Longue vie à Dakar Bondy Blog !

Dakar Bondy Blog … Une vingtaine d’étudiants en journalisme du CESTI (Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information) de Dakar viennent d’ouvrir le blog, aidés par quatre professeurs et par Serge Michel et Nordine Nabili, responsables du Bondy Blog .

 » Notre première mission est de couvrir tous les événements liés à la remise du prix Albert Londres à Dakar le 10 mai 2008. Une première en Afrique. Mais comme notre blog démarre avant la remise du prix, et que nous allons le continuer bien après le retour des membres du jury à Paris, nous allons aussi raconter Dakar et le Sénégal à notre façon, avec la liberté de ton et la subjectivité que permettent les blogs. « 

Blues pour mister Charlie

Dany Laferrière évoque dans un très bel hommage son compatriote Jean-Claude Charles disparu le 7 mai, avec ce Blues pour mister Charlie :

Je n’ai pas dormi hier soir après avoir appris par l’éditeur Rodney Saint-Éloi la mort de Jean-Claude Charles. J’allais dire du poète Jean-Claude Charles. On peut dire aussi de l’essayiste, du romancier, du grand reporter à pipe. Jean-Claude Charles occupait, à sa manière jazzée, un vaste terrain dans le paysage culturel. Mais c’est aussi un ami qui meurt. Et c’est de lui que je me sentais le plus proche, par le style bien entendu. Cela, je l’ai souvent dit. Quand au début des années 80, je me cherchais un frère intellectuel de combat, quelqu’un de moderne et de ma génération, il n’y avait pas grand monde. Ceux des années 40-50 avaient Magloire Saint-Aude. Ceux des années 60-70, Davertige pour la poésie et Frankétienne pour le roman. Et nous, dans les années 70-80, c’était Jean-Claude Charles. Il était long, mince, avec des jambes élancées, une tête d’oiseau en quête de vent, toujours en mouvement…

La suite sur Ile en île.

Négritudes d’aujourd’hui

Editorial de Mondomix, site de musiques du monde :

«Pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées»  Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1939).

160 ans. C’est ce qu’il aura fallu attendre depuis l’abolition de l’esclavage en France pour qu’un écrivain Noir – Aimé Césaire – reçoive des obsèques nationales, à l’instar de Victor Hugo, Paul Valery ou Colette. 40 ans, c’est ce qu’il aura fallu attendre après l’assassinat de Martin Luther King pour qu’un Noir américain, Barack Obama, brigue la présidence des Etats-Unis.

De longues attentes qui n’auront pas été passives. Il a fallu lutter sans cesse, toujours clamer haut et fort les valeurs qui nous fondent en tant qu’êtres humains. Les valeurs de respect, de droit, de devoir, d’universalité et de partage, pour que vivre tous ensemble ait du sens, pour que chacun ait sa place.

Pour autant, sommes-nous soulagés de ce combat ? Dans le monde d’aujourd’hui, que reste-t-il à conquérir pour obtenir enfin l’égalité entre les hommes ? Tout est si politiquement correct désormais.

Et pourtant, nous sommes toujours inégaux devant la faim et le froid. Les atrocités ethniques subsistent, quand elles ne se multiplient pas, mais ce «politiquement correct» a gagné tous les esprits. Ainsi, lorsque la Chine écrase dans le sang la rébellion tibétaine, faisant s’élever quelques voix de-ci de-là, elle s’offusque de ces protestations, se dit outragée, déroule une propagande mondiale nauséabonde qui fédère tout le peuple chinois, diaspora incluse. Au point de faire plier la France, qui s’excuse d’avoir laissé quelques militants égarés «salir» le parcours de la flamme olympique…

Aimé Césaire disait tellement vrai dans son Discours sur le Colonialisme : «Et alors, je le demande : qu’a-t-elle fait d’autre, l’Europe bourgeoise ? Elle a sapé les civilisations, détruit les patries, ruiné les nationalités, extirpé «la racine de diversité». Plus de digue. Plus de boulevard. L’heure est arrivée du Barbare. Du Barbare moderne. L’heure américaine. Violence, démesure, gaspillage, mercantilisme, bluff, grégarisme, la bêtise, la vulgarité, le désordre.»

Ce texte vaut pour tous les colonialismes : ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, ici, là, partout dans le monde. Colonialismes qu’il faut combattre, sans relâche.

Marc Benaïche

Amour, le retour

© Pascal Colrat

La scène du Tarmac à la Villette (Nord-Est de Paris) reprend, du 1er au 19 avril, Amour, créée à l’Agora d’Evry, en banlieue parisienne, les 27 et 28 septembre 2007. Ce texte de la romancière haïtienne Marie Vieux-Chauvet est adapté par le dramaturge bénino-guadeloupéen José Pliya, mis en scène par le Lillois Vincent Goethals, assisté du Martiniquais José Exilis.

Amour est la première partie de la trilogie Amour, colère et folie, un véritable joyau de la littérature haïtienne. Cette critique de la bourgeoisie dont l’héroïne (dans Amour) est issue de l’aristocratie a été écrite sous le régime du dictateur François Duvalier.

La suite : Papalagui du 24/09/07.

Une critique (Odile Quirot , Le Nouvel Observateur, 27 mars-2 avril), qui a vu Amour sur la scène de L’Artchipel à Basse-Terre (Guadeloupe) :  » Ce beau projet évite le tête-à-tête exclusif qui entache trop souvent les rapports artistiques entre la métropole et les Antilles. José Pliya croit -qui lui en donnerait tort?- que la meilleure réponse au repli identitaire est celle de l’aventure commune des poètes, des artistes. Et aussi d’une audience reconquise à force d’ouverture à l’autre, ainsi lors de ces soirs où de jeunes tageurs expriment en direct sur de large toiles la vision que leur a inspiré le spectacle en cours. »

Le quartier-monde de Koffi Kwahulé

Cette idée d’appeler la Goutte d’Or, un quartier-monde, sonne juste.

A l’origine, une rencontre entre un auteur et un théâtre. Un auteur dont la plume musicale confronte l’Homme à son animalité. Un théâtre animé par le souffle d’un quartier-monde. L’écriture respire alors au rythme de la Goutte d’Or : Koffi Kwahulé vit en résidence au Lavoir Moderne Parisien et écrit sur le thème de la Joie avec les acteurs de ce quartier.
Anima Kwahulé est le titre de ces deux mois de programmation (à partir du 5 avril) où se mêlent spectacles, concerts, lectures, colloque, expositions dans des chantiers d’écriture-jazz.
Si la programmation Anima Kwahulé est centrée sur l’écriture de Koffi, elle invite également à découvrir un essaim d’artistes engageants – écrivains, acteurs, musiciens – dont les impros et les textes entrent en résonance. D’où une carte blanche à Denis Lavant et Monique Blin sous le parrainage de Gabriel Garran. (Extrait du site du Lavoir moderne parisien,  » quartier-monde  » de Paris).

On y reviendra forcément.

Glissant : Les Entretiens de Baton Rouge

Entre 1990 et 1991, Edouard Glissant enseigne à l’Université de Baton Rouge, aux Etats-Unis. Il se prête alors à une série d’entretiens avec son collègue médiéviste Alexandre Leupin , professeur distingué au département d’études françaises à Louisiana State University.   » Il y expose sa pensée du tremblement, opposée aux pensées de système et évoque son histoire personnelle, son départ pour la France, ses études à la Sorbonne, sa participation aux luttes anti-coloniales et ses fréquentations des intellectuels « , résume son éditeur, Gallimard, qui publie au mois d’avril Les Entretiens de Baton Rouge.

Chamoiseau premier séminaire de l’Institut du Tout-Monde

Patrick Chamoiseau animera la première séance du séminiaire de l’Institut du Tout-Monde (présidé par Edouard Glissant) en collaboration avec l’Université de Paris 8, vendredi 28 mars à 18h30, Maison de l’Amérique Latine.  » Mondialisation, mondialité, Pierre-monde  » est le titre de la conférence de l’auteur de Biblique… Détails des autres séances sur le site de l’Institut.

De plus, Patrick Chamoiseau sera présent au Forum des revues interculturelles, à Lyon, le 29 mars, à 14h pour une intervention :  » L’interculturel, discours et pratiques « , et le 4 avril, 19h, pour le  » Tremblement du monde « . Contact : La maison des passages .

Chamoiseau : les fraternités issues des imaginaires

Remue.net publie un entretien avec Patrick Chamoiseau, après la publication de Un dimanche au cachot (Gallimard), dont nous avons pratiqué ici un exercice d’admiration [Papalagui, 9/10/07]. Chantal Anglade est allée le rencontrer à Fort-de-France, accompagnée de Jean-Luc Vilus. Une rencontre-fleuve en deux parties : Sapiens découvre le monde et L’épique du psychisme.

Extrait de  » Sapiens découvre le monde  » :

 » Comment nous pourrons vivre ce monde, tout seul, en tant qu’individu ? Comment notre individuation nous permettra de construire de nouvelles solidarités ? Quel sera le ciment des sociétés multi transculturelles ? c’est cela notre problématique … Moi qui suis un écrivain à peau noire, je suis plus proche de n’importe quel écrivain blanc qui relève d’une créolisation historique, n’importe quel écrivain blanc de la Caraïbe que d’un écrivain africain, même si j’ai des solidarités énormes et évidentes avec l’Afrique. Et ce n’est pas parce que j’écris en Français que je suis un écrivain français ; je suis plus proche de n’importe quel anglophone ou hispanophone de la Caraïbe que d’un écrivain français ; Garcia Marques et Carpentier sont vraiment des frères. Aujourd’hui, tous les anciens marqueurs identitaires sont invalidés, nous entrons dans une complexité telle que les fraternités, que les terres natales, que les langues pourront se choisir et que pour trouver mon frère en littérature, il faut voir quelle est sa vision, sa compréhension du monde. Ce sont ces structures d’imaginaire qui vont créer les fraternités. Les anciennes anthologies littéraires ne marchent plus : on ne peut plus classer ni sur la peau (mettre tous ceux qui ont la peau noir ensemble dans un rayon négro-africain), ni sur la langue (mettre ensemble tout ce qui est écrit en Français, dans un rayon littérature française-littérature francophone) ; les nouvelles anthologies seront faites sur des structures imaginaires. «