Haïku d’automne

Le Haïku est un poème que les lettrés japonais ont rendu célèbre, sous la forme de trois vers de 5, 7 et 5 pieds (que la traduction ne respecte pas forcément). Or les saisons et leur observation sont propices à l’exaltation de la nature.

Exemple chez le peintre-poète Buson (1715-1783) :

Foulant les feuilles dorées du ginkgo
Le gamin tranquillement
Descend la montagne

Le ginkgo biloba, surnommé  » l’arbre aux 40 écus « , réputé pour sa résistance, peut d’ailleurs nous servir à créer un autre haïku :

Ginkgo 40 écus d’or

Or est sa couleur

Survivant d’Hiroshima

Ginkgo leaf (photo Cor Kwant)

Césaire, l’empreinte

Quel Césaire étrange et chenu apparaît dans le documentaire Aimé Césaire : Un nègre fondamental de la collection Empreintes de France 5 ! Ce 6e numéro (sur 120) est diffusé vendredi 9 novembre à 20h40, rediffusion le 11 à 9h45. Un Césaire comme un vieillard fraternel et fier. Exemple incarné de la parole du Victor Hugo des Misérables :  » C’était, on s’en souvient, un de ces vieillards antiques qui attendent la mort tout droits, que l’âge charge sans les faire plier, et que le chagrin même ne courbe pas.  »

François Fevre, l’auteur du film, est venu trop tard. Images connues d’un Aimé Césaire dignement et toujours costumé-cravaté, dans son bureau de l’ancienne mairie de Fort-de-France, dans son auto lors de sa ballade quotidienne, ou encore pendant son 94e anniversaire, le 26 juin dernier, fêté par la belle chanson griotte d’une admiratrice sénégalaise. Césaire public en somme. Mais pas de Césaire chez lui.

Images d’archives moins connues ou ignorées montrant Césaire jeune député entrant à l’Assemblée, faisant la leçon sur l’impossible devise Liberté, parité, fraternité, pour achever de convaincre un insensé que l’Egalité n’a pas de synonyme ou que la Liberté ne supporte pas l’épithète. Césaire discourant sur la négritude, soit doctement à en être incompréhensible, soit invité à Miami et jugeant -avec lucidité- lourd le mot carcan.

L’ensemble apparaît comme une réalisation patchwork, honnête, mise à l’épreuve par une personnalité sans tropisme pour les médias. On est forcément attendri. Et admiratif devant la trajectoire -commentaire dit par Anny Duperey- et la portée visionnaire des propos de l’auteur de Cahier d’un retour au pays natal,comme devant l’influence panafricaniste de ses idées lorsqu’il apparaît à la tribune du premier Congrès des écrivains et artistes noirs, réuni à la Sorbonne en 1956.

En revanche, ce qui souffre du traitement décousu de son itinéraire intellectuel et politique, c’est la densité de l’homme et de l’oeuvre poétique. Le Cahier est juste mentionné. Aucun extrait n’est lu (Pourquoi se passer de la belle prestation scénique de Jacques Martial ?). Pourtant la belle présence vocale de Jean-Michel Martial (lecteur des extraits de textes) fait à chaque fois tendre l’oreille, tant le ton est juste. De même François Fevre a préféré un extrait de La Tempête à La Tragédie du Roi Christophe. D’ailleurs le mot  » Haïti  » n’est pas mentionné, à aucun moment. Grande est l’absence des admirateurs de Césaire, Senghor n’est pas entendu, Sartre et Breton ne sont pas mentionnés.

Malgré son empathie chaleureuse, François Fevre vient tard : l’homme et son oeuvre ne se réduisent pas à un vieillard fraternel et fier. Ce rebelle en poésie, ce grammairien de la politique dont Lilyan Kesteloot écrivait en 1962 (Aimé Césaire, collection Poètes d’aujourd’hui, chez Seghers) :

 » Je ne vois pas dans l’histoire de la littérature française une personnalité qui ait à ce point intégré les éléments aussi divers que la conscience raciale, la création artistique et l’action politique. Je ne vois pas de personnalité aussi puissamment unifiée et à la fois aussi complexe que celle de Césaire. Et c’est là, sans doute, que réside le secret de l’exceptionnelle densité d’une poésie qui s’est, à un degré extrême, chargée de toute la cohérence d’une vie d’homme. « 

Alabama song, le brio d’un écrivain

Alabama song

Il était le favori de François Nourissier. Gilles Leroy vient de remporter le prix Goncourt 2007 pour Alabama song (Mercure de France). Comme rarement un livre n’était autant présent sur les listes des prix littéraires de la rentrée. Cela fait de la place pour les autres candidats au Médicis et au Renaudot (remporté par un écrivain consacré mais pas sur la liste, Daniel Pennac, pour Chagrin d’école [Papalagui, 29/10/07]). Leroy est encore en lice pour le prix roman France Télévisions.

Alabama song est le portrait émouvant et tragique de Zelda Sayre, futur Mrs. Francis Scott Fitzgerald. Elle est fille du Juge, notable du Grand Sud, où courent les préjugés racistes en ce début de siècle, un  » cloaque de chic «  selon Zelda, héroïne magnifique, amoureuse malgré la souffrance de cet amour qu’elle endure… Scott  » sous l’emprise – l’empire – «  duquel elle sombrera.

Le mot qui vient à la lecture du roman : brio de l’auteur qui sait donner de l’épaisseur aux sentiments, comme un écrivain de talent, doué mais travailleur. Il alterne les chapitres où son personnage décrit ses états d’âme, ses tourments, la psychologie fine qu’elle a a des hommes et les chapitres où plus âgée elle se confie à chacun des nombreux psy. qui l’ont suivie  » Il a choisi les plus renommés des psychiatres. Ainsi restons-nous entre célébrités.  » :

 » Vous étiez trop jeune, docteur, vous ne pouvez pas vous imaginer, à nous voir décatis aujourd’hui et tombés dans l’oubli, comme nous étions célèbres, l’idole et moi – « son Idéale », disaient les chroniqueurs mondains.  »

Scott et son homosexualité progressivement révélée. Amour-haine aux liens savamment évoqués, composés d’un usage subtil des dialogues, descriptions, réminiscences, notations sur l’enfance, ses espoirs fous et sans vergogne :

 » Scott aimait sa roulure aristo, sa crottée à l’esprit cinglant, sa meilleure alliée sur la couverture des magazines. Scott, ce qu’il aimait et désirait, c’était sa Southern Belle. pas un travelo dans le miroir.  » 

et, vers la fin d’un roman qu’on sent porté par l’admiration et l’amour de son auteur pour son personnage, qui l’écrit en partie ce roman :

 » On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c’est juste l’inverse : notre folie nous unissait. C’est la lucidité qui sépare. « 

Goncourt à Paris, rentrée littéraire en Haïti

Gilles Leroy est le lauréat du Goncourt 2007 pour Alabama Song (Mercure de France). Au même moment, Haïti entreprend sa  » rentrée littéraire « . Une belle coïncidence qui ne surprendra en rien sur l’écart Nord/Sud quant à l’accès à la culture écrite. Ne dit-on pas  » A Paris, des parterres de livres ; à Bamako, des livres par terre (allusion aux  » librairies par terre « , improvisées à même le sol, et… au prix prohibitif du livre) ?

Pour le Goncourt, cinq écrivains étaient en lice : outre Gilles Leroy, Olivier Adam (A l’abri de rien, L’Olivier), Philippe Claudel (Le rapport de Brodeck, Stock), Clara Dupont-Monod (La passion selon Juette, Grasset), Michèle Lesbre (Le canapé rouge, Sabine Wespieser). 

L'Édition du jour

Le même jour, Haïti entreprend sa  » rentrée littéraire « , pour la deuxième année consécutive, rapporte le quotidien Le Nouvelliste du 31/10/07. C’est un événement récent et d’un autre enjeu que le Goncourt. Une dizaine d’écrivains sillonneront les quartiers de la capitale  » à la rencontre des générations « , selon le thème affiché cette année. Une quarantaine de titres sera distribuée dans les bibliothèques de quartier.

 

Cette rentrée est maintenue, malgré le contexte : les conséquences du passage de la tempête tropicale Noël (48 morts, 15 disparus, 3 528 familles sinistrées selon l’agence Alterpresse). Le Nouvelliste du même jour titre  » Village de Dieu vit l’enfer après Noël « .  Village de Dieu est le nom d’un bidonville de Port-au-Prince (photo). Ses habitants oscillent entre l’abattement et la colère contre les autorités, à lire le reportage édifiant de Jean Max St Fleur et Victor Jean Junior.

Dans un autre article du quotidien, Marc Exavier, poète et directeur d’Actions pour la lecture (APOLECT), a révélé les résultats d’une enquête sur le livre et la lecture auprès de quelques groupes d’écoliers dans le pays. Selon l’auteur de Soleil Caillou Blessé,  » beaucoup de ces écoliers ne peuvent pas faire de différence entre le titre d’un ouvrage et le nom de son auteur « . Le poète fait le triste contat, rapporte Le Nouvelliste, que   » l’école haïtienne fabrique des illettrés « .

Rapido

Or d’automne, douce humidité

Au cinéma de quartier, près du canal

Scupteurs haïtiens vidéastés par Maxence Denis

 » La diversité dans l’unité « , dit André Eugène .

Langue créole, sous-titres anglais.

Anne Lescot, filmée, primée. 

 » Des Hommes et des Dieux « 

Tabous caribéens.

De l’autre côté du canal, un café.

Ambiance PMU affairé. Jeux de hasard.

Un acteur du Français (eh oui !) joue au Rapido.

Grille 104, grille 105, grille 106.

Chance 1, chance 2, chance 1, chance 2.

 » Restez maître du jeu, fixez vos limites « , intime l’écran vidéo.

Un homme en bleu, petite bosse sur le dos

vient jouer aux courses.

 » Je le joue non partant ! « , lance-t-il à la patronne.

Il ajoute (jeu de mots pour la cantonade, rieuse) :

 » Moi aussi je suis non partant « .

Clin d’oeil. Il reste (au café).

Une femme en rouge, petite bosse sur le dos,

vient à le croiser.

Lui est au comptoir, journal, café.

Elle glisse en fond de salle.

Un homme :  » J’ai 62 ans, il m’en reste 8 « .

62 + 8 = 70.

Le compte est bon.

Rapido.

Un Silo de livres océaniens (2)

 © Photo Xavier Heyraud, Les Nouvelles calédoniennes.

 » L’oralité ne s’oppose pas à l’écrit « , titrent Les Nouvelles calédoniennes à propos du Silo, le Salon du livre océanien qui continue son rassemblement extraordinaire à Hienghène, commune naguère de Jean-Marie Tjibaou et aujourd’hui de Daniel Fisdiepas. Au-delà du cliché oral/écrit, relayons l’enthousiasme évoqué par le quotidien sur le slam et la parole kanak…

 » Lors de l’ouverture du salon, Paul Poigoune (photo ci-contre), vice-président de la province Nord a terminé son intervention « en partageant un élément majeur du patrimoine kanak, qui, en soi, constitue une performance vocale de récit : les discours généalogiques », écrit l’envoyé spécial Xavier Heyraud.

« C’est avant tout un discours rituel qui raconte les migrations et les formations de nos entités interclaniques. Ces discours ont vocation à instaurer un devoir de mémoire, d’histoire. Avec une musicalité de récit et une gestuelle précise, le discours généalogique comporte, en dehors de son symbolisme identitaire et culturel, des formes ancestrales d’expressions artistiques et spectaculaires. Le récit généalogique est une vision du monde qui détermine le rôle des hommes et leur place dans l’organisation sociale kanak. Il décrit le mouvement d’un peuple libre, égalitaire, démocratique, qui se compose, décompose et redécompose en permanence. Apparemment, les jeunes générations ont trouvé le slam, un mode récital tout à fait à leur mesure pour dire leur compréhension du monde qui les entoure et exprimer leurs attentes. Nous avons la responsabilité de rappeler aux jeunes kanak les efforts considérables que nous fournissons pour sauver nos langues. Alors pourquoi pas à travers ces nouveaux modes d’expression ? »

Le salon du livre de Paris, en son édition de mars 2006, présentait en un très bel ensemble un stand océanien magnifique. Payé par les deux gouvernements, calédonien et polynésien, ce stand nous a révélé, entre autres surprises, un slameur de première, Paul Wamo. Sûr qu’à Hienghène, ce poète des îles Loyauté a dû faire des émules. De quoi resserer les liens entre îiens et terriens…

© Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie

Sûr de sa valeur, le site de référence des francophonies littéraires, Ile en île, lui a consacré une notice.

Elokans

Elokans a un an. Bon anniversaire ! Cette newsletter culturelle antillaise se présente sous la forme d’un agenda mensuel riche en événements, petits ou grands, de la scène créole.  » Elokans a été lancé en novembre 2006 comme un petit défi de diffusion socio-culturelle « , écrit Véronique Larose dans son dernier numéro, de novembre 2007. Un numéro de 31 pages. Pour recevoir Elokans : espwa@hotmail.fr.

Un SILO de livres océaniens

Le SILO a ouvert à Hienghène, Province Nord de Nouvelle-Calédonie. Un silo est un réservoir à céréales. On dit mettre en silo par exemple. Ce Salon international du livre océanien a de quoi nous enchanter… et d’être un beau réservoir à livres, échanges, lectures… Coetzee, le prix Nobel notamment, avec les auteurs du Caillou, du Fenua et des Nouvelles-Galles du Sud.

Ce qu’en disent Les Nouvelles calédoniennes (Anne-Sophie Douet) :

Ils viennent de Maré, d’Australie, du Samoa ou de Tahiti. Couchent sur le papier romans, nouvelles ou poèmes fortement imprégnés d’insularité. (…)

C’est l’un des rares événements d’envergure internationale organisé en Brousse, qui plus est dans le Nord. Déwé Gorodey, vice-présidente du gouvernement chargée de la culture, l’a voulu ainsi. Les deux premières éditions du Silo (Salon international du livre océanien), en 2003 et 2005, ont trouvé leur public et créé du lien entre auteurs francophones du Pacifique et lecteurs. Cette année, seul le décor change. Exit Poindimié, bonjour Hienghène. L’essentiel du salon se déroulera dans la salle omnisport de la commune, tandis que le Centre culturel accueillera, lui, les animations en soirée (projections de films, contes, théâtre…).

Les auteurs présents sur le salon incarnent tous la littérature contemporaine océanienne, celle dont l’écrivain Anne Bihan dit qu’elle est « marquée par la question de la place de l’autre ». Solange Paillandi, responsable des animations à
la bibliothèque Bernheim, s’est chargée d’inviter les auteurs. Pour une pointure connue internationalement comme John Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, elle a dû compter sur le carnet d’adresses d’une universitaire, Sonia Faessel. C’est par son truchement que l’auteur de Disgrâce a pu être contacté.

DisgrâceSolange Paillandi s’en réjouit, elle qui reste marquée par « l’ambiance, les mots lourds, chargés d’histoire » du Sud-africain. A la suite de John Coetzee, une trentaine d’auteurs investiront le salon. Parmi eux, plusieurs ne sont pas des nouveaux venus. Philippe Mc Laren par exemple. Depuis son dernier passage au Silo, l’auteur aborigène a publié, une traduction française d’Utopia, aux éditions calédoniennes Traversées.

 

C’est là un autre temps fort du salon. Permettre des rencontres entre auteurs et éditeurs d’horizons divers, qui débouchent, parfois, sur des collaborations. Anne Bihan, de tous les Silo depuis 2003, y a, elle, gagné une nouvelle amitié. Elle a gardé contact avec
la Tahitienne Chantal Spitz, rencontrée à Poindimié. D’autres, tels
Claudine Jacques ou Claude Maillaud, profitent du salon pour présenter leur dernier-né. « Le Silo, c’est un tremplin utile, reconnaît le second, auteur d’un Guide de la faune marine dangereuse d’Océanie tout juste sorti de l’imprimerie. Mais j’apprécie aussi les rencontres avec les collègues. J’attends particulièrement de rencontrer Shane Maloney, un auteur de polar australien », s’impatiente l’écrivain. Des auteurs enthousiastes, donc. Mais le public
? Anne Bihan se souvient d’une « belle surprise la première année. Les gens étaient là, ils feuilletaient les livres. On sentait une vraie attente. » Et pour conquérir de nouveaux curieux, le Silo 2007 a mis l’accent sur l’oralité, avec ce thème, « Haute voix ». Le 3 novembre, Paul Wamo, parrain du concours du slam organisé récemment, donnera de la voix dans les grottes de Lindéralique. Puis ce sera le tour du lauréat du concours, Laurent Ottogalli. Après eux, « tous ceux qui souhaitent prendre le micro et improviser un slam sont les bienvenus », indique Solange Paillandi. Dans le même esprit, des comédiens des compagnies Les Quidams et Les Enfants Migrateurs se lanceront dans des lectures de textes. Un autre moment d’oralité sera assuré par Hassane Kouyaté, conteur africain descendant d’une famille de griots.
En laissant, ainsi, une grande place « au slam, à la déclamation », les organisateurs entendent attirer un public plus jeune, pour mieux le sensibiliser ensuite à la chose écrite. « Même si l’on tient à nos littéraires purs », sourit Solange Paillandi.

Ricky Maynard, Artiste, Aborigène, Tasmanien

Ricky MAYNARD | Vansittart Island 

© Ricky Maynard. Licensed by VISCOPY, Australia 

Ricky Maynard se présente :  » Photographe aborigène de Tasmanie « . Et l’image qu’il donne de son pays, l’un des six états d’Australie, est saisissante. Fruit de vingt ans de travail, sa très belle exposition est présentée dans le cadre de Photoquai, à l’ambassade d’Australie, à Paris, jusqu’au 11 janvier 2008.

Pour donner un  » portrait d’un terre lointaine « , Ricky Maynard a joué sur la coexistence de portraits et de paysages. Les portraits viennent de sa pratique de photographe documentaire. Que se soit en prison ou à Melbourne. Les paysages de son travail incessant sur la mémoire.

La photographie de l’île Vansittart (en haut) est accompagnée du texte suivant :

« Jusqu’en 1910, des hommes sont venus creuser sur les îles Vansittart et Tin Kettle pour chercher des squelettes. Ici nous les avons déplacés là où personne ne les trouvera. Au milieu de la nuit mon peuple a enlevé les corps de nos grands-mères et les a emmenés sur d’autres îles, nous avons planté des trèfles sur la terre retournée afin que le dernier lieu de repos de ces filles qui glissaient autrefois sur les rochers à la recherche de phoques reste un secret à jamais. »

Nous avons rencontré Ricky Maynard devant cette photo justement. Nous lui avons confié notre étonnement devant la question des Aborigènes qui auraient disparu de Tasmanie, en raison des massacres coloniaux.

Est-ce un mythe ? Réponse de Ricky Maynard : 

 » C’est la raison d’être de ce projet. Nous savons qui nous sommes et d’où nous venons et comment nous avons continué à faire vivre notre culture.

C’est l’une des raisons de l’initiation de ce projet. C’est notre interprétation de notre histoire, une version de l’histoire qui n’a jamais été racontée auparavant.

Jusque là notre système éducatif avait toujours présenté une version floue de notre histoire.

Ce projet vise essentiellement à rectifier cette fausse interprétation de notre histoire. « 

Courrier international du 31 octobre avec en couverture une photo de Ricky Maynard, extrait d’une série sur les gens âgés du peuple Wik (Cap York, Queensland) : Returning to places that name us (Retour aux lieux qui nous définissent) / Arthur, 2000. 

Keith Munro, Conservateur des programmes pour les peuples aborigènes et les insulaires du détroit de Torres, Musée d’Art contemporain (Sydney) :

 » Ricky Maynard considère la photographie de paysage comme un processus de redécouverte, une  » réévaluation d’où on se trouve (…) une façon d’aborder les questions d’identité, de lieu et de nation. (…) Il est bien décidé à ne pas présenter le peuple aborigène comme une victime. Il préfère mettre en question les préjugés de beaucoup d’Australiens non-aborigènes et questionner les idées reçues sur les événements historiques et les histoires partagées. Il aborde des éléments d’amnésie historique. «