On lira dans Libération du jour une tribune libre d’Edouard Glissant : « Pour un Centre national à la mémoire des esclavages ». Nommé par Jacques Chirac à la tête d’un tel Centre, il avait écrit ce grand dessein dans un livre, préfacé par le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, Mémoires des esclavages (Gallimard, La Documentation française). Aujourd’hui Glissant n’est pas content : » Il est certain qu’une commémoration hors de tout Centre même symbolique peut apparaître comme une parole sans charpente, d’autant que ce Centre (…) aurait pour mérite, d’abord, par sa situation centrale en France, de signifier l’éminente volonté de l’Etat français et son engagement en la matière (…). »
Mort de Jean-Claude Charles, l’enracinerrant
L’écrivain haïtien Jean-Claude Charles est mort ce 7 mai à Paris à l’âge de 58 ans, des suites d’une longue maladie, apprend-on auprès de Thomas Spear et son site Ile en île, auquel on se reportera pour la biographie complète de celui qui se disait » nomade aux pieds poudrés » et » nègre errant « . Voir également le blog de Thomas, X-Centri-Cités et son très beau texte en hommage à » l’enracinerrant » :
» Jean-Claude était obsédé par Chester Himes comme Sartre par Flaubert, écrit Thomas Spear. Une oeuvre devait en résulter, des improvisations sur un air de Himes, imagination fraternelle. Chester Himes donnait le «la» : le style, le jazz de Chicago et de Harlem, le blues du Mississippi. «
« Homme de nulle part », Jean-Claude Charles partageait son temps entre New York et Paris comme Ferdinand, le protagoniste de ses deux romans, parmi ses oeuvres les plus connues, Manhattan Blues et Ferdinand je suis à Paris.
Il était poète, journaliste, producteur de radio.
En novembre dernier, il faisait en compagnie d’autres auteurs haïtiens la rentrée littéraire de Port-au-Prince. A cette occasion, les Presses nationales d’Haïti avaient réédité Bamboola Bamboche, initialement publié par Barrault en 1984. Ce qu’en écrivait alors l’écrivain Lyonel Trouillot dans le quotidien haïtien Le Matin :
” Avec aussi une conscience aiguë du social, le droit à la révolte et l’interpellation du politique. Il y a quelque chose d’insoutenable et d’admirable devant la prise de risque d’une écriture qui semble n’avoir peur de rien.
Bamboola Bamboche, c’est un journaliste envoyé en reportage (Charles a beaucoup travaillé dans le journalisme en tant que reporter, producteur et envoyé spécial). Tout y passe : coup d’état en gestation ; l’amour ; les amours ; rencontres fortuites ; la mémoire, encore elle, qui se réveille. Bamboola Bamboche, c’est aussi un bar, et le bar est le lieu-centre duquel tout se déploie :
« C’était – entrant dans le bar -, un fleuve traversé de courants contraires, coulée d’histoires, flux de sentiments et de passion, voyage à travers une trame de voix, vies à vif et lieux en mouvement, images végétales (imaginez des lianes, connexions multiples, complexes, prolifération à l’infini), images animales (imaginez un zèbre, un homme rayé noir et blanc au galop rapide comme un zèbre), c’était pour moi la levée d’une Histoire sur laquelle pesait, pèse encore, un black-out total, un amont, à travers la jungle de la parole du maître, sur quoi je suis revenu, entrant dans ce bar, à minuit. »
Je te cherche dans l’ombre de mes mots…

Anti-poèmes et réel dans leur paradoxe sont au menu… de la revue de poésie mauricienne, Point Barre, dont le n° 4 vient de paraître aux éditions Le Cygne, et qui présente ainsi son objet :
» Point barre est la première revue mauricienne entièrement consacrée à la poésie d´aujourd’hui. La publication est ouverte à tous les poètes, locaux et étrangers, quelles que soient leur sensibilité et langue d’expression. Point barre compte parmi ses collaborateurs réguliers la plupart des jeunes auteurs mauriciens : Umar Timol, Yusuf Kadel, Michel Ducasse, Alex Jacquin-Ng, Gillian Geneviève, Sylvestre Le Bon, Ananda Devi…
Dans un entretien à L’Express (à l’hebdo mauricien), on retiendra ce dialogue :
« A Maurice nous n’avons pas un grand public de lecteurs et pour la poésie c’est encore pire. », observe Michel Ducasse, l’auteur de Calindromes. Il y a, dit-il, cette perception que la poésie « est une affaire des gens qui sont dans les airs, des rêveurs. Les gens pensent aussi que la poésie est quelque chose de compliquer. » Si beaucoup de progrès a été noté depuis l’indépendance, surtout pour la langue maternelle qu’est le créole, « il reste encore à faire. Parski kreol pa enkor rekonet.», ajoute Alain Ah-Vee.
Extrait de Point Barre :
La poésie m’emmerde (Francis Ricard). Il n’y a d’écriture que risquée. On le sait depuis Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Desnos, Ginsberg, Kerouac, Novarina, Pey, Siméon, etc. C’est en cela que le poète est » voleur de feu « , c’est-à-dire qu’il prend le risque de se brûler, de brûler, de nous brûler. La plupart des autres écrivent dans des bureaux climatisés.
Africultures consacre une analyse à cette livraison, sous la plume de Catherine Boudet, qui se cite elle-même, ce qui ne peut pas faire de mal :
Du poème-paille-en-queue du poète mauricien Anil Gopal à la déclinaison-sida en A du Belge Arnaud Delcorte, du poème en onze dimensions du Bulgare V.K. Valev au haïkon (anti-haïku) de la Réunionnaise Catherine Boudet, c’est toute une anti-grammaire du monde qui se dessine, dite par « d’autres lèvres encore pour mieux avaler la salive du silence » (Ananda Devi) et par laquelle « s’écoulent les montres molles à contretemps forcément » (Yusuf Kadel).

Au Sud des Cahiers, on plonge dans le Grand Sud des mots de Ducasse, qui n’ont rien de l’anti-poème : « Je te cherche dans l’ombre de mes mots. Pour solder impuissant ton compte de silences. »
La Villette annule l’hommage à Césaire
Le Parc de la Villette nous annonce que l’hommage à Aimé Césaire qui devait avoir lieu mardi 6 mai à la Villette est annulé.
Les accords de Matignon ont 20 ans, l’accord de Nouméa 10 ans
Les habitants de l’île d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie ont commémoré ce lundi le vingtième anniversaire de l’assaut de la grotte de Gossanah, qui avait fait 21 morts, dont 19 Kanak indépendantistes et deux militaires, le 5 mai 1988 (AFP).
Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées dans la tribu de Gossanah, au nord d’Ouvéa, où 19 coups de feu ont été tirés à la mémoire des militants et deux sapins ont été plantés, symbolisant les deux décennies de cette date anniversaire. Rescapés, habitants, familles des victimes sont intervenus, la voix souvent emplie d’émotion, pour demander de ne pas oublier « 19 combattants à qui on doit la paix ». Depuis deux semaines, les témoins de l’époque ont retracé jour par jour les évènements de 1988, jusqu’au 5 mai, donnant lieu à des débats sur la radio indépendantiste, Djiido, sur le déroulement des faits et sur l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. « On a voulu que notre jeunesse s’accapare cette histoire. On est allé au fin fond de tribus pour recueillir les témoignages », a déclaré Macky Wéa, membre du « comité des 20 ans d’Ouvéa ».
La grotte de Gossanah a récemment été définitivement fermée par les autorités coutumières kanak de la région. Dimanche, le haut-commissaire de la République, Yves Dassonville, avait déposé une gerbe à Ouvéa sur le monument érigé à la mémoire des 19 militants indépendantistes et une cérémonie oecuménique avec habitants, gendarmes et représentants de l’Etat avait été organisée.
Deux jours après l’assaut de la grotte d’Ouvéa François Mitterrand est réélu président de la République. Michel Rocard est nommé Premier ministre et constitue une mission du dialogue chargée de renouer la discussion entre loyalistes et indépendantistes. Cette mission conduira aux accords de Matignon (26 juin 1988).
Lors du premier anniversaire de ce drame, le 4 mai 1989, Jean-Marie Tjibaou est assassiné avec Yeiwéné Yeiwéné, son bras droit au FLNKS, par Djubelly Wéa opposé aux accords de Matignon.
Le 5 mai 1998, le lendemain de l’inauguration du Centre culturel Tjibaou, est signé l’accord de Nouméa, qui stipule : » L’Etat s’engage à apporter durablement l’assistance technique et les financements nécessaires au Centre culturel Tjibaou pour lui permettre de tenir pleinement son rôle de pôle de rayonnement de la culture kanak. » L’accord prévoit un transfert de compétences et » l’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier (…) d’une complète émancipation « .
Ce 5 mai 2008 à 20h, la Filmothèque du Quartier latin projette Les Médiateurs du Pacique (1997), en présence du réalisateur Charles Belmont et de l’ethnologue Alban Bensa.
Deux documentaires reviennent sur le massacre d’Ouvéa : Retour sur Ouvéa (réalisation Mehdi Lallaoui), France Ô, 5 mai, 20h40 ; Grotte d’Ouvéa, autopsie d’un massacre (réalisation Elisabeth Drevillon), France 2, 8 mai, 23h.
Le Centre culturel Tjibaou a dix ans

Plus de 10 000 visiteurs pour les 10 ans du Centre culturel Tjibaou, les 2 et 3 mai à Nouméa. Les huit aires coutumières de Nouvelle-Calédonie ont présenté leurs danses en présence des communautés du pays (Kanak, Polynésie Française, Wallis et Futuna, Antilles et Ile de la Réunion, Nouvelle-Calédonie, Vietnam, Vanuatu, Indonésie, Japon et Chine, précise le programme). Voir la relation de l’événement sur le blog de Joël Paul.
A cette occasion l’architecte du Centre, Renzo Piano, a fait le déplacement. On lira son interview par Philippe Frédière dans le quotidien local, Les Nouvelles Calédoniennes :
Extrait :
» Cet endroit est le résultat d’un message de tolérance et de non-violence (…) La première chose, c’est qu’il est aimé. Ça a l’air d’être une boutade un peu romantique, mais c’est très important. Il est aimé par les gens qui le gèrent et par ceux qui le visitent. Ils le sentent comme leur maison. La deuxième chose, qui est une belle surprise, c’est la taille des arbres qui a tout changé depuis ma dernière visite. Quand on fait un projet dans lequel la nature prend une grande part, il faut du temps pour voir le résultat. On est impatient, anxieux. Et là je suis satisfait. Le rapport entre la nature et le bâti est bon. Le bois vieillit comme il faut, il a pris sa patine grise. C’est un bois imputrescible, de l’iroko, un teck africain qui contient du sable et qui sert beaucoup dans la construction navale. «
Tjibaou par Césaire
La disparition d’Aimé Césaire et ce dixième anniversaire du Centre Tjibaou sont l’occasion de se replonger dans le catalogue de l’exposition, De jade et de nacre, présentée initialement dans un autre lieu de culture de Nouméa, le Musée territorial, puis en 1990 à Paris. Voici ce qu’écrivait Aimé Césaire (1913-2008) à propos de Jean-Marie Tjibaou (1936-1989), en 1990 :
Si dans la rétrospective des hommes de l’année, il y a une figure que l’on a pas le droit d’oublier, c’est celle de Jean-Marie Tjibaou, car nul à mes yeux n’incarne mieux en cette fin de siècle, et de manière plus pathétique la noblesse et la grandeur véritable mises au service d’un petit peuple luttant pour sa survie et la survie d’une civilisation.
Démarche en vérité exemplaire. Son premier mot d’homme politique (non pas de politicien mais d’homme) est un mot qui livre l’essentiel : « relever la tête ! ».
Oui, Kanak. Fondamentalement Kanak et fier de l’être.
Kanak, autant dire fidèle. De cette fidélité qui va, par-delà l’Ancêtre, à la Terre-mère, la Terre, entrailles toujours vivantes. De cette fidélité qui seule rend légitime l’action politique qui, au demeurant, n’est que prolongement et ne peut être que « béquille ».
Kanak donc et parce que Kanak d’une exemplaire fidélité, responsable.
Le grand mot est lâché.
Responsable de l’avenir.
Responsable du présent et du devenir.
Responsable de la vie à maintenir, à renforcer, à transmettre…
Alors inévitablement devait se poser la question :
« Comment, mais comment être kanak dans le monde moderne ? »
Il ne s’agit pas d’archaïsme. Il faut prendre le monde en charge et, l’orientant, tâcher de lui donner sens : un sens humain.
Il ne faut pas plus pour comprendre Matignon. Non pas ce compromis, mais au contraire, cette percée. Cette avancée. Cette victoire.
Et d’abord, une victoire sur soi… La plus grande des victoires. Sur la douleur intime. Sur le ressentiment. Sur la légitime méfiance.
Au terme, l’inter-reconnaissance.
Le partage.
Don. Contre-don. Partage.
Autant de mots occasionnellement employés par d’autres, mais qui sont des mots kanak, donc des mots de Tjibaou.
D’ailleurs, l’homme était d’abnégation totale et de générosité. Pas naïf. Généreux. Et parce que généreux, prêtant à l’autre sa générosité. Le croyant toujours capable d’un sursaut, d’un geste, d’une conversion.
Oui, même le colon.
Oui, même le colonisateur.
En vérité, le combat pour son pays, pour sa terre, c’est avec les armes les plus nobles et au nom des valeurs les plus hautes qu’il le mena, et jusqu’au bout :
« Kanaké est un des plus puissants archétypes du monde mélanésien. Il est l’Ancêtre, le Premier né. Il est la flèche faîtière, le mât central, le sanctuaire de la grande case. Il est la parole qui fait exister les hommes. »
Jean-Marie Tjibaou combattait pour Kanaké.
Le Nobel de la paix. D’autres l’ont eu et qui le méritaient. Jean-Marie Tjibaou lui aussi le méritait. Et il eût été bien que le reste du monde honorât la noblesse de la démarche d’un fils d’un tiers monde lointain et oublié.
Il est mort. Foudroyé par un des siens.
Cette mort, il l’avait pressentie et en avait d’avance acceptée le risque, lui qui souvent parlait du « grand trou noir ».
Aujourd’hui, disons simplement qu’il n’est pas au pouvoir du « grand trou noir » de tout engloutir.
Jean-Marie Tjibaou, pour l’essentiel, demeure.
Il aurait inventé une voie nouvelle : la voie kanak de la décolonisation.
Je vois l’allée.
Bordée de cordyline virile d’une tendresse d’érythrina.
Jean-Marie Tjibaou s’avance.
Dominant l’allée, sur la colline,
L’araucaria pérenne.
Tous les éléments du mythe fondateur sont là.
Jean-Marie Tjibaou s’avance et son indéfinissable sourire l’annonce :
« Kanaky nous est né. »
Bien d’autres soufrières (Alain Foix)
Un hommage à Césaire était rendu au théâtre de l’Odéon, mardi 29 avril, autour du poème Cahier d’un retour au pays natal, dit par Jacques Martial.
Alain Foix, auteur dramatique guadeloupéen, a écrit ce texte, intitulé » Bien d’autres soufrières » :
Un homme, un homme seul, un athlète. Silence. Il avance. Une présence, une puissance. Il fait front. Seul. Il affronte ce silence qu’il impose. Il s’amasse et les planches sous ses pieds se rassemblent et la scène d’Odéon est un surf et la salle une vague qui se cambre, se retient et son souffle arrêté et le temps sous le verbe s’épaissit. C’est Césaire qui chevauche Jacques Martial. C’est Martial qui subjugue l’Odéon. Déferlantes de mots, cataractes du verbe, c’est un fleuve qui déborde de son lit. C’est un Nil dont Césaire est la source. Bords et débords, sacs et ressacs, flux et reflux, des mots lumières, des mots cheval au galop. Bombardements. Et c’est Toussaint Louverture, et c’est le roi Christophe, et c’est Nelson Mandela et Martin Luther King et ce vieux noir râblé, ratatiné sur son siège d’autocar et plié sous le fouet d’un mépris millénaire et toute la négraille qui se dresse, nuée. Nuée ardente aux bouches noires des soufrières, et au cœur des montagnes des oubliés du monde, la forge d’Héphaïstos sous les mots de Césaire martèle la « lance de nuit » d’une belle poésie. Ce n’est pas un poème mais une cavalerie, et au galop des mots c’est Martial qui écume. Il se fait vague contre la vague et il déferle et nous recouvre et nous buvons la tasse bouche bée et yeux ouverts. Sa langue claque l’amertume sucrière et nous couvre de sel. Et puis silence. L’athlète vacille, le dos au rideau noir de l’Odéon et se repait de son propre épuisement. Et c’est une salve, une bordée qui lui vient de la salle. Le choc était frontal, le public est levé. Il clame et bisse et bat des ailes, se secouant de soixante quinze minutes de totale possession.
Avant que vienne le jour et son oubli, disons que cette nuit fut bien plus que le sacre d’un poète et de son héraut mais la conquête d’une scène comme territoire encore rebelle à la présence de ceux qui disent noir pour faire rimer espoir. Il y en eut d’autres gagnées et reperdues sans cesse, jamais acquises. Il y en aura de nouvelles gagnées avant d’être perdues. Césaire gagne encore en mourant. C’est le sort du poète. Mais sa vraie mort serait un mausolée. Un panthéon pour l’isoler. Ce soleil insulaire ne brille pas pour lui-même mais pour un continent, celui des oubliés. Césaire ne serait pas Césaire s’il n’était que Césaire. Ne vouons pas un culte à sa personnalité. Ce serait l’enterrer et avec lui un monde s’exhumant des décombres. Césaire s’est élevé pour dire que l’histoire n’est pas terminée. Avec sa mort, l’histoire ne fait que commencer. Derrière lui d’autres vagues qui viendront se briser aux contreforts d’indifférence, aux falaises blanches de la puissance.
En préambule à cette soirée, Olivier Py a dit qu’il n’osait pas penser à ce qui se serait passé si le poète André Breton entrant dans un bazar de Fort-de-France pour acheter un ruban à sa fille n’avait pas découvert Césaire et son cahier d’un retour au pays natal. Rassurons-le. Ce n’est pas un ruban de petite fille qui fit naître Césaire. Et ce n’est pas la providence d’une belle main blanche qui tissa son berceau. Les forces telluriques trouveront toujours une faille ou un volcan pour dire au ciel les colères souterraines. Sur la Montagne Pelée il est né un cratère nommé Césaire. Il y a eu et il y aura bien d’autres soufrières.
Négritudes d’aujourd’hui
Editorial de Mondomix, site de musiques du monde :
«Pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées» Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1939).
160 ans. C’est ce qu’il aura fallu attendre depuis l’abolition de l’esclavage en France pour qu’un écrivain Noir – Aimé Césaire – reçoive des obsèques nationales, à l’instar de Victor Hugo, Paul Valery ou Colette. 40 ans, c’est ce qu’il aura fallu attendre après l’assassinat de Martin Luther King pour qu’un Noir américain, Barack Obama, brigue la présidence des Etats-Unis.
De longues attentes qui n’auront pas été passives. Il a fallu lutter sans cesse, toujours clamer haut et fort les valeurs qui nous fondent en tant qu’êtres humains. Les valeurs de respect, de droit, de devoir, d’universalité et de partage, pour que vivre tous ensemble ait du sens, pour que chacun ait sa place.
Pour autant, sommes-nous soulagés de ce combat ? Dans le monde d’aujourd’hui, que reste-t-il à conquérir pour obtenir enfin l’égalité entre les hommes ? Tout est si politiquement correct désormais.
Et pourtant, nous sommes toujours inégaux devant la faim et le froid. Les atrocités ethniques subsistent, quand elles ne se multiplient pas, mais ce «politiquement correct» a gagné tous les esprits. Ainsi, lorsque la Chine écrase dans le sang la rébellion tibétaine, faisant s’élever quelques voix de-ci de-là, elle s’offusque de ces protestations, se dit outragée, déroule une propagande mondiale nauséabonde qui fédère tout le peuple chinois, diaspora incluse. Au point de faire plier la France, qui s’excuse d’avoir laissé quelques militants égarés «salir» le parcours de la flamme olympique…
Aimé Césaire disait tellement vrai dans son Discours sur le Colonialisme : «Et alors, je le demande : qu’a-t-elle fait d’autre, l’Europe bourgeoise ? Elle a sapé les civilisations, détruit les patries, ruiné les nationalités, extirpé «la racine de diversité». Plus de digue. Plus de boulevard. L’heure est arrivée du Barbare. Du Barbare moderne. L’heure américaine. Violence, démesure, gaspillage, mercantilisme, bluff, grégarisme, la bêtise, la vulgarité, le désordre.»
Ce texte vaut pour tous les colonialismes : ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, ici, là, partout dans le monde. Colonialismes qu’il faut combattre, sans relâche.
Bamako – Dunkerque et retour en 2CV

Bamako – Dunkerque et retour à Bamako. 13 000 kilomètres à bord d’une voiture qui approche le quart de siècle, c’est l’aventure qu’ont entamée le 10 avril deux passionnés de 2CV et d’Afrique : le Franco-Malien Thierry Bocoum et Manu Pochez, de RFI. La suite sur le site de l’expédition.
