Haïti : La politique de l’après (Lyonel Trouillot)

Depuis Port-au-Prince, Lyonel Trouillot envoie au Point sa « Chronique de l’après ». Extrait de la chronique n°12, publiée le 2 mars 2010, titrée : Il manque quelque chose ou quelqu’un pour donner le ton » :
Extrait :

Des plans de reconstruction circulent ou sont annoncés. Des conférences se mettent en place. Sur la situation de l’enseignement supérieur. Sur la reprise scolaire. Sur la situation alimentaire. Mais le doute s’installe, et l’on se dit que, comme souvent, le concret s’arrêtera peut-être aux per diem et à la production de quelques rapports.
Dans beaucoup de quartiers, l’électricité est revenue. Le foot et les infos reprennent leurs droits. La télé, mais surtout les radios. Il n’y a que les sourds muets qui n’écoutent pas. On en a dénombré quatre cents qui ont besoin d’abris. L’idée est de les réunir, de constituer un camp spécialement pour eux. Il faut trouver un espace.

À Pétion Ville, les commerces ont repris. La vie nocturne aussi. Les filles, en shorts, sont debout aux coins de rue comme avant. Des voitures s’arrêtent comme avant. Mais, n’en déplaise aux quelques riches sur la défensive, le propos général est qu’on ne peut pas refaire les choses comme avant. C’est l’urgence cachée dans l’urgence : reconstruire non seulement les immeubles, mais aussi le social. Pas comme avant. Surtout pas comme avant. La politique de l’après, ce sera ça : la lutte entre ceux qui veulent refaire ce qui était, et ceux qui veulent autre chose. En mieux. Pour le bien de tous.

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