À tâtons
elle s’extrait de son cauchemar
et y retourne
À tâtons
elle s’extrait de son cauchemar
et y retourne
Dans la chambre insalubre
des livres d’enfant
au chevet
Dans mon rêve
un vol d’hirondelles
éclairées par la lune
فِي حُلُمِي
طَيَرَانُ سُنُونُو
مَضَاءُة بِالقَمَرِ

© Reem Yassouf ريم يسوف


Au Louvre la Syrie semble paisible
quand cohabitent
dieu guerrier et homme-oiseau-scorpion
في اللوفر تبدو سوريا سلمية
عندما يتعايش
الإله المحارب والرجل الطائر العقرب
Je viens d’apprendre
un mot nouveau, d’apprendre
el-sakina, la sérénité
قَدْ عَلِمْتُ
كَلِمَةٌ جَدِيدَة، عَلِمْتُ
اْلٓسَكِينَةُ

五島高資
Ichinoseki
le soleil brûle
jusqu’au ciel
إتشينوسيكي
الشمس تحترق
حتى السماء
Leurs chevaux
donnent des ailes
grotte de Lascaux

Exil
en pièces détachées
trafic d’organes
Un haïku de Bashô, trois traductions :
LA SCÈNE :
Dans une crique, des pêcheurs ont disposé des pots où ils prennent les poulpes ; enclos entre les parois de leur prison, ils font « un court rêve » avant d’être dépecés pour servir de nourritures
VERSION 1 :
Comme la pieuvre prise au pot,
Nous rêvons encore un instant
En regardant la lune d’été.
(traduction de Kuni Matsuo et Emile Steinilber-Oberlin, 1936)
VERSION 2 :
Dans le piège
le poulpe poursuit un songe vain
lune d’été
(traduction René Sieffert, Le carnet de la hotte, 1976, cité par Marguerite Yourcenar
http://derives.free.fr/bashoyource.html)
VERSION 3 :
Dans le pot les poulpes
en un rêve éphémère
lune d’été
(traduction Vincent Brochard, 2009)
NEUVIÈME JOUR. BEAU TEMPS.
Cette nuit, la lune était pleine. Maître Tasse-de-Thé m’avait donné pour consigne de l’observer.
Je me suis assis dans l’arrière-cour de la Maison Poubelle. Le maître n’est sorti me voir qu’une seule fois pour à peine deux minutes ; puis il est rentré. Qu’est-ce qu’il peut ronfler !
J’y ai passé toute la nuit, mais enfin un haïku m’est venu :
Pas un fardeau
la lune sur les branches
ployées
***
DIXIÈME JOUR. CHAUD, HUMIDE.
Maître Tasse-de-Thé m’a fait part du poème qu’il avait écrit cette nuit là :
Pleine lune
Qui sort
Qui rentre…
Je lui ai confié le mien. Toujours pas de « Oui » sur les lèvres du Maître.
pp. 62-63, Fou de haïkus, David Gérard Lanoue, La Part commune, Rennes, 2008