Le « Top 50 du JDD » distingue douze humoristes parmi les 50 personnalités préférées des Français. Le podium est connu : Noah, Zidane, Mathy. Et derrière… que des drôles. Diagnostic du JDD : « Le rire, sous toutes ses formes, est donc omniprésent dans notre classement (le précédent datait de décembre 2009) comme une manière de complicité salvatrice d’une France en proie au stress et au doute : qu’il s’agisse de la complicité sympathique que Mimie Mathy ou Dany Boon entretiennent avec leur public ; de l’humour moderne (sic) de Gad Elmaleh et Jamel Debbouze ; des franches rigolades de Laurent Gerra, Patrick Sébastien et Franc Dublosc. »
Gustave Akakpo n’est-il pas dans la « complicté salvatrice » du « Top 50 du JDD » ? Traduire : comédien d’origine togolaise (plus connu comme auteur dramatique), il ne figure pas parmi les 50 personnalités préférées des Français. Non plus que Barack Obama, Nelson Mandela ou Alka Seltzer. Pourtant, Akakpo serait tendance : le Top 50 distingue douze humoristes, et humoriste il l’est Gustave Akak…Akakpo (« c’est pas français ça », dit-il dans son spectacle au Tarmac de la Villette, à Paris 19e, jusqu’au 7 août).

Il faut dire que cela faisait trois ans qu’il n’était pas remonté sur les planches, un risque assumé par le Tarmac (D’où le titre du spectacle : Chiche l’Afrique). Son talent, on le soupçonnait déjà ce dimanche 3 octobre 2004 avant de l’avoir lu, lorsqu’à Limoges, il reçut le prix SACD de la dramaturgie francophone pour sa pièce La Mère trop tôt (Une petite mère de treize ans conduit sa bande d’enfants perdus à travers une guerre qui n’en finit pas). Lors de la remise du prix, le lauréat avait fait bref et nous avait réjoui par cette citation d’un proverbe togolais : « Que celui qui a la parole ait pitié de celui qui l’écoute ! »
En mai 2009, nous avions découvert sur scène son théâtre avec, dans les Ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon, À petites pierres (2005). Une école des femmes à la mode africaine, du Molière de son crû adapté à l’urgence d’une condition faite aux femmes : « la tragédie de la lapidation traitée sous la forme d’une farce : elle était destinée à un autre, mais elle est séduite par un homme qui revient au pays. Le jeune homme est condamné à payer une amende ; la jeune fille elle, doit payer de sa vie : elle sera lapidée. » Une très belle réussite d’une œuvre qui sur le fond raille l’hypocrisie et sur la forme fait rire ou sourire. Et souligne qu’avec Molière on risque sa réputation, et avec Akakpo on risque la répudiation ou la vie.
Vive les nouveaux griots du Togo !

Le Tarmac célèbre le cinquantenaire des indépendances africaines en laissant Gustave Akakpo faire son show, brocardant la crème des présidents à vie d’Afrique (sauf accident). De Biya à Wade, en passant par Kadhafi (le record). Mention spéciale aux présidents françafricains : De Gaulle, Focard (sic), Sarkozy. C’est drôle, plein de trouvailles, quelquefois long. Une matière scénique considérable qui touche juste, à en juger par les rires des spectateurs. Autodérision, dérision forcément, ironie autochtone garantie, genre histoire juive racontée par un humoriste juif. Le dispositif initial est un peu perdu de vue (la bonne idée d’un talk-show où paraissent les présidents accompagnés de leurs militaires). Mais l’ensemble laisse augurer une belle célébration des indépendances, sans chichi ni défilé.
Akakpo, nouveau griot du Togo ? La confirmation que la jeune garde de l’écriture togolaise, à l’instar d’un Edem Awumey, pousse derrière les aînés, déjà reconnus et qu’il faut continuer à lire (Kossi Efoui, Kangni Alem, Sami Tchak notamment). Autant de talents venus de 56 785 km² (le Togo est plus petit que la Guyane), sur des registres aussi divers, de l’humour à la farce, de l’écriture de métamorphose à la sociologie faite littérature…
Extrait de l’interview de Gustave Akakpo par Bernard Magnier pour le Journal du Tarmac : « Il y a des pays en Afrique, comme le Ghana ou le Bénin, qui ont de bonnes raisons de célébrer leur indépendance. Et il y en a d’autres où cette célébration se résume un peu à une fête de plus, organisée par les mêmes prédateurs qui, au pouvoir depuis vingt à cinquante ans, dévorent les entrailles de leurs concitoyens ; et ils invitent pour l’occasion leurs copains. Les populations restent en marge de cette amère orgie. »
À venir la suite de ce festival Sautes d’humour (à saluer cette seconde édition d’un festival à Paris au mois d’août) : Bienvenue O Kwatt, avec Valéry Ndongo (Cameroun), du 10 au 21 août, et Bas les masques, avec Dieudonné Kabongo (République démocratique du Congo).
Sur Chiche l’Afrique, à lire la critique juste d’Anaïs Heluin, dans Les Trois coups.
