Sélection du prix Décembre 2008

Au choix du jury : Mathias Enard, auteur de Zone (Actes Sud) également sur la liste du prix France Télévisions, Tristan Garcia, pour La meilleure part des hommes (Gallimard), en lice pour le Médicis et le Flore, et Denis Podalydès, auteur de Voix off (Mercure de France), sont dans la dernière liste du prix Décembre.

Le prix Décembre sera attribué le 12 novembre, dit-on.

L’écriture propulsive

Un atelier d’écriture c’est une métamorphose. On y entre pour écrire mieux, autrement. On explore des textes comme les aventuriers des territoires, des mers, des horizons. On ressort comme d’une forêt vierge, fourbus de travail, heureux de slalomer entre les bouts-rimés, de proposer des pastiches, de lire à voix haute un texte de son cru. On n’y croit pas. On s’émerveille pour un rien. On nage dans un petit bonheur.

On examine les phrases dans leurs séquences, leurs entre-deux, comme des montages au sens du cinéma, de la vidéo. Ou des phrases dont un mot, un seul donne toute la vigueur. Un verbe par exemple, qui tend la phrase comme une arbalète. La phrase qui catapulte la lecture, le lecteur. Ou, au contraire, le chicane, le taquine. Ou des phrases dont le seul adjectif décale le propos, le rendant plus grave, ou plus léger.

Un atelier d’écriture nous propulse dans l’écriture facile. Nous propulse.

Sélection du prix Médicis 2008

Qui sera lauréat ? Réponse le 5 novembre.

Domaine français
La plage de Trouville, Carole Achache (Stock)
C’était notre terre, Mathieu Belezi (Albin Michel)
Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)
Ce que nous avons eu de meilleur, Jean-Paul Enthoven (Grasset)
La meilleure part des hommes, Tristan Garcia (Gallimard)
Disparition d’un chien, Catherine Lépront (Le Seuil)
La traversée du Mozambique par temps calme, Patrice Pluyette (Le Seuil)
Un chasseur de lions, Olivier Rolin (Le Seuil)

Domaine étranger

Sur la plage de Chesil, Ian McEwan (Gallimard)
Le soleil se couche à Sao Paulo, Bernardo Carvalho (Métailié)
Chaos calme, Sandro Veronesi (Grasset)
Contre-jour, Thomas Pynchon (Le Seuil)
L’homme qui tombe, Don DeLillo (Actes Sud)
Melnitz, Charles Lewinsky (Grasset)
La chute de Troie, Peter Ackroyd (Philippe Rey)
Un garçon parfait, Alain Claude Sulzer (Jacqueline Chambon)
L’état des lieux
, Richard Ford (L’Olivier)
Arbre de fumée, Denis Johnson (Christian Bourgois)

Essais
L’infant de Parme, Elisabeth Badinter (Fayard)
Promenades sur la lune, Maxime Cohen (Grasset)
L’harmonie des plaisirs, Alain Corbin (Perrin)
Sans offenser le genre humain, Elisabeth de Fontenay (Albin Michel)
Warhol spirit, Cécile Guilbert (Grasset)
Crack, Tristan Jordis (Le Seuil)
Le jour où mon père s’est tu, Virginie Linhart (Le Seuil)
Les inachevées, Isabelle Miller (Le Seuil)
Voix off, Denis Podalydès (Mercure de France)
Le grand dérèglement, Patrick Wald Lasowski (Gallimard).

19 secondes 83 centièmes ou Mexico

Avec dix-neuf secondes et quatre-vingt-trois centièmes, ce mercredi 16 octobre 1968, à Mexico, Tommie Smith est champion olympique du 200 mètres. Il monte sur la plus haute marche du podium, il lève son poing droit ganté de cuir noir. Il le fera avec son compagnon de l’équipe américaine, John Carlos. Un geste pour en finir avec la ségrégation, les lynchages des Noirs, l’humiliation, les bus et les logements réservés aux seuls Blancs.

Pierre-Louis Basse se souvient de la retransmission à la télévision, avec son père, professeur de gymnastique à Nanterre. La mort de Martin Luther King. Livre publié en octobre 2007.

Île en île, 10 ans d’archipels littéraires en réseau dense et magique

Très bel anniversaire à Ile en île qui fête ses dix ans ! Le site de Thomas Spear, professeur de littératures francophones et insulaires à New-York est à l’image des Voyelles de Rimbaud : la respiration nécessaire pour nos intellects appauvris par le monde virtuel et ses diverses bulles (dont la bulle financière).

C’est à la fois une belle utopie réussie et une surprise de l’intelligence renouvelée.

Le site tisse un réseau aux correspondances magnifiques, comme ces résonances haïtiennes en littérature tahitienne.

Que l’on retrouve dans le palmarès (le Top ten ?!) des Césaire, Glissant, Frankétienne, c’est assez prévisible. Ce qui est plus magique encore est de tomber sur des plumes méconnues dont les pépites sont comme des bouées sur notre océan d’ignorance.

Plus Ile en île nous réunit, tous amateurs, tous professionnels, pris au piège de ce réseau de passions littéraires, plus nous nous sentons exister au monde en marche, celui de la poésie de la parole errante, comme dirait Armand Gatti.

Bonne prochaine décennie Thomas ! Rendez-vous en 2018 !

Giono au Brésil

Vous n’allez pas couper à un laïus sur ce roman des romans, Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès, qui vient de remporter un nouveau prix. Après le prix du roman Fnac [Papalagui, 01/09/08], le jury du prix Jean Giono lui a décerné sa palme à l’unanimité… un prix décerné à un  » roman, récit ou recueil de nouvelles, faisant une large place à l’imagination dans l’esprit de Jean Giono et révélant un vrai talent de raconteur d’histoires ”.

Le jury, présidé par M. Pierre Bergé, est composé de Sylvie Giono-Durbet, Françoise Chandernagor de l’Académie Goncourt, Paule Constant du Prix Femina, Dutourd de l’Académie française, Gilles Lapouge, Claude Mourthé, Erik Orsenna de l’Académie fran­çaise, Pierre Pain, Franco-Maria Ricci, Pierre Rudin, Yves Simon et Frédéric Vitoux de l’Académie française.

Là où les tigres sont chez eux figure dans la 2e sélection du Prix Goncourt, la 1re sélection du Prix Médicis, du Prix Wepler et du Prix France Télévisions.

Internet c’est bon pour le cerveau


Des scientifiques américains ont découvert que les personnes d’âge moyen et plus âgées faisant régulièrement des recherches sur internet stimulaient davantage des centres clé du cerveau contrôlant le processus de décision et de raisonnement complexe, selon une recherche publiée mardi.

Ces observations montrent que les activités consistant à faire des recherches sur internet pourraient contribuer à stimuler les fonctions cérébrales voire à les améliorer, expliquent ces chercheurs de l’Université de Californie à los Angeles dont les travaux paraissent dans la dernière édition de l’American Journal of Geriatric Psychiatry.

Les auteurs de l’étude ont travaillé avec 24 sujets neurologiquement normaux âgés de 55 à 76 ans. La moitié de ce groupe avait de l’expérience dans la recherche sur internet tandis que les autres 50% n’en avaient pas.

(…)

« Notre découverte la plus frappante a été que les sujets faisant des recherches sur internet ont paru mobiliser davantage de circuits neuronaux qui ne sont pas stimuler par la lecture mais seulement chez ceux ayant une expérience de recherche sur internet », souligne le Dr Gary Small, le principal auteur de l’étude et directeur du Centre de recherche sur la mémoire et le vieillissement de l’Université de Californie (UCLA).

« La recherche sur internet stimule des activités complexes du cerveau qui pourraient contribuer à faire travailler le cerveau et à améliorer son fonctionnement », selon ce scientifique.

(Source : AFP 15.10.08)

Jean-Marie Le Clézio : blues, jazz, maloya, gwo ka, calypso, ravane-maravane, reggaeton, seggae, hip-hop

Ce texte de Jean-Marie Le Clézio, daté de Séoul, le 20/09/08, est destiné au parrainage du Festival Vibrations Caraïbes, à Paris, à la Maison des Cultures du monde, du 16 au 26 octobre 2008.

Cette liberté, comme une supplique, comme un appel dans la voix du blues et du jazz

« Nul n’a mieux parlé du jazz et du blues, nul n’a mieux traduit dans notre vieille langue métisse cousue de cicatrices, que le poète martiniquais Aimé Césaire.

Césaire, ça n’est pas quelqu’un qui écrit à propos de l’Afrique et du jazz. C’est quelqu’un qui parle cette musique, qui la vit et la crée, qui la fait entrer dans sa langue. Elle est en lui, à sa naissance, il l’a sucée avec le lait de sa mère, il l’a apprise dans le bruit des paroles qui l’ont entouré, dans les jeux, les couleurs et les rires, dans la douleur. Il l’a apprise dans la langue créole. Il l’a dite dans la langue qu’il invente.

Car c’est dans les marais de la faim que s’est enlisée sa voix d’inanition (un-mot-un-seul-mot et je-vous-en-tiens-quitte-de-la-reine-Blanche-de-Castille, un-seul-mot-un-seul-mot, voyez-vous-ce-petit-sauvage-qui-ne-sait-pas-un-seul-des-dix-commandements-de-Dieu).

Car sa voix s’oublie dans les marais de la faim. Et il n’y a rien, rien à tirer de ce petit vaurien, Qu’une faim qui ne sait plus grimper aux agrès de sa voix.

Une faim lourde et veule.

Une faim ensevelie au plus profond de la Faim de ce morne famélique.”

Entendons les encore, ces vers qu’aimait Franz Fanon:

Et à moi mes danses

Mes danses de mauvais nègre

A moi mes danses

La danse brise-carcan

La danse saute-prison

La danse il-est-beau-et-bon-et-legitime-d’être-nègre ».

Tout est là.

Il n’y a rien d’autre que ce qui passe dans ce souffle. Rien d’autre que ce qui brûle cette plaie. Dans le blues des plantations de canne et de coton, dans le jazz des rues du Bronx et de Harlem. Dans Armstrong et Coltrane, Mingus, Monk et Coleman, dans la voix de Bessie Smith, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone. Dans la voix de Big Bill Broonzy de John Lee Hooker, de Jimmy Reed, de Muddy Waters, de Ray Charles. Cette puissance qui vient de loin, de la terre mythique d’Afrique, du fond des soutes des bateaux négriers, cette puissance née avec la langue créole, sous le fouet et le raidissement d’orgueil, dans la révolte des marrons, dans le combat pour garder son nom, son identité, sa foi.

Rien d’autre que ce souffle et cette violence, cet amour et cette douceur, dans The girl from Ipanema de Stan Getz chanté par Joao et Astrud Gilberto sur un rythme de Bossa Nova, dans la dialogue de Miles Davis et d’Easy Doo Bop interpretant Chocolate Chip. Le souffle, la durée, la résistance, dans le rythme jusqu’au vertige des Gnaouas d’Afrique du nord, ou dans la rencontre entre l’Orient et l’Afrique au Soudan. Dans les maloyas de Danyel Waro, dans le Gwo Ka, le calypso au steel drum de Trindidad , la ravane-maravane de ti Frère le Mauricien, la voix de Charleezia qui chante pour les Chagossiens en exil. Dans le reggaeton de Puerto Rico, le seggae de Kaya mort en prison a Port Louis, le hip hop du Bronx et de East L.A.

Rien d’autre que la liberté.»

Écritures et pensées en archipel (Édouard Glissant)

« Écritures et pensées en archipel » est le titre du séminaire 2008-2009 de l’Institut du Tout-Monde, dont l’ouverture, est prévue à Paris, Maison d’Amérique latine, le 21 octobre 2008 à 19h.

« Le séminaire portera sur des dispositifs d’écriture favorisant la relation archipélique des langues et des cultures. De Raymond Lulle, Montaigne, Gracian à Nietzsche, Segalen, Perse, Faulkner, Guattari et Deleuze, il tentera de construire des échelles de différence qui contreviennent aux classifications traditionnelles de l’histoire des idées. Au lieu des répartitions par filiations, époques, genres ou écoles, il mettra en valeur la plasticité dynamique des identités relationnelles. », annonce le philosophe François Noudelman, directeur du séminaire.

La première conférence d’une série de douze, sera assurée par Édouard Glissant, avec ce titre : « Personnifications d’une philosophie de la Relation ». 

(voir aussi Papalagui, 10/10/08).