Admiration aveugle

Gœthe (créateur allemand né en 1749) apprend l’arabe à 60 ans :

 » Il découvrit l’islam lorsqu’un soldat allemand qui se battait dans l’une des campagnes espagnoles rapporta une page du Coran pour la lui montrer. Son enthousiasme fut tel qu’à 60 ans il commença à apprendre l’arabe. Il découvrit par la suite le grand poète persan Hafiz, et ce fut la source d’inspiration pour son recueil de poèmes qui traite de l’idée de l’autre, le «Divan occidental-oriental», publié pour la première fois il y a près de deux siècles, en 1819. » (Daniel Bareboïm, La musique éveille le temps, Fayard, 2008).

Volker Schlöndorff (cinéaste allemand né en 1939) court son premier marathon à 60 ans:

 » J’en ai couru au moins un par an, souvent deux, depuis maintenant dix ans. Je n’étais pas du tout sportif. Un peu de jogging, jamais plus de vingt minutes. Et puis un jour, à 60 ans, j’ai rencontré dans un dîner une dame qui m’a dit courir le marathon. Je l’ai trouvé élégante, raffinée, pas l’image des gens que je voyais à la fin des courses, emmitouflés dans leur couverture de survie. A cette époque, mes projets de films ne se concrétisaient pas. J’étais déprimé. Et je me suis mis à courir seul, dans les bois autour de mon domicile. Et je crois que la course m’a sauvé la vie.  » (Libération, 22/08/09).

José Saramago (écrivain portugais né en 1922) ouvre un blog à 86 ans :

Dans son premier billet, le 17 septembre 2008, il écrit :  » Physiquement nous habitons un espace, mais sentimentalement nous sommes habités par une mémoire.  »

Un an après, jour pour jour, le Seuil publie son dernier roman en date, Le voyage de l’éléphant, qui s’inspire du périple d’un éléphant au XVIe siècle entre Lisbonne et Vienne (entretien à lire sur Books de septembre). « Salomon, objet d’absurdes stratégies, traverse l’Europe au gré des caprices royaux, des querelles militaires et des intérêts ecclésiastiques, soulevant sur son passage l’enthousiasme de villageois émerveillés.  »

Bachir Kerroumi écrit son premier roman un peu avant 50 ans, Le voile rouge :

Une belle autobiographie, d’un homme debout, né à Oran, devenu aveugle à l’adolescence à peine arrivé en France, et qui continue en 2009 à s’entraîner sur les tatamis deux fois par semaine. Il est ceinture noire de judo, 3e dan. Collection Haute enfance chez Gallimard.

Livres jeunesse du Mexique

Dernier jour pour cette exposition de livres jeunesse du Mexique, bibliothèque Faidherbe à Paris. L’occasion de continuer l’exploration des livres de ce pays après le Salon du livre de Paris en mars dernier qui avait invité les écrivains mexicains.

Un communiqué : Évocation du dynamisme de la jeune édition mexicaine pour la jeunesse à travers la présentation de livres originaux ou traduits en français. La production d’éditeurs tels que Tecolote ou Petra ediciones voisine avec les très beaux ouvrages de la communauté maya de San Cristobal de las Casas dans le Chiapas.

 

Haïti chérie des lettres françaises ?

Tout d’abord lire Le Monde des livres qui publie ce jeudi après-midi un éloge des deux écrivains haïtiens de la rentrée littéraire, Dany Laferrière (L’énigme du retour, Grasset) et Lyonel Trouillot (Yanvalou pour Charlie, Actes Sud), tous deux sont sélectionnés pour le Prix Wepler/Fondation La Poste (décision 16 novembre), alors que Laferrière est aussi dans la première liste du Prix Medicis (décision le 4 novembre), et dans la sélection de la rentrée Télérama / France-Culture.

ensuite rendez-vous au musée du Montparnasse, qui accueille dans le cadre de l’exposition André Malraux, le dernier voyage en Haïti, une série de rencontres,  » Sur les traces des intellectuels et artistes haïtiens, de l’île à l’ailleurs « , dont la première est organisée avec l’ambassade d’Haïti en France et le collectif 2004 images, ce jeudi à 19h : « Regards croisés sur Saint-Soleil, les peintres paysans de Soisson-la-Montagne » autour de Carlo Célius, critique d’art et Jean-Marie Drot, réalisateur, commissaire de l’exposition autour des films : Tiga, rêve, possession, création, folie d’Arnold Antonin et Le dernier voyage d’André Malraux : Saint Soleil en Haïti, de Jean-Marie Drot.

Enfin, dans la nuit, lire Laferrière et Trouillot, sous les étoiles ou à la bougie, selon le temps.

Koffi Kwahulé n’est pas qu’une hypothèse

A suivre :  » Koffi Kwahulé. Une voix afro sur la scène française contemporaine « , thèse de doctorat soutenue par  Virginie Soubrier, agrégée de Lettres classiques et enseignante, sous la direction du professeur Denis Guénoun.
La soutenance est prévue le samedi 19 septembre, de 14h à 18h, Amphithéâtre Descartes, Sorbonne, 1, rue Victor Cousin 75005 Paris.

Qu’écrit la doctorante sur l’écriture de Koffi Kwahulé ?

« L’écriture de Kwahulé est (…) une écriture déambulatoire qui contraint celui qui voudrait en témoigner à une reconstruction a posteriori. Mais, en dehors de ces extravagances de la fable, construites le plus souvent par les mises en abîme, qui brouillent sa linéarité, la font digresser et instaurent ainsi un ton d’écoute, un personnage singulier nous paraît à même de mettre en lumière ce qui, dans l’écriture de Kwahulé, crée un effet d’improvisation et rappelle « cette coopération étroite entre l’improvisé et le composé » qui caractérise le jazz.

Personnage paradoxal, il relève à la fois de l’ailleurs, du dehors, et de l’intimité des autres personnages : dans ces milieux cloisonnés où se déroulent les pièces de Kwahulé (cellule familiale dans La Dame du Café d’en face, cage de verre dans Big Shoot, ascenseur suspendu dans le vide dans Blue-S-cat, prison de Misterioso-119…), saturés par des passés lourds de viols et d’incestes, il arrive comme un intrus… »
Ce personnage, nous avons choisi de l’appeler « l’improviste », en empruntant ce néologisme à Jacques Réda. Agent rythmique, il crée une alternance de tensions et de détentes qui, effaçant toute causalité dramatique et toute cheville logique, contribue à la déchronologisation de la fable : plus d’avant ni d’après, ni de symétrie.
(Source : La Maison des auteurs, Les Francophonies en Limousin)
A lire :
Le tout dernier numéro de la revue Africultures (n° 77-78) avec un dossier consacré au théâtre:  » Fratries Kwahulé : Scène contemporaine choeur à corps « , 
coordonné par Sylvie Chalaye et Virginie Soubrier.

Sur Big Shoot, lire Papalagui, 6/04/08.

Dernier texte paru, né d’un atelier pour un groupe d’adolescents de Rodez et sa région (joué le 26 septembre à Rodez) :

Sortie en poche de  » La condition noire « 

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Un détail de la très belle oeuvre de Gérard Fromanger, Rue de la mer, série  » Le désir est partout « , a été choisi pour la couverture de l’un des essais qui ont marqué l’année dernière : La condition noire de Pap Ndiaye, essai sur une minorité française, sort en poche en Folio ce 10 septembre.

Ce (jeune) travailleur noir, en train de balayer, est traversé par une ligne de couleurs,  » couleur  » au pluriel. La force paradoxale du tableau convient parfaitement au travail de Pap Ndiaye.

Présenté par les éditions Gallimard comme  » le travail fondateur des black studies à la française « , il déploie un travail de terrain sociologique et une analyse anthropologique du fait noir en France. Intéressant par ses réflexions comparées France / Etats-Unis, le livre de Pap Ndiaye est un instrument de référence incontournable pour penser la question noire en France.

Ecrit avant l’avènement d’Obama aux Etats-Unis, cet essai sert d’appui théorique et de mise en situation des questions de la vie quotidienne, que l’auteur place en têtes de chapitres, par exemple :

Pourquoi l’invisibilité des Noirs dans l’histoire et les sciences sociales françaises ?

La mesure du colorisme

Vers une histoire des populations noires de France

Le tirailleur et le sauvageon : les répertoires du racisme anti-noir

Y a-t-il un racisme anti-blanc ?

L’utilité de la mesure des discriminations

La cause noire : des formes de solidarité entre Noirs.

Précisons que la préface de Marie Ndiaye, la soeur de l’auteur, est une nouvelle de toute beauté, intitulée Les soeurs.

Hommes debout, en pays dogon, en pays kanak

Vues les œuvres de François Uzan, mi bronze, mi végétal, dans une belle alliance des contraires, exposées à la Maison de Nouvelle-Calédonie, à Paris, dans la case des  » hommes debout « , sculptures aux regards convergeant vers un centre. Pour les curieux d’art contemporain, comme pour les curieux du Pacifique Sud, on recommande la visite de ce  » consulat culturel « , quartier de l’Opéra : c’est un voyage en raccourci, en concentré, en pays kanak, en pays calédonien, avec sa puissante symbolique.

Ces créations doubles me rappellent la rencontre d’Amahigueré Dolo, à Ségou (Mali), il y a sept ans. Sculpteur dogon, Amahigueré travaille des bois morts, comme le kaïcedra qu’il va chercher de l’autre côté du fleuve Niger. Avant de se mettre à l’œuvre, il laisse faire les termites qui impriment sur le bois leurs parcours canulaires. En langue dogon,  » Amahigueré  » signifie  » Dieu fasse qu’il tienne debout « .

Le Musée du Quai Branly présente le 9 septembre ce livre Voyage à Bandiagara, de Ferdinando Fagnola, récit d’un voyage d’exploration oublié…

Mot des éditeurs (Musée des Confluences, Lyon, Officina Libraria s.r.l., Milan) :

 » Cet ouvrage retrace le récit de deux longs voyages, celui de Louis Desplagnes en 1904-1905 et celui que Ferdinando Fagnola entreprit à plusieurs reprises sur les traces de l’explorateur français entre 1978 et aujourd’hui.
Au début du XXe siècle, Desplagnes fut le premier Européen à explorer minutieusement le Pays Dogon. Son voyage de plus de 2 800 km le mena de Tombouctou aux Falaises de Bandiagara, puis du lac Faguibine à Bandiagara.
Desplagnes en rapporta plus de 500 photographies qui pour la première fois documentaient les danses, les masques, la vie quotidienne et la culture matérielle des Dogon. En 1907, il publiait à Paris un livre intitulé Le Plateau Central Nigérien, rapidement oublié, aussi vite que son auteur, mort prématurément au début de la Première Guerre mondiale.
Au cours de ce voyage légendaire au Pays Dogon, Desplagnes avait rédigé deux journaux (le Carnet de route et le Cahier de notes) et dressé de nombreuses cartes géographiques; c’est en suivant les indications des manuscrits de Desplagnes, qui sont ici publiées pour la première fois, que Ferdinando Fagnola a réussi à reconstituer et à reparcourir l’itinéraire de l’explorateur français, confrontant les lieux, l’architecture et les mœurs avec un décalage de 100 ans.
Le voyage de Desplagnes en 1904-1905, celui de Leo Frobenius entre 1907 et 1909, celui de Michel Leiris en 1931, de Denise Paulme et Deborah Lifchitz en 1935, les nombreux voyages de Marcel Griaule jusqu’en 1954, et ceux de Ferdinando Fagnola, répartis sur 25 ans entre 1984 et 2009, s’entremêlent presque naturellement dans cet ouvrage.
Au-delà du récit d’un voyage d’exploration oublié, cet ouvrage est une vivante introduction à la culture dogon, à l’art, aux rites, à la culture matérielle, mais aussi à la géographie d’un lieu dont le charme a agi sur tous ceux qui se sont intéressés à l’Afrique et à sa culture.
Le livre comporte une contribution de Geneviève Calame-Griaule qui analyse les mots dogon cités dans l’ouvrage de Louis Desplagnes.
Architecte à Turin, Ferdinando Fagnola a été à l’initiative de l’exposition « Africa: capolavori da un continente » qui s’est tenue à la Galleria d’Arte Moderna de Turin en 2003-2004.  »

 

 

Nuit d’été loin des Andes…

La pièce se joue au théâtre des Déchargeurs à Paris, chaque lundi, jusqu’au 14 décembre.

Notre avis : Susana Lastreto sait jouer finement du théâtre, de ses codes, du lien avec le public. C’est une jolie jouissance joviale et joyeuse d’un jeu par-delà les cordillères.

L’histoire :  » Une femme, drôle, un peu excentrique, raconte avec humour son voyage depuis son pays d’origine  et l’apprentissage d’une nouvelle vie (Susana Lastreto). Une bandonéoniste l’accompagne (Annabel de Courson) :  son chat, dit-elle… Réflexion sur l’exil et ses multiples visages, sur le temps qui passe… et tentative de répondre à quelques questions philosophiques : qu’ont en commun la Cordillère des Andes et les dents, Bertin Poirée et le métro Châtelet, un ancien ministre de la Culture de la République Française et Van Gogh ?  »
La mise en scène : Susana Lastreto, la musique : Annabel de Courson.

Planter un arbre, manger la plage, dévorer Proust

Exercice d’arithmétique : 1 + 1 = 2. Soit : 1 arbre + 1 euro = 2 Folio. Simple, non ?

Traduction : on achète 2 Folio, 1 euro est reversé par l’éditeur à l’ONG Planète pour planter 1 arbre au Mali.

Lu dans le quotidien Ouest-France, le 2 septembre, ce communiqué de presse :

 » Jusqu’au 15 octobre, les éditions Folio s’engagent à reverser 1 euro à l’ONG Planète urgence pour la reforestation du Mali, à chaque fois qu’un lecteur achètera deux livres. Pour rester  » écolo-solidaire « , Folio réédite l’ouvrage de Giono, L’homme qui plantait dans les arbres . Texte intégral en ligne, ici.

Version animée avec la voix profonde de Philippe Noiret (extrait) :

DVD ici.

Exercice de français : « Qu’avez-vous fait de vos vacances à Cabourg ? « , la question de la maîtresse de cours élémentaire, exercice de tout préalable scolaire, ne fait pas que des heureux. Ceux qui ont vu leurs camarades partir et revenir plein de souvenirs, n’ont pour toute ressource leur imagination ou une petite honte poisseuse.

Pour Proust, c’était plutôt facile : son premier voyage à Cabourg, il l’a fait à 10 ans accompagné de sa grand-mère pour soigner son asthme…

Les enfants du Secours populaire qui ont bénéficié de l’opération « les oubliés des vacances » ont eu de la chance.  » L’Eté des bouquins solidaires  » a bénéficié à plus de 5 500 enfants de la région parisienne. Un communiqué des éditions Rue du monde nous apprend qu’ils ont été réunis sur les plages de Cabourg, journée qui s’est achevée par la remise d’un livre… Pour deux livres achetés, un livre était offert à un enfant privé de vacances.

C’est la sixième année que cette solidarité par les livres était organisée. Bravo ! Gageons qu’après la plage, ils dévoreront Proust ou… qu’ils planteront des arbres.