10 mai : à Nantes, ce sera Haïti « pour mettre tout le monde d’accord »

Un thème « consensuel et unitaire » pour mettre tout le monde d’accord. La mairie de Nantes a annoncé que le thème de la prochaine journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai prochain, serait « Haïti ». Et qu’elle organiserait dorénavant elle-même l’événement.

Une façon de mettre un terme à la querelle qui divisait la quinzaine d’associations du « Collectif du 10 mai », organisatrices jusque-là de l’événement. La plupart militaient pour le thème « Résistance noire à l’esclavage », tandis que trois autres préféraient « Métisse, mon identité ».

Source : 20 minutes.fr

Haïti : La politique de l’après (Lyonel Trouillot)

Depuis Port-au-Prince, Lyonel Trouillot envoie au Point sa « Chronique de l’après ». Extrait de la chronique n°12, publiée le 2 mars 2010, titrée : Il manque quelque chose ou quelqu’un pour donner le ton » :
Extrait :

Des plans de reconstruction circulent ou sont annoncés. Des conférences se mettent en place. Sur la situation de l’enseignement supérieur. Sur la reprise scolaire. Sur la situation alimentaire. Mais le doute s’installe, et l’on se dit que, comme souvent, le concret s’arrêtera peut-être aux per diem et à la production de quelques rapports.
Dans beaucoup de quartiers, l’électricité est revenue. Le foot et les infos reprennent leurs droits. La télé, mais surtout les radios. Il n’y a que les sourds muets qui n’écoutent pas. On en a dénombré quatre cents qui ont besoin d’abris. L’idée est de les réunir, de constituer un camp spécialement pour eux. Il faut trouver un espace.

À Pétion Ville, les commerces ont repris. La vie nocturne aussi. Les filles, en shorts, sont debout aux coins de rue comme avant. Des voitures s’arrêtent comme avant. Mais, n’en déplaise aux quelques riches sur la défensive, le propos général est qu’on ne peut pas refaire les choses comme avant. C’est l’urgence cachée dans l’urgence : reconstruire non seulement les immeubles, mais aussi le social. Pas comme avant. Surtout pas comme avant. La politique de l’après, ce sera ça : la lutte entre ceux qui veulent refaire ce qui était, et ceux qui veulent autre chose. En mieux. Pour le bien de tous.

Logique en soi (solution)

Expliquée par Georges Perec, dans Jeux intéressants, p. 111, voici la solution du jeu présenté hier :

« On appelle les mots de cette série des mots « autologiques », c’est-à-dire des mots qui correspondent à leur définition : le mot « français » est français, le mot « mot » est un mot, le mot « court » est court, etc. L’intrus est donc le mot « adverbe » qui n’est pas un adverbe. Le mot « intrus » pose un problème insoluble que l’on peut rapprocher du paradoxe du logicien anglais Bertrand Russell : si le mot « intrus » n’est pas autologique, il est donc intrus dans la série, mais alors, si le mot « intrus » est intrus, il est donc autologique ; et s’il est autologique, il n’est pas intrus dans la série… Bref, de quoi se casser longtemps la nénette ! »

Un empereur Bizango au Quai Branly, cote 70.2009.48.1.1-2

Les Bizangos, c’est fascinant. Exposés l’été 2009 à Genève (Papalagui, Parfum de vodou), ils avaient impressionné leurs visiteurs. Une présentation magistrale en fin de parcours, une confrérie secrète au faciès terrifiant.

Le musée du Quai Branly n’a pas accueilli l’exposition. C’est dommage. Mais une acquisition récente pourrait intrigué les visiteurs. Un empereur Bizango dans les collections permanentes. Ses miroirs cousus sont prêts à refléter la foule des amateurs de l’un des musées les plus visités de Paris.

Ce Bizango a été vendu par l’espace Loas , « centre d’art haïtien » à Nice, qui nous informe d’une « bonne nouvelle » : « Le musée du Quai Branly vient de nous acheter une œuvre exceptionnelle que nous avions trouvé (sic) au Temple Ditsou à proximité du Bois Caïman. Il s’agit de l’Empereur Bakala Bizango Bazin 1er de l’armée Bizango, tailleur, ensorceleur et cousin germain du célèbre esclave Mackandal. »

Le site du musée du Quai Branly donne des détails :

« Considéré comme un empereur de l’armée secrète des Bizango, ce personnage dénommé « Bakala Bizango Bazin », « tailleur et ensorceleur », proviendrait du temple Ditsou, détenu par la société Bizango Zimba du Borgne, dans la plaine du Nord haïtien.

De ces statues et de la société bizango, très peu de choses sont connues : l’abondante littérature anthropologique traitant du vodou haïtien ignore quasiment les organisations secrètes. A l’image d’autres institutions du même type, Makanda ou Chanpwèl, les Bizangos fonctionnent comme une institution militaire garante de l’intégrité territoriale d’une région et possèdent des grades : Capitaine, Général, Roi et Reine, Empereur. Leur origine pourrait remonter aux temps de l’esclavage où ils auraient été des combattants de la liberté, attaquant les colons la nuit, protégeant les grandes familles du vodou et rendant la justice.

Liés à ces rites nocturnes, des statues toutes anthropomorphes, entre 1,30 à 1,50m de taille, offrent une apparence violente, agressive, belliqueuse. Enveloppés de tissus cousus, de deux seules couleurs, celles de la société bizango, le rouge et le noir, ces personnages sont fabriqués à l’aide de supports intérieurs inconnus. La plupart sont claudicants, amochés, malades, déformés. L’utilisation de miroirs, parfois de dents humaines voire de crânes renforce cette impression dérangeante. Ils possèdent souvent un ou plusieurs attributs spécifiques, comme un bouclier, une lance, une épée, des cornes, des chaînes… Celui acquis par le musée porte ainsi une canne et une paire de ciseaux et – légende ou réalité ? – représenterait le cousin du célèbre Mackandal, un des premiers héros mythique des rebellions contre l’esclavagisme au XVIIIe siècle.

Fin XXe siècle
Tissu rembourré, os, bois, miroirs et métal. H. 130 cm, l. 55 cm.
70.2009.48.1.1-2

Sur les bizangos, voir le film Une mémoire vodou d’Irène Lichtenstein, consacré à la collection de Marianne Lehmann. Projection à Lausanne, Pôle Sud, le 4 mars à 20h, à Paris à la fin du mois.

 
   
   
   
   

 

Logique en soi

Hervé Le Tellier nous gratifie quotidiennement (check-list, newsletter du monde.fr) d’un Papier de verre, titre de ses billets, particulièrement gratouillants. Aujourd’hui :

 

Hervé Le Tellier

La pensée profonde du mardi :

non seulement le mot

« verbe » n’est pas un verbe,

mais aucun linguiste ne s’étonne

que le mot « adjectif » soit un substantif.

Son papier de verre du jour me rappelle Georges Perec, dont Le Tellier est l’un des admirateurs à L’Oulipo . L’écrivain des Choses du langage contraint et créatif a tenu pendant un an la rubrique Jeux intéressants du mensuel Ça m’intéresse, que les éditions Zulma ont eu la bonne idée de réunir en 2008.

En août 1981, voici son jeu :

Quel est l’intrus ?

Dans la liste suivante, un mot ne devrait pas logiquement y figurer. Lequel et pourquoi ?

écrit, lisible, polysyllabique, court, singulier, masculin, adverbe, orthographiable, intrus, français, substantif, mot, traduisible, prononçable.

La solution est en rapport avec le Papier de verre d’Hervé Le Tellier.

Haïti et l’Afrique à Saint-Malo (mai 2010)

Le prochain Festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo, du 22 au 24 mai 2010, a décidé d’ouvrir largement son édition aux écrivains haïtiens et au cinquantenaire des indépendances africaines sous le titre : « 
Zones de fracture : Russie, Haïti, Afrique, France, 
Que peut la littérature, dans le chaos du monde ? »

Haïti à Saint-Malo :

« Le monde au miroir d’Haïti, Haïti au miroir du monde », était la profession de foi du festival Étonnants voyageurs qui devait se tenir à Port-au-Prince à partir du 14 janvier dernier. L’avant-veille est survenu le tremblement de terre.
« Parce qu’il n’est pas possible de rester sur ces images de destruction, peut-on lire sur le site du Festival. Parce que nous sommes si tristes de ne pas savoir ce qu’aurait pu donner cette deuxième édition du festival à Port-au-Prince qui suscitait un engouement extraordinaire, nous avons décidé avec Lyonel Trouillot et Dany Laferrière de transporter ce que nous devions faire à Port-au-Prince à Saint-Malo du 22 au 24 mai prochains. Et que tous les auteurs haïtiens réunis y affirment haut et fort la vitalité de la création artistique de leur île. »
Parmi les auteurs invités : Bonel Auguste, Georges Castera, Louis-Philippe Dalembert, Edwidge Danticat, René Depestre (invitation en cours), Frankétienne, Laennec Hurbon, Dany Laferrière, Yanick Lahens, Jean-René Lemoine, Kettly Mars, Jean-Euphèle Milce, James Noël, Emmelie Prophète, Rodney Saint-Éloi, Evelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Gary Victor.
Mais aussi quelques auteurs qui devaient participer au festival à Port-au-Prince en janvier dernier : Philippe Bernard, Nicolas Dickner (Québec), Michel Vézina (Québec), Micha Berlinski, Ananda Devi.

« Je est un autre » :

Le cinquantenaire des indépendances africaines « devrait être l’occasion de mesurer à quel point cet apport culturel, artistique, intellectuel nourrit depuis un siècle déjà l’imaginaire national, avec les auteurs invités : Florent Couao-Zotti, Alain Mabanckou, Boubacar Boris Diop, Abdourahman Waberi, Pascal Blanchard, Koffi Kwahulé, Moussa Konaté, Wilfried N’Sondé, Achille M’Bembé, Leonora Miano, Serigne M’Baye, Dominique Thomas.

Prix du livre France Culture – Télérama (sélection 2010)

Le 5e Prix du livre France Culture – Télérama, doté de 5000 euros, sera remis lors de la soirée d’ouverture du Salon du livre de Paris, le jeudi 25 mars, à 19h sur le stand de Radio France.
La sélection 2010 est choisie parmi les œuvres littéraires écrites en langue française et publiées en janvier, février ou mars.
Lauréats précédents : François Bégaudeau (Entre les murs, éd. Verticales) en 2006, Régis Jauffret (Microfictions, éd. Gallimard) en 2007, Véronique Ovaldé (Et mon cœur transparent, éd. de l’Olivier) en 2008, Antoine Bello (Les Eclaireurs, éd. Gallimard) en 2009.
Le jury composé, pour Télérama, de Michel Abescat, Nathalie Crom, Marine Landrot, Martine Laval, Fabienne Pascaud et Philippe Thureau-Dangin, et, pour France Culture, de Laurence Bloch, Pascale Casanova, Tewfik Hakem, Francesca Isidori, Arnaud Laporte et Bruno Patino, a présélectionné les dix romans et récits présentés ci-dessous :
La Sentinelle tranquille sous la lune, de  Soazig Aaron (éd. Gallimard)
Hors la loi, de René Belletto (éd. P.O.L)
C’est encore moi qui vous écris, de Marie Billetdoux (éd. Stock)
Le Journal intime de Benjamin Lorca, d’Arnaud Cathrine (éd. Verticales)
La Scène, de Maryline Desbiolles (éd. du Seuil)
La Centrale, d’Elisabeth Filhol (éd. P.O.L)
Esprit chien, de Luc Lang (éd. Stock)
Olimpia, de Céline Minard (éd. Denoël)
La Grande Sauvagerie, de Christophe Pradeau (éd. Verdier)
Etudes de silhouettes, de Pierre Senges (éd. Verticales)

Le nom du lauréat sera révélé dans Télérama, mercredi 24 mars.
Marc Voinchet recevra le lauréat dans Les Matins de France Culture (7h-9h) le même jour.

Lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour (Lemoine, Odéon, 17 mars)

Le Théâtre de l’Odéon propose une lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, le 17 mars à 17h, salle Roger Blin, à Paris.
Dans le cadre des « Nouvelles Zébrures « , manifestation littéraire annuelle du festival des Francophonies en Limousin, cette lecture sera assurée par Dominique Pinon, Nicole Dogué, Clotilde Ramondou, Jean-René Lemoine, Aurore James, Denis Boyer, Thomas Visonneau.
Le texte a reçu le Prix SACD 2009 / Les Francophonies en Limousin.

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour, publié aux Solitaires intempestifs en octobre 2010, est ainsi résumé par l’éditeur : « La pièce comique met en scène des vivants et des êtres de l’au-delà. Les pères ont disparu, les fils se sont enfuis ou reviennent en spectres, les visions hallucinées se font en créole. »

Avec sur la quatrième de couverture ce prétexte : « Tristan n’aurait pas dû partir. Il n’aurait pas dû aller faire le reporter. Est-ce que c’est une profession, reporter ? Je n’ai pas abandonné le théâtre pour que mes enfants aillent faire les reporters. Et maintenant il disparaît comme tous les reporters et je me retrouve envahie par l’Afrique, prise en otage dans ma propre maison, harcelée par un fantôme qui n’a même pas la décence de se draper dans un linceul, comme les fantômes de bonne famille. »

 

Laferrière too much

Dany Laferrière sera récompensé à Montréal, en avril prochain, du Grand prix Métropolis bleu 2010. Ce prix qui distingue l’ensemble d’une œuvre est doté de 10 000 dollars canadiens (7 000 euros).
Dany Laferrière recevra le Prix lors de la 12e édition du Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu, qui se déroulera du 21 au 25 avril 2010.

« Je suis enchantée que Dany Laferrière ait accepté notre invitation, d’autant plus que cet auteur montréalais reconnu pour la qualité, l’audace et la pluralité des genres dans son œuvre est un ami du Festival Metropolis bleu depuis longtemps » (sic), a déclaré Linda Leith, présidente et directrice artistique de la Fondation Metropolis bleu.

Dans son programme, il est précisé que « Le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu est remis chaque année à un écrivain de calibre international (resic) :
Antonia Susan Byatt (2009), 
Daniel Pennac (2008)
, Margaret Atwood (2007)
, Michel Tremblay (2006)
, Carlos Fuentes (2005), 
Paul Auster (2004), 
Maryse Condé (2003)
, Mavis Gallant (2002), 
Norman Mailer (2001), 
Marie-Claire Blais (2000). »
Critères de sélection : « Le lauréat doit être un écrivain de stature internationale ayant contribué de manière exceptionnelle à la littérature contemporaine. Il doit être capable de s’exprimer en français et en anglais (ou dans une autre langue), avoir été publié en français ou en anglais (et éventuellement dans d’autres langues), avoir des lecteurs francophones et anglophones en nombre significatif à Montréal, avoir la volonté de rencontrer le public montréalais lors de la remise de prix au Festival. »