Signé BNF

À signaler les Signets de la Bibliothèque nationale de France qui « proposent une sélection commentée de ressources accessibles par Internet, choisies par les bibliothécaires de la BnF ».

Pour les littératures d’expression française, il est suivi un découpage géographique appétissant (Afrique, Québec, Belgique, Luxembourg, Caraïbe, Maghreb, Moyen-Orient, océan Indien, Pacifique, Suisse), mais hétérodoxe. On y retrouve bien entendu Île en île, mais aussi pour Haïti Mémoire de femmes site qui s’ouvre avec ce poème d’Eluard :

Sœurs d’espérance ô femmes courageuses
Contre la mort vous avez fait un pacte
Celui d’unir les vertus de l’amour
O mes sœurs survivantes
Vous jouez votre vie
Pour que la vie triomphe

Le jour est proche ô mes sœurs de grandeur
Où nous rirons des mots guerre et misère
Rien ne tiendra de ce qui fut douleur

 

Chaque visage aura droit aux caresses.

Ou encore Bernard Dadié ou le blog de Scholastique Mukasonga.

A découvrir, non pour son exhaustivité, mais pour ses sites méconnus, aux ressources infinies.

La fureur est tombée sur la ville écarlate, par Michel Lercoulois

La fureur est tombée sur la ville écarlate
La fièvre se recuit dans des bouges saumâtres
Un gamin négligent asperge le trottoir
Exhibant sans pudeur un sexe minuscule
Des hommes apeurés reluquent les mamelles
Des filles blondes aux longues jambes nues
Les mendiants se disputent quelques reliefs pourris
Des voleurs farouches jouent leur butin aux dés
Dans les palais les ministres comptent leur or
Un roi sans joie besogne la chambrière de la reine
Un cul de jatte hagard est posé contre un mur
Les aveugles en passant le piquent de leur canne
Des bourgeoises esseulées pleurent les jours d’antan
Les maris repus de trop de chère bedonnent au fumoir
De jeunes loups naïfs aiguisent leurs couteaux
Sans savoir qu’ils seront les premiers transpercés
Les tendres demoiselles découvrent l’art du stupre
Elles veulent les mâles mûrs affamés et brutaux
Pour cultiver l’obscène entre gens de bon goût
Ailleurs dans les fabriques un vain peuple s’agite
Gens de peu pauvres et puants
Qui triment pour le pain le vin et le taudis
Où s’entasse une marmaille infâme
Aigres parfums de bouffe de merde et de pisse
Avec des cris parfois ou des vagissements
Une vieille à l’article gémit sur son grabat
Peut-être entend-elle les râles du coït
Elle qui aimait tant jadis foutre avec fougue
En bas dans la rue deux ivrognes s’embrassent
Ils mélangent leurs langues sans s’embarrasser
Des relents du pinard
La piquette des dieux
Le nectar des vieux cons
Partout dans la ville la vermine grouille
On est tous frères en Jésus-Christ, pas vrai ?
Sauf que Lui a laissé sa vie dans un film gore
Alors que nous mourrons dans un chenil crasseux
Parce que nous sommes bien des chiens, n’est-ce pas darling ?
Dis-je en la prenant par derrière

[mai 2010]

Lire également Mondesfrancophones.com

Jean Métellus, Grand prix de la francophonie

Jean Métellus a été récompensé du Grand prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre par l’Académie française dans sa séance du jeudi 10 juin 2010.

Voir le site du poète et son blog qui signale la réédition de l’un de ses premiers romans, publié initialement en 1982, La famille Vortex dans la collection L’imaginaire de Gallimard, ainsi résumé par l’éditeur :

« Le récit de vie d’une famille exceptionnelle illustre une réflexion politique sur Haïti. Les Vortex, ce sont Solon, le père, ancien marin, Olga, la mère, descendante des Arawaks, et leurs nombreux enfants : Joseph le prélat, Louis le professeur, Egard l’officier, Sylvain le médecin, Astrid, Sylvie et Ludovic. Leur destinée sera brisée par les tempêtes politiques et la lutte pour le pouvoir. »

Tapis de caniveau, roulures d’histoires oubliées

Au petit matin, un balayeur des rues entr’ouvre d’un geste laconique la vanne, et l’eau s’écoule d’un seul côté, orientée par un tapis de caniveau, nouement de tissus informels. « Tapis », belle antiphrase pour ce qu’on devine fait de chutes de vieilles serpillères, de moquettes usées, miasmes de mémoires, roulures d’histoires oubliées.

Un Américain de Paris, Douglas Brodoff les a magnifiés dans une exposition, « Les petits hommes verts ». Il milite aujourd’hui pour la création d’un musée des tapis de caniveaux. Laurent Alberti s’est ému de la disparition annoncée de ces « fagots des rues » dans son blog Les lignes de l’architecte, joliment sous-titré « Revue de détails urbains, de bribes architecturales et autres miscellanées ».

Ces tapis de caniveau ne sont pas que pieds de poésie de rue, mais glanures de gestes patchworks, précipités dans la fuite du temps, et dont les liens reconstitués témoignent d’une ultime trace, suintement à l’avant-jour.

Haïti : la Fokal parie sur la culture et le développement local

La reconstruction alternative ? La culture et la créativité comme moteurs de développement, le pari du développement local. En Haïti, d’autres voies sont-elles possibles ?

Deux représentantes de la Fokal (Fondation Connaissance et Liberté), Michèle Duvivier Pierre-Louis, ex Premier ministre d’Haïti et Lorraine Mangonès, directrice exécutive de la Fondation, proposent une rencontre publique à Paris, au Centre international de culture populaire (CICP) jeudi 10 juin à 19h30.

« Sur quelles bases nouvelles construire la société haïtienne de demain ? Des centaines de millions d’aide sont annoncés, mais à qui, à quoi seront-ils destinés ?
Le Cedetim (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), le Collectif Haïti de France et l’Association Monique Calixte ont invité deux protagonistes de l’action à la base pour la reconstruction à venir nous présenter les actions dans lesquelles elles sont engagées avec des habitants de quartiers populaires, des architectes, des artistes, des intellectuels, des paysans… »

Contacts :

Association Monique Calixte  06 62 84 19 48, 06 85 92 84 31, 06 66 35 46 17
Collectif Haïti de France 01 43 48 31 78
Cedetim 01 43 71 62 12

Nouveau : le Grand Prix du Roman Métis

Nouveau dans le paysage littéraire, le Grand Prix du Roman Métis récompensera à la fin de l’année « un roman adulte de langue française qui met en lumière les valeurs de diversité, d’échanges et d’humanisme, symboles de l’île de La Réunion.
Tous les romanciers francophones peuvent participer.

Les maisons d’édition ont jusqu’au 15 septembre 2010 pour faire parvenir un ou deux titres parus dans les douze derniers mois.

Le jury établira une présélection de dix à douze titres parmi lesquels il choisira un roman dont l’auteur recevra le Grand Prix du Roman Métis et une dotation de 5 000 € de la Ville de Saint-Denis. Il décernera une mention spéciale à un second auteur. La remise des prix aura lieu dans la première quinzaine de décembre. Un programme de résidence d’écriture sera ensuite proposé aux deux lauréats pendant l’année 2011.
Le jury 2010 se compose de six journalistes ou professionnels du livre et de la lecture de La Réunion et de six écrivains francophones : Mohammed Aissaoui, Nathacha Appanah, Isabelle Hoarau, Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf et Patrick Poivre d’Arvor. »
Contact : Grand Prix du Roman Métis 2010, La Réunion des Livres, 66 rue Saint-Joseph Ouvrier 97400 Saint-Denis.

Source : communiqué.

Qui sauvera la culture haïtienne ?

Convoitise ? Aide désintéressée ? Philanthropie ? La culture haïtienne attire à son chevet des fonds considérables. Derniers en date, ceux de Smithsonian, l’une des plus grandes institutions culturelles américaines qui gère 19 musées, 6 centres de recherche et détient plus de 136,5 millions d’objets et de spécimens du patrimoine américain.

Smithsonian entend ouvrir un centre en Haïti, qui comprendra « un laboratoire ainsi que tous les instruments pour la réparation et la stabilisation des objets culturels publics ou privés » rapporte Alterpresse. Ce centre servira également à la formation de jeunes haïtiens aux techniques de restauration.

Le projet, de plusieurs millions de dollars américains et dont la date d’achèvement est prévue pour le 11 novembre 2011, devrait attirer des centaines de spécialistes étrangers dans le pays au cours des 18 prochains mois, selon Richard Curran, vice président de Smithsonian, qui a signé le 24 mai avec Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ministre de la culture et de la communication un protocole « sur la sauvegarde des biens et objets culturels haïtiens ».

L’UNESCO avait déjà appelé au lendemain du séisme du 12 janvier « à interdire provisoirement le commerce d’objets d’art et d’artisanat haïtiens, afin d’empêcher des oeuvres issues de pillages de quitter le pays. »

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, avait 
annoncé le 12 février que le Centre de recherche et de restauration des musées de
France assurera à Port-au-Prince la restauration du tableau « Serment
 des ancêtres », peint en 1822 par Guillaume Guillon Lethière.Retrouvé par les pompiers français dans les ruines du palais 
présidentiel, le « Serment des ancêtres », est 
 »un tableau hautement symbolique pour les Haïtiens et pour la démocratie, affirmait le communiqué du ministère de la culture.
 Offert à la jeune République d’Haïti par le peintre né en Guadeloupe d’un
 père colon et d’une mère esclave, il
 représente la rencontre entre le général noir Jean-Jacques Dessalines,
 lieutenant de Toussaint Louverture, et le chef des mulâtres de Saint-
Dominique, Alexandre Pétion. Cette rencontre marqua le début du processus
 qui mena à l’indépendance d’Haïti, en 1804.
 »

Par ailleurs, le Grand Prix culturel 2010 de la Fondation Louis D., d’un montant de 750 000 euros, a été attribué à Bibliothèque sans frontières, selon un communiqué à lire sur le site de l’ONG. Il sera remis le 9 juin à l’association.

L’investissement de Smithsonian comme les engagements de la France montrent que la question culturelle en Haïti n’est pas seulement affaire de symboles ou de paroles fortes (« C’est la culture qui nous sauvera », avait lancé l’écrivain Dany Laferrière). La culture est aussi une question de leadership entre les nations riches.