de tout remarquer en passant, il n’en est pas de même de vouloir expressément tout approfondir…

Une lecture propice (traduction en français : Judith Coppel-Grozdanovitch) à nous aiguiller vers le second essai qui s’ouvre par  » Le Manifeste de la Cloud Appreciation Society « , association mondiale d’observateurs de nuages, dont la morale explicite recommande :

Lève les yeux, émerveille-toi de l’éphémère beauté, et vis ta vie la tête dans les nuages.

Par ce jour de grand vent, la librairie Texture avait donc de quoi nous séduire…

Haïti chérie, un film poignant, toujours à l’affiche

En sortie nationale le 28 mai dernier dans une dizaine de salles françaises, Haïti chérie est toujours à l’affiche, dans deux salles parisiennes d’art et d’essai. Et c’est heureux… L’été, on peut voir de bons films.

La force du film de Claudio del Punta, Haïti chérie, tient dans cet entre-deux : entre la fiction et le documentaire. Haïti chérie est une fiction de 99 minutes, tournée avec des comédiens qui n’en sont pas, qui jouent leur propre rôle, des coupeurs de cannes haïtiens en République dominicaine. Eux-mêmes sont entre-deux : d’origine haïtienne, venus travaillés de l’autre-côté de la frontière et depuis entre deux nationalités, haïtienne (qu’ils n’ont plus) et dominicaine (qu’on leur a refuse). Ils n’ont aucune citoyenneté. Ils sont victimes de sarcasme, de xénophobie et de racisme par leurs gardiens, les policiers et l’Etat.  » Un esclavage d’Etat ? « , pourrait-on se demander.

Cet entre-deux, entre fiction et documentaire, tient tout le film. Le film est tendu dans une tristesse absolue, sans espoir. Mais jamais le spectateur n’oublie qu’il a devant lui des comédiens qui jouent leur vie. Le film commence par la mort d’un enfant, ses obsèques sont volées à ses jeunes parents. Le film raconte la vie de ce jeune couple et son départ pour la frontière haïtienne, mais on est loin d’un Cahier du retour au pays natal. On est dans la désepérance radicale, sans issue.

Dans un des cinq cents bateys de la République dominicaine – un batey désigne en créole une plantation de cannes à sucre -, Claudio del Punta a filmé sans autorisation, ce qui pour le tournage d’un film n’est pas l’idéal. Le réalisateur s’est endetté pour tourner ce film. Il a déjà été récompensé de deux prix.

Haïti comme la République dominiquaine connaissent cette situation d’exploitation, comme le détaille c’est article de l’agence :  Alterpresse, H/RD une étreinte mortelle…

Algérie : 8 morts et 19 blessés dans un attentat près de Boumerdès

Un attentat kamikaze a ciblé, dans la nuit de samedi à dimanche, aux environs de 22h, la gendarmerie de Zemouri el-Bahri, dans la wilaya de Boumerdes à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, faisant 8 morts et 19 blessés.Le kamikaze était à bord d’un fourgon bourré d’explosifs, qu’il a précipité sur la brigade de gendarmerie. Selon un bilan fourni par le ministère de l’intérieur, 9 blessés étaient encore à l’hôpital ce matin. Plusieurs habitations ont été endommagées par l’explosion. (Source El Watan). 

Darwich (1941-2008) : terre étroite, langue universelle


Le poète palestinien Mahmoud Darwich, né il y a 67 ans en Galilée, est décédé au Texas à la suite d’une opération du coeur à l’âge de 67 ans.

Cette anthologie personnelle au titre magnifique comporte une préface de Darwich lui-même avec pour titre connexe  » Le lieu de l’universel « . Ce lieu c’est la poésie et la langue arabe…

Extrait de la préface :

 » Je suis celui que l’on désigne comme ‘ le poète de la Palestine ‘, et l’on requiert de moi de fixer mon lieu dans la langue, de protéger ma réalité du mythe et de maîtriser l’une et l’autre, pour être tout à la fois partie de l’Histoire et témoin de ce qu’elle m’a fait subir. C’est pourquoi mon droit à un lendemain requiert révolte contre le présent et défense de la légitimité de mon existence dans le passé. Mon poème se retrouve ainsi changé en preuve d’existence ou de néant. « 

La terre nous est étroite, poème écrit en 1986, qui donne son titre à l’anthologie :

La terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier défilé et nous nous dévêtons de nos membres pour passer.

Et la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé, pour mourir et ressusciter. Que n’est-elle notre mère

Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les images des rochers que notre rêve portera,

Miroirs. Nous avons vu les visages de ceux que le dernier parmi nous tuera dans la dernière défense de l’âme.

Nous avons pleuré la fête delerus enfants et nous avons vu les visages de ceux qui précipiteront nos enfants

Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.

Où irons-nous, après l’ultime frontière ? Où partent les oiseaux, après le dernier

Ciel ? Où s’endorment les plantes, après le dernier vent ? Nous écrirons nos noms avec la vapeur

Carmine, nous trancherons la main au chant afin que notre chair le complète.

Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici, et un olivier montera de

Notre sang.

Lors du Festival  » Les Suds à Arles « , le 14 juillet dernier, Mahmoud Darwich rappelait qu’il voulait être lu comme un  » poète « , non comme une  » cause « . Ici, Darwich, le deuxième en partant de la gauche est entouré de Wissam Joubran et Didier Sambre et Samir Joubran.

A noter : Mahmoud Darwich, la terre comme langue est un documentaire de la série Un siècle d’écrivains, réalisé en 1997 par Suzanne Bitton et Elias Sanbar.