Et si mes mots ressemblent à la vie (Frédéric Ohlen)

Et si mes mots ressemblent à la vie,
S’ils ont à voir avec la Justice,
S’ils ont à voir avec le bonheur,
S’ils savent semer et sourire,
Tel un navire qui sait réunir les rives,
Alors seulement, j’aurais réussi.

selon les mots de remerciement de Frédéric Ohlen le 19 août 2010 à Nouméa, à l’occasion de sa remise des insignes de chevalier des Arts et des Lettres.

Frédéric Ohlen figure en bonne place dans Outremer, trois océans en poésie (éditions Bruno Doucey) :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=33835Découvrez L’anthologie « Outre-Mer, trois océans en poésie » à l’honneur du Printemps des poètes sur Culturebox !

Philippe Lançon, le meilleur

Le Prix Hennessy du journalisme littéraire, doté de 7 000 euros, a été attribué à Philippe Lançon, grand reporter et critique littéraire au quotidien Libération.

Journaliste à Libération depuis 1994, il est grand amateur de littérature latino-américaine.

Les jurés de ce Prix ont choisi Philippe Lançon à l’unanimité pour « l’extraordinaire qualité de ses articles », a souligné Jérôme Garcin, président d’honneur du jury.

(source : AFP)

Le rôle de l’art ? Produire du discernement (Bernard Stiegler)

« Dans l’art et la culture, comme dans tous les domaines, le consommateur a remplacé l’amateur. L’audimat et le marketing ont fait leur entrée dans les musées. Les publics sont devenus des audiences au sens des grands médias de masse. Il est affligeant de constater qu’un visiteur du Louvre consacre en moyenne 42 secondes à chaque œuvre : c’est du zapping. Le rapport aux œuvres devient de plus en plus quantitatif, et les grands musées se focalisent sur leur fréquentation. Ce consumérisme est à l’opposé de cette relation éminemment qualitative et intime qu’un amateur d’art entretient avec les œuvres. (…) 

Nous ne sommes plus dans une économie du désir, mais de la dépendance, nous vivons dans une société grégaire où la croissance est devenue une mécroissance : une société du tout-jetable, de l’infidélité, promue par un capitalisme pulsionnel qui fonce dans un mur. Moins en sait le destinataire des industries culturelles qui orchestrent cette déchéance, plus il est abruti, et mieux cela vaut : ce système détruit les savoirs, c’est-à-dire aussi l’estime de soi et des autres.

(…) Le rôle de l’art en général, c’est d’intensifier l’individuation en produisant du discernement. L’art pense avec les sens et les artefacts, et il discerne du singulier – c’est-à-dire de la nécessité et de l’incomparable – dans ce qui n’est d’abord que de l’artifice et de la reproduction. »

Bernard Stiegler, L’Oeil, mars 2011.

Jubilations guadeloupéennes, en Haïti, en Galicie

Quand Ernest Pépin écrit Le soleil pleurait (éditions Vents d’ailleurs), c’est en hommage à Aimé Césaire qui est l’auteur parmi ses quatre pièces de théâtre de Et les chiens se taisaient (1948). Mais les écritures n’ont rien à voir. Chez Ernest Pépin la tragédie est jubilatoire : son titre ne laisse pas présager de l’euphorie d’un style emporté. Emporté par un vocabulaire en éruption, où les parlers sont en ébullition, en émulation dans une grande jacasserie, emporté par des listes de mots qui n’épuisent jamais son imaginaire langagier, par un créole ou un français « des grandes circonstances » à la hauteur de l’enjeu et d’un thème dramatique : en Haïti, le kidnapping de la jeune mulâtresse Régina, fille de Marie-Soleil.

Le lecteur ne sait s’il doit admirer cette effusion… Ernest Pépin tisse son récit comme un pitt à paroles où fuse « une guerre des mots » permanente. L’un des personnages est nommé « Dictionnaire ». Un autre qui répond du nom de « Foufoune la Gragée » collectionne les expressions. Tantôt « le créole sonne sec et rapide », tantôt les « mots tombent comme des cendres mortes ». Et quand un président prend le pouvoir (un Aristide), il déclenche « une avalasse de mots emportant sur son passage la crasse des jours impurs. »

« Je suis un écriveur-raconteur » dit l’auteur-narrateur, qui s’en va enquêter dans le pays d’origine de Marie-Soleil, un pays nommé Paulette (qui existe bel et bien au Nord d’Haïti, entre Cap-Haïtien et Fort-Liberté) :

« Depuis le temps que je vivais en Haïti, j’avais appris à lancer des bouts de mots, à recueillir des miettes, à écouter sans avoir l’air, à parler sans parler. Je savais néanmoins que surprendre dans un pays habitué au réel merveilleux est chose fort improbable. J’allais essayer tout de même avec cet inconvénient majeur : aux yeux des habitants de Paulette, je n’étais qu’un raconteur. Autant dire un inutile ! ».

Ernest Pépin n’a pas écrit un livre inutile, mais un traité de truculence, une belle histoire pour la bourlingue façon conte moderne au pays où les malheurs n’auront jamais prise sur la faconde et le soleil.

À lire la critique du roman d’Ernest Pépin, par Dominique Batraville dans Le Nouvelliste : « Cette chronique d’une ville assassine comptera parmi les plus beaux écrits sur Port-au-Prince. »

Avec Max Rippon, le merveilleux s’ajoute aussi à la tristesse et se niche tout entier dans son titre : Morriña (éditions Jasor), mot galicien (province autonome d’Espagne) pour dire la mélancolie comme leur voisins portugais disent la saudade portugaise. Pour un séjour à Bordeaux qui l’invitait peu avant le Salon du livre de Paris, l’écrivain natif de Marie-Galante, a réuni une brassée de poèmes dans des langues diverses. Une manière de créolisation, comme il nous l’a confié.

Tous deux se rejoignent dans la filiation à Césaire et Glissant. Et tous deux aspirent à une renaissance.

Découvrez Jubilations guadeloupéennes : Max Rippon et Ernest Pepin au salon du livre 2011 sur Culturebox !

À Ouessant, une résidence d’écriture d’Alexis Gloaguen, une chasse au trésor

La sortie de son beau livre Les veuves de verre (éditions Maurice Nadeau) en janvier 2010 avait été salué par Papalagui comme il se devait. La résidence d’écriture d’Alexis Gloaguen à Ouessant transforme sa quête poètique en contemplation active, en atelier d’écriture pour les enfants et adolescents de l’île, vécue comme île au trésor, ce trésor étant le paysage, des insulaires façonnés par le paysage.