L’envie de lire ? Pennac (suite), Mengestu (suite)

Daniel Pennac nous donne rendez-vous le 11 octobre pour deux nouveaux titres : Chagrin d’école chez Gallimard et Ecrire publié par Hoëbeke. Nous y reviendrons.

Dans une interview à Jean-Maurice de Montrémy pour Livres Hebdo, ce 28/09, l’auteur de Comme un roman, est interrogé sur ce  » qui transmet l’envie de lire ?  » :

 » Des libraires de quartiers, des bilbiothèques, certains professeurs, ceux qui ne jouent pas les gardiens du temple. Pour le reste c’est encore une histoire d’amour. Le plus souvent, ce sont nos proches qui nous font lire (…)

Les médias, c’est la transmission indirecte. Ils nous révèlent qu’il existe une offre de lectures importante et toujours renouvelée. Mais ils ne remplacent pas la contagion d’une conversation, d’une rencontre, d’un échange directs. Naguère, Bernard Pivot savait faire cela, être littérairement contagieux (on le lui a d’ailleurs beaucoup reproché !), mais les temps ont changé. Quant à moi, je ne regarde presque jamais la télévision : j’écris, je lis, je sors. Je picore un peu dans la presse mais je me sers surtout chez mes amis, ou en écoutant la radio, ou indirectement à la table du libraire en grapillant, par-ci par-là, sans jamais lire la quatrième de couverture. De mon côté, j’essaye de transmettre ce qui m’a plu. Et, puisque nous y sommes, j’en profite pour vous recommander la lecture du dernier roman qui m’a vraiment touché : Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu.  » [Papalagui, chronique du 13 septembre].

Sélection du prix roman France Télévisions

Quelque 1800 amateurs de littérature ont adressé un courrier de motivation à France Télévision pour être juré du prochain prix du livre dans la catégorie roman. Vingt-cinq candidats ont été retenus. Ce jury de téléspectateurs désignera le lauréat du prix roman 2007 France Télévisions le 15 novembre. Ils devront élire un titre parmi six, choisis par une dizaine de journalistes littéraires de France 2, France 3, France 5 et RFO, réunis ce jour autour d’Olivier Barrot, président du jury de présélection :

Olivier Adam, A l’abri de rien, L’Olivier ; Jacques Chessex, Le vampire de Ropraz, Grasset ; Ananda Devi, Indian Tango, Gallimard ; Christophe Donner, Un roi sans lendemain, Grasset ; Gilles Leroy, Alabama song, Mercure de France ; Diane Meur, Les vivants et les ombres, Sabine Wespieser éd.  

Célébrité éphémère et délectable

Papalagui (le blog) a eu les honneurs de deux médias cette semaine. Merci à tous les deux :

LeMonde.fr, par le truchement de sa newsletter quotidienne, Check-list, du 12/09, qui cite la note :  » Du désir selon Devi «  (http://abonnes.lemonde.fr/web/newsletter/0,30-0,62-951830@60-7@45-2,0.html)

logo France Inter  titre

par Alexandre Boussageon
du lundi au vendredi de 6h20 à 6h25

(http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/blogapart/), le 14/09 :

« Des îles et des lettres : Voici le blog de Christian Tortel, un journaliste qui ne raconte pas des histories de journalistes mais qui parle de littérature. Il ne parle même que de cela sur « papalagui », un mot polynésien des îles Samoa, précise-t-il, qui désigne l’autre, l’étranger. Si cela ne vous donne pas une idée de la nature de ce blog, sachez qu’il est essentiellement consacré à la littérature française d’outre mer. De temps à autre, son auteur se plonge dans les dictionnaires, quitte à dénoncer ce qu’il appelle leurs approximations quand ils traitent des écrivains vivant sur ces confettis d’empire. Le Robert n’échappe pas à ses reproches. Pour autant, Christian Tortel n’est pas un de ces mauvais coucheurs qui passent leur vie à épingler les travers des autres, à écrire aux journaux pour se plaindre de l’injustice du monde. Quand il ouvre un dictionnaire, ce peut-être pour en recenser des locutions inattendues et nous en faire profiter sur son blog. On y trouvera ainsi la liste des mots réunionnais qui font leur entrée dans la prochaine édition du Larousse, une poignée en fait. J’ai retenu « Babouk », qui désigne « une araignée marron des régions tropicales, chasseuse de blattes».

Mais laissons là ces charmantes bestioles. Il arrive que notre blogueur tresse des couronnes, et pas seulement à des talents reconnus. Au contraire. Il est capable de s’étendre sur un auteur inconnu, publié par un éditeur inconnu et distingué par un prix inconnu. En l’occurrence celui décerné au salon du Livre Océanien. Encore plus fort, il nous donne envie de lire ce livre improbable et cependant récompensé, une nouvelle d’une quarantaine de pages en fait, qui raconte l’histoire d’un Elephant Man errant dans la brousse calédonienne. « On y retrouve la Calédonie sans les clichés, écrit-il, on y fait des rencontres étonnantes ».

On a surtout le plaisir de lire « quelque chose de frais ».

Hiro’a, nouvelle revue culturelle polynésienne, mensuelle et gratuite

Hiro’a autrement dit « identité » est le nom du nouveau mensuel culturel polynésien, sous tutelle du ministère de la culture et de l’artisanat polynésien. Dans ce premier numéro de septembre 2007, on y apprend des choses assez effrayantes…

Exemple, si l’on en croit l’agence Tahiti presse, sur les 68 sites classés au titre du patrimoine, 29 auraient été détruits. Pourtant l’archipel n’est pas en état de guerre… Non la responsable, selon Hiro’a, serait l’ignorance des propriétaires. Nombre de ces sites classés détruits seraient privés, ceci expliquant cela. Mais dans ce cas, à quoi bon les avoir classés ? [Les Journées européennes du patrimoine sont les 15 et 16 septembre].

Plus encourageant, un accord « Fenua-Caillou » entre la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, autrement dit une convention  » pour l’échange d’information et d’expériences « , et un projet de biblio-bus pour Morea…

Rédaction de Hiro’a : Vaiana Giraud et Mahé Mas.

Papalagui (le blog) a un an !

Papalagui(le blog) fête son 1er anniversaire. Un bilan chiffré nous apprend que, depuis le 20 août 2006, vous avez consulté (vu ? lu ? appris par cœur ? reproduit ? affiché dans votre case ?) 5 000 pages tout rond…

 Rappelons pour ceux qui prendraient le film en cours de route, que Papalagui est un blog de littérature monde (osons le monde), de littérature ultrapériphérique (soyons ultra !). Le mot a été emprunté à Erich Scheurmann, auteur dans les années 1920 d’un récit de voyage « à l’envers », celui d’un chef samoan venu rendre visite aux Européens (Dominique Roudière, traductrice, Présence Image 2001, Pocket éditeurs 2004). La question de l’Autre et de l’étranger est donc au centre de ce livre qui décrit les travers des  » Papalaguis « . La question du récit et de la parole aussi. Qui parle ? Qui écrit ? Qui raconte ? Quelle est sa vision du monde ? Quel est son regard porté sur l’Autre ? Donc sur lui-même…

Comme l’analyse Valérie Martin-Pérez, Papalagui (le livre) est une fiction déguisée en récit de voyage. 

[http://www.serieslitteraires.org/publication/article.php3?id_article=591]

 » Ces propos, que l’on prête à un habitant des mers du Sud, ont bien pour vocation de faire réfléchir les lecteurs européens de notre époque moderne, sans doute un peu à la façon des Lettres Persanes au XVIIIème siècle. Le miroir est plus efficace quand il est teinté d’exotisme, et il est aisé de remettre ainsi en cause des comportements qui sont, sommes toutes bien relatifs. »

Papalagui (le blog) aime faire bouger les lignes (les mises en ligne de l’Internet comme les lignes de démarcations entre les diverses assignations). Reprenons la belle formule d’Abourahman A. Waberi, qui veut « déjouer les attendus » [voir note du 30 mai 2007].

 

En matière de  » littérature monde « ,les lignes à bouger sont les frontières qui délimitent symboliquement les centres et les périphéries… A l’ère d’Internet, l’apparente porosité des lignes n’est pas la panacée à la  » lecture monde « . Le départ récent de Maryse Condé de sa Guadeloupe natale montre qu’en littérature aussi  » nul n’est prophète dans son pays « … et que les auteurs vivent douloureusement leur position d’intellectuels ultrapériphériques.

Victoire, les saveurs et les mots

Comme l’écrit Ananda Devi dans son dernier roman, Indian Tango,que publie Gallimard ce 30 août (c’est son héroïne qui s’exprime) :  » Il est clair que je vis toujours dans l’illusion du lecteur extérieur, ce  » tu  » irréel : il m’est impossible de n’écrire que pour moi. Mon récit ne peut se faire sans échos, sans résonance. Comme j’ai besoin de cet invisible autre ! « (p. 61). C’est un roman traversé de part en part (y compris au sein même de la narratrice) par la question de l’Autre, de l’étranger. Nous y reviendrons.

Final de compte, si les mots nous manquent, allons voir du côté de Kara Walker, artiste américaine que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris expose jusqu’au 9 septembre (Mon Ennemi, Mon Frère, Mon Bourreau, Mon Amour).Très belle expo, dérangeante derrière l’apparente simplicité de ces panoramas en noir et blanc représentant des fantasmes, clichés, représentations historiques du racisme en Afro-Amérique…

« Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, explique Kara Walker,on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira  » tu n’e pas d’ici « , il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme. » 

Le Photographe est mort d’une crise cardiaque

  Didier Lefèvre à la cérémonie de remise des prix le samedi 27 janvier 2007. (Didier Lefèvre à la remise des prix du Festival d’Angoulême, le 27 janvier)      (extrait tome 3, cf. site de Didier Lefèvre : http://www.imagesandco.com/photographe.php?photographe=1 )

Les éditions Dupuis nous apprennent le décès soudain de Didier Lefèvre, emporté par une crise cardiaque survenue lundi soir à son domicile de Morangis, dans la banlieue parisienne : « Didier Lefèvre était né en 1957. Il exerçait la profession de reporter photographe. Il a collaboré avec divers journaux et magazines. Il aimait retourner aux mêmes endroits, pouvoir y passer du temps, en observer les changements, y retrouver les gens. Des lieux, des hommes, en vrac : le Sri Lanka, la Corne de l’Afrique, les Toreros, le Malawi et le Cambodge récemment, les Pompiers, les habitants de Bougainville, les champions du monde de course à pied éthiopiens, les jardiniers, les moudjahidin d’avant 1992, les Hazara, le Kosovo… De ses Voyages en Afghanistan, il a fait un livre aux Éditions Ouest France. Mais il les a aussi racontés à son grand ami Emmanuel Guibert. De ses photos, et de son récit mis en dessin par ce dernier sont nés les trois albums de bande dessinée Le Photographe aux Éditions Dupuis.

Le Festival d’Angoulême venait de le récompenser, ainsi que ses amis Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier, en leur attribuant le Prix Essentiel pour le troisième tome du Photographe. »

Le Photographe rend grâce aux membres de MSF, Médecins sans frontières. Il propose un regard neuf et pudique, une narration enrichie où se mêlent dessins et photos.

Journalisme culturel

Avec la nouvelle formule du magazine culturel d’Arte, Metropolis, le journalisme culturel à la française semble confirmer son renouveau. La rentrée audiovisuelle de l’automne dernier nous avait ménagé une bonne surprise avec l’émission de Rachel Kahn, présentée par Frédéric Taddeï, Ce soir ou jamais. Les chiffres de fréquentation nous confirment qu’elle aurait trouvé son public. Défi du direct, de la surprise et de « l’actualité au prisme de la culture ».

Le nouveau Metropolis rompt avec l’ancien de Pierre-Alain Boutang dont le style suranné et la profondeur du regard faisait tout le charme. Enfin, voilà, il ne s’agit plus de charme, ou plus seulement (la nouvelle rédactrice en chef de l’émission, Rebecca Manzoni, n’en n’est pas dépourvue -voir le site d’Arte, qui conserve l’émission une semaine)… Au contraire, elle impulse son côté trentenaire, (« j’enthousiasme » et je « tiens » mon conducteur) à une émission diffusée une première fois le samedi à 20h, alors que le précédent Métropolis était relégué dans l’avancée de la nuit. Comme dans Ce soir… la culture n’est plus une chasse gardée des cultureux. En témoigne un sujet sur « l’esthétique de la langue de bois ».

Et Beckett n’est plus l’apanage des spécialistes, puisqu’il est raconté au prisme des pratiques d’autres créateurs… Eloge du silence… Le reportage sur Le Pavillon noir, alias le Centre national chorégraphique d’Aix-en-Provence, avec son côté architecture du corps du danseur avait quelque chose d’intelligent, les créateurs roumain et bulgare, devenus européens depuis le premier janvier apportaient un regard décalé mais essentiel. Complémentaire à celui d’un intellectuel d’origine bulgare souvent cité, Tzvetan Todorov.

Dark Stuff, l'envers du rock Les critiques rock nous réveillaient de la pseudo-critique de la « fan-attitude ». L’émission nous donne envie de lire le livre de Nick Kent, The dardk stuff, L’envers du rock (éd. Naïve).

On souhaite bon vent à tout l’équipe de Metropolis…