Édouard Glissant, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle (Samia Kassab-Charfi)

« Mais comment se satisfaire des infamies de l’Histoire ? Et surtout comment retrouver le diapason poétique après la blesse de l’esclavage ? Il fallait pour lui, après cette somme qu’est Le discours antillais (1981), dans laquelle à la suite de Fanon et de Césaire, il pose tous les problèmes auxquels les Antilles, aliénées, colonisées, se trouvent confrontées ; il lui fallait inventer cette brèche, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle, réinventer l’échange qui n’appauvrit ni ne spolie mais rehausse et consolide. Ce fut Poétique de la relation en 1990, avec ce si beau prolongement dix-neuf ans plus tard, Philosophie de la relation. Poésie en étendue en 2009. »

Lire « Le monument-Timoune « , sur le site Médiapart, hommage de Samia Kassab-Charfi, professeure de littérature à l’université de Tunis, l’une des organisatrices du colloque sur Glissant et son œuvre, réuni à Carthage (Tunisie) en 2005.

Pour saluer Édouard Glissant (Michel le Bris)

« Nous l’aimions. Moi, l’équipe toute entière du festival, les écrivains qui en forment la famille, et le public qui, à chacune de ses venues à Saint-Malo, se pressait pour l’écouter. Ce dernier l’avait véritablement découvert en 1997, lors de l’édition que nous avions consacrée aux littératures de la Caraïbe, et cette découverte fut pour tous un coup de cœur. Comme sa réflexion sur le « Tout Monde » rejoignait ce que nous développions à travers le festival depuis sa création, d’une « littérature monde » ! Les deux concepts ne se recouvraient pas comme certains ont pu le dire, tout simplement parce que leur généalogie différait. L’un partait du questionnement de tout ce qui constituait son identité antillaise, qu’il agrandissait sans cesse à travers les idées d’identités multiples, d’identité rhizome, de créolisation du monde (à ne pas confondre avec la créolité). L’autre partait de la situation de la littérature française, s’efforçait de l’arracher aux dogmes qui l’étouffaient pour l’ouvrir aux vents du monde.

Michel Le Bris, fondateur et directeur d’Étonnants voyageurs.

L’œuvre des mers, dernière vague

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On croyait achevée L’œuvre des mers d’Eugène Nicole. En 2004, les éditions de L’Olivier avaient publié une version qui réunissait en un seul volume les quatre volumes de cette autobiographique romanesque qui « a fait entrer Saint-Pierre et Miquelon dans la littérature » selon le mot de l’écrivain Dominique Fernandez.
En ce début d’année est publiée une version complétée d’une cinquième partie, « Un adieu au long cours » centrée sur le père de l’auteur.
L’intégralité de L’œuvre des mers est aujourd’hui réunie sous la forme d’un volume de 942 pages.
Rencontre à Paris avec Eugène Nicole.

Découvrez L’intégrale de l’Oeuvre des mers d’Eugène Nicole sur Culturebox !

Édouard Glissant, la fin des langues absolues (Érika Martelli)

Ce volume le mérite d’avoir su focaliser la position philosophique d’Édouard Glissant sur la question, si urgente, de la langue et de l’avoir fait dans la modalité informelle et immédiate de l’interview.
(…) Si on regarde de près, remarque Glissant, la langue colonisatrice est, dans l’usage, possédée par la langue colonisée, qui l’habite comme un cheval de Troie, qui la subvertit, l’estropie : inutile donc, pour les Français ou les Anglais, de blinder leurs vocabulaires puisque leurs langues se contaminent réciproquement de l’intérieur. Le trait caractéristique de notre temps est, selon le penseur martiniquais, précisément cette impossibilité d’adopter tout monolinguisme : notre époque est infiltrée par l’“imaginaire des langues”, on s’exprime de plus en plus “en présence de toutes les langues du monde” .

Lire la critique d’Erika Martelli sur le site nonfiction.fr.

Extraits de L’imaginaire des langues, publiés par Le Devoir.

Édouard Glissant, ou le pays d’enfance (Edwy Plenel)

« Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » Rendant hommage pour le Journal de Mediapart à Edouard Glissant, j’ai retrouvé cette question d’un autre poète venu de la Caraïbe, Saint-John Perse, dans un texte écrit en 2005 pour l’inauguration de la Médiathèque Edouard Glissant au Blanc-Mesnil (Seine Saint-Denis). La réponse est dans la question: c’est sans doute cette enfance martiniquaise, ses plaisirs que je connais et ses douleurs qui m’échappent, qui est au secret de cette émotion incontrôlable à laquelle je ne sais résister dès qu’il est question de ce pays sans pareil. De cette île qui m’a fait ce que je suis.

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Édouard Glissant : les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos sont sur la place

Il n’est tempêtes que de sang

La race blanche des frégates

Les Grands chaos sont sur la place

J’apprends qu’il y a eu bataille

Je ne vois d’oiseaux qu’apeurés

Il n’y a pas eu de combattant

Mais une seule éternelle défaite

Femme qui navigue

Un enfant mort au sein

Femme qui va

Un chevreau mort au sein

Je t’ai nommée

Terre blessée

Où crie le noir silence qui m’étreint

Les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos sont sur la place.

Édouard Glissant, L’archipel des Grands chaos, Ière partie, La Traite, Poèmes complets, Gallimard 1994.

Jacques Coursil, Clameurs, Suites Enchaînées. Universal Jazz/France, album de 2007 :

1 Prologue – Paroles nues
2 Monchoachi, Wélélé nou (Nos clameurs)
3 Frantz Fanon 1952
4 La chanson d’Antar
5 Edouard Glissant, l’archipel des grands chaos « La traite »
6 Edouard Glissant, l’archipel des grands chaos « Les îles »
7 Epilogue – Cadences de chaînes

Et ce Détour, riche de pépites, belles découvertes des textes de Jacques Coursil, offerts à l’occasion des Grands chaos…

« Il n’est point besoin d’avoir bac + 10 pour lire Édouard Glissant » (Abdoulaye Imorou)

« Je dirais que le plus bel hommage qu’on pourrait rendre à Édouard Glissant consisterait à ne plus se contenter de le citer mais à tenir compte de ses travaux, à l’étudier, à l’enseigner y compris dans le secondaire. Il n’est point besoin d’avoir bac + 10 pour lire Édouard Glissant. Il suffit de se montrer sensible à la marche du monde, de faire l’effort de considérer que le monde ne se divise pas entre un Je aux caractéristiques définies une fois pour toutes et des Autres également figés. Toutes choses dont chacun est capable. » Abdoulaye Imorou, universitaire, dans Respect Mag.

Édouard Glissant, départ de l’ami élégant d’Haïti (Dominique Batraville)

« Avec la mort d’Édouard Glissant, la littérature caribéenne perd un penseur de classe. Connu en Haïti comme poète, dramaturge, romancier et penseur, le défunt philosophe antillais dépasse les frontières de sa Martinique natale à cause de la puissance de son œuvre intellectuelle protéiforme.  » Lire la suite du texte de Dominique Batraville, poète, comédien et journaliste haïtien, dans Haïti Press Network.

Padura, à lire en français, en espagnol, en russe…

Cuba serait-il en plein révisionnisme historique ? Un signe : le tout dernier livre du grand romancier Leonardo Padura, qui vit à La Havane et qui déroule sur 671 pages une histoire jusqu’alors taboue sera imprimé dans sa version cubaine sur du papier fourni par le gouvernement ! « L’homme qui aimait les chiens » est un roman envoutant, fruit de cinq années de travail… les portraits croisés de Trotski, ennemi éternel de Staline, et de son assassin Ramon Mercader, une histoire dont le dépositaire est un Cubain qui vit à la fin du XXe siècle. Un livre qui raconte trois révolutions, bolchévique, espagnole et cubaine par la vie de trois personnages. Rencontre à Paris de Leonardo Padura.