La peine de mort s’étend bien au-delà des quatre murs d’une cellule (Caroline Planque)

Aux Buttes-Chaumont, parc de la capitale connue pour ses agréables dénivelés, son lac central et ses périphéries montueuses… Quand les joggeurs du dimanche s’apprêtent, s’échauffent et courrent des tours et des tours, le piéton honnête ne presse pas le pas malgré le vent frais et le frimas piquant. Sur les grilles de l’entrée principale, face à la mairie, les photos de Caroline Planque arrêtent le regard plus sûrement que le sifflet d’une autorité administrative.

En grand format, un visage ou un buste ou une oblique témoigne de l’effet de l’exécution capitale sur les proches des détenus du couloir de la mort : « Une fois condamnés à la peine capitale, hommes et femmes deviennent un simple numéro de matricule qui efface progressivement leur nom, leur passé et bien souvent leur humanité. Et pourtant, derrière chaque numéro se cache un individu avec une histoire, une famille, des proches. La peine de mort s’étend bien au-delà des quatre murs d’une cellule, à commencer par le parloir. »

L’onde de choc provoquée par l’éxécution fatale est visible sur une sœur, un activiste, un aumonier… ou des enfants. A ce propos, on est sidéré par la tranquille détermination du groupe Kids against death penalty, association créée par trois adolescents neveux d’un condamné).

« Il serait naïf de croire que la peine de mort affecte uniquement le condamné : ce sont des familles entières qui s’effondrent, et des individus, autour et à l’intérieur du monde carcéral, qui sont marqués à jamais . »

Nombreuses interviews dans le supplément de Ouest-France consacré à cet engagement.

Voir le site Ensemble contre la peine de mort.

Gauguin : « J’ai raison de m’éloigner du centre artistique »

« Je suis un grand artiste et je le sais. C’est parce que je le suis que j’ai tellement enduré de souffrances. Pour poursuivre ma voie, sinon je me considérerais comme un brigand. Ce que je suis du reste pour beaucoup de personnes […] Tu me dis que j’ai tort de rester éloigné du centre artistique. Non, j’ai raison, je sais depuis longtemps ce que je fais et pourquoi je le fais. Mon centre artistique est dans mon cerveau et pas ailleurs», écrit, de Tahiti en 1892, Paul Gauguin à Mette Gad, l’épouse danoise qu’il a quittée définitivement en mars 1891 et qui reste l’étrange confidente de ses doutes d’artiste comme de ses mensonges toujours des plus conjugaux. », écrit Valérie Duponchelle dans Le Figaro du jour, à propos de l’expositon Gauguin, le Fabricant de mythe, à la Tate Modern de Londres, jusqu’au 16 janvier 2011.

En déséquilibre, créer en pays dominé…

La ville de Baie-Mahault (Guadeloupe) réalise du 12 au 20 juin 2010, en collaboration avec l’atelier Cialos, sa seconde édition d’art contemporain Art Bemao. Elle entreprend ses premiers échanges avec la Caraïbe et l’Afrique, en invitant dix-huit artistes de Martinique, de Trinidad, d’Haïti (Hervé Télémaque), de Côte d’Ivoire (Ernest Dükü) et de Guadeloupe.

« Par cette exposition, j’entends donner les moyens aux créateurs de la Caraïbe et d’Afrique, de décrire les relations qu’ils entretiennent avec le monde », explique Jean‐Marc Hunt, commissaire d’exposition, dans le dossier de presse.

« En Guadeloupe se tient en ce moment la deuxième édition de «Art Bemao», manifestation internationale d’art contemporain, dans laquelle l’implication des autorités et institutions culturelles françaises, dans ce département français des Caraïbes, est d’un niveau tel qu’il a été impossible de lui accorder la moindre ligne de remerciement dans le catalogue.
Pourtant, un an après la grande grève qui a animé les Caraïbes françaises, l’on sent résonner les échos des tensions irrésolues, les rancœurs d’espoirs déçus. A cet égard, « Déséquilibre », le titre retenu pour cette édition de Art Bemao, traduit un sentiment largement exprimé dans les œuvres, ainsi que la précarité des conditions de culture et de vie dans l’île.
Plus encore, bien que la Martinique et la Guadeloupe aient été déclarées «département français» en 1946, leurs rapports complexes avec la métropole, et leurs divisions internes fortes, nourrissent la conviction des peuples caraïbiens que leurs deux terres sont l’une et l’autre restées des «colonies françaises». Autrement dit sous domination… »

La suite de l’article d’André Rouillé, consacré à la deuxième édition de « Art Bemao », manifestation internationale d’art contemporain qui se tient en ce moment en Guadeloupe, est publié sur ParisArt.

Ring visuel

Un commissaire d’exposition au Centre Pompidou-Metz évoque des « rings visuels » pour que les œuvres résonnent entre elles, s’interrogent silencieusement. Effet miroir ? Mise en abyme ? Jeu de correspondance ? Match d’improvisation artistique ? L’exposition inaugurale « Chefs d’œuvre ? », qui porte judicieusement un point d’interrogation a inscrit dans l’une de ses galeries ce titre : « chefs d’œuvre à l’infini ».

Céline Zins écrit dans Par l’alphabet du noir (Christian Bourgois, 1979), déclamation silencieuse qui occupe seule la page 118 : « Voir commence où s’arrête le regard. »

Où arrêter le regard ?

Un empereur Bizango au Quai Branly, cote 70.2009.48.1.1-2

Les Bizangos, c’est fascinant. Exposés l’été 2009 à Genève (Papalagui, Parfum de vodou), ils avaient impressionné leurs visiteurs. Une présentation magistrale en fin de parcours, une confrérie secrète au faciès terrifiant.

Le musée du Quai Branly n’a pas accueilli l’exposition. C’est dommage. Mais une acquisition récente pourrait intrigué les visiteurs. Un empereur Bizango dans les collections permanentes. Ses miroirs cousus sont prêts à refléter la foule des amateurs de l’un des musées les plus visités de Paris.

Ce Bizango a été vendu par l’espace Loas , « centre d’art haïtien » à Nice, qui nous informe d’une « bonne nouvelle » : « Le musée du Quai Branly vient de nous acheter une œuvre exceptionnelle que nous avions trouvé (sic) au Temple Ditsou à proximité du Bois Caïman. Il s’agit de l’Empereur Bakala Bizango Bazin 1er de l’armée Bizango, tailleur, ensorceleur et cousin germain du célèbre esclave Mackandal. »

Le site du musée du Quai Branly donne des détails :

« Considéré comme un empereur de l’armée secrète des Bizango, ce personnage dénommé « Bakala Bizango Bazin », « tailleur et ensorceleur », proviendrait du temple Ditsou, détenu par la société Bizango Zimba du Borgne, dans la plaine du Nord haïtien.

De ces statues et de la société bizango, très peu de choses sont connues : l’abondante littérature anthropologique traitant du vodou haïtien ignore quasiment les organisations secrètes. A l’image d’autres institutions du même type, Makanda ou Chanpwèl, les Bizangos fonctionnent comme une institution militaire garante de l’intégrité territoriale d’une région et possèdent des grades : Capitaine, Général, Roi et Reine, Empereur. Leur origine pourrait remonter aux temps de l’esclavage où ils auraient été des combattants de la liberté, attaquant les colons la nuit, protégeant les grandes familles du vodou et rendant la justice.

Liés à ces rites nocturnes, des statues toutes anthropomorphes, entre 1,30 à 1,50m de taille, offrent une apparence violente, agressive, belliqueuse. Enveloppés de tissus cousus, de deux seules couleurs, celles de la société bizango, le rouge et le noir, ces personnages sont fabriqués à l’aide de supports intérieurs inconnus. La plupart sont claudicants, amochés, malades, déformés. L’utilisation de miroirs, parfois de dents humaines voire de crânes renforce cette impression dérangeante. Ils possèdent souvent un ou plusieurs attributs spécifiques, comme un bouclier, une lance, une épée, des cornes, des chaînes… Celui acquis par le musée porte ainsi une canne et une paire de ciseaux et – légende ou réalité ? – représenterait le cousin du célèbre Mackandal, un des premiers héros mythique des rebellions contre l’esclavagisme au XVIIIe siècle.

Fin XXe siècle
Tissu rembourré, os, bois, miroirs et métal. H. 130 cm, l. 55 cm.
70.2009.48.1.1-2

Sur les bizangos, voir le film Une mémoire vodou d’Irène Lichtenstein, consacré à la collection de Marianne Lehmann. Projection à Lausanne, Pôle Sud, le 4 mars à 20h, à Paris à la fin du mois.

 
   
   
   
   

 

Outrenoir

A l’occasion de la rétrospective Soulages au Centre Pompidou, citons sa référence à « l’outrenoir » :

« Le noir est antérieur à la lumière. Avant la lumière, le monde et les choses étaient dans la plus totale obscurité. Avec la lumière sont nées les couleurs. Le noir leur est antérieur. Antérieur aussi pour chacun de nous, avant de naître, « avant d’avoir vu le jour ».  Ces notions d’origine sont profondément enfouies en nous. Est-ce pour ces raisons que le noir nous atteint si puissamment ? […] J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs et lorsqu’il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre.

Un jour je peignais, […] les différences de textures réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, une lumière picturale dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre […]. Mon instrument n’etait plus le noir mais cette lumière secrète venue du noir. […] Pour ne pas les [les peintures] limiter à un phénomène optique j’ai inventé le mot Outrenoir, au-delà du noir, une lumière transmutée par le noir et, comme Outre-Rhin et Outre-Manche désignent un autre pays, Outrenoir désigne aussi un autre pays, un autre champ mental que celui du simple noir. »

Pierre Soulages, Le Noir. Dictionnaire des mots et expressions de couleur XXe-XXIe siècle Annie Mollard-Desfour, CNRS Éditions.

 

Sur le lynchage, lire Joël Michel

Vu l’exposition Without Sanctuary, des cartes postales de lynchages aux Etats-Unis au début du siècle précédent. Exposition à vous glacer le sang, absolument essentielle, dans le cadre des rencontres photographiques d’Arles (jusqu’au 13 septembre). Les sourires du public sudiste, l’endimanchement des spectateurs, leur vengeance raciste mais horriblement pudique (on recouvrait le sexe des pendus), la vente de cartes postales, la photographie comme véhicule de la barbarie, la justice dite populaire (la loi de Lynch), la vengeance d’une collectivité, la horde humaine fière de ses valeurs, une honte américaine dans un siècle qui a fait du chemin depuis.

Sur ce sujet à recommander, un essai remarquable, signé Joël Simon, Les lynchages aux Etats-Unis, publié en 2008 aux éditions de La Table Ronde.

Bordeaux, « Aller simple » pour les conteneurs de la mémoire

Non, Montaigne n’était pas togolais mais bordelais… Bordeaux où, à quelques jours du 10 mai, date commémorative de la mémoire de la Traite et de l’esclavage, est  présentée l’installation Aller simple.

Soit un long volume entièrement peint en noir, orienté vers les Antilles et faits de contenants divers et variés (caisses, barriques, boîtes, etc.) empilés les uns sur les autres et formant ligne. Tous ont eu à voir, à un moment ou à un autre, avec l’histoire de Bordeaux et de ses environs. Ce sont les « conteneurs de la mémoire ».

Aller simple fait écho au commerce triangulaire du Bordeaux des XVIIIe et XIXe siècles, et allie deux référents visuels.

Le premier, ci-dessus : les navires porte-conteneurs actuels, toujours plus gros, toujours plus longs, susceptibles  de porter toujours plus de « boîtes ».

Le second montre la façon dont était embarquée la « marchandise » sur les 480 bateaux partis de Bordeaux de 1672 à 1827.
Aller simple est le fruit d’une expérience artistique et pédagogique coordonnée par Hélène Saule-Sorbé et menée au printemps 2008 dans le cadre du Master recherche Arts et du département Arts plastiques.

Invité par l’Université Michel-de-Montaigne Bordeaux 3, l’artiste François Méchain a développé avec les étudiants une démarche de projet et de création « hors les murs ». Elle a consisté, depuis le site privilégié du Jardin botanique de Bordeaux Bastide, à interroger l’histoire du lieu pour faire œuvre. La présence du buste commémoratif de Toussaint Louverture près du jardin, face au quai des Chartrons rive gauche, a été le point de départ d’une vaste construction éphémère puis d’un tableau photographique en noir et blanc.

Vernissage puis débat, lundi 4 mai, 20h :  » L’homme est toujours une marchandise «  MC2A , Migrations culturelles Aquitaine Afriques, 44 faubourg des Arts, Bordeaux. Deux exemples : les Roms de Bulgarie et les personnes en situation de prostitution. Animé par Claire Mestre. Avec Frédéric Le Marcis, anthropologue à l’Université Victor Segalen Bordeaux2 et Anne-Marie Pichon de l’association IPPO.

Source : communiqué de presse.