Deux ans après sa mort :  » Aimé Césaire  » par Romuald Fonkoua (Perrin)

On a lu, on a aimé :

Deux ans après la mort de Césaire, le 17 avril 2008, voici une biographie présentée malencontreusement par l’éditeur comme la première, ce qui est quelque peu exagéré, voire faux. Le livre de ce professeur de lettres à l’université Marc Bloch de Strasbourg a choisi de s’attarder sur les moments forts de la vie politique ou de l’œuvre de l’auteur du Cahier du retour au pays natal en dévoilant les coulisses.

Le lecteur pourra consulter la fiche biographique de Césaire peu avant son entrée à l’Assemblée nationale (il sera député plusieurs décennies durant) ou les lectures différentes qu’ont fait les communistes et les surréalistes de son Discours sur le colonialisme.

Une biographie qui vaut par cette volonté de reconstituer les grandes batailles intellectuelles auxquelles a participé Césaire, le rôle de Présence africaine (Romuald Fonkoua est rédacteur en chef actuel de la Revue). Une personnalité « seule et splendide » comme titre le chapitre de conclusion, mais au cœur de la bagarre des idées.

Mot du jour : abacost

L’abacost, abréviation de « à bas le costume », est une doctrine vestimentaire qui fut en vigueur au Zaïre entre 1972 et 1990. Afin d’affranchir la population de la culture coloniale, elle interdisait le port du costume et de la cravate, au profit d’un veston d’homme, lui-même appelé « abacost ».

Dans les faits, l’abacost devint le symbole vestimentaire de la nomenklatura au pouvoir; son obligation disparut avec le retour du multipartisme. Dans la foulée, la cravate aussi était considérée comme une marque de mundele ndombe, qui signifie le « blanc noir. » (source : Wikipédia).

Par souci « d’authenticité », la République démocratique du Congo s’est appelée Zaïre de 1971 à 1997, date du renversement de Joseph-Désiré Mobutu par Laurent-Désiré Kabila.

Dans le dress code congolais, il existe le mode le plus connu, la SAPE, pour Société des ambianceurs et des personnes élégantes, avec ses marques de haute couture où le fric le dispute au chic, qui devance largement le « Out of Africa » et ses dégardés de terre ocre façon terre africain, ou encore le « heidi » en boubou pour se fondre dans le paysage…


L’ENS veut « rompre avec la perception postcoloniale de la francophonie »

Pendant la semaine de la francophonie, du 15 au 21 mars, l’École normale supérieure (Paris) s’ouvre à la francophonie, à la francophonie-monde devrait-on écrire, tant la manifestation intitulée sobrement « Semaine de la francophonie », entend se placer dans un « un décentrement salutaire ».
La semaine de cette école d’enseignement supérieure parmi les plus prestigieuses de France prend la posture de « combattre le discrédit majeur dont souffre la francophonie en France », écrivent les membres du bureau de l’association Francophonie-ENS, dont le président est Tristan Leperlier.
« Par son ampleur,  il s’agira sans conteste de la plus grande manifestation de ce type à l’ENS depuis longtemps, et  la plus importante de l’année dans un établissement universitaire parisien. », soulignent ses membres.
Parmi les invités, relevons les noms de Dany Laferrière (le 15 à 19h15), Ana Moï (le 16 à 18h), Kossi Efoui (le 17 à 18h), Michel Le Bris (le 18 à 14h30), Mike Ibrahim (en concert le 18), Hubert Freddy Ndong Beng (le 19 à 19h30), Souleymane Bachir Diagne (le 20 à 17h), Salim Bachi (le 20 à 19h30), Pierre Bergounioux (le 21 à 18h).
À rebours des critiques d’élitisme qui lui sont adressées (lire l’essai de Pierre Veltz, Faut-il sauver les grandes écoles ? De la culture de la sélection à la culture de l’innovation, Paris, Seuil, 2007), l’ENS affiche son ambitieuse intention de… critique de la francophonie.
« Nous voulons rompre avec la perception postcoloniale de la francophonie : un francophone est pour nous quelqu’un « capable de s’exprimer en français », et non simplement un ancien colonisé à qui le Français moyen concède avec plus ou moins de condescendance l’usage d’un bien qui appartiendrait au seul « centre » hexagonal. Le français est une langue mondiale. Avant que d’être français, Proust est un écrivain francophone, et nous espérons que notre public, acceptant ce décentrement salutaire, ne considèrera plus dégradant de se dire tel, à égalité avec 200 milions de personnes dans le monde.

Mais ce sont également les préjugés entourant la francophonie qu’il convient d’attaquer. Les cinq tables rondes interdisciplinaires que nous organisons (linguistique,  littérature,  histoire,  sociologie, géopolitique, philosophie, sciences politiques…) tentent de montrer  la  complexité irréductible de la francophonie. Les détracteurs voisineront avec les promoteurs de la francophonie, afin que chacun prenne conscience qu’elle ne sera que ce que notre génération en fera.

Venez réveiller le francophone en vous. »

Clou de la semaine : le 20 à 20h30 est prévu un match d’improvisation entre l’équipe universitaire royale de Belgique contre les Nimprotequois (Ulm, Sciences-po, Médecine) Réservation obligatoire sur http://www.nimprotequoi.com. Entrée 4 euros.

Sur la Semaine de la francophonie à l’ENS, consulter le Dossier de presse.

Haïti et l’Afrique à Saint-Malo (mai 2010)

Le prochain Festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo, du 22 au 24 mai 2010, a décidé d’ouvrir largement son édition aux écrivains haïtiens et au cinquantenaire des indépendances africaines sous le titre : « 
Zones de fracture : Russie, Haïti, Afrique, France, 
Que peut la littérature, dans le chaos du monde ? »

Haïti à Saint-Malo :

« Le monde au miroir d’Haïti, Haïti au miroir du monde », était la profession de foi du festival Étonnants voyageurs qui devait se tenir à Port-au-Prince à partir du 14 janvier dernier. L’avant-veille est survenu le tremblement de terre.
« Parce qu’il n’est pas possible de rester sur ces images de destruction, peut-on lire sur le site du Festival. Parce que nous sommes si tristes de ne pas savoir ce qu’aurait pu donner cette deuxième édition du festival à Port-au-Prince qui suscitait un engouement extraordinaire, nous avons décidé avec Lyonel Trouillot et Dany Laferrière de transporter ce que nous devions faire à Port-au-Prince à Saint-Malo du 22 au 24 mai prochains. Et que tous les auteurs haïtiens réunis y affirment haut et fort la vitalité de la création artistique de leur île. »
Parmi les auteurs invités : Bonel Auguste, Georges Castera, Louis-Philippe Dalembert, Edwidge Danticat, René Depestre (invitation en cours), Frankétienne, Laennec Hurbon, Dany Laferrière, Yanick Lahens, Jean-René Lemoine, Kettly Mars, Jean-Euphèle Milce, James Noël, Emmelie Prophète, Rodney Saint-Éloi, Evelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Gary Victor.
Mais aussi quelques auteurs qui devaient participer au festival à Port-au-Prince en janvier dernier : Philippe Bernard, Nicolas Dickner (Québec), Michel Vézina (Québec), Micha Berlinski, Ananda Devi.

« Je est un autre » :

Le cinquantenaire des indépendances africaines « devrait être l’occasion de mesurer à quel point cet apport culturel, artistique, intellectuel nourrit depuis un siècle déjà l’imaginaire national, avec les auteurs invités : Florent Couao-Zotti, Alain Mabanckou, Boubacar Boris Diop, Abdourahman Waberi, Pascal Blanchard, Koffi Kwahulé, Moussa Konaté, Wilfried N’Sondé, Achille M’Bembé, Leonora Miano, Serigne M’Baye, Dominique Thomas.

Le devisement inversé du monde africain

Philippe Bordas aime les utopies africaines. Il les rend bien. Il leur donne du sens. Il nous fait témoins de son emportement de grand mythographe pour des êtres d’exception, des anonymes grandioses, commes les chasseurs du Mali ou les boxeurs, lutteurs de l’Afrique à poings nus, et pour un encyclopédiste Frédéric Bruly Bouabré, trois figures de l’Afrique héroïque, exposées à la Maison européenne de la photographie (MEP), à Paris.

Il nous dit pendant l’exposition : « L’Afrique m’a tellement apporté de choses positives, je ne veux pas m’inscrire dans l’Afrique du désastre ».

S’il existe de grandes gestes épiques, il existe encore de nos jours des gestes frappadingues, portées par une certaine incandescence, un génie de l’Autre, considéré dans ce qu’il nous apporte, à nous, simples béotiens de l’aventure.

Écrit à l’entrée de l’exposition :

« La recrudescence des guerres civiles, l’emprise de la famine et le ravage du Sida ont transformé l’Afrique en réservoir d’images infernales où l’Occident, au modèle de Dante, catégorise et désigne le mal pour le conjurer. »

Et concernant l’objet de ce livre, L’invention de l’écriture (Fayard), dont on déconseillera de passer à côté, l’expo présente le complément, c’est-à-dire les photos d’un maître en écriture, détenteur d’une sapiens pour son peuple, en un beau renversement, que les légendes des photos magnifient.

« Les encyclopédistes du siècle des Lumières partaient du donné occidental et diffusaient l’universel français vers le monde entier. Bruly Bouabré opère le parcours inverse. Il récapitule les traditions africaines comme les savoirs relevés dans les livres des Blancs et les réunit dans la forêt natale de son pays bété. Un geste poétique et politique. »

Raconté par Philippe Bordas dans sa langue incandescente, c’est ainsi :

« Un enfant pauvre de la forêt primaire de Daloa, au coeur de la Côte d’Ivoire, fuit le travail forcé imposé par les colons.
Il s’inscrit en fraude dans l’école des Blancs, en autodidacte brillant, et tombe sous le charme des écrivains et poètes d’Occident.
Sur ce continent noir privé d’alphabet et soumis à l’oralité, Frédéric Bruly Bouabré est touché par une révélation divine. Mission lui est confiée d’inventer une écriture authentique d’Afrique et sauver sa culture de l’oubli.
Bruly Bouabré invente une écriture noire, en s’inspirant du dessin des pierres volcaniques sacrées de sa région natale.
Il invente des pictogrammes et développe un système syllabique cohérent salué dès sa création par le savant Théodore Monod.
Bruly Bouabré construit une oeuvre encyclopédique prodigieuse, mêlant contes, légendes et dessins, qu’il consigne sur des cahiers d’écolier ou sur le dos de petits cartons dérisoires, au format d’un jeu de tarot, qui ne sont rien de plus que les supports d’emballage des fausses mèches (de marque Darling) récupérées dans les poubelles des coiffeuses d’Abidjan.
Bruly Bouabré est aujourd’hui le plus grand artiste africain vivant. Ses oeuvres sont exposées dans le monde entier.
L’oeuvre de Bruly Bouabré est un art poétique, le manifeste des déshérités dont la seule politique est le génie verbal et la frappe des noms. »

Lucien Lemoine par Amadou Lamine Sall

« Vous n’avez pas donné une mauvaise réputation à la culture, notre famille commune. Vous ne serez pas de ceux qui ont mis des moustaches à la Joconde. J’ai appris avec vous qu’un livre est un monde, que chaque page est une ville, chaque ligne une rue, chaque mot une maison. Vous avez été pour moi, comme Senghor, un musée vivant où je n’ai pas encore cessé de rencontrer de si belles œuvres et si nourricières. Dans votre vie si remplie, vous n’avez pas donné UNE place à la beauté, mais TOUTE la place. »

Hommage à Lucien Lemoine, né à Jacmel (Haïti), mort à Dakar (Sénégal) le 13 janvier 2010 par Amadou Lamine Sall, Africultures , 5/2010

Moussa Sanou, un métro d’avance

Drôle, sympa, plein d’humour, Moussa Sanou, vu au Théâtre des Amandiers, dans son propre texte, Je t’appelle de Paris, qu’il met en scène sur sa propre vie de comédien arrivant en France par un vol Air France et s’étonnant de tout, des habitudes ou des valeurs des Français, comme de leur métro (la capitale serait-elle construite par-dessus ?), un métro qu’il verrait bien dans sa ville burkinabée de Bobo Dioulasso.
Un second personnage interprété par Mamadou Koussé, d’abord endormi, puis dans l’échange de politesse infini, donne piquant et humour supplémentaire aux lettres persanes dites avec une profonde tendresse par Moussa Sanou, déjà vu dans Médée, dans le même théâtre, en début de saison.

Je t’appelle de Paris, Théâtre Nanterre Amandiers jusqu’au 14 février 2010.

« les limites de ma langue » (André Brink)

Déjà évoquée ici la traduction française par Bernard Turle, ou plutôt son projet, des mémoires d’André Brink. Elles paraîtront le 6 janvier 2010 chez Actes Sud sous le titre de « Mes bifurcations » (A Fork in the road). Sachant que page 51, on lira les lignes suivantes, on n’est pas loin d’en avoir l’appétit très aiguisé :

Extrait :

Quoi qu’il en soit, la bibliothèque du bourg continua d’être le centre de mes enquêtes et excursions les plus fondamentales, le point de départ de tous les voyages imaginaires que j’entreprenais autour et au cœur du globe. A un niveau très pragmatique, longtemps avant que j’aie jamais entendu prononcer le nom de Ludwig Wittgenstein, je découvris, en première main, ce que sa perspicacité lui fait découvrir dans Tractatus : « les limites de ma langue sont les limites du monde ». Les livres pouvaient tous expliquer ou éclairer, sauf, sans doute, l’érotisme.

Yanvalou et lecture

A l’occasion de la sortie de Yanvalou pour Charlie (Editions Actes Sud), rencontre avec Lyonel Trouillot, librairie Le Comptoir des mots , 239 rue des Pyrénées, Paris XXe, jeudi 24 septembre, 20h.

Lecture de Thérèse en mille morceaux, dont l’adapation est mise en scène au Théâtre de l’Est parisien, du 13 au 24 octobre. Lecture d’extraits de Yanvalou pour Charlie.

 
   
 

A signaler aussi dans la même librairie, une rencontre le 27 avec William Wilson.