Insomnie
tic tac tic tac
temps liquide
Insomnie
tic tac tic tac
temps liquide
Galaxie de nuages
le temps a une couleur d’huître
j’embarque

Le poète Nicolas Grenier se demande : « Faut-il écrire des haïkus au XXIe siècle ? », le haïku, cette « amusette »… « car ils ne sont pas de la poésie, mais des vers de mirliton, comme un sushi que l’on ingurgiterait dans un fast-food chinois », nous dit l’auteur de Quant à Saint-Germain-des-Prés, trente et un tanka sur la main d’après. (2011)
https://www.actualitte.com/article/tribunes/faut-il-ecrire-des-haikus-au-xxie-siecle/97876

La vie en noir et blanc
d’un escargot
qui se rêve en caméléon
إنَّ الحياة بالأبيض والأسود
من الحلزون
حلمه هو أن يكون حرباء
[merci 五島高資]
Alebrijes
merveille de la chose et du mot
le Mexique est un lexique

Bouquet d’automne
Que les feuilles d’automne
sont belles !
باقة خريف
ما أجمل
أوراق الخريف !
🍁🍁🍁
Métro Place d’Italie
un homme chie debout
et la puanteur se jette sur lui
Un baiser
forcément éphémère
fracasse le temps
إنها قبلة
ستختفي بالضرورة
و ستحطم الزمان

Pour certains — ce n’est pas une loi.
À l’heure où le sommeil
est juste, quasiment sacré,
certains ne dorment pas.
Ils scrutent — et dans le plus
secret des pétales, ce n’est pas toi !
Pour certains — ce n’est pas un code :
à l’heure où toutes les lèvres
ont la sécheresse des dernières discordes —
certains ne boivent pas :
ils s’absorbent — le poing
fermé — dans les sables !
Pour certains, sans grimaces —
la vie est chèrement donnée.
Écrit à Berlin le 25 juin 1922 par Marina Tsvétaïéva (1892 – 1941) et publié dans Insomnie et autres poèmes, édition de Zéno Bianu, Gallimard, NRF poésie, 2015.
Marina Tsvétaïéva met fin à ses jours (par pendaison), à l’âge de 49 ans, le 31 août 1941 à Elabouga, en Tatarie.
… car même dans le dernier hoquet je resterai poète (décembre 1920)
Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,
Je connais ce mystère sourd-muet
Que dans la langue menteuse et noire
Des humains — on appelle la vie.
[Le ciel brûle, 1913]
Ma dernière cendre sera plus chaude que leurs vies
[Vivre dans le feu, Confessions]
Légère est ma démarche,
– Ma conscience est légère –
Légère est ma démarche,
Ma chanson est sonore –
Dieu m’a mise seule,
Au milieu du monde ;
– Tu n’est point femme mais oiseau,
Alors – vole et chante.
[Le ciel brûle]
Je sais qui je suis : Une danseuse de l’âme.
[Vivre dans le feu, Confessions]
A lire, le beau livre que lui a consacré Vénus Khoury-Ghata : Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga, Mercure de France