Haïkus pour mémoire

« Nos parents nous ont appris à survivre et nous sommes de très bons survivants. Mais dans le monde d’aujourd’hui il ne faut pas survivre mais vivre. » Je cite de mémoire un extrait du livre de Marianne Rubinstein, C’est maintenant du passé (éditions Verticales), entendu sur France-Culture, dans l’émission Jeux d’épreuves qui donne envie de lire ce livre (récit ? roman ? mémoires collectives recomposées ? récit-document mêlant histoire juive et philosophie japonaise…

En résumé, écrit France-Culture sur son site, « qu’écrire encore sur la Shoah qui ne l’a déjà été ? Peut-être son empreinte sur le présent.
Comprenant que toute trace de l’existence de ses grands-parents paternels n’a pu disparaître, Marianne Rubinstein décide de savoir ce qu’il reste d’eux. Elle exhume de rares documents d’époque conservés dans une « boîte en fer bleue » et finit même par esquisser un arbre généalogique. Mais alors qu’elle fouille dans le passé, sa recherche ne cesse de déborder sur le présent, de « travailler » sa relation avec son père, de renouveler sa perception de la place et des origines.
Récit en forme d’enquête fragmentaire, C’est maintenant du passé récolte les bribes d’une histoire forcément incomplète, ces destins brisés par la Shoah. Et c’est en s’adossant à la tradition littéraire japonaise du haïku que l’auteur parvient à restituer un peu de la vie des siens, pour recueillir la douleur et trouver l’apaisement. »

Cet usage du haïku pour révéler une histoire fragmentaire me renvoit au travail de Dany Laferrière dont L’énigme du retour (récent prix Médicis) est construit sur les pas hésitants et fragiles d’un narrateur de retour en Haïti.

l’histoire sans fin du Dr Parnassus

Les critiques contrastées du film de Terry Gilliam nous disent que le créateur des Monty Python : Sacré Graal (1975), Brazil (1985), L’Armée des Douze singes (1995), n’a pas réalisé son meilleur film avec L’Imaginarium du professeur Parnassus. Traversez le miroir, gagnez un imaginaire… tel pourrait être le slogan du cirque ambulant.

L’intrigue : Avec sa troupe de théâtre ambulant,  » l’Imaginarium « , le Docteur Parnassus offre au public l’opportunité unique d’entrer dans leur univers d’imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique. Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret. Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l’immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l’amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l’heure de payer le prix… Pour sauver sa fille, il se lance dans une course contre le temps, entraînant avec lui une ribambelle de personnages extraordinaires, avec la ferme intention de réparer ses erreurs du passé une bonne fois pour toutes…

Dans le film de Terry Gilliam, lorsque le Docteur Parnassus commence à délivrer son secret à sa fille, il reconnaît que gagner un pari qui le rend immortel contient un autre piège mageur : avec le temps le monde aura moins le goût des histoires racontées…

Véronique Ovaldé, Prix roman France Télévisions 2009

Les femmes puissantes de Véronique Ovaldé dans la catégorie « Ce que je sais de Vera Candida » (L’Olivier) ont remporté le Prix roman France Télévisions 2009. Un jury de vingt-et-un télespectateurs l’a distingué au 4e tour de srutin par 11 voix, contre 6 pour Le Rapt, d’Anouar Benmalek (Fayard) et 4 à L’énigme du retour de Dany Laferrière (Grasset).

À voir des images de la délibération et de la remise du prix.

Zone cinglée, de Kaoutar Harchi

A une semaine du Salon du livre jeunesse de Montreuil, rendez-vous annuel à ne pas manquer, signalons la présence annoncée d’une jeune auteure, Kaoutar Harchi, dont le premier roman porte le nom très « littérature urbaine » de Zone cinglée. Publié par les éditions Sarbacane, toujours à l’affût de jeunes talents des périphéries de nos mégalopoles, ce livre porte haut et fort une envie de dire un monde difficile à vivre, mais qu’il faut bien vivre. Derrière les supposés clichés de la banlieue (le titre est transparent), le livre dégage un rythme et une puissance romanesque, où des êtres brisés ne s’empêchent pas de rêver.

Yanvalou pour Lyonel !

Le Prix Wepler Fondation La Poste 2009 a été attribué à Lyonel Trouillot pour son roman Yanvalou pour Charlie (Actes Sud). Le Prix Wepler‐Fondation La Poste, fondé en 1997 par la librairie des Abbesses est doté de 10 000 euros.

Extrait p. 29 :

Se tenait debout devant moi un garçon sale que je voyais pour la première fois, une curiosité venue d’un autre monde, et j’entendais ses silences. J’entrais dans sa tête et je disais ses mots. Je me suis mis à transpirer malgré la climatisation. Pris d’effroi. Comme là-bas, au village, il y a longtemps, quand j’ai rencontré la mort pour la première fois et que j’ai passé trois nuits à attendre qu’elle vienne me chercher. Là-bas, le village, mon père, les vieux joueurs de bésigue, Anne, le petit cimetière. Ce crétin de Charlie, avec sa vie de chien et son histoire de fou, était venu ouvrir la porte du retour. 

La Mention spéciale du jury 2009 a été attribuée à Hélène Frappat, Par effraction, Allia. La mention spéciale, dotée de 3 000 euros, est destinée à récompenser « une oeuvre marquée par une audace, un excès, une singularité, résolument en dehors de toute visée commerciale ».

 

Que reste-t-il de la Révolution française dans l’imaginaire ?

Belle question que celle-ci : « Que reste-t-il de la Révolution française ? », posée par Sophie Wahnich, Jean-Philippe Domech et Jacques-Henri Michot ce vendredi 13 à l’Université populaire du 18e (question d’arrondissemnt parisien). La première desdits intervenants organise trois journées « d’expériences démocratiques et culturelles intitulées : La révolution dans la poche, jusqu’au 15 novembre.

Franck Pavloff : « le monde est illisible »

Comment reconstruire après guerre un pont historique fait d’une seule arche, où bois et pierre sont alliés, quand les mémoires sont à vif, les haines recuites et les cris des femmes étouffés ?
Sous son apparent réalisme Le pont de Ran-Mositar de Franck Pavloff est le conte cruel de l’homme seul, mystérieux mais de grande noblesse, dans un « monde illisible », thème qu’il développera avec le même talent dans son tout dernier roman Le grand exil.

Franck Pavloff est l’auteur du célèbre Matin brun, allégorie du fascisme étudiée dans les collèges et lycées.

« les limites de ma langue » (André Brink)

Déjà évoquée ici la traduction française par Bernard Turle, ou plutôt son projet, des mémoires d’André Brink. Elles paraîtront le 6 janvier 2010 chez Actes Sud sous le titre de « Mes bifurcations » (A Fork in the road). Sachant que page 51, on lira les lignes suivantes, on n’est pas loin d’en avoir l’appétit très aiguisé :

Extrait :

Quoi qu’il en soit, la bibliothèque du bourg continua d’être le centre de mes enquêtes et excursions les plus fondamentales, le point de départ de tous les voyages imaginaires que j’entreprenais autour et au cœur du globe. A un niveau très pragmatique, longtemps avant que j’aie jamais entendu prononcer le nom de Ludwig Wittgenstein, je découvris, en première main, ce que sa perspicacité lui fait découvrir dans Tractatus : « les limites de ma langue sont les limites du monde ». Les livres pouvaient tous expliquer ou éclairer, sauf, sans doute, l’érotisme.