Guitar Drag, le son du lynchage

Avec Guitar Drag , film de 14′ visible aux rencontres photographiques d’Arles, le spectateur se replonge dans l’histoire raciale des Etats-Unis. A un an d’intervalle, le même festival nous aura présenté, en 2009, Without Sanctuary, plusieurs dizaines de cartes postales de lynchage, une exposition absolument sidérante, et donc en ce moment, jusqu’au 19 septembre 2010, un film de Christian Marclay, tourné en 1999 à San Antonio (Texas).

Tirée par un gros pick-up et reliée à un ampli de bonne taille, une guitare électrique émet le son que renvoient les revêtements sur lesquels elle est traînée au long de son parcours, macadam de la route, terre des chemins, herbes des plaines. En soi, c’est-à-dire seul, hors contexte, le film ne dit rien que les sons stridents, suraigus et perçants d’une guitare écorchée.

Or, nous explique à l’entrée de la salle de projection, Emma Lavigne, commissaire de l’exposition : « Guitar Drag est un morceau de punk-rock nourri de la rudesse du blues, un manifeste qui nous emmène dans un Texas en proie au racisme, où continuent à se perpétrer des crimes, tel celui de James Byrd, un Africain-Américain mis à mort après avoir été traîné par un camion, variante contemporaine du Strange Fruit chanté jadis par Billie Holiday. Dans Guitar Drag, Marclay a fait de la guitare électrique le prolongement le plus émouvant qui soit du corps humain. »

En juin 1998, « un meurtre raciste secoue le Texas », selon le titre de l’artcile de Sylvie Kauffmann (Le Monde, 12/06/98) : « Trois repris de justice blancs américains en virée dans un pick-up, un samedi soir tard, emmènent un Noir américain qui rentre chez lui à pied d’une fête de famille. Ils l’entraînent sur un chemin isolé, le passent à tabac puis accrochent son corps au véhicule à l’aide d’une chaîne. Ils traînent ensuite sur plus de 3 kilomètres la victime dont le corps sera retrouvé décapité et démembré par la violence des chocs multiples. »

Ce crime inspiré de l’idéologie raciale du lynchage a eu d’énormes répercutions sur la société américaine, jusqu’à l’’adoption en octobre 2009 d’une loi sur les crimes de haine, le Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act. texte qui complète la loi de 1968, signée par le président Lyndon Johnson une semaine après l’assassinat de Martin Luther King, en vertu de laquelle s’attaquer à une personne en raison de son origine ethnique ou de sa religion est un crime fédéral.Alors, on relit le texte complet de la présentation d’Ella Lavigne : « L’œuvre de Christian Marclay, artiste américain né en 1955, révèle, au-delà de son inscription dans une trajectoire reliant Marcel Duchamp au pop art et à Fluxus, une énergie punk qui lui confère une dimension éminemment subversive. La permanence de l’esthétique punk dans son œuvre, des premières performances en 1979 à son installation Crossfire (2007), est remarquable et peut s’expliquer à la fois par la force et la richesse de suggestions musicales et scéniques du punk qu’il découvre en arrivant à New York en 1978, alors qu’il est étudiant en art, avec des groupes et des musiciens comme DNA, Mars, Lydia Lunch, Glenn Branca. The Kitchen, sous la direction musicale de Rhys Chatam, le CBGB et le Mudd Club sont fréquentés par les musiciens comme par les jeunes artistes, alors exclus du réseau des galeries d’art. La découverte de Sid Vicious, que Marclay voit en concert au Max’s Kansas City – après la séparation du groupe Sex Pistols – a sur lui un impact considérable. La guitare électrique est l’unique protagoniste de Guitar Drag (2000), scénario qui confronte le public plongé dans le noir dans un face-à-face avec une image occupant tout l’espace de projection. Le son de ce solid body traîné par un camion et qui se fracasse sur le sol du désert texan est saturé par un puissant ampli qui fait hurler l’instrument. »Avec Guitar Drag, l’art contemporain montre une fois de plus le lien nécessaire entre l’œuvre elle-même (un film) et son contexte (la société). Le spectateur entend ainsi hurler la victime pendant 14′, alors que la guitare-corps est frottée, récurée, battue, étrillée, raclée, limée, grattée, maltraitée, poncée, rossée, râpée, froissée, frappée, briquée, décapée, effleurée, érodée, grattée, ratissée, récurée, ruginée, ripée, regrattée, curée… en une folle volonté de la blanchir ?Ce film prend place dans un ensemble d’expositions en Arles, I am a cliché, éloge de l’esthétique punk, dont on lira avec intérêt quelques chroniques ou critiques par Lunettes rouges, Le Temps, Jean-Clet Martin, etc. 

Injuste : Gustave Akakpo n’est pas dans le Top 50 du JDD

Le « Top 50 du JDD » distingue douze humoristes parmi les 50 personnalités préférées des Français. Le podium est connu : Noah, Zidane, Mathy. Et derrière… que des drôles. Diagnostic du JDD : « Le rire, sous toutes ses formes, est donc omniprésent dans notre classement (le précédent datait de décembre 2009) comme une manière de complicité salvatrice d’une France en proie au stress et au doute : qu’il s’agisse de la complicité sympathique que Mimie Mathy ou Dany Boon entretiennent avec leur public ; de l’humour moderne (sic) de Gad Elmaleh et Jamel Debbouze ; des franches rigolades de Laurent Gerra, Patrick Sébastien et Franc Dublosc. »

Gustave Akakpo n’est-il pas dans la « complicté salvatrice » du « Top 50 du JDD » ? Traduire : comédien d’origine togolaise (plus connu comme auteur dramatique), il ne figure pas parmi les 50 personnalités préférées des Français. Non plus que Barack Obama, Nelson Mandela ou Alka Seltzer. Pourtant, Akakpo serait tendance : le Top 50 distingue douze humoristes, et humoriste il l’est Gustave Akak…Akakpo (« c’est pas français ça », dit-il dans son spectacle au Tarmac de la Villette, à Paris 19e, jusqu’au 7 août).

Il faut dire que cela faisait trois ans qu’il n’était pas remonté sur les planches, un risque assumé par le Tarmac (D’où le titre du spectacle : Chiche l’Afrique). Son talent, on le soupçonnait déjà ce dimanche 3 octobre 2004 avant de l’avoir lu, lorsqu’à Limoges, il reçut le prix SACD de la dramaturgie francophone pour sa pièce La Mère trop tôt (Une petite mère de treize ans conduit sa bande d’enfants perdus à travers une guerre qui n’en finit pas). Lors de la remise du prix, le lauréat avait fait bref et nous avait réjoui par cette citation d’un proverbe togolais : « Que celui qui a la parole ait pitié de celui qui l’écoute ! »

En mai 2009, nous avions découvert sur scène son théâtre avec, dans les Ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon, À petites pierres (2005). Une école des femmes à la mode africaine, du Molière de son crû adapté à l’urgence d’une condition faite aux femmes : « la tragédie de la lapidation traitée sous la forme d’une farce : elle était destinée à un autre, mais elle est séduite par un homme qui revient au pays. Le jeune homme est condamné à payer une amende ; la jeune fille elle, doit payer de sa vie : elle sera lapidée. » Une très belle réussite d’une œuvre qui sur le fond raille l’hypocrisie et sur la forme fait rire ou sourire. Et souligne qu’avec Molière on risque sa réputation, et avec Akakpo on risque la répudiation ou la vie.

Vive les nouveaux griots du Togo !

Le Tarmac célèbre le cinquantenaire des indépendances africaines en laissant Gustave Akakpo faire son show, brocardant la crème des présidents à vie d’Afrique (sauf accident). De Biya à Wade, en passant par Kadhafi (le record). Mention spéciale aux présidents françafricains : De Gaulle, Focard (sic), Sarkozy. C’est drôle, plein de trouvailles, quelquefois long. Une matière scénique considérable qui touche juste, à en juger par les rires des spectateurs. Autodérision, dérision forcément, ironie autochtone garantie, genre histoire juive racontée par un humoriste juif. Le dispositif initial est un peu perdu de vue (la bonne idée d’un talk-show où paraissent les présidents accompagnés de leurs militaires). Mais l’ensemble laisse augurer une belle célébration des indépendances, sans chichi ni défilé.

Akakpo, nouveau griot du Togo ? La confirmation que la jeune garde de l’écriture togolaise, à l’instar d’un Edem Awumey, pousse derrière les aînés, déjà reconnus et qu’il faut continuer à lire (Kossi Efoui, Kangni Alem, Sami Tchak notamment). Autant de talents venus de 56 785 km² (le Togo est plus petit que la Guyane), sur des registres aussi divers, de l’humour à la farce, de l’écriture de métamorphose à la sociologie faite littérature…

Extrait de l’interview de Gustave Akakpo par Bernard Magnier pour le Journal du Tarmac : « Il y a des pays en Afrique, comme le Ghana ou le Bénin, qui ont de bonnes raisons de célébrer leur indépendance. Et il y en a d’autres où cette célébration se résume un peu à une fête de plus, organisée par les mêmes prédateurs qui, au pouvoir depuis vingt à cinquante ans, dévorent les entrailles de leurs concitoyens ; et ils invitent pour l’occasion leurs copains. Les populations restent en marge de cette amère orgie. »

À venir la suite de ce festival Sautes d’humour (à saluer cette seconde édition d’un festival à Paris au mois d’août) : Bienvenue O Kwatt, avec Valéry Ndongo (Cameroun), du 10 au 21 août, et Bas les masques, avec Dieudonné Kabongo (République démocratique du Congo).

Sur Chiche l’Afrique, à lire la critique juste d’Anaïs Heluin, dans Les Trois coups.

« Je préfère les marges et les bordures » (Toni Judt)

« Ni Anglais, ni juif (…) moi je préfère les marges et les bordures : ces lieux où les nations, les communautés, les allégeances, les affinités et les racines se frottent parfois âprement les unes aux autres, où le cosmopolitisme est moins une identité qu’une évidence et un mode de vie. Naguère, le monde regorgeait de tels lieux. Jusqu’à la fin du XXe siècle ou presque, nombreuses étaient les villes englobant une pluralité de communautés et de langues sujettes aux frictions et aux antagonismes, parfois même aux conflits, mais qui malgré tout coexistaient. Sarajevo en fut un exemple, de même qu’Alexandrie. Tanger, Salonique, Odessa, Beyrouth et Istanbul entraient toutes dans cette catégorie, tout comme des villes plus modestes telles que Czernowitz et Oujgorod. Selon les critères du conformisme américain, New York possède certains aspects de ces villes cosmopolites d’antan : voilà pourquoi j’ai choisi d’y vivre. »

« Mes identités », par Toni Judt, historien britannique, mort à 62 ans vendredi 6 août à New York, où il enseignait. En mai dernier, il livrait dans les pages Débat du Nouvel Observateur sa réflexion sur le monde et les guerres actuelles des « identités nationales ».

Cupidon donne des ailes au spectacle vivant

http://www.dailymotion.com/swf/video/xe5oen?additionalInfos=0Gilbert Peyre – L’Interview
envoyé par le_cent_quatre. – Futurs lauréats du Sundance.

Dernière représentation de Cupidon ce soir au 104 (104 rue d’Aubervilliers, Paris 19e). Hier, dans la salle bondée, les spectateurs ont eu tout leur champ de vision occupé par un castelet géant. Comment traduire autrement ce qui emplit l’œil et le sature ? Un théâtre de marionnettes ogresque, dans la pénombre, dont les détails restent encore indiscernables. Le titre lui-même, inspiré de Brassens, laisse auguré d’un spectacle improbable : Cupidon, propriétaire de l’immeuble sur l’enfer et le paradis.

Nous sommes dans du théâtre d’objets (de nos jours les spectateurs improvisés doivent se faire une idée rapide de ce qui leur est proposé, tant l’offre théâtrale prend toutes sortes de formes et de propositions créatives, quelquefois alambiquées).
Confirmation nous est donnée par l’entrée en scène côté jardin d’un premier objet ? robot ? animalcule ? qui traverse tout l’espace visuel, laissant toujours le fond de scène, énormité mystérieuse, peut-être monstrueuse, dans l’obscur. Un deuxième automate, un lapin blanc, fend l’espace, très rectiligne dans son mouvement.
Cette traversée déclenche la parole d’une fillette qui s’extasie devant le passage du lapin blanc. Avec la parole vient la lumière sur le castelet goliath. L’évidence d’une Alice au pays des merveilles est vite démentie par les nouvelles questions que se pose le spectateur enchanté, tant le ravissement le dispute à l’étonnement. Cette Alice est-elle réelle ou androïde ? Une actrice enfant se cache-t-elle derrière cette parole ? Ou Gilbert Peyre, « plasticien électromécanomanique » (comme il est présenté dans l’interview ci-dessus, extrait du site du 104) nous a-t-il concocté un vrai robot imitant à la perfection une comédienne ?
Les ambivalences ludiques composent en une pièce montée millimétrée la délicieuse performance de cet ensemble inouï.
La jeune princesse (dite la Mariée) demande à un petit monsieur sur son trône hydraulique : « Voulez-vous jouer avec moi ? ». Bientôt, elle entonnera la comptine « Une souris verte… » (Corinne Martin, étonnante). Ni Alice ni conte… puis viendront les paroles d’un comédien tronc qui se repaît d’une langue crue sur fond de musique lyrique (remarquable Jean-Yves Tual : voir son blog).

Comme Gilbert Peyre le raconte dans l’entretien vidéo pour le 104 (ci-dessus), le tout forme un opéra, mot que certains hommes de l’art lui ont reproché. Il faut dire (il le dit simplement) qu’il est autodidacte, et que lui l’opéra il le sent en vertu de ses résonances d’art lyrique.
Langue verte et chant lyrique, acteurs immobiles (circonscrits en un cercle pour elle, sur un rail transverse pour lui) ; conte pour enfants et grivoiserie joviale ; étonnante animation des objets hétéroclites du fond et justesse du jeu des deux comédiens-troncs ; bande sonore tantôt synchrone, tantôt savamment désynchronisée à la fin… tout se tisse comme un tricot mental (on comprend tout le profit que Jean-Pierre Jeunet a aimé en tirer pour Micmacs à tire-larigot), dans cette « réécriture polissonne du mythe d’Adam et Ève », comme le résume élégamment le site 20h59.com).

Grand moment cette approche de séduction entre un pantalon et un corsage-jupe suspendus, dans des va-et-vient tellement vraisemblables que l’attention de public est suspendue… Comme si le va-et-vient n’avait jamais été aussi bien illustré.

C’est comme un cabinet de curiosités moins motivé par la collectionnite aiguë de son concepteur que vers le spectateur en mode partagé. Les automates de l’autodidacte facétieux et plasticien électromécanomanique Gilbert Peyre nous offrent un univers gentiment borderline, comme une récréation de l’esprit, jusqu’alors ankylosé par les blockbusters industriels type Shrek (1,2,3). Le spectacle vivant n’a jamais mieux mérité son appellation.

Le résumé de Cupidon est consultable sur le site du 104.

Armelle Héliot en pense du bien, sur son blog, Le Grand théâtre du monde : « Cela brinqueballe et cela grince. La première fois que nous avions vu un spectacle de Gilbert Peyre nous avions écrit qu’il « met en branle » des objets, des êtres, des fantasmes, des images, des histoires. Ici aussi, dans ce nouvel opus… ».

Régis de Closets aussi, sur Bakchich : « Baroque, inclassable et jouissif… »

Et si vous n’en avez pas assez, consultez le site même de Gilbert Peyre, c’est plein de vidéos affriolantes… Et prenez un billet pour Bochum en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dont le festival Fidena programme Cupidon, les 10 et 11 septembre 2010. Pour l’avenir, on espère les programmateurs français aussi chaleureureux que ceux de la Biennale des arts de la marionnette à Pantin en 2009, ou du 104. 

Distribution et production :

Cupidon, Propriétaire de l’Immeuble situé sur l’Enfer et le Paradis
sculpturOpéra de Gilbert Peyre
Résidence au CENTQUATRE à Paris du 15 juillet au 6 août 2010 – Répétitions gratuites ouvertes au public de 16h à 17h : 15 au 17, 21 au 24, 28 juillet
6 représentations : 29 au 31 juillet 20h, 1er août 18h, 05-06 août 20h

Conception, sculptures, mise en scène et scénographie : Gilbert Peyre
Comédien : Jean-Yves Tual (Cupidon) ;
Comédiennes : Corinne Martin (La Mariée) ; Morgane Olivier (La Gouvernante)
Soprano : Lydie Morales
Voix : Achille Orsoni, Corinne Martin, Gwénola de Luze, Olga Nikolaeva
Texte : Yves Garnier et divers textes d’après Le Cantique des cantiques
Musique: « Mes béatitudes » (extraits) de Gérard Pesson ; « Mi par d’udir ancora » d’Enrico Caruso ; « Temps arrêté » de Raphaël Beau
Conseiller technicien, assistant scénographie : Vikonte de Bartholin
Ingénieur électronicien : Robert Breton
Electronicien :Marc Gaide
Ingénieur du son : Fabien Caron
Mise en lumière : Flore Marvaud
Costumes : Morgane Olivier
Manipulateurs console : Marc Gaide, Juliette Zanon
Photographe : Suzane Brun
Participants construction : Anne Pinguet, Virginie Chevrier, Claude Orsoni
Techniciens montage : Yann Lelarge, Claude Cottet
Traduction anglaise : Nelly Orsoni
Stagiaire : Elsa Mroziewicz

Production Compagnie P.P. DREAM/Laurence Alfieri
Coproduction Achille Orsoni – LE CENTQUATRE
Avec le soutien de Loupi Electronique et Robert Breton ; le Théâtre de la Marionnette à Paris ; le Théâtre de la Commune – CDN d’Aubervilliers ; la Ville de Pantin ; Paris quartier d’été
Merci à Gérard Pesson ; Emmanuelle Sagnier (Ensemble Cairn) ; Au CENTQUATRE : à Constance de Corbière (Secrétaire Générale) et Julie Sanerot, Valérie Perriot-Morlac, Claudia Petagna, Gilles Carle, Ronan Le Guern, Josselin Ligné, Anna Castro ; Au Festival Fidena : à Annette Dabs (Directrice), Anke Meyer (Assistante) ; Luc Petit (Régisseur Général, Direction du Développement Culturel de Pantin) ; Carole Fierz (Paris Quartier d’été)

Aux îles Loyauté, la première Fête du livre

En Nouvelle-Calédonie, les îles Loyauté (Maré, Lifou, Ouvéa et Tiga) organisent du 4 au 21 août, leur première Fête du livre pour trois mille deux cents scolaires inscrits.
« Notre objectif, c’est bien sûr de démocratiser la lecture mais aussi de privilégier l’échange et le partage à travers les trois jours d’animations par île qui seront proposées, annonce Sophie Zongo, chef du service de la culture à la province des Îles. L’idée, c’est de donner l’envie de lire, d’éveiller de nouvelles perspectives et curiosités. »
« Tous les vecteurs sont bons pour démontrer les mille facettes du livre,
affirme Mireille Lopez-Aguilera, présidente de l’association Lire en Nouvelle-Calédonie. Notre idée, c’est vraiment de faire une fête autour du livre, de faire découvrir tout ce qui va aboutir à une histoire, à l’imaginaire, à l’écriture, à l’envie de lire. » La lecture se vit aussi par la parole, le slam ou l’écriture d’un scénario de court-métrage. Près de dix-huit intervenants de Nouméa se déplaceront dans une caravane, dont Paul Wamo, Pierre Gope ou encore Emmanuel Tjibaou. Ils accompagneront les animateurs loyaltiens, comme ceux de l’association Tapene, de Maré, pour aller à la rencontre des tribus et des scolaires.
« Nous sommes dans une optique pays. Notre but est de placer le livre au centre des enjeux de la Calédonie. Par le livre, c’est l’échec scolaire que l’on combat », souligne Juliette Maes, présidente d’honneur de Lire en Nouvelle-Calédonie. La fête s’achèvera le 21 août, à Lifou, par une rencontre-débat sur les signes identitaires. C.L. Les Nouvelles Calédoniennes.

Le créole en Haïti, c’est la langue d’avenir (J.M. Théodat)

« Le créole en Haïti, c’est la langue d’avenir, le parler de demain et le terrain de notre créativité la plus riche et la plus imaginative. Je n’en dirais pas autant du français, même si nos écrivains sont très habiles à manier la langue de Racine. Il y a toujours cette épée de l’Académie française, gardienne de la langue, suspendue comme celle de Damoclès au-dessus de nos lettres. Nous avons des relations adultères avec le français lorsque nous l’écrivons, et des rapports de travers avec le créole lorsqu’il s’agit de l’écrire. »

La suite du billet de Jean-Marie Théodat, Kreyò la, sur son blog .

Avignon Off : pour l’outre-mer, bilan contrasté

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=26212Découvrez Bilan positif pour le festival d’Avignon 2010 sur Culturebox !

Après décompte, la Chapelle du verbe incarné (13e édition des Théâtres d’outre-mer en Avignon) a enregistré un taux de fréquentation de 54%, loin de son record de 70% en 2003 ou 2005 avec Bernarda Alba et La Mouette.

Seule la pièce Les Monologues voilés a refusé du monde à chaque représentation (la jauge est de 110 places). La première chorégraphie de Soraya Thomas (J’ai pas cherché…) a attiré les spectateurs, ainsi que Makak janbé Croco, de la compagnie Difé Kako, qui a su conquérir le jeune public progressivement. D’autres pièces, les plus littéraires (adaptées de M. Duras, M. Darwich, A. Césaire, J.Glowacki) n’ont pas suscité l’engouement, pour diverses raisons, dont la sévère concurrence d’un festival off qui présentait plus de mille spectacles pendant trois semaines.

Dans d’autres espaces que la Chapelle du verve incarné, les compagnies réunionnaises semblent avoir attiré plus les profesionnels que les amateurs, gage de tournées ultérieures (Sakura, du théâtre des Alberts) ou continuer à attirer un public de fidèles (Mâ Ravan de Taliipot).

Les Comoriens du Boutre de la parole pourraient revenir en 2011, avec une préparation spécifique.

On attend impatiemment cette prochaine édition, où devrait se produire la Compagnie du Caméléon, de Polynésie. Ainsi que (si le calendrier et les producteurs leur permettent) les créations de Jean-René Lemoine (Erzuli Dahomey) et Alain Foix (Rue-Saint-Denis).