Édouard Glissant : les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos sont sur la place

Il n’est tempêtes que de sang

La race blanche des frégates

Les Grands chaos sont sur la place

J’apprends qu’il y a eu bataille

Je ne vois d’oiseaux qu’apeurés

Il n’y a pas eu de combattant

Mais une seule éternelle défaite

Femme qui navigue

Un enfant mort au sein

Femme qui va

Un chevreau mort au sein

Je t’ai nommée

Terre blessée

Où crie le noir silence qui m’étreint

Les Grands chaos s’en sont venus

Les Grands chaos sont sur la place.

Édouard Glissant, L’archipel des Grands chaos, Ière partie, La Traite, Poèmes complets, Gallimard 1994.

Jacques Coursil, Clameurs, Suites Enchaînées. Universal Jazz/France, album de 2007 :

1 Prologue – Paroles nues
2 Monchoachi, Wélélé nou (Nos clameurs)
3 Frantz Fanon 1952
4 La chanson d’Antar
5 Edouard Glissant, l’archipel des grands chaos « La traite »
6 Edouard Glissant, l’archipel des grands chaos « Les îles »
7 Epilogue – Cadences de chaînes

Et ce Détour, riche de pépites, belles découvertes des textes de Jacques Coursil, offerts à l’occasion des Grands chaos…

« Il n’est point besoin d’avoir bac + 10 pour lire Édouard Glissant » (Abdoulaye Imorou)

« Je dirais que le plus bel hommage qu’on pourrait rendre à Édouard Glissant consisterait à ne plus se contenter de le citer mais à tenir compte de ses travaux, à l’étudier, à l’enseigner y compris dans le secondaire. Il n’est point besoin d’avoir bac + 10 pour lire Édouard Glissant. Il suffit de se montrer sensible à la marche du monde, de faire l’effort de considérer que le monde ne se divise pas entre un Je aux caractéristiques définies une fois pour toutes et des Autres également figés. Toutes choses dont chacun est capable. » Abdoulaye Imorou, universitaire, dans Respect Mag.

Édouard Glissant, départ de l’ami élégant d’Haïti (Dominique Batraville)

« Avec la mort d’Édouard Glissant, la littérature caribéenne perd un penseur de classe. Connu en Haïti comme poète, dramaturge, romancier et penseur, le défunt philosophe antillais dépasse les frontières de sa Martinique natale à cause de la puissance de son œuvre intellectuelle protéiforme.  » Lire la suite du texte de Dominique Batraville, poète, comédien et journaliste haïtien, dans Haïti Press Network.

Padura, à lire en français, en espagnol, en russe…

Cuba serait-il en plein révisionnisme historique ? Un signe : le tout dernier livre du grand romancier Leonardo Padura, qui vit à La Havane et qui déroule sur 671 pages une histoire jusqu’alors taboue sera imprimé dans sa version cubaine sur du papier fourni par le gouvernement ! « L’homme qui aimait les chiens » est un roman envoutant, fruit de cinq années de travail… les portraits croisés de Trotski, ennemi éternel de Staline, et de son assassin Ramon Mercader, une histoire dont le dépositaire est un Cubain qui vit à la fin du XXe siècle. Un livre qui raconte trois révolutions, bolchévique, espagnole et cubaine par la vie de trois personnages. Rencontre à Paris de Leonardo Padura.

« Ci-gît Glissant. A-t-il vraiment cessé de trembler ? »

Signalé par Eddy Nedelkovski, le questionnaire de Proust que L’Express avait posé à Édouard Glissant, en 2005.

Le bonheur parfait, selon vous ?
Etre très loin et très près de tout. C’est difficile.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’idée que l’écriture n’attend pas. (Mais c’est aussi de la prétention.)

La dernière fois que vous avez explosé de rire ?
Une histoire contée par un de mes enfants. Là, je me laisse toujours prendre.

La dernière fois que vous avez pleuré ?
Au spectacle du malheur insondable d’un peuple.

Quel est votre principal trait de caractère ?
L’impatience. Par exemple, face aux pièges techniques (ceux des ordinateurs…).

Votre principal défaut ?
L’impatience. Et de ne pas savoir la contenir ou l’atténuer.

A quelle figure historique vous identifiez-vous le plus ?
Les figures des peuples, de tous les peuples.

Qui sont vos héros, aujourd’hui ?
Comme tout un chacun, Gandhi, Luther King et Mandela.

Votre héros de fiction ?
Je crois que mes héros sont avant tout de poésie. Mais, dans mon enfance, Pardaillan (très exotique).

Votre voyage préféré ?
En direction et autour de la Martinique.

Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme ?
L’intuition, toujours très improbable, de la féminité.

Et chez une femme ?
Une légèreté qui ne pose pas.

Vos écrivains préférés ?
Faulkner, Segalen, Saint-John Perse, Césaire.

Votre compositeur préféré ?
Beethoven et les improvisateurs de jazz. Et les chansons créoles.

La chanson que vous sifflez sous la douche ?
Je n’en ai jamais su le titre. C’est sans doute pourquoi je la serine.

Votre livre culte ?
Absalon ! Absalon ! de W. Faulkner. L’inextricable absolu.

Votre film culte ?
Les enfants du paradis.

Votre peintre préféré ?
Matta et Wifredo Lam. Deux Cohées du Divers.

Votre boisson préférée ?
Le punch et le mabi, boissons caraïbes, à la fois natifs et métis.

Votre couleur préférée ?
Le mauve et les couleurs composées, qui hésitent, s’évaporent.

Que considérez-vous comme votre plus grande réussite ?
Aucune. Ce serait la fin de tout, du moins selon moi.

Quelle est votre devise ?
« Changer en échangeant. »

Votre plus grand regret ?
D’avoir laissé passer l’occasion de rencontrer certaines personnes que j’admirais ou appréciais. Regret égoïste.

Quel talent voudriez-vous avoir ?
De savoir déchiffrer les mystères techniques de la musique.

Qu’est-ce qui vous est le plus cher ?
La vie du Tout-Monde, où je me débats avec les miens.

Si vous pouviez changer une chose dans votre physique ?
J’aimerais avoir des jambes moins amaigries, que mes copains d’enfance appelaient « baguettes-la-vérité ».

Que détestez-vous par-dessus tout ?
Hypocrites, arrivistes, profiteurs.

Quand vous n’écrivez pas, quelle est votre occupation préférée ?
Lire partout, grands textes, échos en fracture, morceaux de paysages, hasards des sports…

Votre plus grande peur ?
Etre en déséquilibre dans l’air (vélo, trottinette, téléphérique, avion, etc.).

A quelle occasion mentez-vous ?
Peut-être quand je me « parle » à moi-même, ou quand j’ai peur d’offenser quelqu’un.

Comment aimeriez-vous mourir ?
Je ne sais pas. Montaigne n’est pas facilement imitable.

Rédigez votre épitaphe ?
« Ci-gît Glissant. A-t-il vraiment cessé de trembler ? »

Si vous rencontrez Dieu, qu’aimeriez-vous qu’il vous dise ?
Si, dans l’éternité, il y aura toujours des jours et des nuits qui se suivent et ne se ressemblent pas.

Édouard Glissant, une âme inquiète du monde (Ernest Pépin)

A l’annonce de la mort d’Edouard Glissant tant d’images me viennent qui témoignent d’un long et fécond compagnonnage. Edouard Glissant en Martinique, fondateur de l’Institut Martiniquais d’Etudes, auteur du Discours Antillais, du Quatrième Siècle, de Malemort.

Edouard Glissant, Joël Girard et moi dans l’éblouissement de Carifesta à Cuba, rencontrant (grâce à Edouard) des sommités comme Nicolas Guillén, René Depestre et même Fidel Castro ! Edouard Glissant à l’Unesco, fier d’avoir fait paraître un numéro du courrier en créole. Edouard Glissant, avec Patrick Chamoiseau, Gérard Delver, à Strasbourg à l’occasion de la rencontre organisée dans le cadre du Parlement des écrivains persécutés (avec comme invités : Salman Rushdie, Toni Morrison !).
Edouard Glissant dans des colloques !
Edouard Glissant au Diamant !
Glissant et le Prix Carbet !
Etc.…Etc.…
Tant d’images, de moments partagés, d’aventures intellectuelles, de présence au monde qui m’amènent à considérer qu’il demeurera l’un des penseurs fondamentaux du XXIème siècle !
Dans le bouillonnement des œuvres poétiques, dramatiques, romanesques, théoriques, il est parfois difficile de suivre les traces de la pensée d’Edouard Glissant. Pourtant, elles nous interpellent comme ce champ d’îles qu’il a voulu ériger en pointe aiguë du Tout-Monde. Elargissant sans cesse les cercles concentriques d’une écriture en état d’alerte, il a irrigué un « système » protéiforme d’une rare densité et d’une ardente acuité.
C’est à remonter un long fleuve intranquille qui telle La Lézarde nous a précipité dans une poétique ardue et un discours antillais exigeant.
Il y eut le temps des fondations, le temps de l’antillanité et le temps du Tout-monde. En fait, un seul et même temps réparti en massifs archipéliques au nom d’une créolisation généreusement renouvelée.
Le temps des fondations, temps poétique par excellence, sondait le Sel noir des Indes pour débarrer le Soleil de la conscience.
Temps d’une intention poétique obstinée qui, à travers La Lézarde, Monsieur Toussaint, se déroulait comme une longue spirale miroitante émaillée d’éclats et d’échos du divers (déjà !).
Il voulait saisir, au rebours des lectures coloniales, l’en-dessous de nos réalités pour faire émerger le vrai de nous-mêmes. Le vrai de notre histoire. Le vrai de notre espace-temps. Le vrai de notre rapport au monde.
Tout cela en un déchiffrement mêlé d’intuitions géniales. L’idée centrale étant que le vu est un invu, le su un insu et qu’il fallait retrouver sous les traces le tramé de notre identité opaque et contrariée. Ce commencement de l’œuvre fut en fait un recommencement qui, s’écartant des certitudes antérieures de la négritude, visait à reconstruire l’archéologie de notre allant. L’objectif était de dégager les contours pour révéler une saisie nouvelle de nous-mêmes.
Arpenteur de notre démesure

Quand le nous semble incertain, contradictoire, chaotique, il réclame un arpenteur capable de sonder friches et broussailles et soucieux de restituer la mesure de notre démesure. Glissant, d’instinct et d’emblée, fut cet arpenteur là en récusant le folklore du nous sans concession aucune.
Son nous comme ses premières œuvres postule l’écart d’avec les lectures trop transparentes et les évidences trop aveuglantes de la colonialité.
Nous d’un peuple et non d’un département. Nous d’un langage et non d’une langue fétichisée. Nous d’une mémoire et non d’une amnésie.
C’est donc dans cet effort de reconstruction que se sont forgés les outils théoriques propres à fournir les matériaux d’une odyssée intérieure. C’est ce forcènement qui donne naissance à l’antillanité.
Le temps de l’antillanité fut aussi celui de l’isolement malgré des convergences venues des autres îles de la Caraïbe. Edward Kamau Brathwaite, Derek Walcott et quelques autres dont le mérite étaient de rapatrier le débat en faisant de la Caraïbe elle-même la source de sa propre pensée.
Le Discours Antillais est venu à point nommé pour dévoiler nos détours, nos délires, nos traces, notre indémêlable va-et-vient entre pays rêvé et pays réel. Davantage encore, il épousait, dans son énonciation, les sinuosités de notre parcours et de notre psyché. C’est une anthropologie innovante de l’inconscient antillais, un parler-déparler de notre « étant ». On le sait, Glissant répugnait aux fixités de l’Etre et privilégiait la mobilité de « l’étant ». Texte fondateur s’il en est, le Discours Antillais, déclenchait deux romans majeurs : Le Quatrième Siècle et Malemort.
Simples illustrations ? Que non pas ! Création totale armée d’une esthétique qui va de la « vision prophétique du passé » à la « déperdition » annoncée du présent. La figure centrale du nègre-marron y prédomine. Le paysage se fait l’actant de l’histoire tandis que l’oralité s’empare des soubassements de l’écriture. Glissant s’inspirait alors d’une totalité déconstruite qu’il exhume en partant des hauts, en explorant la plaine et en livrant la mémoire latente du paysage.
Totalité qui, elle-même, devient langage, narration élucidante, discours métaphorique et poétique d’un nous objectivé et transcendé. Le philosophe veille sur le romancier qui à son tour veille sur le poète.
Il en est résulté une écriture en rébellion contre l’écriture. Un décousu apparent du dire et une parole-cathédrale, une arborescence stylisée où se dénouent les nodosités d’une histoire quasiment faillie. En ce sens, l’antillanité peut se comprendre comme un pessimisme travaillé par la plus haute des espérances : celle d’une désaliénation absolue qui engage l’acte d’écrire lui-même.
L’arpenteur est également l’architecte tout comme l’architecte se commue en bâtisseur. C’est cette posture qui va engendrer la créolité. C’est-à-dire un enracinement à la mesure du déracinement, un conter qui s’écrit, une substance créole, une domiciliation de l’imaginaire, un détour orchestré de la langue.
Néanmoins Edouard Glissant, devenu « Père » va tout de même reprocher à ses fils un péché d’héritage. Pour lui, la créolité est entachée par la myopie de l’Être. Refusant cette « essence », il largue les amarres et proclame d’abord la créolisation puis le Tout-monde.
Comme toujours, Glissant se place dans l’anticipation, dans la poétique de la relation, dans une totalisation non totalisante du monde. Il a enseigné aux Etats-Unis. Il a beaucoup voyagé. Il s’est frotté aux grandes pensées de son siècle tout en restant fidèle à Faulkner, à Saint-John Perse, à Segalen, aux présocratiques. Il se sent proche de toutes les langues, solidaire de toutes les identités, partisan de tous les bouturages, partie prenante de toutes les déconstructions des pensées monolithiques et ataviques. Il est devenu le mentor, le penseur, le poteau-mitan. Une vigie !
Et ce qu’il voit, c’est un autre monde en marche vers le chaos-monde. Une Europe dont les concepts ont vieilli. Une migration non pas seulement des hommes mais des cultures. Un impensé de la Relation qui lui impose d’ouvrir le champ des ailleurs et de repenser les vieux repères qui s’effondrent comme des dieux périmés : la nation, la raison, la langue, l’histoire etc !
Et voilà notre Edouard Glissant reparti dans un autre imaginaire du monde, dans une autre écriture du monde, dans un discours transrelationnel, transfrontière, transhistorique mais toujours éblouissant d’audace au risque d’être parfois incompris. L’incompréhension n’est-elle pas la sanction de toute anticipation ?
Les Antilles de l’antillanité n’ont été que le laboratoire d’une pensée qui étend ses « trouvailles » conceptuelles au monde entier. Le monde entier comme diversité chaotique qui défie les logiques sécurisantes d’antan.
Dire le Tout-Monde ce n’était pas pour Glissant obéir aux impostures de la mondialisation. Ce fut, au contraire, substituer au mythe de l’identité immuable, le « tremblement » du monde. Autant dire son caractère imprévisible et imprédictible ! Autrement dit sa « mondialité » !
En interrogeant le monde dans son mouvement incessant Glissant nous a appris à renoncer à l’idée d’une unité nivelante et tout compte fait impérialiste.
Il rendait impossible toute assimilation et nous conduisait à privilégier les frottements, les foudroiements, les variations d’une effervescence intellectuelle et culturelle hétérogène. Ce par quoi un Français peut être Chinois, un Chinois Caribéen, un Caribéen Finlandais sans pourtant renoncer à eux-mêmes. Glissant nous a enseigné la plasticité contre la rigidité. Il suffit, aujourd’hui, de regarder, d’écouter, certains jeunes pour comprendre cette autre pensée du monde et de soi. Glissant nous a enseigné que l’identité n’est pas un chapelet que l’on récite mais un risque que l’on affronte avec l’imaginaire du monde. Pas un reniement des autres mais une ouverture aux autres.  Perte de soi ! crient les nostalgiques de la « pureté ». Non répondait Glissant : réorganisation de soi dans l’instabilité créatrice du monde !
Il n’en reste pas moins qu’il nous a légué une pensée habitable pour le XXIème siècle. Tout autre voue les composantes du monde à un affrontement sans fin et sans but. Pensée de l’habiter hors de tout enfermement !
Les œuvres récentes ont consolidé cette pense du Tout-Monde. Les lieux échappent aux carcans nationaux. Les relations transcendent les frontières. Les échanges abolissent les solitudes, entraînant dans leurs sillages l’identité-monde. Une identité sans hiérarchie des cultures, sans impérialisme, sans exclusion ni exclusive, capable d’accepter sans rechigner les formes imprévues de la création de l’homme par l’homme !
Car c’était cela l’enjeu : l’humanisation d’un monde conscient et comptable de sa diversité !
On peut retenir d’une pareille œuvre et d’un pareil questionnement son indiscipline.
J’appelle indiscipline le non-respect des théories toutes faites, des écritures immobiles, des esthétiques convenues. On n’a pas assez noté que Glissant se situe dans une pensée de la dissidence ou si l’on préfère de la rupture.
Rupture avec un discours européen et européocentrique.
Rupture avec un discours anticolonialiste figé.
Rupture avec un discours de l’identité prisonnier de l’essentialisme.
Rupture avec l’hégémonie masquée qu’est la mondialisation.
Rupture avec les trous du langage.
Rupture avec la dictature des langues impériales.
Rupture, enfin, avec une certaine conception de la littérature !
Derrière chaque rupture émerge l’adhésion à d’autres valeurs, à d’autres formes du savoir, à d’autres esthétiques de l’écriture, à d’autres fonctions de l’écrivain et de l’humain.
Il ne nous invitait pas à suivre le monde. Il nous invitait à le devancer et à l’attendre là où il n’allait pas ! Il nous invitait non pas à écrire mais à produire une œuvre. Il nous invitait non pas à rechercher la transparence mais à respecter les opacités.
A bien regarder, il s’est dressé, tout en solitude, contre le plus mortel des impérialismes : celui d’une pensée mutilée et mutilante du monde. C’est pourquoi il demeurera l’homme des décloisonnements tout en demeurant fidèle à sa Martinique et à la Caraïbe.
Il avait devant lui l’énorme continent de la négritude, le souverain empire d’une pensée occidentale dont il admirait les contestataires internes (Rimbaud, Breton, Arthaud, Segalen, etc.). Il a choisi, refusant d’être colonisé, de bâtir sa propre cathédrale. Elle fut, pour son honneur, toujours édifié sur le socle de l’émancipation humaine comme en atteste la création de l’Institut Martiniquais d’Etudes et de la revue Acoma, le dévouement sans faille au Prix Carbet de la Caraïbe, le lancement du Prix Edouard Glissant, la fondation de l’Institut du Tout-Monde, etc.
Peu l’ont vraiment compris ! Beaucoup l’ont admiré ! Voici venu le temps de le lire !
A moi, écrivain, originaire de la Guadeloupe, il a donné l’amplitude de ses questions, la ferveur et la générosité de ses réponses et l’exigence, hors tout chauvinisme, d’habiter le monde.
Qu’il en soit remercié !
Ernest Pépin

Édouard Glissant, la Parole de nous-mêmes (Raphaël Confiant)

« (…) L’écrivain Glissant a toujours travaillé au difficile. Loin des séductions de l’écriture tropicalisante ou du réalisme merveilleux. Il a produit une œuvre exigeante, qui demande à ce qu’on fasse des efforts pour la pénétrer, qu’on paie même une sorte de droit d’entrée conceptuel. C’est là sa grandeur et son honneur. Cela en dépit des défauts, des incohérences ou des démissions que l’on peut trouver chez lui comme chez tout homme. Comme chez chacun d’entre nous. L’homme physique n’étant désormais plus là, ne serait-il pas temps pour nous de nous plonger dans ses textes, de nous battre avec la prose touffue de ses romans, avec la profondeur parfois opaque de ses essais ? Glissant a quelque chose à nous dire que nous n’avons pas encore compris. Ce quelque chose n’est pas parole d’Evangile. Ni une vérité révélée. »

C’est la Parole de nous-mêmes…

Raphaël Confiant

(lire ses Souvenirs du Tout-monde sur le site Montray Kréyol)