Tout le monde est né de nombreuses fois (Mia Couto)

« Je suis né pour la première fois dans une petite ville du Mozambique il y a 54 ans. Tout le monde est né de nombreuses fois. Nous sommes vieux que lorsque nous cessons de renaître. Tout au long de mes nombreuses vies j’ai appris à être heureux à naître de nouveau. »

(Traduction libre de :

« Nasci pela primeira vez numa pequena cidade de Moçambique ha 54 anos atras. Toda a gente nasce muitas vezes. Ficamos velhos apenas quando deixamos de renascer. Ao longo das minhas muitas vidas fui aprendendo o prazer em voltar a nascer. »)

Parlez de votre thèse en 3 minutes, succès garanti !

L’éloquence c’est tout un art. Le concours « Ma thèse en 180 secondes » en apporte une preuve éclatante. La finale nationale qui a réuni 27 jeunes chercheurs, dont une représentante de la Guyane, mercredi 3 juin 2015 à Nancy était à la fois une fête de l’esprit et un spectacle où trois petites minutes suffisaient pour démontrer l’intérêt de ses recherches. Les lauréats devront se préparer pour la finale internationale francophone en octobre à Paris.

laureats_mt180_1Les lauréats du concours Ma thèse en 180 secondes. De gauche à droite : Alexandre Artaud, 1er prix du jury et prix du public, Rachida Brahim, 2e prix du jury, Grégory Pacini, 3e prix du jury, et Camille Rouillon, Prix des internautes / Pour la Science.

Premier prix du jury et prix  du public : Alexandre Artaud, Université Grenoble Alpes. Titre de sa thèse « Spectroscopie tunnel à très basse température de graphène sur rhénium supraconducteur ».

Deuxième prix du jury : Rachida Brahim, (Aix-Marseille université). Sa thèse : « Crimes racistes et racialisation. Processus de différenciation et d’universalisation des groupes ethniquement minorisés dans la France contemporaine, 1971-2003 ».

Troisième prix du jury : Grégory Pacini (Sorbonne Paris Cité). Sa thèse est intitulée : « Rôle d’EHD4 dans la régulation du facteur de restriction du VIH-1 : BST2 ».

TF1 a battu le record en 2’25 :

Taxi 145

Mon taxi parisien est une parisienne. Elle ne connaît pas ma rue mais en connaît quand même 600 sur les 5000 de la capitale.
Dans le quartier, elle me cite toutes les grandes artères.
– À Londres, vous devez avoir en tête la liste de toutes les rues pour passer l’examen de taxi. Pas à Paris. A l’examen vous êtes recalé si vous n’allez pas directement à destination.
– Si on balade le client, en somme ?
– C’est ça. Mais vous vous avez de la chance…
– Ah bon… Pourquoi ?
– Tous les feux sont au vert !

Dans un ciel au faste enivrant

A Saint-Malo la lune répand sa toison de lumière argentée.
Loin de tout chromo prémédité, nous émerveille la vision d’un paysage en bleu nuit incarné par les brise-lames qui offrent leur nudité impériale au ressac attendu, à ses reliefs puissants et réguliers. Tout n’est qu’ombres et éclats de clarté dans un jour qui ne finit pas, un jour-nuit suspendu à nos regards ébahis par ce dessin moiré quand se distinguent autour de l’astre nocturne Vénus et Jupiter.

De rares étoiles complètent cette voûte aux couleurs chaudes et profondes, d’un noir de nuit qui nous enveloppe comme un manteau protecteur.
Dans la fraîcheur bienfaitrice d’un moment de mai, dans ce ciel au faste enivrant – avec Véga qui scintille en son pointillisme vivace, et vers le Sud, très haut dans le ciel cet astre rouge nommé Arcturus –  traverse alors un goéland encore en vol malgré l’heure tardive, comme un parafe signé de son geste altier à la beauté gratuite.

Mais quelle étoile s’est éteinte au-dessus de Palmyre ?

Mais où sont les frontières ?

« La frontière est mobile et à géométrie variable ;  en fait elle est partout mais sous des formes très différentes. L’expérience personnelle de la frontière se généralise donc tout en s’individualisant, qu’il s’agisse de recherche d’asile, de quête d’une vie meilleure, de tourisme, d’affaires, d’emploi transfrontalier… le franchissement de frontières concerne à un titre ou à un autre quasiment tout le monde et dans le monde entier. »
Mais où sont les frontières ?, Rubrique « Rebonds », Libération, 13 mai 2015, Anne-Laure Amilhat Szary et Frédéric Giraut, professeurs de géographie politique.

« Et ils sont allés, par milliers… »

« Et ils sont allés, par milliers, nuées anxieuses de voir leur image. Jamais, au-dessus de la mer ne s’étaient formés de tels nuages de plumes, compacts et légers. C’est alors que la tempête a éclaté, châtiment des divines divinités. Les éclairs, tels des lames lumineuses déchiraient les oiseaux. Des milliers d’ailes sont tombées dans les flots, ont été emportées par le courant comme si elles poursuivaient leur vol en ondes liquides. Ainsi, de l’aile est née la vague, de la plume l’écume.»

Mia Couto, Tombe, tombe, au fond de l’eau, Récit traduit (magnifiquement) du portugais (Mozambique) par Élisabeth Monteiro Rodrigues, Chandeigne, 2010
p. 39

« Dans le chagrin, feins le courage. Dans le bonheur, tremble. »

 

« Ni une personne totalement brisée

Ni une personne totalement intacte ne peut parler.

Dans le chagrin, feins le courage. Dans le bonheur, tremble. »

Janes Hirshfield, « Éloge de la froideur », Given Sugar, Given Salt

 

en épigraphe du roman de Ru Freeman, Les enfants de Sal Mal Lane, traduit de l’anglais (Sri Lanka) par Christine Raguet (éditions Zoé).

L’accent et l’anecdote

Au Québec, faire l’expérience de l’accent, dans un hôtel, au petit déjeuner, lorsqu’une personne s’adresse à vous et… vous ne la comprenez pas. Elle vous parle français, avec un aplomb banal, comme à un compatriote. Mais son parler vous est incompréhensible tant son accent vous empêche d’accéder au sens. Il faudrait qu’elle vous répète son propos. Mais vous êtes dans un tel état de sidération que vous ne pouvez lui demander de répéter.
Cette expérience d’un parler en français absolument incompréhensible dans le flux continu d’une parole est un trouble à la fois immense et anecdotique, de cette anecdote dont Walter Benjamin écrivait :
« L’anecdote est comme une révolte dans la rue. Elle nous rend les choses spatialement proches, elle les fait entrer dans notre vie », comme cité par Jean-Claude Bailly dans L’élargissement du poème (Christian Bourgois éditeur, col. ‘Détroits’, avril 2015).