2011, année du Mexique en France

L’opération a été lancée le 3 février en annonçant 350 événements dont 250 culturels. Dans sa sélection, Le Monde cite une collection de masques de jade mayas à la Pinacothèque de Paris (à partir du 25 février) et, cet automne, une rétrospective du peintre Rufino Tamayo au Petit Palais. Les oeuvres de Frida Kahlo et Diego Rivera seront à l’Orangerie et l’art mexicain du XIXe siècle au Musée d’Orsay.

Avant de feuilleter la bibliothèque mexicaine, visionnons ce documentaire in situ, où Carlos Fuentes, Paco Ignacio Taïbo II, Martin Solarès, Guadalupe Nettel y otros nous font découvrir la littérature de leur pays :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=27961Découvrez Carlos Fuentes, Martin Solares, rencontre avec des écrivains mexicains sur Culturebox !

Consulter le site de l’Année du Mexique en France.

Relevons avec Livres-Hebdo dans le domaine littéraire quelques manifestations :

– A Paris, le roman noir mexicain a rendez-vous à la Maison de l’Amérique latine du 23 au 25 mars. À noter la Nuit du cinéma noir mexicain le 26 mars.
– A la Bibliothèque nationale de France de Paris, remarquons l’intérêt pour José Emilio Pacheco et Octavio Paz, prix Nobel de littérature.
– Le festival Paris en toutes lettres du 5 au 8 mai aura comme invité d’honneur Carlos Fuentes, également protagoniste de la Fête du livre d’Aix les 13 et 16 octobre.
– Un colloque international à la Sorbonne, les 20 et 21 octobre, célèbrera les 40 ans de la publication chez Gallimard du texte Renga, poème coécrit par Octavio Paz, Jacques Roubaud, Edoardo Sanguineti et Charles Tomlinson.
– Du 30 novembre au 5 décembre, durant le Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, un stand sera dédié à une librairie regroupant des titres en langue originale et des traductions, des expositions d’illustrations, des ateliers… avec une mise en relation des éditeurs français et mexicains. 

Édouard Glissant, passer par-dessus l’oubli (Manthia Diawara)

« Je me souviendrai toujours de ce voyage entrepris avec Edouard à Sainte Marie en Martinique, pour visiter la case de sa naissance dans un petit village du nom de Bezaudin. Du Diamant, en contournant Fort de France, pour aller vers le Lamantin, nous traversions un petit pont sur une rivière où jouait Edouard avec ses amis, quand il était enfant.(…)

Arrivés à Bezaudin, Edouard me montra la case natale, ou plutôt sa trace, parce qu’elle s’était effondrée au fond d’un gouffre pendant l’ouragan Hugo. Ah, Edouard, tu m’apprenais à ce moment comment ne pas avoir peur, ni du gouffre, ni de la mort, ni de la perte, ni même de l’oubli. Ce jour-là, Edouard, tu me disais: « Ça m’est complètement égal que nous ayons oublié pourvu que nous passions par-dessus l’oubli. » Nous repassions alors par-dessus l’oubli.  Littératures de traces, traces de l’Afrique, littératures de créolisation, littérature-Monde, littératures de notre diversité—et non du sectarisme. Edouard, je crois que ton message commence à être compris et faire son chemin dans nos consciences. »

Extrait d’un texte de Manthia Diawara, cinéaste et enseignant à l’université de New York, auteur du documentaire : Edouard Glissant: un monde en relation.

Glissant, la révolution tunisienne et les périphéries-centres (Abdelwahab Meddeb)

« Vu de France, la francophonie est perçue comme l’espace de la périphérie, le centre étant la métropole et les multiples lieux desquels émane une parole en langue française, qu’il s’agisse du Maghreb, du Machrek, de l’Afrique subsaharienne ou des Antilles qui est le lieu d’émission d’Édouard Glissant, ou de la vie, tous ces lieux sont perçus comme étant des périphéries par rapport à la métropole.

Or, cette vision là est une vision qui est révolue, qui a disparu avec le colonialisme et l’évolution du monde tel que nous le vivons est tout autre. Elle montre que le monde se fait polycentrique, et que désormais toute périphérie est un centre.

Lorsque je parle, en partie en français, de ma mémoire maghrébine, je parle en l’émettant à partir du Maghreb comme centre et non pas d’une périphérie soumise à l’autorité d’une métropole.

Il en est de même pour ce qui concerne Édouard Glissant lorsqu’il parle à partir des Antilles ou à partir de sa Martinique natale. Et la révolution du jasmin illustre à la perfection cette idée que toute périphérie est devenue un centre puisque c’est de la périphérie, Sidi Bouzid, ce lieu complètement perdu en Tunisie, et qui perçu par rapport à centralité tunisienne comm étant une périphérie qu’a démaré cette révolution qui est en train de faire bouger l’intégralité du monde arabe. »

Extrait de l’entretien de Abdelwahab Meddeb (né à Tunis en 1946) sur Médi1 Radio, signalé par Thomas Spear (Île en île).

Mort de Glissant, mort de Socrate

Alors qu’il est mort le 3 février 2011, les mots d’Édouard Glissant, interviewé le 30 mars 2010 sur les poèmes qu’il a choisis de faire figurer dans « La Terre, le feu, l’eau, le feu et les vents, L’Anthologie des poètes du Tout-Monde », éditions Galaade, prennent un écho retentissant :

« J’ai toujours adoré : « Voici le temps de nous séparer, moi pour mourir et vous pour vivre, qui de nous a le meilleur sort ? nul ne le sait si ce n’est la divinité. » Cette chose m’a toujours habité, de Socrate, rapporté par Platon dans L’Apologie de Socrate. C’est dedans [L’Anthologie] et cela a déclenché d’autres événements poétiques… Il y a un poème pré-colombien, qui est magnifique, qui est extraordinaire, où l’auteur dit – c’est une réponse à Socrate – « Nous ne serons pas une montagne, nous ne serons pas une montagne sacrée, nous quitterons le monde, nous aussi… voici le temps, moi pour mourir, vous pour vivre… les textes se sont appelés. »

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30211Découvrez Entretien avec Edouard Glissant sur Culturebox !

Lire le texte intégral de L’Apologie de Socrate (ou l’écouter dans une version des éditions Thélème), où Platon rapporte les plaidoyers de Socrate lors de son procès qui devait déboucher sur sa condamnation à mort. Ses derniers mots, selon la traduction de cette version :

« Mais il est temps que nous nous quittions, moi pour mourir, et vous pour vivre.
Qui de nous a le meilleur partage ?  Personne ne le sait, excepté Dieu. »

Rien n’est vrai, tout est vivant (Édouard Glissant)

Édouard Glissant : « J’espère en la parole des paysages. »

(c) photo Patrick Chamoiseau

« Rien n’est vrai, tout est vivant », titre d’une conférence d’Édouard Glissant à l’Institut du Tout-monde (saison 2009-2010) :

http://www.dailymotion.com/swf/video/xcvrg8?width=&theme=none&foreground=%23F7FFFD&highlight=%23FFC300&background=%23171D1B&start=&animatedTitle=&iframe=0&additionalInfos=0&autoPlay=0&hideInfos=0EDOUARD GLISSANT:  » RIEN N’EST VRAI, TOUT EST VIVANT »
envoyé par Kreolfeeling. – L’info video en direct.

Édouard Glissant, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle (Samia Kassab-Charfi)

« Mais comment se satisfaire des infamies de l’Histoire ? Et surtout comment retrouver le diapason poétique après la blesse de l’esclavage ? Il fallait pour lui, après cette somme qu’est Le discours antillais (1981), dans laquelle à la suite de Fanon et de Césaire, il pose tous les problèmes auxquels les Antilles, aliénées, colonisées, se trouvent confrontées ; il lui fallait inventer cette brèche, ce Détour qui redonne accès à l’Autre et l’interpelle, réinventer l’échange qui n’appauvrit ni ne spolie mais rehausse et consolide. Ce fut Poétique de la relation en 1990, avec ce si beau prolongement dix-neuf ans plus tard, Philosophie de la relation. Poésie en étendue en 2009. »

Lire « Le monument-Timoune « , sur le site Médiapart, hommage de Samia Kassab-Charfi, professeure de littérature à l’université de Tunis, l’une des organisatrices du colloque sur Glissant et son œuvre, réuni à Carthage (Tunisie) en 2005.

Pour saluer Édouard Glissant (Michel le Bris)

« Nous l’aimions. Moi, l’équipe toute entière du festival, les écrivains qui en forment la famille, et le public qui, à chacune de ses venues à Saint-Malo, se pressait pour l’écouter. Ce dernier l’avait véritablement découvert en 1997, lors de l’édition que nous avions consacrée aux littératures de la Caraïbe, et cette découverte fut pour tous un coup de cœur. Comme sa réflexion sur le « Tout Monde » rejoignait ce que nous développions à travers le festival depuis sa création, d’une « littérature monde » ! Les deux concepts ne se recouvraient pas comme certains ont pu le dire, tout simplement parce que leur généalogie différait. L’un partait du questionnement de tout ce qui constituait son identité antillaise, qu’il agrandissait sans cesse à travers les idées d’identités multiples, d’identité rhizome, de créolisation du monde (à ne pas confondre avec la créolité). L’autre partait de la situation de la littérature française, s’efforçait de l’arracher aux dogmes qui l’étouffaient pour l’ouvrir aux vents du monde.

Michel Le Bris, fondateur et directeur d’Étonnants voyageurs.