L’Algérie, inépuisable source de réussites littéraires pourtant délaissée par les prix d’automne

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Jérôme Ferrari a écrit un livre admirable, à l’écriture d’une puissance implacable, au titre sans rémission, Où j’ai laissé mon âme, et publié par Actes Sud.

Mathieu Belezi, avec C’était notre terre, (Albin Michel) vient de remporter le prix des lecteurs du Livre de poche 2010. Autre roman inouï, qui fait du lecteur le confident captif de destinées fracassées.

Anouar Benmalek, humble et courageux lettré, avait marqué les esprits avec son Rapt, roman d’envergure que Fayard édita il y a peu.

Alors que Xavier Beauvois avec son film Des hommes et des dieux est devenu lauréat d’un prix important, ces trois romans magnifiques n’ont pas eu l’heur de plaire aux grands jurys d’automne, excepté le prix Roman France Télévisions.

Tous ont l’Algérie au cœur, blessé, meurtri, l’avivant comme une cicatrice inconsolable.

Liliana Lazar, Prix des cinq continents de la Francophonie 2010

Le Jury du Prix des cinq continents de la Francophonie, réuni le 27 septembre au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Paris, a désigné la Roumaine Liliana Lazar comme lauréate 2010 pour son premier roman Terre des affranchis (Ed. Gaia, Paris, 2009), considéré par le jury comme « un conte cruel, politique et métaphysique où, dans la lutte entre le bien et le mal, devant la brutalité des faits, il n’y a pas de rédemption ».

Pour une Europe de la civilisation (Serge Letchimy, Patrick Chamoiseau)

A l’occasion de la discussion du « projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité » ce mardi 28 septembre à l’Assemblée nationale, Patrick Chamoiseau nous fait parvenir ce texte du député de la Martinique et Président du Conseil Régional, Serge Letchimy :

POUR UNE EUROPE DE CIVILISATION

Par M. Serge LETCHIMY
Député et Président du Conseil Régional de la Martinique.

C’est toujours au nom du réalisme économique –– tant il est vrai que l’économique est devenu le seul réalisme envisageable –– que l’on va vers le démantèlement des services publics. C’est encore au nom du réalisme que l’on met en œuvre l’involution sociale dont a besoin le tout-profit capitaliste. C’est encore en son nom que, pour mieux saccager le principe des retraites, l’on s’écarte de la démocratie au cœur même du Parlement, ou que l’on sacralise le tout-sécuritaire selon des modalités qui portent bien mieux atteinte aux libertés fondamentales qu’elles ne renforcent une quelconque sauvegarde. Je constate enfin que c’est au nom du réalisme que l’on farfouille sans précaution dans les bas-fonds du populisme.

Dès lors, comme c’est un « Ministère de l’identité nationale » qui s’occupe de l’immigration –– tel un système immunitaire s’inquièterait d’une invasion de virus –– je ne m’étonne pas de voir surgir les « nationalités révocables », la diabolisation de ce qui se rattache à l’Islam, ou que l’on ranime la punition collective en ce qui concerne les Roms ; et qu’enfin, sous prétexte d’une transposition urgente des directives européennes, l’on couronne tout cela par une triste loi sur l’immigration qui rapproche la xénophobie de l’inspiration des politiques publiques.

Bien entendu, les commentateurs vont parler de stratégie électorale pour regagner les électeurs de l’extrême droite. Ils vont y déceler une manœuvre pour susciter une dynamique d’unité de la droite française dans la perspective des élections présidentielles de 2012. Je veux bien que par ces gloses politiciennes, l’on banalise ce qui se déroule sous nos yeux consternés. Mais j’ai la faiblesse de penser que, lorsque la politique s’éloigne à ce point de la mesure, on ne se trouve plus dans un quelconque « art politique » dont pourrait s’enorgueillir un nouveau Machiavel.
Il y a là, et je le dis avec tristesse, l’irruption d’un « système » mortifère.
Un système que la majorité au pouvoir croit pouvoir manœuvrer, mais qui crée de telles abdications dans ce que ce pays a de plus essentiel, qu’elle se retrouve en fin de compte, comme durant de bien sombres périodes, prisonnière d’un enfer qui en la possédant risque de nous détruire tous. Tout « système » prend son autonomie. Le calcul politique initial est très vite dissipé, et la mise à mal des droits fondamentaux tend à constituer une finalité folle. L’instrument du tout-sécuritaire, replié sur lui-même, devient une inquiétante valeur de société que personne n’est assuré de pouvoir transformer en bénéfice électoral.

La vie démocratique a cela de terrible qu’à tout moment, elle nous met en face de bifurcations parfois anodines, parfois spectaculaires, mais toujours déterminantes. Ces possibles incessants constituent sa richesse mais aussi, hélas, sa grande fragilité. C’est pourquoi nous devons tenter de la vivre avec l’éthique la plus scrupuleuse, en sorte que si l’on se trompe, on n’aura alors commis que de simples erreurs politiques, mais sans jamais avoir déserté la rive étroite des valeurs humaines qui borde les grands abîmes.

L’Europe s’est tellement livrée à l’économique et à la toute puissance du « Marché », quelle en oublie le Politique, c’est-à-dire de veiller à la sauvegarde en toutes circonstances de l’égale dignité de tous. Bien sûr, les grands principes ont été proclamés, mais, pour prendre un triste exemple en ce qui concerne les migrations –– et c’est celui des Roms –– l’Europe semble avoir oublié que les cultures nomades font partie de ses richesses culturelles fondatrices, comme elles font partie des richesses culturelles fondatrices des humanités tout entières. Une Europe qui n’a rien à proposer à des européens qui ne demandent qu’à circuler librement, à disposer de lieux décents qui puissent les accueillir, est une Europe qui s’empoisonne elle-même !

Une Europe qui sacralise le « Marché », et qui fait mine d’oublier que le monde est malade d’un déni de justice dans la production, la répartition des richesses, la concentration de bénéfices extravagants, les foudres de la spéculation et de la finance, et que ce libéralisme déchaîné condamne des millions de personnes à la paupérisation, aux cycles de la famine, à l’exclusion criminelle, aux violences, et surtout aux migrations désespérées, est une Europe qui se condamne aux implosions subites qu’ont connu les empires repliés sur eux-mêmes !

Et si l’Europe sociale n’est plus qu’une idée à moitié oubliée, celle qui se montre aujourd’hui la plus dynamique –– au cœur même de la libre circulation des capitaux et marchandises –– est celle ou la xénophobie d’Etat cherche à s’installer. Partout, on stigmatise l’étranger comme porteur de menace, on criminalise les séjours irréguliers nés d’immigrations hagardes. Partout on dresse des camps de rétention selon des procédures expéditives, en neutralisant le contrôle des juges et les voies de recours. Partout, on invalide les regroupements familiaux, on diabolise les mariages mixtes, on militarise les frontières, on oublie le droit d’asile et on en rejette l’essentiel des demandes. Partout, on crée des délits de solidarité avec des immigrants aux abois et qui demandent de l’aide…

Et donc, cette loi que le Parlement s’apprête à examiner et qui se dit relative « à  l’immigration, à l’intégration et à la nationalité », devrait plutôt s’appeler « loi contre l’immigration, contre l’intégration, contre tout accès décent à la nationalité française » ! Elle parachève, et même aggrave, un système mortifère européen qui semble prendre son autonomie, selon une logique qui nous éloigne des valeurs de la République et de la dignité qui est due à tous les membres de la famille humaine. Le champ de bataille qui va s’ouvrir au Parlement, doit être abordé à cette échelle et avec ce niveau d’exigence. Tout compromis pseudo-réaliste sera inacceptable car il ouvrirait la porte à une France en rupture de fondements, et à travers elle, à une Europe livrée au système de la profitation globale.

Ce débat fera partie de la lutte pour un monde différent. Du combat de tous pour une alternative digne de l’esprit de justice et de solidarité qui régnait dans le monde après les horreurs des grandes guerres, et qui a donné naissance à la déclaration de Philadelphie en mai 1944, aux accords de Bretton Woods, à la création de l’Organisation des Nations Unies, et enfin, en 1948, à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Revenant de l’horreur, ces hommes avaient deviné que l’humain risquait de devenir une sorte de « matériel », soumis aux logiques économiques ou idéologiques qui prenaient leur redoutable autonomie. Cet esprit de solidarité et de justice sociale ambitionnait de réguler le monde et de protéger les peuples. Il s’est aujourd’hui dissous dans un carcan économique mondial où l’humain n’est plus qu’une « variable d’ajustement » dans les roues dentées du profit sans limites et d’une économie soumise à la finance.

Refuser cette loi française au profit d’une refondation complète des politiques d’immigration, aiderait l’Europe à découvrir qu’elle peut être autre chose qu’un empire de puissance solitaire, de sociétés de marchés, de banquiers et de financiers sans vergogne.  Cela l’aiderait à s’ériger en une Europe de civilisation qui se rappellerait que la plus terrible des barbaries est toujours intérieure ; que ce qui menace l’humanité, c’est justement cette inhumanité qui lui est indissociable, et que l’on retrouve si virulente dans ses directives sur l’immigration ou dans les conditions générales faites aux immigrants et aux cultures nomades.

L’Europe a su se construire par-delà d’épouvantables guerres mondiales. Elle a su dégager des valeurs de paix et de fraternité de ces abîmes que constituèrent la colonisation du monde, la Traite et l’esclavage des nègres, la déchéance des colonisés, la Shoah et les camps de concentration…. Une telle trajectoire autorise à penser qu’elle saura se sortir de la barbarie du « Marché » et des fureurs de la finance. Il est temps quelle s’attelle à la construction d’un espace mondial régulé par une gouvernance de partage, de justice et d’échanges équitables.

J’entends la vieille antienne disant que la France ou l’Europe ne peuvent accueillir, ni recueillir, toute les misères du monde ! Cela semble de bon sens. Mais dans ce monde soumis aux brutalités libérales, pour ne pas rencontrer de misères ou se confronter d’une manière ou d’une autre aux dénuements extrêmes, il faudrait soit s’isoler du monde (comme tente de le faire cet angoissant « Ministère de l’identité nationale »), soit s’éjecter de la planète elle-même !

Tant qu’une gouvernance mondiale, traitant globalement de ces questions d’immigration, de nationalités, de cultures nomades, ne sera pas mise en place ; tant que des régulations internationales justes et équitables n’existeront pas avec de vrais moyens opposables à tous, chacun des pays riches se doit d’être solidaire de toutes les misères que son histoire ou sa géographie fera converger vers lui !
C’est une question d’honneur. Une sommation éthique. C’est aussi le prix à payer pour que la volonté politique surgisse, que l’indispensable hauteur se prenne, et que les misères du monde deviennent l’affaire de tous dans un monde qui relèverait de la responsabilité de tous ! Toute autre attitude n’est que le masque bien-pensant de la vieille barbarie !

Serge LETCHIMY

Prix roman France Télévisions, sélection 2010

Le prix roman France Télévisions sera décerné le 5 novembre par un jury de 21 lecteurs-téléspectateurs, qui choisiront parmi une sélection de six ouvrages :

Anne Berest, La fille de son père (Seuil),

Robert Bober, On en peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux (P.O.L),

Marc Dugain, L’insomnie des étoiles (Gallimard),

Eric Faye, Nagasaki (Stock),

Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme (Actes Sud),

Claude Louis-Combet, Le livre du Fils (José Corti).

Les vingt-et-un lecteurs ont été choisis sur lettre de motivation parmi un millier de candidatures.

100 000 euros pour les artistes haïtiens

La vente aux enchères en faveur des artistes haïtiens organisé ce 23 septembre a récolté 100.000 €. Le fruit de la vente Haïti Action Artistes sera destiné à construire une coopérative sur un terrain existant où les artistes pourront travailler, trouver du matériel et recevoir une formation, sous le contrôle de la Maison des Artistes.
Les artistes les plus connus ont fait les prix attendus : Jean Jacques Lebel  6500€, Ernest Pignon Ernest 3400€, Jean Rustin 5000€, Fromanger 4000€, Télémaque 2200€, Antonio Ségui 3500€.
D’autres moins célèbres créaient la surprise telle cette œuvre de Roger Suraud partie à 1500€ sur une estimation très raisonnable de 200€.
L’œuvre d’Elodie Barthélémy qui avait fait la couverture de Libération le 15 janvier 2010 et avait servi au logo de l’opération partait à 3.200€. Elle était achetée par la communauté haïtienne en France très active durant la vente.

Patrick Saint-Éloi, un hommage de G. Delver et P. Chamoiseau

Après la mort à 52 ans de Patrick Saint-Éloi, chanteur du groupe Kassav, un hommage par Gérard Delver et Patrick Chamoiseau, publié par Madinin’Art  :

« Il y a d’abord le respect dont il faisait preuve à l’égard de tous.
Puis sa bonté.
Puis sa simplicité.

Puis cette humilité qui faisait partie de son talent, en intensité, en force et en fragilité.
 Il y a encore, l’absence de renoncement, ou de désengagement, dans une vie qu’il a voulu mener en solitaire pour mieux être solidaire.

Ce qui nous reste, c’est cette célébration constante de sa terre, de son pays et de son peuple. C’est son inclinaison naturelle à associer aux rythmiques de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane, les mélodies et harmonies de toute la Caraïbe et des autres faces du monde ; comme si, dessus la base féconde de la polyrythmie du zouk, pouvait se capter et se vivre au mieux ce que nous sommes : des identités enracinées mais ouvertes, opaques mais tellement claires d’amour, de danse, d’amitié, de la joie et de la douleur du vivre…

Ce qui nous reste, c’est cette langue créole menée vers les intensités de la douceur la plus extrême, exaltée dans les célébrations du sentiment, forcée d’accorder son éclat aux labyrinthes des vieux lenbé.

Ce qui nous reste, c’est la langue créole soudain capable d’exprimer ce que les hommes d’ici savent si peu exprimer : le désarroi, la tendresse, la mélancolie, notre fragilité en face des grands soleils de l’émotion, et de la puissance des femmes.

Nous reconnaissons-là, au coeur même du créole, de sa culture et de sa langue, un tressaillement lyrique considérable.

Mieux qu’une réussite : une source singulière qui fera de son passage parmi nous un événement aussi impérissable qu’une floraison de flamboyants.

Patrick St Eloi nous a chanté la vie.
 Et de savoir que nous ne le verrons plus danser avec nous, parmi nous, fait partie de ces peines sans remèdes qu’il avait su nous faire chanter.
 »

Bookcrossing latino… « le jour B »

« Lâchers de livres » dans le cadre de cette journée du printemps et de la « bibliodiversité »… une manifestation imaginée par le réseau hispanophone de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants autour de l’éditeur argentin Guido Indij

Des rencontres littéraires, des animations en partenariat avec des librairies indépendantes, des débats et des conférences dans des parcs avec des auteurs ou encore des “lâchers de livres” dans l’espace public devaient marquer, mardi 21 septembre, la première Journée internationale de la bibliodiversité lancée en Amérique latine à l’initiative d’éditeurs d’Argentine, de Bolivie, du Chili, d’Uruguay, du Mexique et de Colombie.

Un bookcrossing latino ?

Voir le site El dia B