Goudougoudou, vuvuzela, los 33 et… la crise

Quel est le mot de l’année 2010 ?
Le quotidien Le Monde demande à ses lecteurs de voter entre :
rétrocommission, rilance, Eyjafjöll, WikiLeaks, niqab, sexe par surprise, flotille, fadette.
Le site bibliobs du Nouvel Observateur, sous la haute autorité d’Alain Rey, demande lui aussi de choisir dans une liste où chaque mot a été sélectionné par un écrivain :
Bettencourt, bureau, crise, dette, fellation, gérer, identité, invisible, maître d’hôtel, nettoyage ethnique, outrance, voilà, zélateur, zinzolin.

Pour le site Bondyblog, le mot de l’année est banques, ce qui rejoint le mot de l’année des internautes chinois qui ont choisi inflation.
Dans la famille « la crise-c’est-le-mot-fétiche-de-l’actu »… austérité a été distingué comme mot de l’année par l’éditeur américain de dictionnaires Merriam-Webster, car ce mot a été recherché plus de 250 000 fois dans le dictionnaire en ligne. Le mot dette avait déjà été désigné par les amateurs de bons mots réunis en mai à La-Charité-sur-Loire pour le Festival du mot.

Aux Etats-Unis, le mot de l’année est un néologisme forgé par Sarah Palin, ex-candidate à la vice-présidence, le mot réfudier, forgé de réfuter et répudier, trouvaille qui se réfère au projet controversé de mosquée près du site de Ground zero.

Au Japon, alors que l’on attend le traditionnel mot de l’année, Japonation décrit la mentalité de l’année selon les 60 mots qui ont marqué l’année au Japon.

The Big Society (la grande société) est le mot de l’année selon les lexico-mots d’Oxford, un « concept politique créé par les Conservateurs visant à laisser une plus grande responsibilité aux communautés locales et volontaires ». Un mot choisi parmi 13, dont vuvuzela, cité également par Japonation et los 33 une expression spanglish (très utilisée par les médias britanniques) désignant les célèbres mineurs chiliens restés plus de deux mois coincés à 700 mètres sous terre au fond d’une mine d’or et de cuivre à San José, à 800 km au nord de Santiago, dans le désert de l’Atacama.

En Haïti, c’est bien sûr le goudougoudou, le mot de tous les maux.

 

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50 000 mots en 3 minutes

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Découvrez Le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey sur Culturebox !

(création graphique : Romain Yaïch)

La 3e édition du « Dictionnaire historique de la langue française » (après celles de 1992 et 1998) est publiée sous la forme d’un seul volume. Alain Rey, retraité de 82 ans, retrace la vie des mots du français depuis le premier texte écrit en langue d’oïl en 842 jusqu’à des mots contemporains comme « bling bling ».

Surtout, cette version de 50 000 mots intègre les mots du français hors de Paris et en retrace l’histoire, ou les mentionne comme par exemple les mots « profitation » éclos lors des manifestations en Guadeloupe en février 2009, « ni-vanuatu », habitant du Vanuatu ou « caria » espèce de termite dans l’océan Indien.

Le mot nègre

 

 

 

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Mot

Parmi moi

de moi-même

à moi-même

hors toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d’un ultime spasme délirant

vibre mot

j’aurai chance hors du labyrinthe

plus long plus large vibre

en ondes de plus en plus serrées

en lasso où me prendre

en corde où me pendre

et que me clouent toutes les flèches

et leur curare le plus amer

au beau poteau – mitan de très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l’ombre

en ailes en gosier c’est à force de périr

le mot nègre                                                         

sorti tout armé du hurlement

d’une fleur vénéneuse

le mot nègre

tout pouacre de parasites

le mot nègre

tout plein de brigands qui rôdent

de mères qui crient

d’enfants qui pleurent

le mot nègre

un grésillement de chairs qui brûlent

acre et de corne

le mot nègre

comme le soleil qui saigne de la griffe

sur le trottoir des nuages

le mot nègre

comme le dernier rire vêlé de l’innocence

entre les crocs du tigre

et comme le soleil est un claquement de balles

et comme le mot nuit un taffetas qu’on déchire

le mot nègre

dru

savez-vous

du tonnerre d’un été

que s’arrogent

des libertés incrédules

 

                                              Aimé Césaire

Extrait de Cadastre (éditions du Seuil, 1961).

Césaire dit son poème ici

Tapis de caniveau, roulures d’histoires oubliées

Au petit matin, un balayeur des rues entr’ouvre d’un geste laconique la vanne, et l’eau s’écoule d’un seul côté, orientée par un tapis de caniveau, nouement de tissus informels. « Tapis », belle antiphrase pour ce qu’on devine fait de chutes de vieilles serpillères, de moquettes usées, miasmes de mémoires, roulures d’histoires oubliées.

Un Américain de Paris, Douglas Brodoff les a magnifiés dans une exposition, « Les petits hommes verts ». Il milite aujourd’hui pour la création d’un musée des tapis de caniveaux. Laurent Alberti s’est ému de la disparition annoncée de ces « fagots des rues » dans son blog Les lignes de l’architecte, joliment sous-titré « Revue de détails urbains, de bribes architecturales et autres miscellanées ».

Ces tapis de caniveau ne sont pas que pieds de poésie de rue, mais glanures de gestes patchworks, précipités dans la fuite du temps, et dont les liens reconstitués témoignent d’une ultime trace, suintement à l’avant-jour.

Conseiller aux langages

Découvert dans le papier d’Yves-Marie Labé, dans Le Monde du 13 mai, à propos de la BD Quai d’Orsay, signée Christophe Blain et Abel Lansac, ce titre nobiliaire et diplomatique conféré au même Lansac lorsqu’il était responsable des discours au cabinet de l’ancien ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin : Abel Lansac était « conseiller aux langages ».

Ce « conseiller aux langages » prenait-il en compte la langue de bois ? la langue verte ? la langue vivante ? une novlangue ? « Conseiller aux langages », c’est plus précis, et en même temps plus terrifiant que « conseiller en communication », c’est l’éminence suprême des signes. Langages est au pluriel, marquant ainsi une possibilité, un choix. Au singulier, ce serait une simple affaire de savoir-vivre, de maintien.

Conseiller c’est, nous dit le TLF : « Indiquer à quelqu’un ce qu’il devrait faire ou ne pas faire. » Quand dire, c’est faire, nous explique Austin, tant à un certain niveau, dire est un pouvoir.

Dans la Bible, au commencement était le Verbe. Au Quai d’Orsay, à la fin était le conseiller aux langages.

L’anthographie du 1er mai, une anthologie

La fête du Travail, fête des travailleurs, commémore un 1er mai de 1886 où les syndicats américains appelèrent plus de 400 000 travailleurs à manifester pour l’obtention de la journée de huit heures. En France, la journée de 8 heures a été obtenue en 1919.

Elle était célébrée jusqu’à Pétain avec une fleur d’églantine qui, le 1er mai 1941, lui substitua le muguet, passant du rouge au blanc, l’églantine étant jugée trop à gauche.

En langage des fleurs, l’églantine symbolise un bonheur éphémère, quand les jours passent trop vite. Le muguet de mai, blanc, serait, traditionnellement « le retour du bonheur dans le couple », ou simplement « une coquetterie discrète », ou encore : « rien ne vous pare mieux que votre beauté. » Et dans le contemporain, un signe d’amitié, nous dit un site plein de couleurs.

De la poésie à la science… le langage des fleurs se dit avec tous ses attributs grecs : « anthographie » (fleur + écriture). Mot défini dans le Trésor de la langue française (TLF), qui cite le Larousse du 19e siècle.

L’anthographie nous mène à un notre mot, qui lui place « anthe » (fleur) en suffixe : « protéranthe » (premier + fleur), une plante dont les fleurs naissent avant les feuilles. Mot signalé ce matin par Alain Baraton, dans sa chronique d’Inter.

Extrait du Dictionnaire raisonné, étymologique, synonymique, polyglotte des termes usités dans les sciences naturelles par A.-J-L. Jourdan, Baillière, 1834. Consultable en ligne.

Laissons nous « anther » par les fleurs, en affixe, préfixe, suffixe. Outre anthographie et protéranthe, humons anthophore (qui porte des fleurs), anthèse (floraison, épanouissement de la fleur), anthophage (qui se nourrit de fleurs),  chrysanthème, (littéralement « fleur d’or »), hélianthème (soleil + fleur), de quoi établir une belle anthologie (choix de textes, de poèmes comparés à des fleurs).

En Polynésie, le prix des mots

Chaque phrase de l’artiste Ben lui rapporte plusieurs milliers d’euros. Par exemple : « Je suis unique au monde » ou « A bas la société de consommation ». Elles sont considérées comme des « produits dérivés » des œuvres qu’il expose en galerie ou dans les musées.

L’exposition la plus importante qui lui ait été jamais consacrée est présentée au Musée d’art contemporain de Lyon jusqu’au 11 juillet.

Depuis 1997, l’achat de mots clés sur Internet a lancé une forme de publicité. Concrètement, vous achetez un mot clé comme « libellule » et quand l’internaute tape « libellule » dans son moteur de recherche votre publicité apparaît.

Cette marchandisation des mots n’est pas du goût de tous. Elle est même une pomme de discorde au sein de la famille Tamatoa, en Polynésie. L’enjeu: le nom de baptême d’un navire à grande vitesse, entre Papeete et Bora-Bora. Prochain départ mercredi 7 avril à 10h, arrivée prévue (après escales à Huahine et Raiatea) à 17h15, comme l’indique le tableau horaire sur le site de la compagnie Raromatai ferry.

Le King Tamatoa tient son nom du roi Tamatoa, huit lignées… plus tôt. L’un d’entre eux, Tamatoa Ura, a accueilli les révoltés de la Bounty en 1789 à Tubuai…

L’un des descendants réclamait à l’armateur 300 millions Fcfp (2,5 millions d’euros) pour l’utilisation du nom de son ancêtre.

« Nous ne demandons rien » a réagi Philippe Estall qui a exhibé sa généalogie sur une dizaine de pages où s’aligne une trentaine de générations. Très officiellement, il a offert à la direction du Raromatai ferry, l’histoire des rois Tamatoa, de ceux « qui ont régné dans la dignité et l’intérêt de leur peuple ».
« Nous sommes fiers de voir le nom de notre famille sur ce beau bateau qui va régner sur les îles sous le vent, comme notre ancêtre » précise l’homme qui s’amuse que Tautu Tauotaha ose prétendre commercialiser le nom des Tamatoa pour son seul profit. « Le nom est tombé dans le domaine public ! Il devrait le savoir ! ».
« L’affaire est close », conclut Tahiti press qui fait la part des mots.