Mort de Glissant, mort de Socrate

Alors qu’il est mort le 3 février 2011, les mots d’Édouard Glissant, interviewé le 30 mars 2010 sur les poèmes qu’il a choisis de faire figurer dans « La Terre, le feu, l’eau, le feu et les vents, L’Anthologie des poètes du Tout-Monde », éditions Galaade, prennent un écho retentissant :

« J’ai toujours adoré : « Voici le temps de nous séparer, moi pour mourir et vous pour vivre, qui de nous a le meilleur sort ? nul ne le sait si ce n’est la divinité. » Cette chose m’a toujours habité, de Socrate, rapporté par Platon dans L’Apologie de Socrate. C’est dedans [L’Anthologie] et cela a déclenché d’autres événements poétiques… Il y a un poème pré-colombien, qui est magnifique, qui est extraordinaire, où l’auteur dit – c’est une réponse à Socrate – « Nous ne serons pas une montagne, nous ne serons pas une montagne sacrée, nous quitterons le monde, nous aussi… voici le temps, moi pour mourir, vous pour vivre… les textes se sont appelés. »

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30211Découvrez Entretien avec Edouard Glissant sur Culturebox !

Lire le texte intégral de L’Apologie de Socrate (ou l’écouter dans une version des éditions Thélème), où Platon rapporte les plaidoyers de Socrate lors de son procès qui devait déboucher sur sa condamnation à mort. Ses derniers mots, selon la traduction de cette version :

« Mais il est temps que nous nous quittions, moi pour mourir, et vous pour vivre.
Qui de nous a le meilleur partage ?  Personne ne le sait, excepté Dieu. »

Rien n’est vrai, tout est vivant (Édouard Glissant)

Édouard Glissant : « J’espère en la parole des paysages. »

(c) photo Patrick Chamoiseau

« Rien n’est vrai, tout est vivant », titre d’une conférence d’Édouard Glissant à l’Institut du Tout-monde (saison 2009-2010) :

http://www.dailymotion.com/swf/video/xcvrg8?width=&theme=none&foreground=%23F7FFFD&highlight=%23FFC300&background=%23171D1B&start=&animatedTitle=&iframe=0&additionalInfos=0&autoPlay=0&hideInfos=0EDOUARD GLISSANT:  » RIEN N’EST VRAI, TOUT EST VIVANT »
envoyé par Kreolfeeling. – L’info video en direct.

Édouard Glissant, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle (Samia Kassab-Charfi)

« Mais comment se satisfaire des infamies de l’Histoire ? Et surtout comment retrouver le diapason poétique après la blesse de l’esclavage ? Il fallait pour lui, après cette somme qu’est Le discours antillais (1981), dans laquelle à la suite de Fanon et de Césaire, il pose tous les problèmes auxquels les Antilles, aliénées, colonisées, se trouvent confrontées ; il lui fallait inventer cette brèche, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle, réinventer l’échange qui n’appauvrit ni ne spolie mais rehausse et consolide. Ce fut Poétique de la relation en 1990, avec ce si beau prolongement dix-neuf ans plus tard, Philosophie de la relation. Poésie en étendue en 2009. »

Lire « Le monument-Timoune « , sur le site Médiapart, hommage de Samia Kassab-Charfi, professeure de littérature à l’université de Tunis, l’une des organisatrices du colloque sur Glissant et son œuvre, réuni à Carthage (Tunisie) en 2005.

Pour saluer Édouard Glissant (Michel le Bris)

« Nous l’aimions. Moi, l’équipe toute entière du festival, les écrivains qui en forment la famille, et le public qui, à chacune de ses venues à Saint-Malo, se pressait pour l’écouter. Ce dernier l’avait véritablement découvert en 1997, lors de l’édition que nous avions consacrée aux littératures de la Caraïbe, et cette découverte fut pour tous un coup de cœur. Comme sa réflexion sur le « Tout Monde » rejoignait ce que nous développions à travers le festival depuis sa création, d’une « littérature monde » ! Les deux concepts ne se recouvraient pas comme certains ont pu le dire, tout simplement parce que leur généalogie différait. L’un partait du questionnement de tout ce qui constituait son identité antillaise, qu’il agrandissait sans cesse à travers les idées d’identités multiples, d’identité rhizome, de créolisation du monde (à ne pas confondre avec la créolité). L’autre partait de la situation de la littérature française, s’efforçait de l’arracher aux dogmes qui l’étouffaient pour l’ouvrir aux vents du monde.

Michel Le Bris, fondateur et directeur d’Étonnants voyageurs.

L’œuvre des mers, dernière vague

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=32512

On croyait achevée L’œuvre des mers d’Eugène Nicole. En 2004, les éditions de L’Olivier avaient publié une version qui réunissait en un seul volume les quatre volumes de cette autobiographique romanesque qui « a fait entrer Saint-Pierre et Miquelon dans la littérature » selon le mot de l’écrivain Dominique Fernandez.
En ce début d’année est publiée une version complétée d’une cinquième partie, « Un adieu au long cours » centrée sur le père de l’auteur.
L’intégralité de L’œuvre des mers est aujourd’hui réunie sous la forme d’un volume de 942 pages.
Rencontre à Paris avec Eugène Nicole.

Découvrez L’intégrale de l’Oeuvre des mers d’Eugène Nicole sur Culturebox !

Édouard Glissant, la fin des langues absolues (Érika Martelli)

Ce volume le mérite d’avoir su focaliser la position philosophique d’Édouard Glissant sur la question, si urgente, de la langue et de l’avoir fait dans la modalité informelle et immédiate de l’interview.
(…) Si on regarde de près, remarque Glissant, la langue colonisatrice est, dans l’usage, possédée par la langue colonisée, qui l’habite comme un cheval de Troie, qui la subvertit, l’estropie : inutile donc, pour les Français ou les Anglais, de blinder leurs vocabulaires puisque leurs langues se contaminent réciproquement de l’intérieur. Le trait caractéristique de notre temps est, selon le penseur martiniquais, précisément cette impossibilité d’adopter tout monolinguisme : notre époque est infiltrée par l’“imaginaire des langues”, on s’exprime de plus en plus “en présence de toutes les langues du monde” .

Lire la critique d’Erika Martelli sur le site nonfiction.fr.

Extraits de L’imaginaire des langues, publiés par Le Devoir.

Édouard Glissant, ou le pays d’enfance (Edwy Plenel)

« Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » Rendant hommage pour le Journal de Mediapart à Edouard Glissant, j’ai retrouvé cette question d’un autre poète venu de la Caraïbe, Saint-John Perse, dans un texte écrit en 2005 pour l’inauguration de la Médiathèque Edouard Glissant au Blanc-Mesnil (Seine Saint-Denis). La réponse est dans la question: c’est sans doute cette enfance martiniquaise, ses plaisirs que je connais et ses douleurs qui m’échappent, qui est au secret de cette émotion incontrôlable à laquelle je ne sais résister dès qu’il est question de ce pays sans pareil. De cette île qui m’a fait ce que je suis.

Lire la suite