Lannion, tout un poème

Depuis vingt ans, la ville de Lannion (Côtes-d’Armor) réunit des poètes au printemps. Nous avons rencontré trois d’entre eux à l’occasion de la vingtième édition de Il fait un temps de poème.

Lannion est une ville d’estuaire du Nord-Bretagne, propice aux rencontres, organisées par l’un des rares poètes professionnels de France, Yvon Le Men.

En quelques mois, ce jeune poète de 60 ans publie une anthologie : Il fait un temps de poème, vol. 2 (Filigranes), un recueil de poèmes écrits en Haïti : Sous le plafond des phrases (éditions Bruno Doucey), un livre d’entretien avec Cypris Kophidès : La langue fraternelle (édition Diabase) et un recueil de nouvelles : Existence marginale mais ne trouble pas l’ordre public (Flammarion).

Souleymane Diamanka et Julien Barret sont les auteurs du livre Écrire à voix haute : rencontre entre un poète et un linguiste autour de la poésie orale d’aujourd’hui, préface de Dominique Boudou (L’Harmattan).

Alexis Gloaguen est l’auteur de deux titres de poésie narrative chez Maurice Nadeau : Les Veuves de verre et La Chambre de veille.

Congo, vraie histoire, mauvais procès

Alors que Congo, une histoire, de David Van Reybrouck est un essai magnifique, multi-primé (il l’était encore lundi 8 avril 2013, comme raconté par Papalagui), qu’il est un modèle d’enquête et de connaissance, qu’il rend hommage à quelques-uns des cinq cents témoins rencontrés par l’auteur au cours de six années de travail, il est la cible d’un curieux procès. Ou plutôt sa couverture. Ou plutôt celle de Congo. Een geschiedenis, puisqu’il s’agit de l’édition originale qui est en cause, ou plutôt de la photo de sa couverture.

Les ayants droit d’Etienne Nkazi-A-Kanda-Ndotepelo, l’homme qui figure sur la couverture de l’ouvrage [l’un des dédicataires, aujourd’hui décédé], ont réclamé jeudi devant le tribunal de première instance de Bruxelles la condamnation de l’auteur, du photographe Stephan Vanfleteren et de la maison d’édition De Bezige Bij pour l’utilisation sans autorisation de son image. Ils estiment en outre que le cliché est « blessant et injurieux » (agence de presse Belga, rapportée par Le Vif).

Selon ses héritiers « Étienne Nkazi avait accepté d’être photographié, mais il n’avait jamais donné son accord pour que les clichés soient utilisés, encore moins en couverture. Ils estiment également que la photo choisie est injurieuse pour les Congolais et qu’elle renforce l’image du « pauvre Africain » [sic].

L’avocat de l’auteur, du photographe et de la maison d’édition, Me De Bleeckere, avance que M. Nkazi avait « au moins implicitement » donné son accord. « Le shooting s’est déroulé de manière professionnelle. Les clichés devaient par ailleurs être conformes aux standards occidentaux et non aux congolais ». La défense a ajouté que les plaignants n’avaient en outre pas pu prouver qu’ils étaient les héritiers de M. Nkazi.

Le tribunal rendra sa décision le 16 mai.

La photographie de la couverture de l’édition française, chez Actes Sud, qui représente un anonyme, n’est pas en cause.

Pour prolonger le plaisir de lecture, on préfèrera le document produit par l’éditeur néerlandais, De Bezige Bij : « Congo. Een geschiedenis  », film documentaire de 15’31, sur les rencontres de David Van Reybrouck avec quelques-uns des grands témoins interviewés lors de son enquête au RD Congo. Parmi eux des anciens combattants, une religieuse, une journaliste culturelle, des musiciens, un cameraman : Augustin Mfukidi, Martin Kabuya, Apolline Lemole, Jean Lema, Pierre Yantula, Armand Mwango, Isidore Kabongo, Bibish Mumbu :

Congo. Een geschiedenis from thibault judicq on Vimeo.

 

Le hérisson est plus piquant que la harissa

« Le hérisson est plus piquant que la harissa », nous dit ce titre des Nouvelles Hybrides, à propos du livre de Jean Zéboulon & Zaven Paré, Bestiaire pour les jours de cafard, édité par Harpo & (Pierre Mréjen). Et que mon ignorance jusque là ne m’avait pas permis de découvrir. Mais que ma curiosité alors saisie a rapproché d’une édition antérieure, au Seuil, que certains sites de vente proposent à près de 300 €… Or l’édition de chez Harpo & est superbe, composée sur linotype et gravée sur bois, aux pages non coupées. De l’édition grand art pour petites pépites où le jeu de mots devient magique, le calembour, geste de troubadour ou art poétique : « le ver de terre sous le bleu du ciel ».

« Congo, une histoire », de David Van Reybrouck, Prix Aujourd’hui 2013

(c) Stephen Vanfleteren

Congo, une histoire (Actes Sud), de David Van Reybrouck, l’un des meilleurs livres de l’année 2012, déjà plusieurs fois primé, est récompensé par le Prix Aujourd’hui, doté cette année de 45 000 euros par François Pinault, ancien président du groupe PPR (qui sera bientôt rebaptisé Kering) et grand collectionneur d’art, qui a décidé lundi de porter sa dotation de 25 000 à 45 000 euros. Selon l’AFP, « Grâce à ce nouveau prix, l’auteur pourrait éventuellement trouver un moyen de le distribuer au Congo. »

Christophe Bataille et Rithy Panh avaient reçu le prix en 2012 pour L’élimination (Grasset).

Voir le reportage chez David Van Reybrouck, dans Papalagui, 31/12/12.