Nouveau : le Grand Prix du Roman Métis

Nouveau dans le paysage littéraire, le Grand Prix du Roman Métis récompensera à la fin de l’année « un roman adulte de langue française qui met en lumière les valeurs de diversité, d’échanges et d’humanisme, symboles de l’île de La Réunion.
Tous les romanciers francophones peuvent participer.

Les maisons d’édition ont jusqu’au 15 septembre 2010 pour faire parvenir un ou deux titres parus dans les douze derniers mois.

Le jury établira une présélection de dix à douze titres parmi lesquels il choisira un roman dont l’auteur recevra le Grand Prix du Roman Métis et une dotation de 5 000 € de la Ville de Saint-Denis. Il décernera une mention spéciale à un second auteur. La remise des prix aura lieu dans la première quinzaine de décembre. Un programme de résidence d’écriture sera ensuite proposé aux deux lauréats pendant l’année 2011.
Le jury 2010 se compose de six journalistes ou professionnels du livre et de la lecture de La Réunion et de six écrivains francophones : Mohammed Aissaoui, Nathacha Appanah, Isabelle Hoarau, Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf et Patrick Poivre d’Arvor. »
Contact : Grand Prix du Roman Métis 2010, La Réunion des Livres, 66 rue Saint-Joseph Ouvrier 97400 Saint-Denis.

Source : communiqué.

Qui sauvera la culture haïtienne ?

Convoitise ? Aide désintéressée ? Philanthropie ? La culture haïtienne attire à son chevet des fonds considérables. Derniers en date, ceux de Smithsonian, l’une des plus grandes institutions culturelles américaines qui gère 19 musées, 6 centres de recherche et détient plus de 136,5 millions d’objets et de spécimens du patrimoine américain.

Smithsonian entend ouvrir un centre en Haïti, qui comprendra « un laboratoire ainsi que tous les instruments pour la réparation et la stabilisation des objets culturels publics ou privés » rapporte Alterpresse. Ce centre servira également à la formation de jeunes haïtiens aux techniques de restauration.

Le projet, de plusieurs millions de dollars américains et dont la date d’achèvement est prévue pour le 11 novembre 2011, devrait attirer des centaines de spécialistes étrangers dans le pays au cours des 18 prochains mois, selon Richard Curran, vice président de Smithsonian, qui a signé le 24 mai avec Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ministre de la culture et de la communication un protocole « sur la sauvegarde des biens et objets culturels haïtiens ».

L’UNESCO avait déjà appelé au lendemain du séisme du 12 janvier « à interdire provisoirement le commerce d’objets d’art et d’artisanat haïtiens, afin d’empêcher des oeuvres issues de pillages de quitter le pays. »

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, avait 
annoncé le 12 février que le Centre de recherche et de restauration des musées de
France assurera à Port-au-Prince la restauration du tableau « Serment
 des ancêtres », peint en 1822 par Guillaume Guillon Lethière.Retrouvé par les pompiers français dans les ruines du palais 
présidentiel, le « Serment des ancêtres », est 
 »un tableau hautement symbolique pour les Haïtiens et pour la démocratie, affirmait le communiqué du ministère de la culture.
 Offert à la jeune République d’Haïti par le peintre né en Guadeloupe d’un
 père colon et d’une mère esclave, il
 représente la rencontre entre le général noir Jean-Jacques Dessalines,
 lieutenant de Toussaint Louverture, et le chef des mulâtres de Saint-
Dominique, Alexandre Pétion. Cette rencontre marqua le début du processus
 qui mena à l’indépendance d’Haïti, en 1804.
 »

Par ailleurs, le Grand Prix culturel 2010 de la Fondation Louis D., d’un montant de 750 000 euros, a été attribué à Bibliothèque sans frontières, selon un communiqué à lire sur le site de l’ONG. Il sera remis le 9 juin à l’association.

L’investissement de Smithsonian comme les engagements de la France montrent que la question culturelle en Haïti n’est pas seulement affaire de symboles ou de paroles fortes (« C’est la culture qui nous sauvera », avait lancé l’écrivain Dany Laferrière). La culture est aussi une question de leadership entre les nations riches.

Un appel de Christian Bruel, éditeur jeunesse

C’est un cri d’alarme poussé au dernier Salon du livre de Villeurbanne, celui de Christian Bruel, éditeur jeunesse créatif et indépendant. On se reportera utilement à un groupe de soutien sur Facebook. Voici le texte d’un éditeur qui n’a plus d’argent pour faire des livres :

Le risque ou dormir. 
C’était l’anagramme de mon ancienne maison d’édition
 Le Sourire qui mord.
Invité à débattre sur le thème « Résister, à quel prix ? » lors de la journée professionnelle organisée le 7 mai 2010 par la Fête du Livre de Villeurbanne, j’ai d’emblée, à la demande de Gérard Picot qui venait de l’apprendre, an…noncé publiquement l’arrêt prochain des éditions Être.

Éditer depuis plus de trente-cinq ans, sans capital, des albums jeunesse singuliers plutôt exigeants a toujours relevé de l’aventure. Et sans le soutien attentif de nombre des partenaires de la chaîne du livre, les lois du marché auraient eu raison plus tôt de cet équilibrisme. En des temps qui ne sont faciles que pour quelques nantis, qu’un léger fléchissement de la vigilance professionnelle puisse nous être fatal a pourtant suscité l’émotion. J’ai été très touché, sur place et depuis, par les nombreux encouragements à tenir et par l’engagement de ceux qui ne pouvaient se résoudre à ce que la présence de nos livres dans le paysage éditorial aux côtés des lecteurs jeunes et moins jeunes, ne soit pas assurée.

Que faire ? Je ne peux que vous inciter, les uns et les autres, à vous précipiter dans vos librairies préférées pour vous procurer les albums d’Être éditions pendant qu’il en est encore temps. Si une vague d’achats ne garantit peut-être pas la poursuite de l’activité, elle assurera un destin à des livres qui considèrent les enfants comme des lecteurs à part entière méritant des points de vue non altérés sur le monde. Qu’ils puissent encore, ces albums, susciter de libres interprétations et la résistance à l’ordre des choses, je nous le souhaite. Et nous le devons aussi aux créateurs qui ont partagé le risque de ces aventures littéraires et humaines. « Comment vivre sans inconnu devant soi » écrit René Char. Je vous remercie de votre patience. Et je n’ai pas sommeil…

Christian Bruel, 
10 mai 2010

contact@etre-editions.com

« La maison n’est pas fermée mais la publication des nouveautés est suspendue depuis janvier parce que je n’ai pas de quoi financer leur fabrication », a expliqué Christian Bruel à Livres-Hebdo, qui a cherché en vain un repreneur.

Florence Aubenas, Prix Joseph Kessel 2010

Florence Aubenas est lauréate du Prix Joseph Kessel 2010 pour son livre Le Quai de Ouistreham (éditions de L’Olivier).

Présidé par Olivier Weber et composé de Tahar Ben Jelloun, Jean-Marie Drot, Pierre Haski, Michèle Kahn, Gilles Lapouge, Michel Le Bris, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin et André Velter, le jury lui a attribué le prix au 1er tour de scrutin. 

Le Prix Joseph Kessel sera remis à Florence Aubenas, samedi 22 mai à 16h30 au Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo (Théâtre Chateaubriand).

Pour la sélection complète des livres en lice, lire Papalagui du 8 avril 2010.

Je m’en allais, un marron dans la poche…

Le marronnier comme la marionnette aime redoubler les consonnes, mais ce n’est pas là sa seule accointance avec les lettres.

Car le marronnier qui se pavane tranquillement, exhibe et déploie ses fleurs roses devant ma fenêtre, comme devant d’autres ouvertures citadines ou devant le regard oblique des passants honnêtes alentour des bancs publics , est un véritable dictionnaire, un Trésor de la langue française, que le thésaurus éponyme veut bien nous aider à traduire.

Les fleurs sont des « panicules », mot d’origine latine qui signifie « fil de tisserand », et désigne sa forme en grappe d’épillets, petits épis « dont les axes secondaires plus ou moins ramifiés décroissent de la base au sommet de l’axe central ». Nomination qui a sa version grecque avec la « thyrse », c’est-à-dire une « inflorescence pyramidale en grappe composée ».

« Qu’est-ce qu’un thyrse ? se demande Charles Baudelaire. Selon le sens moral et poétique, c’est un emblème sacerdotal dans la main des prêtres ou des prêtresses célébrant la divinité dont ils sont les interprètes et les serviteurs. Mais physiquement ce n’est qu’un bâton, un pur bâton, perche à houblon, tuteur de vigne, sec, dur et droit. Autour de ce bâton, dans des méandres capricieux, se jouent et folâtrent des tiges et des fleurs, celles-ci sinueuses et fuyardes, celles-là penchées comme des cloches ou des coupes renversées. »

La marronnier actuel est un fils d’immigré : introduit à Paris en 1615, il atteint l’âge de 250 ans. Son nom vient de « mar », qui désigne en langue ligure de Gênes, un « caillou », ce qui indique ses origines orientales.

Son écorce renferme de l’æsculine qui, au XVIIIe siècle était utilisée pour ses propriétés fébrifuges (faisant baisser la fièvre). Dans son livre des superstitions, Eloïse Mozzani signale cette croyance croquignolette : « Pour faire disparaître des hémorroïdes, ‘‘épanchez-les trois fois avec le doigt du milieu, et dites : Moka, maket, Dieu m’a fait, de par Jésus, je n’en ai plus’’. On peut aussi porter dans sa poche un marron. »

A trop marcher un marron dans la poche, on risque la saponinification… La présence de saponine dans le marron, « était utilisée autrefois pour le blanchissage et pour la fabrication de bougie et de colles à bois », précise Félicien Lesec, dans son joli livre pleins d’histoires et d’Histoire : Paris, les arbres vous guident, parmi d’autres pour d’autres cités, publié dans une collection des éditions Altissima, car avec le marronnier il vaut mieux prendre de la hauteur.

Ring visuel

Un commissaire d’exposition au Centre Pompidou-Metz évoque des « rings visuels » pour que les œuvres résonnent entre elles, s’interrogent silencieusement. Effet miroir ? Mise en abyme ? Jeu de correspondance ? Match d’improvisation artistique ? L’exposition inaugurale « Chefs d’œuvre ? », qui porte judicieusement un point d’interrogation a inscrit dans l’une de ses galeries ce titre : « chefs d’œuvre à l’infini ».

Céline Zins écrit dans Par l’alphabet du noir (Christian Bourgois, 1979), déclamation silencieuse qui occupe seule la page 118 : « Voir commence où s’arrête le regard. »

Où arrêter le regard ?

« Accrétion », mot du jour

Les astrophysiciens ont découvert une étoile massive nommée aussitôt RCW 120, par on ne sait quel mystère. Elle aurait une masse de huit à dix fois le soleil et se constitue par accrétion, c’est-à-dire par agglomération de matière juxtaposée.

Comme les étoiles, j’aime à penser que nous grandissons par la force des liens aux autres, comme une forme d’… accrétion.