Parvient-on à enseigner en langues kanak ?

Langues kanak et Accord de Nouméa, 1999-2009 : Quel bilan ? Quelles perspectives ?
Au Centre culturel Tjibaou, conférence de Véronique Fillol et Jacques Vernaudon, Enseignants-chercheurs à l’Université de Nouvelle-Calédonie
ce jeudi 12 novembre 2009 à 18h15
L’accord de Nouméa dispose que « les langues kanak sont, avec le français, des langues d’enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie », engageant la collectivité dans une politique ambitieuse en direction d’un patrimoine linguistique remarquable, fragilisé par la colonisation et la mondialisation.
En 1999, une filière de Langues et cultures régionales ouvrait à l’université, les programmes calédoniens votés en 2005 prévoient l’enseignement des langues kanak à l’école primaire, l’Académie des langues kanak est créée en 2007…
Au-delà de cette progressive reconnaissance institutionnelle, qu’en est-il de la place effective de ces langues dans les familles et à l’école ? L’objectif de double valorisation des langues kanak et du français, contenu implicitement dans l’accord de Nouméa, trouve-t-il un écho favorable dans la société calédonienne contemporaine ? Parvient-on à enseigner en langues kanak ?
Il s’agira principalement dans cette conférence de faire le point sur les ressources et les contraintes de l’introduction des langues kanak à l’école et de rappeler dans le même temps les finalités de leur enseignement.
Cette réflexion sera étayée par les dernières connaissances scientifiques sur le développement langagier, cognitif et socioaffectif des enfants bilingues. Si l’accord de Nouméa a été un puissant levier de promotion des langues kanak à l’école, il importe, pour emporter l’adhésion de l’ensemble des partenaires, de placer cette question sur un terrain résolument pédagogique.
Source : Communiqué de Presse

Trop de murs restent debout (UNESCO)

A l’occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a invité les dirigeants du monde à poursuivre sans répit la quête en faveur des libertés, des droits de l’homme et de la diversité culturelle :

« La chute du mur de Berlin, il y a vingt ans, a constitué un événement d’une importance historique considérable pour la paix du monde et le progrès de la démocratie », a déclaré Irina Bokova.

L’indéniable progrès accompli ne doit pas être tenu pour acquit, a mis en garde la Directrice générale. « Aujourd’hui, nous vivons dans un monde globalisé mais trop de murs restent debout », a-t-elle déclaré. « La mission de l’UNESCO est d’en finir avec ces murs, où qu’ils soient et quelle que soit la forme qu’ils prennent ».

« Si la mondialisation peut être une force libératrice, elle risque aussi de créer un monde plus uniforme, nivelant l’incroyable diversité qui est la véritable source de la créativité humaine, du développement économique et social, et d’ouvrir la voie à de nouvelles formes de répression, d’exclusion et de pauvreté ».

Source : communiqué.

 

 

Vraiment, les murs tombent ?

Identité nationale, identité racine et identité relation… Extrait de Quand les murs tombent, l’identité nationale hors la loi ? (Galaade, 2007)

”La notion même d’identité a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l’Autre, qu’on érige alors en menace illisible, empreinte de barbarie. Le mur identitaire a donné les éternelles confrontations de peuples, les empires, les expansions coloniales, la Traite des nègres, les atrocités de l’esclavage américain et tous les génocides. Le côté mur de l’identité a existé, existe encore, dans toutes les cultures, tous les peuples, mais c’est en Occident qu’il s’est avéré le plus dévastateur sous l’amplification des sciences et des technologies. Le monde a quand même fait Tout-Monde. Les cultures, les civilisations et les peuples se sont quand même rencontrés, fracassés, mutuellement embellis et fécondés, souvent sans le savoir. »

Poètes de l’océan Indien et d’ailleurs… vos papiers !

 

Les animateurs de de la revue mauricienne de poésie Point barre lancent un appel à poèmes. Le numéro 8 sera dédié à l’humour (sous toutes ses formes : humour noir, autodérision, satire, parodie, burlesque, cocasserie, traits d’esprit, etc.) et aura pour titre : « … Riez, maintenant ».

Les propositions, en français, anglais ou créole, d’une longueur maximale de 50 vers, seront adressées en pièces jointes au comité de lecture à l’adresse électronique suivante : barre.point@gmail.com. Chaque auteur ne proposera qu’un texte (obligatoirement inédit).

 

La date limite pour les envois est le 15 janvier 2010 (sortie du numéro 8 en avril 2010).

 

Les sommaires des numéros précédents peuvent être consultés en ligne : http://pages.intnet.mu/ykadel.

(Voir Papalagui, 6/05/08).

 

D’autres nouvellistes et poètes en concours

Du Nouvelliste haïtien au nouvelliste bourguignon, il n’y a qu’un mot… Ainsi, depuis la Bourgogne, Jacques Dubois m’informe que son association culturelle, Les Après-midi de Saint-Flo, organise chaque année deux concours, l’un de nouvelles littéraires, l’autre de poésie : « Nous sommes désireux d’attirer de nouveaux concurrents de l’espace francophone, tant ressortissants français expatriés qu’auteurs étrangers francophones. » Détails sur le site.

« L’effet Laferrière »

Avec L’énigme du retour (Grasset), Dany Laferrière décroche le Médicis et ses amis écrivains le bonheur. Qu’on en juge par ces réactions par Le Nouvelliste de Port-au-Prince. Extraits :

Gary Victor Dany a été toujours pour moi une brèche fascinante dans la muraille d’une littérature haïtienne quelque part trop sérieuse, trop coincée, sans humour, empêtrée parfois dans des attitudes politiques fausses.
Emmelie Prophète-Milcé Je félicite Dany et le remercie infiniment pour ce cadeau à Haïti, pour cette nouvelle porte qu’il ouvre, aux jeunes auteurs particulièrement auxquels il dédie le prix Médicis.
Pierre Clitandre Ce prix, c’est aussi la reconnaissance que le Caribéen peut aussi arriver à cette maîtrise non pas pour coloniser la nature et les hommes, mais pour s’harmoniser avec. Que la flamme nous éclaire !
Edwidge Danticat Ce Médicis à Dany Laferrière, c’est un prix bien mérité. Je suis tellement contente et tellement fière de Dany, comme toujours, d’ailleurs.
Rodney Saint-Éloi Il m’a appris que je pouvais être Haïtien tout en habitant le monde.
Frantz Benjamin Pour nous de la communauté haïtienne de Montréal, c’est une grande source de fierté, Dany Laferrière est un fils chéri de cette communauté.
Stanley Péan Le Médicis honore celui dont l’humour éclipse par moments les dons littéraires, mais uniquement aux yeux des myopes… Et, à défaut d’aller chercher avec lui son prix, tous ses collègues québécois, haïtiens et même japonais l’applaudissent et le félicitent pour cet honneur bien mérité.
James Noël « L’effet Laferrière » dans la littérature aujourd’hui, c’est le séisme positif qui traverse l’oeuvre tout entière. (…) Dany Laferrière, un nom à porter par ces jours sombres comme un soleil à la boutonnière.
Louis-Philippe Dalembert Je suis heureux pour mon ami Vieux Os, pour sa famille. Je suis fier pour Haïti. Ce prix décerné à un livre qui rend, entre autres, hommage à la peinture haïtienne vient prouver une fois de plus que la culture est le plus grand capital de ce pays à la dérive.
Jean Bernabé C’est un vrai maître de la parole, conscient de ses effets, mais sans nulle arrogance. Habile à ne pas s’enfermer dans les carcans idéologiques, pas même ceux d’une créolité de proclamation, mais qui porte en lui et sait exprimer l’âme du peuple haïtien dans sa polyphonie. Il respire l’intelligence et, sauf à attenter à sa modestie, il est pour moi une des représentations vivantes de l’Homme caribéen dans son devenir et dans ses accomplissements les plus réussies.

“mon père”, c’est-à-dire mon délire… l’émouvant abécédaire de Gwenaëlle Aubry

Dans Personne, le très beau roman autobiographique de Gwenaëlle Aubry, édité par Mercure de France, sélectionné pour le prix Femina décerné ce 9 novembre, un roman construit en abécédaire, de A comme Antonin Artaud à Z comme Zelig, je m’arrête sur D comme Disparu, qui comme les autres chapitres alterne la langue de l’auteur (en caractères droits) à l’écriture de son père (en caractères italiques), auteur d’un texte intitulé Le mouton noir mélancolique.

Extrait (pp. 36-38) : 

Quand mon père est mort, il avait disparu depuis longtemps. Depuis longtemps déjà il avait organisé sa disparition, « privé les siens de lui-même ». Depuis longtemps déjà, on ne parlait plus de lui qu’en baissant la voix.

J’évoque donc le suicide, péché du lâche, qui prive les siens de lui-même. En un premier temps, j’ai fait porter tous mes écrits à la bibliothèque de l’Université, pour qu’ils y restent comme une trace posthume de moi-même. En un second temps, j’ai dilapidé mon petit héritage, vite et sans plaisir, jusqu’à vivre endetté par la suite. Puis j’arrêtai mes cours dans une grande école de commerce, mes conférences à l’ENA, etc. Il m’arrivait d’aller passer une partie de la nuit sur un banc public, non pas ivre, mais fuyant l’appartement et mon bureau. J’allais contempler la Seine pour m’y jeter.

(…)

Nous avons vécu, pourtant, ma sœur et moi, toutes ces années-là. Il y avait des hommes à aimer, des pays à découvrir, des enfants à engendrer, des livres à écrire. Mon père a quitté la rive au moment où ma vie d’adulte commençait.

(…)

Quand je disais « mon père », cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autrement, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, prononçant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infranchissable entre ce qu’ils devaient évoquer chez les autres, la représentation qu’ils devaient se forger à partir de l’image que je m’épuisais à projeter, la plus lisse, la plus innocente, la plus transparente possible, dans l’espoir, précisément, de couvrir cet écart, cet écart infranchissable entre les mots des autres et mon langage privé : « mon père », c’est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon différent, mon deuil, mon disparu).