Dans le métro bondé
elles chuchotent en chinois
petites bulles de mots
Dans le métro bondé
elles chuchotent en chinois
petites bulles de mots
Ce conte est une histoire d’amour qui nous entraîne au plus profond de la forêt des sentiments. Dans un train de la mort en partance pour les chambres à gaz, un père, confronté à la mort et à la faim, aperçoit une femme dans le paysage enneigé. Pour sauver un de ses deux jumeaux, il va en précipiter un, pris au hasard, par la lucarne du wagon, espérant que l’enfant soit recueilli par cette femme. Que va devenir le père ? cet enfant précipité ? et la femme, une pauvre bûcheronne ?
parabole de l’amour
Et comment l’auteur du conte, le dramaturge Jean-Claude Grumberg fera de ses personnages des Justes ou des salauds, comment un tel sera sauvé quand de nombreux autres « de la race maudite » périront, comment, de ce convoi, « la plus précieuse des marchandises », pour la pauvre bûcheronne en mal d’enfant, devient une parabole de l’amour par temps de guerre mondiale.
Lui-même fils de déporté, il a écrit ce conte alors qu’il était atteint d’un cancer et se posait cette question : « Que faire pour donner aux enfants le goût de vivre malgré tout ? ». (France-Inter, 21/01/19)
l’urgente question du sens de la vie
Il en a tiré un texte à placer aux côtés des plus beaux, de ceux que l’on reçoit, nous lecteurs indemnes, comme une claque cinglante à provoquer les émotions les plus vives. On pense à d’autres textes brefs traversés par l’urgente nécessité de donner un sens à sa vie et à la transmission aux jeunes générations : Matin brun, de Franck Pavloff ou L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono.
La plus précieuse des marchandises – un conte est l’histoire d’une rencontre qui change des vies. A l’origine un geste pour sauver une vie. Un arrachement. Un pari absurde mais peut-être le seul possible. L’histoire d’une rencontre et d’autres qui s’ensuivirent mais qui n’auraient jamais pris leur véritable poids et leur véritable sens si la première rencontre n’avait pas eu lieu.
la hache de Kafka
Pourtant, il n’y a rien de fataliste pour le narrateur. Ce sont bien les décisions des hommes, leur engagement au risque de leur vie ou bien de leur misérable conformisme qui décident des voies prises par le vie.
Conte philosophique, ce texte bref (100 pages) vous attrape comme la hache de Kafka ( « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » ) alors que « les jours succèdent aux jours, les trains aux trains. Dans leurs wagons plombés, agonisait l’humanité. Et l’humanité faisait semblant de l’ignorer ».
Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises – un conte, coll. La Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2019.
« Si je n’apprends plus rien, je suis mort. » Clint Eastwood, Entretien Le Monde, 23/01/19.
Vladimir Maïakovski (1893-1930)
Mais peut-être
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut – être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera-t-elle jamais la tête ?
Peut être,
Un jour ou l’autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l’autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au-dessus des cheveux cabrés d’épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante
Peut-être…
Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à
quelqu’un nécessaires ?
C’est que quelqu’un désire
qu’elles soient ?
C’est que quelqu’un dit perles
ces crachats ?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu’à Dieu,
craint d’arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu’il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.
Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d’être calme.
Il dit à quelqu’un :
» Maintenant, tu vas mieux,
n’est-ce pas ? T’as plus peur ? Dis ? »
Écoutez si on allume les étoiles…, choix et traduction Simone Pirez et Francis Combes, préface de Francis Combes, Le Temps des cerises, 2005.
merci Jean-Luc Marty
L’art est inutile, l’amour aussi.
Tadeusz Kantor (Pologne 1915-1990).
À lire : L’utilité de l’inutile, de Nuccio Ordine, Les Belles Lettres.
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« Chacun doit se faire poète. Je me suis retrouvée dans un tourbillon de mots brûlants, de mots désinfectants, de mots libérateurs, de mots sensibles, et les mots étaient tous à nous, et il suffisait de les retenir dans les mains pour jouer avec : ce avec quoi vous pouvez jouer est à vous, et ce fut le commencement de mon savoir. »
Gertrude Stein (1874-1946), Le livre de lecture et trois pièces de théâtre, traduit de l’anglais (États-Unis) par Martin Richet et illustré par Alice Lorenzi, éditions Cambourakis,
“Il me faut pour de bon mourir, puis renaître, renaître de même manière extraordinaire.”
Ossip Emilievitch Mandelstam (1891-1938), Nouveaux poèmes (1930-1934), éditions Allia, Traduit du russe par Christiane Pighetti.
Merveille !
pisser debout
sous un déluge de grêle !
Kobayashi Issa (15 juin 1763- 5 janvier 1828), trad. Corinne Atlan, Zéno Bianu