Malfini… quand des francophones explorent un « écart »

Mon ignorance coupable laissait à l’écart de ce blog le site Malfini d’un groupe d’enseignants et d’étudiants de l’École normale supéreure Lettres et sciences humaines de Lyon. Défini comme une « publication exploratoire des espaces francophones », il fait la part belle à l’intense activité littéraire de la Martinique : « Malfini sonne et se lit tel un mot français, explique dans sa présentation Cécile Van den Avenne, maître de conférence en sciences du langage sa morphologie, son étymologie, sa forme sont françaises et cependant il résiste à l’immédiate compréhension. Il peut devenir emblématique de notre rapport non-simplifié à ce qui est tout à la fois notre objet d’étude et notre point de départ, les espaces francophones. Ce terme même d’espace francophone n’est pas sans difficulté, pour désigner ces espaces où la langue française se parle, où elle circule, il peut sembler masquer les interactions plus ou moins complexes avec une autre, d’autres langues. En tant que francophones nous-mêmes, les pluralités linguistiques des espaces francophones nous confrontent à l’étrangeté dans la familiarité, à l’écart, à la mise en doute de l’universelle compréhension. »

Bonne lecture…

En Avignon, le sorcier Sylaire

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=25972Découvrez Festival d’Avignon Off: Interview de Ruddy Sylaire, comédien haÏtien sur Culturebox !

Ruddy Sylaire, comédien et directeur de la compagnie Wabuza (Martinique), interprète Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire à la Chapelle du Verbe incarné (7-31 juillet 2010).

Ruddy Sylaire est né en 1965 à Port-au-Prince (Haïti) d’un père médecin, d’une mère criminologue, « une famille de vaudouïsants ».

En 1977, il a 12 ans, vit à Kinshasa (République populaire du Congo à l’époque) et lit Cahier d’un retour au pays natal, le poème fondateur de la négritude, écrit et publié dans sa première version en 1939 à Paris.

En 1986, année du départ de Jean-Claude Duvalier pour l’exil, il est en 3e année de médecine dans un pays où « les cadavres coûtent moins cher, ce qui fait de meilleurs chirurgiens », dit-il dans un souffle d’amère ironie.

En 1989, Ruddy Sylaire vit la campagne présidentielle d’Aristide « dans la voix, la parole et les gens derrière lui ». Mais déjà Haïti contient les germes de troubles : « Haïti est le prototype de ce que sera la guerre de l’eau », prophétise le médecin.

En 1992, il quitte Haïti après le scandale de la caserne Dessalines, alors que des enfants meurent à l’hôpital faute d’électricité, comme il le raconte dans l’interview qu’il nous a accordée au festival d’Avignon.

En 1993, il s’installe en Martinique, « le pays de Césaire ».

En 2002, il crée sa compagnie, Wabuza théâtre, « wabuza » signifiant « sorcier » en langue lingala du Congo, qu’il parle depuis son enfance.

Après ce festival d’Avignon, il créera un « Cahier » en version anglaise pour les îles anglophones de la Caraïbe, puis travaillera sur le texte d’un auteur uruguayen « pour se rapprocher de l’Amérique latine. »

Lire la biographie théâtrale de Ruddy Sylaire sur Africultures.

Avignon, festival de lectures avec Alain Foix et Jean-René Lemoine

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=25960Découvrez Festival d’Avignon Off 2010: Un festival de lectures sur Culturebox !

A lire les remarques d’Alain Foix sur son site à propos des conditions de la lecture : « les conditions réelles d’accueil proposées par Avignon off furent réellement déplorables : une petite salle sans confort, surchauffée bien qu’accolée à une énorme centrale d’air conditionnée qui faisait un bruit de tous les diables. Un lieu mal signalé, une réception mal informée, ce qui a eu pour effet d’égarer des spectateurs qui ont fait l’effort de venir. »

En déséquilibre, créer en pays dominé…

La ville de Baie-Mahault (Guadeloupe) réalise du 12 au 20 juin 2010, en collaboration avec l’atelier Cialos, sa seconde édition d’art contemporain Art Bemao. Elle entreprend ses premiers échanges avec la Caraïbe et l’Afrique, en invitant dix-huit artistes de Martinique, de Trinidad, d’Haïti (Hervé Télémaque), de Côte d’Ivoire (Ernest Dükü) et de Guadeloupe.

« Par cette exposition, j’entends donner les moyens aux créateurs de la Caraïbe et d’Afrique, de décrire les relations qu’ils entretiennent avec le monde », explique Jean‐Marc Hunt, commissaire d’exposition, dans le dossier de presse.

« En Guadeloupe se tient en ce moment la deuxième édition de «Art Bemao», manifestation internationale d’art contemporain, dans laquelle l’implication des autorités et institutions culturelles françaises, dans ce département français des Caraïbes, est d’un niveau tel qu’il a été impossible de lui accorder la moindre ligne de remerciement dans le catalogue.
Pourtant, un an après la grande grève qui a animé les Caraïbes françaises, l’on sent résonner les échos des tensions irrésolues, les rancœurs d’espoirs déçus. A cet égard, « Déséquilibre », le titre retenu pour cette édition de Art Bemao, traduit un sentiment largement exprimé dans les œuvres, ainsi que la précarité des conditions de culture et de vie dans l’île.
Plus encore, bien que la Martinique et la Guadeloupe aient été déclarées «département français» en 1946, leurs rapports complexes avec la métropole, et leurs divisions internes fortes, nourrissent la conviction des peuples caraïbiens que leurs deux terres sont l’une et l’autre restées des «colonies françaises». Autrement dit sous domination… »

La suite de l’article d’André Rouillé, consacré à la deuxième édition de « Art Bemao », manifestation internationale d’art contemporain qui se tient en ce moment en Guadeloupe, est publié sur ParisArt.

En Guadeloupe, Caribulles ; à La Réunion, Plantu

Caribulles, festival de BD en Guadeloupe, est organisé ce samedi au fort Fleur d’Épée au Gosier. « Nous souhaitons impulser une dynamique à la BD et au manga en Guadeloupe. Il y a eu un premier festival dans les années 1990. Les professionnels, mais aussi les amateurs de BD attendaient ce festival », explique Audrey Le Quintrec, directrice du festival à France-Antilles.

Extrait de l’interview de l’organisatrice sur le blog de André-Jean Vidal :

« Dans la Caraïbe, il y a toujours eu une dynamique sur la bande dessinée notamment en Martinique. Patrick Chamoiseau a d’ailleurs commencé par le scénario de BD avec l’album : Delgrés, les Antilles sous Bonaparte en 1981. (…)

 

En Guadeloupe, le lectorat de la bande dessinée restait assez peu nombreux. Dès 1990, un Karibulles (avec un «  K ») « salon guadeloupéen de la BD », à l’initiative de Danik Zandwonis, se met en place et se poursuit durant quatre ans. A l’époque, des auteurs et caricaturistes  renommés viennent au salon comme Plantu, Warnauts, Wiaz, Bilal, etc… Le festival est presque trop petit pour accueillir tous les visiteurs… Malheureusement, le festival s’éteint en 1997… Pendant toutes ces années rien n’est réellement mis en place pour remplacer ce salon.
La relance  de  Caribulles ?
En 2009, Danik Zandwonis et  la génération des Karibulles 90 décide de remettre au goût du jour ce salon de la BD pour « tous les amoureux de la bande dessinée et aussi pour sensibiliser les jeunes guadeloupéens au 9e art ».
Le nom et le concept sont alors revisités en Caribulles : Festival Caribéen de la BD et du Manga. Pourquoi ? Tout d’abord pour donner une autre ampleur en créant un Festival. Caribéen, afin de connaître et promouvoir tous les auteurs  des îles voisines de la Guadeloupe. Et puis une touche contemporaine a été ajouté : les mangas, car aujourd’hui c’est un style incontournable. »

Et pendant ce temps, Plantu est à La Réunion…

 

Lire la synthèse de Christophe Cassiau-Haurie, « La BD caribéenne francophone en mal d’auteurs et d’éditeurs », Africultures, 10/09/2008.

Jenny Alpha, 100 ans : bon anniversaire !

La famille de Jenny Alpha et le musée Dapper fêtent avec Jenny Alpha ses 100 ans, aujourd’hui à 19h.

Sur ses auteurs préférés, ses livres de chevet et sa bibliothèque, elle qui a connu Césaire galopin, lire l’entretien avec Tirthankar Chanda sur le site de RFI, en 1993, à la veille de jouer La Cerisaie, mise en scène de Jean-René Lemoine.

Voir l’hommage d’Alain Foix sur son site :

« Vous dire tout ce qu’elle est pour nous Jenny ! Nous sommes tous les enfants qu’elle n’aura jamais eus. Il suffit pour cela de regarder son ciel. Pas une étoile filante, Jenny de la constellation Alpha. Elle est une étoile fixe qui nous regarde, nous illumine et nous indique le Nord. Un Nord sans froid ni fard, un Nord ouvert au Sud et à tous les cheminements de tous les singuliers. Cette étoile a cent ans. Cent ans, qu’est-ce donc pour une étoile ? Vous dire qu’elle est si jeune Jenny ! Bien plus que ça. C’est la jeunesse qu’elle est.

Joyeux anniversaire, Jenny. »

Deux ans après, Césaire dans les écoles de Martinique

Ecoles, collèges, lycées de la Martinique commémoreront le décès d’Aimé Césaire le lundi 19 avril.
« Paroles dues à Aimé Césaire » se déroulera dans toutes les écoles et les établissements du second degré. La première heure de cours du lundi 19 avril sera ainsi consacrée à un exercice d’écriture libre, indique l’Académie.

Les élèves seront invités à rédiger un texte qui prendra la forme de leur choix, en s’appuyant sur des extraits d’œuvres d’Aimé Césaire. Les écrits seront affichés dans les écoles et établissements.

A l’occasion de ce deuxième anniversaire, un recueil reprenant une sélection des textes d’élèves de 2009 a été édité par l’académie.

Deux ans après sa mort :  » Aimé Césaire  » par Romuald Fonkoua (Perrin)

On a lu, on a aimé :

Deux ans après la mort de Césaire, le 17 avril 2008, voici une biographie présentée malencontreusement par l’éditeur comme la première, ce qui est quelque peu exagéré, voire faux. Le livre de ce professeur de lettres à l’université Marc Bloch de Strasbourg a choisi de s’attarder sur les moments forts de la vie politique ou de l’œuvre de l’auteur du Cahier du retour au pays natal en dévoilant les coulisses.

Le lecteur pourra consulter la fiche biographique de Césaire peu avant son entrée à l’Assemblée nationale (il sera député plusieurs décennies durant) ou les lectures différentes qu’ont fait les communistes et les surréalistes de son Discours sur le colonialisme.

Une biographie qui vaut par cette volonté de reconstituer les grandes batailles intellectuelles auxquelles a participé Césaire, le rôle de Présence africaine (Romuald Fonkoua est rédacteur en chef actuel de la Revue). Une personnalité « seule et splendide » comme titre le chapitre de conclusion, mais au cœur de la bagarre des idées.