Haïkus

Rue des Fossés Saint-Paul

là où habita Glissant –

havre de théâtre

 

Un piano jazze

un texte de Kwahulé –

cadeaux de mots

 

Coquer, ce cri créole

fait la nique au bon goût,

sans coquetterie

 

Vieille connaissance –

soif de toute qualité d’idiomes

langues déliées

Édouard Glissant, la force dans nos yeux qu’on tournera vers la mer (Valérie Eugène)

Pieds nus sur la terre sacrée. Hommage à Edouard Glissant

Rêvé, réel. Il nous laisse, imaginaires grand ouverts, pour déborder les rives de sa mangrove, nos
rivières, janbé dlo, et ouvre aux grands vents nos races nos traces, nos lianes de descendances
métisses. Lui qui nous a toujours invité à aller parcourir le Tout-Monde, aller partout, rencontrer
l’autre, apprendre sa langue, lui raconter la nôtre. Questionner nos identités, dépasser nos limites
insulaires.

Et bien sûr il y a des larmes, des épaules ployées, un sentiment de grande solitude-détresse
qui nous assaille en ce jour si triste et redouté – mais bien sûr encore il faut des visages au
mitan de la plage, le roulis de grosses lames de vagues lourdes, au Diamant, des tambours, la force
dans nos yeux qu’on tournera vers la mer, pour honorer la vision qu’il a eue, poétique de la Relation,
et nous pousser à ouvrir large, larges nos vies-mélanges, vers le plain-monde.

Merci M. Glissant. A la façon de Lénablou, il faut continuer à danser, pieds nus sur la terre sacrée.

Hommage de Valérie Eugène, Gens de la Caraïbe .

 

Éloges de Glissant (Durpaire, Miano, Taubira, Vergès)

Trois réactions recueillies par le magazine Respect Mag (extraits) :

François Durpaire, historien :

« Avec tout le respect dû à Jean-Marie Lé Clézio, si on considère les occurences d’auteurs dans les bibliographies des étudiants américains, britanniques, canadiens, sénégalais etc., Édouard Glissant est incontestablement notre « autre » prix Nobel de littérature… Au delà de cet argument d’autorité, Glissant est celui qui nous aide à penser le XXIème siècle, grâce aux concepts de « créolisation » et celui de « tout-monde ». De la Martinique, il a vu arriver le monde, mieux que ne l’ont fait les intellectuels des dits grands pays, engoncés dans leur passé glorieux. »

Léonora Miano, écrivaine :

« Édouard Glissant ne dit pas que le monde métissé est une sorte de méli-mélo où toute différence s’annule. Au final, le mélange n’aboutit jamais à un univers de personnes lisses, identiques. Il y aura toujours des efforts à faire pour découvrir l’autre. Pour lui, la rencontre ne cesse jamais. Quelque chose reste toujours à conquérir. Le métissage se réalise de manière permanente, le monde est en constante mutation. Une idée très belle et très juste. »

Christiane Taubira, députée :

« Les seuls moments où il était cassant avec moi c’est lorsque je parlais économie. Il me disait : « Tu arrêtes là ! On ne comprend pas le monde par l’économie ». Il trouvait que cette dernière avait tout envahi. Je suis toujours éblouie par sa pensée. »

Françoise Vergès, politologue :

« Edouard Glissant remet l’histoire à l’endroit dans Mémoire de l’esclavage. Il parle de l’abolition comme d’un don et rend compte de l’esclavage comme un processus qui détache les personnes d’elles-mêmes. Il dénonce aussi cette manie qu’on a de rattacher les Antilles à la métropole, de les réduire à ce rapport là.

La création d’un musée de l’esclavage est une bonne idée, dans la continuité du travail qu’il a réalisé depuis des années mais il ne faut pas attendre que les gens disparaissent pour leur rendre hommage. Edouard Glissant a enseigné aux États-Unis, mais il n’a jamais pu le faire en France. Il a écrit un rapport dans le cadre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage que je préside. Cela fera 10 ans que la loi Taubira du 21 mai 2001 a été votée et rien n’est encore fait. »

Édouard Glissant, le vertige d’un chaos-opéra (Aliocha Wald Lasowski)

« Je me souviens de ma première rencontre avec Édouard Glissant. Invité à un opéra poétique, rue Dieu à Paris, chez la styliste Agnès B., j’assistais à la lecture par Glissant de ses poèmes. Je le revois assis au milieu de la scène, vêtu d’une chemise blanche et d’un gilet noir, entouré d’artistes et de musiciens, tandis que la mêlée des textes, vocalises, musiques, lectures à plusieurs voix, produisait l’image sonore de la beauté du chaos dans le tourbillon des ritournelles. C’est avec une sorte de vertige que le spectateur entrait avec lui dans la mémoire et le partage des humanités. »

Lire dans L’Humanité l’article de Aliocha Wald Lasowski, philosophe. Chargé de cours à l’université de Lille-3, il co-dirige le séminaire « L’homme et ses rythmes » à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et enseigne la philosophie en classe préparatoire à Sciences Po.

2011, année du Mexique en France

L’opération a été lancée le 3 février en annonçant 350 événements dont 250 culturels. Dans sa sélection, Le Monde cite une collection de masques de jade mayas à la Pinacothèque de Paris (à partir du 25 février) et, cet automne, une rétrospective du peintre Rufino Tamayo au Petit Palais. Les oeuvres de Frida Kahlo et Diego Rivera seront à l’Orangerie et l’art mexicain du XIXe siècle au Musée d’Orsay.

Avant de feuilleter la bibliothèque mexicaine, visionnons ce documentaire in situ, où Carlos Fuentes, Paco Ignacio Taïbo II, Martin Solarès, Guadalupe Nettel y otros nous font découvrir la littérature de leur pays :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=27961Découvrez Carlos Fuentes, Martin Solares, rencontre avec des écrivains mexicains sur Culturebox !

Consulter le site de l’Année du Mexique en France.

Relevons avec Livres-Hebdo dans le domaine littéraire quelques manifestations :

– A Paris, le roman noir mexicain a rendez-vous à la Maison de l’Amérique latine du 23 au 25 mars. À noter la Nuit du cinéma noir mexicain le 26 mars.
– A la Bibliothèque nationale de France de Paris, remarquons l’intérêt pour José Emilio Pacheco et Octavio Paz, prix Nobel de littérature.
– Le festival Paris en toutes lettres du 5 au 8 mai aura comme invité d’honneur Carlos Fuentes, également protagoniste de la Fête du livre d’Aix les 13 et 16 octobre.
– Un colloque international à la Sorbonne, les 20 et 21 octobre, célèbrera les 40 ans de la publication chez Gallimard du texte Renga, poème coécrit par Octavio Paz, Jacques Roubaud, Edoardo Sanguineti et Charles Tomlinson.
– Du 30 novembre au 5 décembre, durant le Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, un stand sera dédié à une librairie regroupant des titres en langue originale et des traductions, des expositions d’illustrations, des ateliers… avec une mise en relation des éditeurs français et mexicains. 

Édouard Glissant, passer par-dessus l’oubli (Manthia Diawara)

« Je me souviendrai toujours de ce voyage entrepris avec Edouard à Sainte Marie en Martinique, pour visiter la case de sa naissance dans un petit village du nom de Bezaudin. Du Diamant, en contournant Fort de France, pour aller vers le Lamantin, nous traversions un petit pont sur une rivière où jouait Edouard avec ses amis, quand il était enfant.(…)

Arrivés à Bezaudin, Edouard me montra la case natale, ou plutôt sa trace, parce qu’elle s’était effondrée au fond d’un gouffre pendant l’ouragan Hugo. Ah, Edouard, tu m’apprenais à ce moment comment ne pas avoir peur, ni du gouffre, ni de la mort, ni de la perte, ni même de l’oubli. Ce jour-là, Edouard, tu me disais: « Ça m’est complètement égal que nous ayons oublié pourvu que nous passions par-dessus l’oubli. » Nous repassions alors par-dessus l’oubli.  Littératures de traces, traces de l’Afrique, littératures de créolisation, littérature-Monde, littératures de notre diversité—et non du sectarisme. Edouard, je crois que ton message commence à être compris et faire son chemin dans nos consciences. »

Extrait d’un texte de Manthia Diawara, cinéaste et enseignant à l’université de New York, auteur du documentaire : Edouard Glissant: un monde en relation.

Glissant, la révolution tunisienne et les périphéries-centres (Abdelwahab Meddeb)

« Vu de France, la francophonie est perçue comme l’espace de la périphérie, le centre étant la métropole et les multiples lieux desquels émane une parole en langue française, qu’il s’agisse du Maghreb, du Machrek, de l’Afrique subsaharienne ou des Antilles qui est le lieu d’émission d’Édouard Glissant, ou de la vie, tous ces lieux sont perçus comme étant des périphéries par rapport à la métropole.

Or, cette vision là est une vision qui est révolue, qui a disparu avec le colonialisme et l’évolution du monde tel que nous le vivons est tout autre. Elle montre que le monde se fait polycentrique, et que désormais toute périphérie est un centre.

Lorsque je parle, en partie en français, de ma mémoire maghrébine, je parle en l’émettant à partir du Maghreb comme centre et non pas d’une périphérie soumise à l’autorité d’une métropole.

Il en est de même pour ce qui concerne Édouard Glissant lorsqu’il parle à partir des Antilles ou à partir de sa Martinique natale. Et la révolution du jasmin illustre à la perfection cette idée que toute périphérie est devenue un centre puisque c’est de la périphérie, Sidi Bouzid, ce lieu complètement perdu en Tunisie, et qui perçu par rapport à centralité tunisienne comm étant une périphérie qu’a démaré cette révolution qui est en train de faire bouger l’intégralité du monde arabe. »

Extrait de l’entretien de Abdelwahab Meddeb (né à Tunis en 1946) sur Médi1 Radio, signalé par Thomas Spear (Île en île).