Métro du matin
passe un mendiant bossu
quel est son nom ?
Auteur / Papalagui
glaneurs
Marché d’hiver
parmi les glaneurs
un vieil homme endimanché
سوق الشتاء
بين اللاقِطين
رجل عجوز و راقي
un ver au clair de lune
La nuit en secret
un ver au clair de lune
taraude le châtaignier
Bashô (Japon, 1644-1694). Trad. Vincent Brochard
كُلٍّ عَامٍ وَ أَنْتُمْ بِخَيْرٍ

Autrement dit : Bonne année et meilleurs vœux
Notre langue est sacrée لُغَتُنا مُقَدَّسَةٌ
« Notre langue est sacrée. Protégeons-la, veillons-la comme un feu qui ne doit jamais s’éteindre, car c’est lui qui doit éclairer la nuit du monde. »
Anise Koltz, Somnambule du jour, collection de poche Poésie, de Gallimard (2015)
en arabe :
لُغَتُنا مُقَدَّسَةٌ. لِنَحْمِيها ، لِنَسَهرها كالنار التي لا يجب ان تَنْطَفِئُ أبداً ، لأنها ستُضِيءُ لبل العالم.
À lire la belle critique de cette anthologie de poche sur le site En attendant Nadeau par Gérard Noiret, « Anise Koltz en dix touches », un bel éloge qui dit toute l’admiration du critique pour la poète luxembourgeoise, Prix Goncourt de la poésie 2018.
Alphabet attrapeur de rêves
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Jean Onimus : la valeur explosive de la poésie
Jean Onimus : la valeur explosive de la poésie
« Il y a des poètes dont l’inspiration se coule volontiers dans de vastes flux de paroles : de nos jours un Pierre Emmanuel, un Aragon, un Saint-John Perse… C’est la tradition de Chateaubriand ou de Hugo : le poétique y jaillit dans l’épaisseur d’une rhétorique heureuse. Or il est évident que le poétique est de moins en moins à l’aise dans la rhétorique. C’est un trait caractéristique de notre temps : la poésie a besoin d’un langage absolument neuf et la rhétorique n’est jamais qu’une forme usée du langage. En poésie, il s’agit d’arracher les mots à leur environnement verbal ordinaire afin de leur rendre (ou de leur donner pour la première fois) une valeur pénétrante, voire explosive : mettre le langage en poudre, « pulvériser » le poème et des grains de cette poudre tirer autant de semences : « essaime la poussière », dit René Char (Poèmes et Prose choisis, Gallimard, 1957). La phrase oraculaire se vrille dans l’esprit parce qu’elle est isolée et peut donc être contemplée pour elle-même. Elle impose une lecture lente ; son obscurité force l’attention et suscite le déchiffrement. Elle arrête sur des mots (et c’est peut-être la définition élémentaire de la poésie). Elle se détache telle une constellation sur l’abîme du silence. »
Jean Onimus, Expérience de la poésie, Desclée de Brouwer, 1973, p. 78
Une découverte dans Papalagui, il y a dix ans : Jean Onimus, un état de poésie…
« Le monde se créolise »و Édouard Glissant
« Le monde se créolise », Édouard Glissant, né il y a 90 ans, le 21 septembre 1928.
Pour décrire les fleurs d’amandier / لوصف زهر اللوز
لوصف زهر اللوز تَلْزمني زياراتٌ إلى
اللاوعي تُرْشِدُني إلى أسماءٍ عاطفةٍ
مُعلَّقَةٍ على أشجار. ما اسمهْ ؟
ما اسم هذا الشيء في شعريَّة اللشيء ؟
يلزمني اختراقُ الجاذبيّةِ و الكلام،
لكي أُحِسَّ بخفَّة الكلمات حين تصيرُ
طيفاً هامساً، فأكونُها و تكونُني
شفّافَةً بيضاء
Pour décrire les fleurs d’amandier,
j’ai besoin de visites
à l’inconscient qui me guident aux noms
d’un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s’appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j’ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu’ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Mahmoud Darwich, « Pour décrire les fleurs d’amandier » in Anthologie (1992-2005), édition bilingue, traduction Élias Sanbar, Actes Sud, 2009
L’enfant saute sur une mine
L’enfant saute sur une mine
il se réveille dans son cauchemar
— aveugle
