Richard Jorif, la mort d’un « écrivain qui ne fait pas semblant »

« Je ne tiens pas pour nécessaire qu’un homme de Lettres doive s’imaginer que la compréhension du Lecteur, tôt ou tard, le récompensera de sa risible obstination, et l’on sait à qui s’adresse l’idolâtre amour du public. Mais qu’il soit indispensable d’être mort, c’est l’évidence même.», écrivait Richard Jorif dans un autoportrait qu’il avait rédigé en 1988 pour le Dictionnaire des écrivains par eux-mêmes de Jérôme Garcin (Mille et une nuits), rappelle Le NouvelObs.com à l’occasion de la mort de cet écrivain méconnu mais de haute stature.
« Né en 1930 à Paris, d’une mère martiniquaise et d’un père d’origine indienne, écrit Livres Hebdo, Richard Jorif montre dès son adolescence une grande exigence vis-à-vis de lui-même et de son écriture : ayant décroché un rendez-vous avec Bernard Grasset alors qu’il n’a que 16 ans, il ne s’y rendra pas, jugeant au dernier moment que son manuscrit n’était pas digne d’être lu.
L’auteur avait donc attendu d’avoir 57 ans pour publier son premier ouvrage, Clownerie, chez François Bourin en 1988.
Il avait ensuite été l’auteur du Navire Argo et du Burelain (Gallimard), ainsi que de Tohu-bohu (Julliard) et d’un livre sur Paul Valéry en 1991 chez Lattès. »
Rencontré à cette occasion au Salon du livre de Paris, il nous avait séduit par sa sérénité humble et tranquille, sa douce présence au monde.
« Richard Jorif était passionné par le Littré, se souvient Livres-Hebdo, dans lequel il voyait aussi un témoin de la vie de son auteur: “Littré avait caché sa vie dans son dictionnaire”, avait-il déclaré en 1992.
Cet amour du Dictionnaire de la langue française, qu’il avait découvert à 16 ans, était au cœur de l’œuvre de Jorif, qui affirmait : “Il faut employer les mots comme s’ils savaient qu’ils ont une histoire”.
Alors que l’écrivain avait déclaré écrire “pour répondre à une question qu’on est le seul à se poser et le seul à pouvoir y répondre”, le titre de son dernier ouvrage, Qu’est-ce-que la mort, fourrure ?, publié en 2001 au Cherche-Midi, prend aujourd’hui une nouvelle résonance. » Un recueil pour lequel Jean-Claude Lebrun de l’Humanité saluait « Un écrivain qui ne fait pas semblant ».

Le retour de Jim Lamar et l’avènement de Lionel Salaün

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=28192Découvrez « Le retour de Jim Lamar » premier roman de Lionel Salaün sur Culturebox !

« Un très beau roman d’initiation, baigné dans une atmosphère moite d’Amérique profonde. », estime Ventilo

Lionel Salaün se demande ce qui lui arrive depuis que “Le retour de Jim Lamar” est devenu un livre. Pas un énième texte perdu au fond de son ordinateur. Vingt ans qu’il écrivait la nuit sans avoir une touche. « Je me suis dit : c’est le dernier essai. Si ça ne donne rien, j’arrête. J’ai envoyé le manuscrit à quatre éditeurs. La semaine suivante, les éditions Liana Levi me disaient qu’elles le prenaient. », comme il le raconte au Dauphiné Libéré dans un article intitulé sans chicaner : « La progression fulgurante d’un écrivain savoyard ».

En Haïti comme en RD Congo, des viols collectifs et… le théâtre

En Haïti comme dans l’Est du Congo, les femmes violées essaient d’exorciser leur souffrance infinie par le théâtre. Le festival de cinéma des minorités de Douarnenez présentait il y a quelques jours « Les enfants du coup d’Etat » de Rachel Magloire (2001).

En Haïti, des femmes victimes des viols collectifs durant la période du coup d’Etat militaire de 1991 à 1994, décident de monter une pièce de théâtre pour exorciser les démons qui les habitent, et réclamer une justice qui tarde à être rendue. Documentaire troublant où dominent la personnalité et le témoignage de d’Iphémie Jean-Pierre et de ses enfants.

Coïncidence, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik vient de rentrer d’une mission auprès des femmes violées dans l’Est du Congo: A la rencontre de femmes violées en RDC, avec Boris Cyrulnik. Il dit dans « Le Monde » la quasi-impossibilité de la résilience (surmonter le traumatisme), mais aussi l’espoir que suscite le passage par le théâtre… comme en Haïti.

 

Prix de Flore, sélection 2010

Décerné le 4 novembre prochain, le prix de Flore 2010 choisira un titre parmi ces douze titres :

  • France 80, Gaëlle Bantegnie (L’Arbalète/Gallimard)
  • Enquête sur la disparition d’Elise Brunet, Antoine Bello (Gallimard)
  • La fille de son père, Anne Berest (Seuil)
  • Extraball, Vincent Bernière (JBZ & Cie)
  • CosmoZ, Claro (Actes Sud)
  • Requiem pour Lola rouge, Pierre Ducrozet (Grasset)
  • Naissance d’un pont, Maylis de Kerangal (Verticales)
  • La vie adulte, Virginie Mouzat (Albin Michel)
  • Les assoiffées, Bernard Quiriny (Seuil)
  • Une femme célèbre, Colombe Schneck (Stock)
  • A la folle jeunesse, Ann Scott (Stock)
  • Le jour du roi, Abdellah Taïa (Seuil).

La mort de Jenny Alpha, femme-siècle, flamme créole

http://www.dailymotion.com/swf/video/x6wgr6?additionalInfos=0Elle a attendu d’avoir 100 ans, le 22 avril 2010. La doyenne des comédiennes, Jenny Alpha, est morte ce 8 septembre à 13h à son domicile parisien. Femme-siècle, mademoiselle Alpha avait choisi le music-hall pour contourner la place étroite que laissait la période coloniale aux actrices noires. Elle tutoyait Césaire, dont elle était la compatriote et l’aînée… Elle rayonnait de son minois malicieux, verbe facétieux, esprit clairvoyant, entrain magnifique.

Rencontrée une première fois au début du XXIe siècle, à la Maison d’Amérique latine à l’occasion de la sortie du roman de Patrick Chamoiseau, Biblique des derniers gestes, elle nous confiait toute l’importance de cette haute parlure dans les lettres françaises. Elle semblait avoir dévorer le livre et les aventures de Balthazar Bodule-Jules comme si elle s’en nourrissait encore.

En Avignon, en 2004, elle était présente à la Chapelle du Verbe incarné de Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet, avec La Maison de Bernarda Alba dont le rôle titre était interprété par Nicole Dogué. Elle nous confiait toute l’amitié que lui avaient portée les surréalistes et en particulier le peintre dadaïste Picabia.

Sur la scène du théâtre de la MC 93, La Cerisaie de Tchekhov, mise en scène par Jean-René Lemoine l’a montrait comme un flamboiement ténu dans cette belle distribution.

Elle avait une certaine beauté d’âme.

Jenny Alpha, Une flamme Créole (Desroses/Oddos Réa)
envoyé par elgat08. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

Prix Wepler-Fondation La Poste, sélection 2010

La treizième édition du prix Wepler-Fondation
La Poste, qui sera décernée le 22 novembre 2010,
a sélectionné douze titres : 

  • Jacques Abeille, Les jardins statuaires (Attila)

  • Pierre Alferi, Après vous (P.O.L)

  • Lutz Bassmann, Les aigles puent (Verdier)

  • Thierry Beinstingel, Retour aux mots sauvages (Fayard)

  • Claro, CosmoZ (Actes Sud)

  • Christian Estèbe, Des nuits rêvées pour le train fantôme (Finitude)

  • Eric Faye, Nagasaki (Stock)

  • Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme (Actes Sud)

  • Alain Fleischer, Imitation (Actes Sud)

  • Thomas Heams-Ogus, Cent seize Chinois et quelques (Seuil)

  • Linda Lê, Cronos (Christian Bourgois)

  • Yves Ravey, Enlèvement avec rançon (Minuit)

Goncourt 2010, 1ère sélection

Calendrier : Deuxième sélection le 5 octobre. Troisième sélection : 4 novembre. Lundi 8 novembre : Attribution du Prix Goncourt 2010 : lundi 8 novembre 2010.

  • Olivier Adam, Le Cœur régulier, L’Olivier
  • Vassilis Alexakis, Le Premier Mot, Stock
  • Thierry Beinstingel, Retour aux mots sauvages, Fayard
  • Vincent Borel, Antoine et Isabelle, Sabine Wespieser
  • Virginie Despentes, Apocalypse bébé, Grasset
  • Marc Dugain, L’Insomnie des étoiles, Gallimard
  • Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Actes Sud
  • Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, Flammarion
  • Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont, Verticales
  • Patrick Lapeyre, La vie est brève et le désir sans fin, P.O.L
  • Fouad Laroui, Une année chez les Français, Julliard
  • Amélie Nothomb, Une forme de vie, Albin Michel
  • Chantal Thomas, Le testament d’Olympe, Seuil
  • Karine Tuil, Six mois, six jours, Grasset

Renaudot 2010, 1ère sélection

Catégorie Romans :

  • Le premier mot, Vassilis Alexakis (Stock)
  • Qu’as-tu fait de tes frères ?, Claude Arnaud (Grasset)
  • Amours et aventures de Sindbad le marin, Salim Bachi (Gallimard)
  • Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet, Antoine Bello (Gallimard)
  • L’ange des larmes, Jean-Claude Bologne (Calmann-Lévy)
  • Dans la nuit brune, Agnès Desarthe (L’Olivier)
  • Apocalypse bébé, Virginie Despentes (Grasset)
  • Le jour où le ciel s’en va, Jean-Philippe Domecq (Fayard)
  • Le siècle des nuages, Philippe Forest (Gallimard)
  • La carte et le territoire, Michel Houellebecq (Flammarion)
  • La vie est brève et le désir sans fin, Patrick Lapeyre (P.O.L)
  • Fruits et légumes, Anthony Palou (Albin Michel)
  • Les assoiffées, Bernard Quiriny (Seuil)
  • Une soirée au Caire, Robert Solé (Seuil)
  • Le jour du roi, Abdellah Taïa (Seuil)


Catégorie essais :

  • L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui (Gallimard)
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig (Grasset)
  • L’odyssée Cendrars, Patrice Delbourg (Ecriture)
  • Les Emiles de Gab la Rafale : roman électronique, Gabriel Matzneff (Léo Scheer)
  • Le crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne, Michel Onfray (Grasset)
  • Tony Duvert : l’enfant silencieux, Gilles Sebhan (Denoël)
  • Maurice et Jeannette : biographie du couple Thorez, Annette Wieviorka (Fayard)

Les Lettres françaises sur l’Algérie

Pour son numéro de rentrée, mis en vente ce samedi 4 septembre avec L’Humanité, le cahier Les Lettres françaises (ancien directeur Louis Aragon), consacre un numéro à l’Algérie d’aujourd’hui en partenariat avec Algérie News. Ce numéro est publié la semaine prochaine en Algérie, en français et en arabe, par El Djazaïr news.

L’étrangère

Texte d’Aragon, chanté par Léo Ferré, Yves Montand, etc.

Il existe près des écluses
Un bas quartier de bohémiens
Dont la belle jeunesse s’use
A démêler le tien du mien
En bande on s’y rend en voiture
Ordinairement au mois d’août
Ils disent la bonne aventure
Pour des piments et du vin doux

On passe la nuit claire à boire
On danse en frappant dans ses mains
On n’a pas le temps de le croire
Il fait grand jour et c’est demain
On revient d’une seule traite
Gais sans un sou vaguement gris
Avec des fleurs plein les charrettes
Son destin dans la paume écrit

J’ai pris la main d’une éphémère
Qui m’a suivi dans ma maison
Elle avait les yeux d’outre-mer
Elle en montrait la déraison
Elle avait la marche légère
Et de longues jambes de faon
J’aimais déjà les étrangères
Quand j’étais un petit enfant

Celle-ci par-là vite vite
De l’odeur des magnolias
Sa robe tomba tout de suite
Quand ma hâte la délia
En ce temps-là j’étais crédule
Un mot m’était promission
Et je prenais les campanules
Pour les fleurs de la passion

A chaque fois tout recommence
Toute musique me séduit
Et la plus banale romance
M’est l’éternelle poésie
Nous avions joué de notre âme
Un long jour une courte nuit
Puis au matin bonsoir madame
L’amour s’achève avec la pluie