[Congo, J-1] : Faire sa valise…

À la veille d’une Rencontre internationale d’art contemporain, organisée aux Ateliers Sahm de Brazzaville et avant de s’embarquer pour un atelier de critique d’art, ce 4 septembre, donc demain, il s’agit de faire sa valise…

Valise muette :

Mot-valise :

En haut, la couverture de la BD de Shaun Tan, Là où vont nos pères (Dargaud, 2007), remarquable récit graphique mais muet sur l’exil. Ci-dessus, une photo-montage de l’artiste polonaise Beata Bieniak.

Grappe de valises :

Ci-dessous, la couverture du livre de Fabrizio Gatti, Bilal sur la route des clandestins (Liana Levi, 2008), le récit d’un journaliste infiltré parmi les clandestins de Dakar à Lampedusa.

La Boîte-en-valise, de Marcel Duchamp

La boîte-en-valise (1936-1968) est conçue comme un musée portatif, autour de l’univers condensé de la boîte des surréalistes et du principe de cabinet de curiosité. L’œuvre est composée d’une valise contenant 69 reproductions des principales œuvres de Duchamp, dont de nombreuses photographies et les répliques miniatures des ready-made La Fontaine et Grand Verre. (Wikipédia)

Papalagui et Papalagui itou

« Le retour d’Hassane Kassi Kouyaté et d’Habib Dembélé au théâtre du Fon du Loup, à Carves près de Belvès en Sarladais (Dordogne), sera un temps fort de la fin de saison estivale, samedi 7 septembre.

Ces deux comédiens avaient fait l’ouverture de cette scène il y a dix ans. Ils étaient revenus ensuite avec « The Island », d’Athol Fugard, célébrant la puissance de l’imaginaire contre l’asservissement dans une prison sud-africaine au temps de l’apartheid.

Avec « Le Papalagui », Hassane Kassi Kouyaté met en scène la libre adaptation par Léon Kouyaté du discours de Touiavii, chef de tribu polynésienne dans les Mers du Sud, récit recueilli par Éric Scheurmann, un Allemand voyageur, édité en 1920. »

La suite sur Sud-Ouest.

Les dispositifs, et moi, et moi, et moi

Dans Qu’est-ce qu’un dispositif ? (traduit de l’italien par Martin Rueff) Giorgio Agamben écrit en 2006 (Payot & Rivages, 2007, p. 31) : «… j’appelle dispositif tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. Pas seulement les prisons donc, les asiles, le panoptikon, les écoles, la confession, les usines, les disciplines, les mesures juridiques, dont l’articulation avec le pouvoir est un sens évidente, mais aussi, le stylo, l’écriture, la littérature, la philosophie, l’agriculture, la cigarette, la navigation, les ordinateurs,  les téléphones portables, et pourquoi pas, le langage lui-même, peut-être le plus ancien dispositif dans lequel, plusieurs milliers d’année déjà,  un primate, probablement incapable de se rendre compte des conséquences qui l’attendaient, eut l’inconscience de se faire prendre. »

Dans la lignée biopolitique de Michel Foucault, le philosophe italien semble aussi emboîter le pas à Roland Barthes qui écrivait trente ans plus tôt dans sa Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France (Seuil, 1977) : « La langue est […] tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » L’auteur du plaisir du texte reviendra sur cette affirmation radicale à la fin de sa vie, selon Hélène Merlin-Kajman (revue Labyrinthe)  : « la langue – classique – ne lui paraît plus fasciste, mais « essentielle ». La formule provocatrice de 1977 n’était ainsi qu’une étape, dans un cheminement qui l’a conduit à reconnaître mélancoliquement la finitude du sujet et les failles du langage, le plaisir et la jouissance des textes. »

Lire : Hélène Merlin-Kajman, La Langue est-elle fasciste ? Langue, pouvoir, enseignement, Paris, Seuil, 2003


 

La colère de Gary Victor contre « un homme d’État »

Dans une tribune au quotidien d’Haïti Le Nouvelliste (30/08/13), l’écrivain Gary Victor dresse un portrait au vitriol de Michel Martelly, président depuis le 14 mai 2011 (sans le nommer) et s’en prend violemment à la présence étrangère, particulièrement américaine. Intitulé « Un homme d’État », anaphore répétée douze fois, l’un des écrivain les plus populaires d’Haïti lance un pamphlet amer, plein de révolte et d’écœurement contre la classe politique, un libelle sans figure de style : « Nous n’avons pas d’hommes d’État, mais de pitoyables politiciens, des animaux politiques, des gens qui ne pensent qu’à leur ventre et leur bas ventre, et dont l’horizon ne dépasse pas la pointe de leur nez ou de leur queue. »

Dans sa définition railleuse de l’homme d’État, Gary Victor s’en prend tant aux dépenses somptuaires dans l’organisation d’un carnaval, critique récurrente en Haïti, qu’à la présence étrangère :

« Un homme d’État n’a besoin de l’étranger que s’il peut s’en servir dans l’intérêt de sa patrie. Mais il sait que l’étranger n’a pas d’amis, seulement des intérêts. Un homme d’État ne peut pas accepter que des millions soient flambés en trois jours pour que des centaines de milliers de gens dansent et forniquent dans les rues quand ces mêmes millions peuvent servir à des choses essentielles comme pour mieux payer des professeurs ou doter l’université publique de matériel adéquat. Un homme d’État n’est pas obnubilé par des manœuvres souterraines, kokoratiques dans le seul but de rouler ses adversaires pour que son clan et sa famille gardent le pouvoir. » [un kokorat, en créole haïtien, est un mot péjoratif pour désigner un enfant des rues, un pouilleux]

On se souvient du héros victorien de Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin (Vents d’ailleurs, 2004, prix RFO du livre) : Au bord de la folie, emprisonné, Adam Gesbeau, écrivain sans le sou, accepte la proposition du président : il recevra une rémunération en échange des discours qu’il écrira pour le dictateur… Un président entouré de têtes coupées et collectionneur de masques.