
Cascade fumante
d’un doux amour incendiaire
au soleil couchant

Cascade fumante
d’un doux amour incendiaire
au soleil couchant
Poursuivie
la luciole s’abrite
dans un rayon de lune
Ce haïku d’Ôshima Ryôta, poète japonais du XVIIIe siècle (trad. C. Atlan et Z. Bianu), nous accompagnera lors d’une balade-haïku nocturne en forêt de Fontainebleau, vendredi 13 juin, à partir de 21h. Avec Florian Targa.
C’est l’une des balades à venir, présentée dans Halte!Haïku nº13, dont une Balade-haïku nature, avec Clotilde Rouanet, près de Sens (Yonne), et autres rubriques, ateliers, florilèges, etc.

Dans les rubriques, voyage en atelier d’écriture avec Hubert Haddad, à l’occasion de la réédition de son Nouveau magasin d’écriture (Zulma) et retour sur deux balades-haïkus, en forêt de Saint-Germain-en-Laye et près de Passy (Yonne) [photo ⬆️].

Pour les détails, consulter Halte!Haïku, mensuel des balades-haïkus :

Fontaine publique
un père mimi débarbouille
une frimousse bambine

Halte ! Haïku, « Fantaisie sur les balades-haïkus paraissant quand il est temps », publie ce 1er mars sa 12e édition.
Au menu : un éloge du haïku par un poète papou ; un poème « le dit du haïku » ; un extrait de Galaxie Chaos-Babel, livre spirale de Frankétienne, artiste et poète haïtien, disparu récemment ; un écho de deux revues de haïkus, L’Ours dansant et L’Estran ; une citation d’Emil Coran sur « l’infime » ; le mot (japonais) du mois : 山笑う (yama warau), qui désigne la floraison des montagnes au printemps ; et quelques autres friandises, signées Jacques Prévert, Patrick Chamoiseau, Mireille Gansel, Géraldine Moreau-Geoffrey, Birima Ba, lauréat d’un concours de haïku au Sénégal.
Consulter :

Par grand froid et vent frisquet, écrire des haïkus, c’est hardi. Une balade-haïku d’un genre nouveau a réuni une douzaine d’amateurs le 19 janvier 2025 au Bois de Vincennes (Paris).
Guidés par Sandrine Laplace et Christian Tortel, ils et elles ont exploré deux façons d’entrer en lien avec le monde : le recul que permet la Marche du temps profond, en déployant l’Histoire de notre planète, et l’émerveillement de l’instant présent que tente de mettre en poème le haïku. Ainsi le vivant a été considéré dans son héritage plurimillénaire et dans l’ici et le maintenant d’un poème-bonsaï.
En somme, une balade-haïku cosmique !

la suite ici…
#吟行
« Ce que c’est qu’un pin, apprends-le du pin. » Bashô.
Une balade-haïku d’un genre nouveau aura lieu dimanche 19 janvier au bois de Vincennes.
A l’initiative de Sandrine Laplace et Christian Tortel, un atelier d’écriture du dehors se déroulera dans le cadre d’une « Marche du Temps profond », c’est-à-dire dans la profondeur et la globalité des histoires géologique et humaine, une Marche inspirée de l’enseignement holistique et des pratiques de vie durable du Schumacher College de Devon, dans le sud de l’Angleterre.
Cette balade-haïku expérimentale prend place aux cotés des balades-haïkus de pleine nature, dans le Sénonais notamment, avec Clotilde Rouanet, initiées à l’automne 2023 et qui se poursuivront en 2025.
La Marche du temps profond, c’est parcourir 4,6 km en forêt pour déplier l’histoire de la Terre et ses 4,6 milliards d’années. Un mètre, un pas égale un million d’années. Un concept d’histoire au long cours où la profondeur des temps géologiques apparaît dans sa globalité, telle qu’imaginée par ses concepteurs Stephan Harding (Schumacher College) et Sergio Maraschin, au Royaume-Uni, sous le nom de « Deep Time Walk ». Voir le lien en français.
Lors de cette marche, nous écrirons des haïkus, ces « poèmes-bonzaïs » japonais qui se saisissent du vivant.
La Marche du temps profond et le haïku se rejoignent. L’une soucieuse du temps long, l’autre du temps bref et de sa fugacité. Mais avec un même esprit cyclique et d’impermanence, d’éternité et d’éphémère tout à la fois : le vivant est un tout, chaque parcelle de ce vivant un atome en relation avec d’autres.
Imaginer l’univers dans une tête d’épingle, ses poussières d’étoiles, vivre en bactérie dans l’océan primitif, subir une extinction de masse… autant d’étapes possibles pour s’émerveiller, prendre conscience des relations entre cosmos, Terre, écosystèmes, et… l’écrire en trois lignes de 17 syllabes.
La première Marche du temps profond en haïkus aura lieu dimanche 19 janvier 2025 au bois de Vincennes. Lire le numéro du Sens du haïku consacré à cette balade-haïku d’un genre nouveau :

Une balade-haïku, ou ginkô 吟行, en japonais, c’est un atelier d’écriture de haïkus 俳句 dans les sous-bois, une flânerie poétique, un exercice d’écoute de la nature, une connection intense au vivant, une manière d’écrire sur l’insignifiant qui fait événement.
Le Sens du haïku est une gazette sur les balades-haïkus en forêt près de Paris. La dernière édition, le 15 décembre, date de la lune froide, explorait quelques sentiers en forêt de Fontainebleau. C’était la première sortie de la saison 2 de cette aventure botanique et poétique menée par Clotilde Rouanet, grande lectrice de paysage, et Christian Tortel, amateur de cette forme brève, venue du Japon, le haïku 俳句, dont l’ambition est de se saisir du vivant, de faire de l’insignifiant un événement et d’en écrire trois lignes composées dans leur totalité de 17 syllabes.
Entre rocs, cavernes et sentes feuillues, nous avons glané quelques mots au pays des bio-indicateurs, tels que les lichens crustacés, les mousses et les champignons tramètes et autres polypores aux senteurs d’aïl des sous-bois.
Voici quelques haïkus écrits lors de cette sortie hivernale :

[Lors des préparatifs d’un voyage, je tombe sur… Nagori, le beau petit livre de Ryoko Sekiguchi (2018), 名残り (nagori) : « La nostalgie de la saison qui vient de nous quitter », lecture recommandée, qui m’inspire ce haïku, entre deux saisons]
Pourquoi pas un haïku plurilingue ?
Un haïku de fin d’été, en français, japonais, arabe, avec un zeste d’anglais. Un cocktail de langues pour Yara, 3 mois.

Été finissant
petit crachin temps chagrin
Love and Happiness
夏終わる
霧雨悲しむ
ラブとハピネス
نهاية الصيف
القليل من رذاذ الحزن
الحب والسعادة
Ce moment-haïku a été écrit d’abord en français, une langue qui expose ici ses consonnes sifflantes et chuintantes.
Puis en japonais, pour le mystère de la langue. Fascinant que ces trois lignes contiennent, comme pour tout texte en japonais contemporain, trois systèmes d’écriture : kanjis, hiraganas et katakanas. Chacun est facile à reconnaître : les kanjis sont les caractères chinois de l’écriture japonaise ; les hiraganas sont un syllabaire constitués de « kanas lisses », comme à la fin des deux premières lignes du haïku ; les katakanas servent à écrire les mots d’origine étrangère, comme dans la troisième ligne du haïku.
Enfin, une version arabe, avec un alphabet qui s’écrit de droite à gauche, donne à entendre une profusion de a, un qaf guttural et des z zézayants.
Lecture de la version japonaise :
[natsu owaru
kirisame kanashimu
rabu to hapinesu]
Lecture de la version arabe :
[nihayat el-saïf
el-qalīl min razāz el-hazin
el-hub w el-sa’adat]
« Love and Happiness » est le titre d’une chanson interprétée par Al Green, en 1973.
Détails sur ce titre célèbre : https://en.wikipedia.org/wiki/Love_and_Happiness
Dans un registre similaire, la contradiction apparente d’une météo capricieuse et d’une joie intérieure apparaît chez Bashô, ainsi formulée :
霧しぐれ
富士を見ぬ日ぞ
面白き
Brume et pluie
Fuji caché. Mais cependant je vais
Content.
Le Musée Guimet l’a publié le 9/09/2019 sur Twitter en l’accompagnant de la vue de Shono d’Hiroshige :

[Lors des préparatifs d’un voyage, je tombe sur… l’un des 25 000 (oui !) haïkus de Shiki, poète de la fin du XIXe siècle, mort à l’âge de 35 ans, considéré comme l’un des grands innovateurs du genre.]

[Kobayashi Eijiro, 1870-1946, Evening Cool on Sumida River, gravure sur bois sur papier]
街なかを
小川ながるゝ
柳かな
machi-naka wo
ogawa nagaruru
yanagi kana
un cours d’eau
traversant la ville
et les saules tout du long
Masaoka Shiki (1867-1902)
traduction de Daniel Py de la version anglaise de R.H. Blyth
俳句
C’était lors d’un vrai dimanche d’hiver. J’étais avec Terry, Réjane, Nadine, Micha, Sophie, Jean-Marc, Geneviève, Clotilde et les autres, en tout une dizaine d’amateurs, réunis pour une balade-haïku…
De loin, la forêt de Soucy, on aurait dit une immense carte postale, une promesse à dissiper toute humeur chagrine. Imaginez… Le givre a recouvert les bois, les haies, la lande. Le paysage s’offre en cristal vertical radical, piqueté de myriades de petites aiguilles, de paillettes et de spicules d’un blanc… comment dire… d’un blanc de page blanche.
Oui, temps givré et temps qui passe, tous deux en écho de l’impermanence des choses, ce que le bouddhisme nomme « mujô ».
無常
Le thermomètre marque – 3°C. Mais ce saisissement sera notre miel. Notre pari : écrire l’étonnement et sa fulgurance.
1er TABLEAU : LE STYLO DANS LES MOUFLES
Petite voix n’a pas dit son dernier mot. Elle entonne in petto sa comptine :
Là, Petite voix n’a pas moufté.
Il est vrai que le froid met à dure épreuve notre penchant à la contemplation. Mes premiers mots jetés sur le carnet, avant même la marche, avaient quelque chose d’assez convenu :
Partout le givre
cadeau de l’hiver
nos yeux émerveillés
Mais sur la route, le deuxième avait meilleure mine :
Bois givrés
paysage pop-up
horizon fractal
En ce dimanche de galette, en quête d’épiphanie poétique, poursuivons notre balade, entre lecture et écriture.
MICHA écrit en allemand :
Weiße Winterlandschaft
In der Stille suchend
meinen Weg

ce qui veut dire :
Paysage blanc d’hiver
dans le silence cherchant
mon chemin
FRANÇOISE écrit :
Épines givrées
couturières obstinées
tisserandes des rameaux
2è TABLEAU : DANS LA FORÊT VOISINE, UN TIR
Contemplation rime-t-elle avec description ? Manifestement Petite voix n’est pas d’accord. Cette pipelette me demande une explication : « contemplation-description, c’est un peu court, non ? »
Grâce à Clotilde, qui nous apprend à observer, randonnée se conjugue avec atelier, atelier du regard. Cette habituée de la marche en forêt, est une fine connaisseuse de la vie des sous-bois et grande lectrice de paysages et de leurs mues.
Arrivés à un croisement de chemins, malgré l’engourdissement des maxillaires, j’appelle à la rescousse le même duo Wang et Collet pour une définition du haïku (« histoire de cadrer les choses », dit Petite voix).
Le haïku est « un impromptu (…) improvisé dans l’instant, minimaliste dans la forme et maximaliste dans le fond, dans l’impression. »
En somme, le haïku est un instantané, un condensé de mots.et de sens.
« Le haïku est une illumination silencieuse de la réalité du monde, un impromptu improvisé dans l’instant… »
Étincelle !
RÉJANE écrit :
Frimas de l’hiver
petits doigts de pied transis
engelures en vue
Elle a écrit un haïku à la mode du Japon, en respectant deux des trois conditions cardinales : 1) trois lignes de 5/7/5 syllabes, 2) elle a glissé un kigo, c’est un mot qui indique la saison.
C’est plus des contraintes, c’est des billes de plomb, lâche Petite voix.
Dans la forêt voisine, un tir de chasseur retentit, incongru.
3e TABLEAU : L’ATELIER DU DEHORS 写生
Sur le chemin, une litière de chevreuil… À quelques pas, des sangliers ont laissé leurs traces de frottage sur le bas des troncs. Nous ne sommes pas seuls.
TERRY écrit :
Chasseurs dans l’hiver
les cartouches et les fusils
larmes de marcassin
SOPHIE écrit :
Mirador en bois
Tombé dans la neige dure
Vestige de la mort
Clotilde a ouvert ses gants à demi-moufles pour caresser l’écorce d’un charme.
J’écris :
Temps glacial
mitaine, croquemitaine
où te caches-tu ?
4è TABLEAU : DANS LA BOULE À NEIGE
Dans cette forêt givrée serions-nous dans une immense boule à neige ? Ces boules qu’on rapporte en souvenir des escapades qu’on a longtemps rêvées. Nous sommes dedans, dans cette boule à neige, boule à givre qu’un géant malin aurait agité juste avant notre venue.
J’écris :
Le monde serait-il
une boule à neige ?
quand vient le givre
Moufles ou pas, l’émerveillement est au détour du chemin.
GENEVIÈVE écrit :
Forêt de glace, givre
les plumets échevelés
réchauffent le cœur
Le lendemain de la randonnée, ÉLISABETH écrira :
Douce cheminée
nuit réparatrice
réveil douloureux
En cette forêt glacée, le monde est une cocotte-minute à l’érotisme désarmant.
J’écris :
Le givre s’est jeté
sur le monde comme un bas résille
sur une sainte, oh !
Risquons un pas de côté :
Jeté sur le monde
en bas grésille le givre
ô sainte nature !
Au détour d’un entrelacs de chemins, au pied d’un arbre, comme des longs cheveux blancs partant du sol, une toile d’araignée. Figée par le givre, elle tend ses amarres minuscules entre lierre et lichens, suspentes aménagées au bas d’un tronc… une miniature pour poème-bonsaï.
5è TABLEAU : LA PRÉSENCE DES INVISIBLES
En ce dimanche de givre, les araignées auraient-elles été surprises par l’hiver ? Ou peut-être sont-elles enfouies, au chaud. On l’espère pour elles.
SOPHIE écrit :
Faussement désert
maté par mille paires d’yeux
haïkus d’amateurs
Ce qu’elles nous offrent, ces amarres lilliputiennes, ça vaut toutes les matinées dominicales sous l’édredon. Ces amarres se figent en l’image d’un temps arrêté pour toi, promeneur.
« Encore faut-il baisser le regard, ne pas se contenter de rêvasser », ré-ca-pi-tu-le Pe-ti-te voix.
J’écris :
Surprise par le givre
oh ! la toile d’araignée
les fées sont cachées
Ces filins très fins tendus au pied de l’arbre disent que tout être a sa beauté qui s’accomplit.
Nous sommes pris dans les rets de l’araignée. C’est peut-être elle qui gouverne la forêt, qui en tire les ficelles.
J’écris :
Balade en forêt
une araignée bien givrée
t’attend mon ami
Bientôt… une balade-haïku de printemps.