Nous avions rencontré Mo Yan, tout récent prix Nobel de littérature, lors du salon du livre de Paris de 2004, qui avait invité les lettres chinoises. Un reportage tourné avec Franck Nouailhetas, où s’expriment Mo Yan et son traducteur Noël Dutrait.
Mois / octobre 2012
Prix des libraires 2013 (1ère sélection)
Olivier Adam, Les lisières (Flammarion)
Metin Arditi, Prince d’orchestre (Actes Sud)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)
Nathalie Démoulin, La grande bleue (Editions du Rouergue)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois),
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Eric Faye, Devenir immortel et puis mourir (Corti)
Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Thierry Hesse, L’inconscience (L’Olivier)
Fabrice Humbert, Avant la chute (Le Passage)
Serge Joncour, L’amour sans le faire (Flammarion)
Fabienne Juhel, Les oubliés de la lande (Editions du Rouergue)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet-Chastel)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Mathieu Larnaudie, Acharnement (Actes Sud)
Douna Loup, Les lignes de ta paume (Mercure de France)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser)
Hubert Mingarelli, Un repas en hiver (Stock)
Derek Munn, Mon cri de Tarzan (Leo Scheer)
Makenzy Orcel, Les Immortelles (Zulma)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)
Avec Vassilis Alexakis, la langue française c’est pas du Grand-Guignol

Vassilis Alexakis vient d’être désigné lauréat du Prix de la langue française 2012. Doté de 10.000 euros, sa récompense sera remise lors de la Foire du livre de Brive, le
vendredi 9 novembre 2012.
Écrivain grec de langue française, il publie L’enfant grec (Stock) qui met en scène la littérature dans les flâneries au jardin du Luxembourg. Parmi les héros du roman, les marionnettistes du théâtre de Guignol dont il nous dévoile les coulisses : « Les figurines à fil sont des princesses, Guignol est un paysan. Je le trouve en même temps plus vivant : il est aussi vivant que ma main. C’est une main qui parle. »
Le dernier descendant du théâtre de Guignol Jean-Guy Mourguet vient de mourir. Les gazettes nous apprennent avec l’AFP que « le créateur de Guignol, Laurent Mourguet, était un canut (ouvrier indépendant travaillant la soie) poussé à trouver des activités complémentaires pour nourrir sa famille alors que le travail sur métier à tisser est arrêté à la veille de la Révolution française. Reconverti en camelot, puis arracheur de dents, il attire les clients en utilisant des marionnettes représentant Arlequin ou Polichinelle. Puis il crée une nouvelle marionnette de canut, et c’est la naissance de Guignol, en 1808.
Rapidement, Guignol, rejoint par sa femme Madelon et son compère, l’ivrogne Gnafron, connaissent le succès auprès du peuple pour lequel il prend fait et cause contre les autorités établies, à commencer par les gendarmes, les propriétaires et les concierges. »
Dans L’enfant grec, la fréquentation des marionnettes (à propos desquelles Jean Cocteau affirmait : « Il y a trop d’âmes en bois pour ne pas aimer les personnages en bois qui ont une âme »), Vassilis Alexakis vient à s’interroger (du moins son narrateur, mais on excusera le lecteur de les confondre) :
– Pourquoi écrivez-vous ? interroge-t-on aussi.
Est-ce une activité saugrenue, comme la cleptomanie ou le saut en parachute ? (…) J’ai découvert de bonne heure que la vie n’avait rien de plus beau à m’offrir que des mensonges. Je l’ai su grâce aux lectures que me faisait ma mère le soir. Je ne rêvais pas encore d’écrire; pour la bonne raison que je ne savais même pas lire, j’envisageais cependant de devenir un grand menteur. Je m’appliquais d’ailleurs à mentir le plus possible, ce qui me valait un certain succès. J’ai su très tôt en somme que la meilleure façon de raconter un événement était de l’inventer. »
L’enfant grec nous amène à relire le Théâtre de Guignol (qu’on n’a pas vraiment lu, mais vu, soyons net et honnête) :
Oui, mais avec tous tes états… aujourd’hui, nous avons pas encore déjeuné… & v’là l’heure du dîner que s’avance.
Tiens ! (Il réfléchit.) Nous dînons !… Fais-toi dentiste.
Est-ce que je connais la dentisterie ? te me prends pour une mâchoire.
T’as tout ce qu’il faut pour être dentiste… Faut un toupet d’aplomb, & être un bon menteur.
Oh ! alors, ça te convient : t’as une dose de menterie que se porte bien.
Par exemple ! est-ce que je t’ai jamais dit un mensonge ?
Allons ! pourquoi donc que te m’as dit l’autre jour que t’avais été au bois de Roche-Cardon chercher des nids, & que t’avais trouvé dans un nid dix œufs de lapin ? Est-ce que les lapins font des œufs ?
Nous lisons dans L’enfant grec, p. 78 : « »Gnafre » signifie cordonnier dans le jargon lyonnais.»
Que Vassilis Alexakis, tout récent lauréat du prix de la langue française, manifeste une telle maîtrise du patois lyonnais nous comble de joie.
Prix Médicis 2012 (2e sélection)
Les six romans français sélectionnés
Patrick Deville « Peste et choléra » (Seuil)
Philippe Djian « Oh ! » (Gallimard)
Leslie Kaplan « Millefeuille » (P.O.L.)
Emmanuelle Pireyre « Féerie générale » (L’Olivier)
Patrick Roegiers « Le Bonheur des Belges » (Grasset)
Abdellah Taïa « Infidèles » (Seuil)
Les six romans étrangers
Margaux Fragoso « Tigre, tigre » (Flammarion) Etats-Unis
Antonio Lobo Antunes « La Nébuleuse de l’insomnie » (Bourgois) Portugal
Salman Rushdie, Joseph Anton : une autobiographie (Plon)
Juan Gabriel Vasquez « Le Bruit des choses qui tombent » (Seuil) Colombie
Ferdinand von Schirach « Coupables » (Gallimard) Allemagne
Avraham B. Yehoshua « Rétrospective » (Grasset) Israël
Les six essais
François Bon, « Autobiographie des objets « (Seuil)
Jean Clair, « Hubris : la fabrique du monstre dans l’art moderne : homoncules, géants et acéphales » (Gallimard)
Ivan Alechine, « Oldies » (Galilée)
Rachel Polonsky, « La lanterne magique de Molotov : voyage à travers l’histoire de la Russie » (Denoël)
David Van Reybrouck, « Congo, une histoire » (Actes Sud)
André Tubeuf, « Dictionnaire amoureux de la musique » (Plon)
Insensibles ? Pas vraiment !
Terrifiant et formidable, ce premier film de Juan Carlos Medina. En Espagne, à la veille de la guerre civile (17 juillet 1936), des enfants insensibles à la douleur sont internés dans une citadelle-hôpital des Pyrénées. De nos jours un médecin condamné par la maladie doit subir une greffe de la moelle osseuse, rechercher un donneur parmi ses parents, apprendre qu’il est un enfant adopté et remonter le passé à la recherche de ses parents biologiques, qui ont quelque chose à voir avec les enfants insensibles.
En croisant les genres, historique et horrifique, historique et fantastique, Medina réussit à nous émouvoir et à nous sensibiliser à une histoire inscrite dans la peau des personnages au-delà de ce qui est pensable, imaginable. C’est une belle expérience de cinéma, jamais complaisante.
Prix Renaudot 2012 (2e sélection)
Pour le prix Renaudot 2012, qui sera décerné le 7 novembre, il reste huit romans :
Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock) ;
Florian Zeller, La Jouissance (Gallimard) ;
Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto (Gallimard) ;
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil) ;
Anne Berest, Les Patriarches (Grasset) ;
Mohamed Boudjedra, Le parti des coïncidences (Alma) ;
Jean-Loup Trassard, L’homme des haies (Gallimard) ;
Christian Authier, Une certaine fatigue (Stock) ;
et cinq essais :
François Bon, Autobiographie des objets (Seuil) ;
Jean-Christian Petitfils, Le Frémissement de la grâce. Le roman du Grand Meaulnes (Fayard) ;
Jean-Louis Gouraud, Le pérégrin émerveillé (Actes Sud) ;
Emmanuel de Waresqueil, Entre deux rives (L’Iconoclaste) ;
Franck Maubert, Le Dernier modèle (Mille et une nuits) ;
Prochaine et dernière liste le 29 octobre. Le jury du Renaudot se compose de Christian Giudicelli, Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jean-Noël Pancrazi, Louis Gardel, Patrick Besson, Jérôme Garcin et Frédéric Beigbeder.
Prix Fémina 2012 (2e sélection)
Romans français
Thierry Bestingel, « Ils désertent » (Fayard) ;
Julia Deck, « Viviane Élisabeth Fauville » (Minuit) ;
Patrick Deville, « Peste et choléra » (Seuil) ;
Jérôme Ferrari, « Le sermon sur la chute de Rome » (Actes Sud) ;
Lancelot Hamelin, « Le couvre-feu d’octobre » (L’Arpenteur/Gallimard) ;
Bruno Le Maire, « Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber » (Gallimard) ;
Catherine Mavrikakis, « Les derniers jours de Smokey Nelson » (Sabine Wespieser) ;
Catherine Safonoff, « Le mineur et le canari » (Zoé) ;
Antoine Senanque, « Salut Marie » (Grasset) ;
Anne Serre, « Petite table, soit mise ! » (Verdier)
Romans étrangers
Sébastien Barry, « Du côté de Canaan » (J. Losfeld) ;
Michiel Heyns, « La dactylographe de Mr James » (P. Rey) ;
Yan Lianke, « Les quatre livres » (P. Picquier) ;
Michael Ondaatje, « La table des autres » (L’Olivier) ;
Julie Otsuka, « Certaines n’avaient jamais vu la mer » (Phébus) ;
José Luís Peixoto, « Livro » (Grasset) ;
Juan Gabriel Vasquez, « Le bruit des choses qui tombent » (Seuil) ;
Jeannette Winterson, « Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? » (L’Olivier)
Essais
Jean-Claude Berchet, « Chateaubriand » (Gallimard)
;
Gérard de Cortanze, « Pierre Benoît, le romancier paradoxal » (Albin Michel) ;
Jean-Michel Delacomptée, « Passions. La princesse de Clèves » (Arléa) ;
Pascal Dibie, « Ethnologie de la porte » (Métailié) ;
Michaël Ferrier, « Fukushima. Récit d’un désastre » (Gallimard) ;
Jacques Julliard, « Les gauches françaises » (Flammarion) ;
Frédérique Leichter-Flack, « Le Laboratoire des cas de conscience » (Alma) ;
Tobie Nathan, « Ethno-roman » (Grasset) ;
Emmanuel de Waresqueil, « Entre deux rives » (L’Iconoclaste) ;
Heinz Wismann, « Penser entre les langues » (Albin Michel)
Une dernière sélection sera annoncée le 19 octobre, avant le prix proclamé le 5 novembre.
« L’Étranger » d’Albert Camus, traduit en créole par Raphaël Confiant
L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant vient de traduire en créole L’étranger d’Albert Camus, sous le titre Moun-Andéwò a (en librairie le 22 octobre). Cette œuvre phare du XXe siècle, publiée en 1942, raconte un épisode de la vie d’un homme « étranger à sa société ».
« Le grand intérêt de la traduction est qu’elle oblige le créole à sortir de l’univers créole, celui donc qu’il est habitué à exprimer, pour se coltiner à des réalités totalement étrangères, explique Raphaël Confiant dans une interview à son éditeur Caraïbéditions. Le créole doit donc se dépasser lorsqu’il veut rendre Camus ou Flaubert, ce qu’il n’est pas obligé de faire dans un roman créole qui décrit la réalité créole. »
À noter : Etranje ! est le titre de la traduction en créole haïtien de Guy Régis Junior (Presses nationales d’Haïti, 2008).
Préfète Duffaut (1923-2012)
Figure majeure de l’art naïf, le peintre haïtien Préfète Duffaut est mort le samedi 6 octobre 2012 à l’âge de 89 ans à Port-au-Prince.
Después de Lucía, épreuve glaçante de vérité
Después de Lucía, c’est-à-dire, traduit du mexicain, « Après Lucia ». Car après la mort de Lucia dans un accident de voiture il y a six mois, il faut se reconstruire. Son mari Roberto (Hernán Mendoza) s’installe à Mexico avec sa fille Alejandra (remarquable Tessa Ia), qui se retrouve dans une nouvelle classe. Elle deviendra bouc émissaire : brimades, humiliations, viols en réunion, autant d’épreuves filmées avec une maîtrise glaçante par Michel Franco, où se cogne l’œil du spectateur, soumis lui-même à l’épreuve du film, dont il ne peut s’échapper, presque comme proie. Le harcèlement n’est pas que d’actualité. Pour Franco, il se déploie en plans fixes comme l’observation clinique de cette petite société de malheur, camarades de classe devenus bourreaux, mutisme d’Alejandra qui ne dit rien à son père. Dernière séquence exaltée où un plan séquence à la fixité insoutenable nous embarque pour un voyage sans retour.
